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Full text of "De l'espèce et de la classification en zoologie"

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I 



DE L'ESPÈCE 



ET 



DE LA CLASSIFICATION EN ZOOLOGIE 



Paris.. — mprimerie de E. Martinet, rue Mignon, 2. 



DE L'ESPÈCE 



ET 



DE LA CLASSIFICATION M ZOOLOGIE 



L. AGASSIZ 

Traduclion de l'anglais 
Par FÉLIX VOGEM 

ÉDITION REVUE ET AUGMENTÉE PAU L'AUTEUR 



PARIS 

GEHMEll BAILLIÈRE, LIBRAlllE-ÉDIïEUR 
Rue de l'École-de-Médecins, 17. 



New-Kork 

Baillitre lirolhers, 440, Broadwaj . 



Londres 

Uipp. Biilliere, 3111, Keseul street. | 

MADIUD, C. BAILLY-BAILLIÈUE, FLAZA DE TOPETE, 10 

4869 

Tons ■Units rtisefvés. 



AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR. 



Le contenu de ce volume fut d'abord publié comme 
Introduction à un ouvrage de longue haleine, les Contri- 
butions to the Natural History of the United-States, dont 
la première partie parut, à Boston, en 1857. Plus tard, 
et sous le titre de Essay on Classification^ il en fut fait à 
Londres une réimpression, et l'auteur se borna à y ajouter 
un chapitre, celui des Catégories d'analogie. Dans une 
courte préface, il informait le lecteur de ces circonstances 
et le priait de ne point perdre de vue que son livre avait 
été écrit en Amérique et pour les Américains : 

« Le public de ce pays, disait-il, n'est pas le môme que 
le public d'Europe. Il n'y a point, aux États-Unis, une 
classe de lettrés séparée et distincte du reste de la nation. 
Au contraire, le désir de l'instruction y est si général 
([ue je dois m'attendre ;i être lu par des ouvriers, par des 
pécheurs, par des laboureurs, autant que par des étudiants 
ou des naturalistes de profession. Le langage scientifique 
doit donc y revêtir une forme accessible à tous. » 

En changeant d'idiome, la forme de V Essai n'a point 



AVERTISSEMENT DE l'ÉDJTEUR 

été modifiée. Toutefois cette traduction diffère de l'ori- 
ginal en ce sens que l'ouvrage, revu par l'auteur, a reçu 
d'importantes additions. C'est du reste ce que M. Agassiz 
a cru devoir constater lui-même par la déclaration sui- 
vante : 

« Tôt après mon retour de Rio de Janeiro aux États- 
Unis, M. Vogeli, dont j'avais fait la connaissance au Brésil, 
m'a communiqué la traduction qu'il avait faite de mon 
Essai sur la classification. Nous avons lu ensemble cet 
ouvrage, et l'impression que j'en ai reçue, à la distance 
où j'étais de sa première publication, m'a engagé à y faire 
de nombreuses retouches et à y ajouter trois chapitres 
nouveaux. L'édition française que j'offre aujourd'hui au 
public est donc plus complète que celles faites aux États- 
Unis en 1857, et en Angleterre en 1859, sans que, au 
fond, aucun changement ait été apporté aux idées dont 
ce livre est l'expression. » 



DE LTSPÉCE 

ET DES CLASSIFICATIONS 

CHAPITRE PREMIER 

DES RAPPORTS FONDAMENTAUX QUE LES ANIMAUX ONT ENTRE EUX 
ET AVEC LE MONDE AMBLANT, CONSIDÉRÉS COMME BASES DU SYSTÈME 
NATUREL DE ZOOLOGIE. 

I 

Les traits principaux du système zoologique naturel 
sont tous fondés dans la nature. 

Les classifications modernes des animaux et des plantes 
sont basées sur les particularités de leur structure. La struc- 
ture, voilà, de l'avis général, le guide le plus fidèle, sinon le 
seul sûr, auquel puisse s'abandonner quiconque tente de 
déterminer les rapports naturels existant entre les animaux. 
Cette manière de voir me semble toutefois avoir pour résultat 
de circonscrire dans des limites trop étroites les bases du 
système naturel de la Zoologie ou de la Botanique. Elle exclut 
de nos considérations quelques-uns des caractères les plus 
frappants des deux règnes organiques, et laisse en doute à 
quel point l'arrangement ainsi obtenu est fondé en réalité, 
ou n'est que la simple expression de l'importance accordée 
par nous aux différences de structure. Voilà pourquoi il 
m'a paru opportun de faire ici, comme introduction à l'em- 
bryologie des Chéloniens (1), un des types de Vertébrés les 
plus extraordinaires, un court exposé des faits fondamen- 
taux du règne animal. J'aurai ainsi occasion d'établir un 

(1) L'Essai sur la classificalion (titre primitif de ce livre) a d'abord paru, 
sous forme d'introduction, dans un ouvrage consacré à Y Histoire nalurelle des 
Torlues de l'Amérique du Nord. (N. T. ) 

AGASSIZ. 1 



2 DE l'espèce. 

terme de comparaison entre les changements que subissent 
les animaux durant l'accroissement et les caractères dé- 
finitifs d'individus adultes d'un autre type. Peut-être par- 
viendrai-je de cette manière à faire voir quels sont, en 
dehors de la structure, les autres traits généraux dont il 
y aurait avantage à tenir compte pour déterminer exactement 
les nombreux rapports existant, soit d'animal à animal, soit 
entre les animaux et le monde ambiant, sur lesquels le sys- 
tème naturel doit être fondé. 

Mais je ne saurais traiter de ces questions sans être amené 
à discuter quelques-uns des problèmes auxquels donne lieu 
l'origine des êtres organisés, et force me sera de toucher à 
certains points sur lesquels les savants ne se sont pas encore 
mis d'accord. Toutefois j'éviterai la controverse autant que 
possible. Je veux simplement essayer de faire connaître les 
résultats de mes propres études, de mes méditations particu- 
lières, aussi clairement que je le puis dans le court espace 
qu'il m'est permis de consacrer â ce sujet dans cet ouvrage. 

Il n'y a pas, en histoire naturelle, de question sur laquelle 
on ait entretenu des opinions plus diverses que sur celle de 
la classification. Ce n'est pas que les naturalistes ne soient 
d'accord sur la nécessité d'un arrangement quelconque 
pour la description des plantes et des animaux. Du premier 
jour où la nature est devenue l'objet d'études spéciales, 
le but universel de tous les naturalistes a été de ranger les 
objets de leurs investigations dans l'ordre le plus naturel pos- 
sible. Buffon lui-même, après avoir, aux premiers volumes de 
sa grande Histoire naturelle, nié qu'il existât dans la nature 
rien qui ressemble à un système, terminait son ouvrage en 
groupant les oiseaux suivant certains caractères généraux 
offerts en commun par plusieurs de ces êtres. A la vérité, 
les auteurs ne s'entendent pas sur le degré d'importance 
propre aux caractères qui sont la base de leurs arrangements. 
A la vérité encore, tous n'envisagent pas ces arrangements 
du même point de vue. Les uns reconnaissent pleinement le 
caractère artificiel de leurs systèmes; les autres soutiennent, 
au contraire, que les leurs sont l'exacte expression des rap- 




SYSTÈME ZOOLOGIQUE NATUREL. 8 

ports établis par la nature entre les objets eux-mêmes. Mais, 
que les systèmes aient été présentés comme naturels ou artili- 
ciels, on les a constamment considérés jusqu'à ce jour comme 
exprimant l'idée que l'homme se iàit des choses de la nature, 
et non comme un plan conçu par l'Intelligence suprême et 
manifesté dans les choses (1). 

11 n'y a, dans ces innombrables systèmes, qu'un seul point 
sur lequel tous semblent s'accorder : c'est l'existence dans la 
nature d'espèces distinctes persistant avec toutes leurs particu- 
larités. Du moins il en a été longtemps ainsi ; mais l'immutabi- 
hté des espèces a été elle-même mise en question (2) . Au delà 
de l'espèce, la foi dans la réaUté des divisions géuéralemenl 
admises par les créateurs de systèmes diminue grandement. 
Ainsi, pour les genres, le nombre des naturalistes qui les 
admettent comme division naturelle est tres-petii ; bien peu 
d'entre eux ont exprimé la croyance que les genres ont une 
existence aussi distincte que les espèces. Quant aux familles, 
aux ordres, aux classes, ou à toute autre division supérieure, 
on les regarde universellement comme d'utiles artilices ima- 
ginés pour rendre plus facile l'étude d'objets innombrables 
en les groupant de la manière la plus commode. L^indilfé- 
rence avec laquelle cette partie de notre science est généra- 
lement traitée devient injustihable quand on songe aux pro- 
grès que la Zoologie en général a faits dans ces derniers 
temps. Ce n'est pas chose sans importance que, dans nos trai- 
tés systématiques, les genres soient circonscrits dans telle ou 
telle limite, que les familles embrassent un groupe plus lâche 

(1) Les expressions si communément usitées quand il s'agit des genres, des 
espèces ou des grandes divisions de nos systèmes : M. A... a fait de telle espèce 
un genre ; M. ii... emploie telle ou telle espèce pour former son genre ; et 
celles que beaucoup de naturalistes se permettent quand ils parlent de leur 
espèce, leur genre, leur famille, leur système, mettent pleinement en lumière 
cette conviction, que les groupes ainsi désignés sont la création propre de celui 
qui parle. Or, si les idées que j'exprimerai plus loin sont l'ondées, celte préten- 
tion ne se justiiie qu'autant que ces groupes ne sont pas vrais dans la nature. 

(2) J. li. de Lamarck, Philosophie zoologique; Paris, 1809, 2 vol. iri-8. 
2* édit., 1830. — Tlie llev. Baden Powell, Essays on Ihe spirit of Ihe Induc- 
tive Philosophy, etc. London, 1855, 1 vol. iu-8. — Cf. encore «ection xv, 
ci-aprés. 



U î)Ë l'espèce. 

ou plus resserré de genres, que tel ordre soit ou non compris 
dans telle classe, que la classe finisse ici ou là, que les classes 
soient rapprochées les unes des autres d'une manière quel- 
conque, et que tous ces groupes enfin soient considérés ou 
non comme ayant leur fondement dans la nature même. 

Je ne veux pas me livrer ici à l'analyse des nombreux sys- 
tèmes zoologiques. Le trait saillant de ces systèmes est suffi- 
samment sensible, pour l'objet que je me propose, dans ceux 
de Linné et de Cuvier, avec lesquels quiconque étudie l'his- 
toire naturelle est nécessairement familier. Mais n'est-il pas 
indispensable de se demander si véritablement le règne ani- 
mal n'offre que les peu nombreuses subdivisions en ordres 
et genres indiquées par Linné, ou si en effet il y a, entre 
les classes même, les différences considérables que le système 
de Cuvier suppose ? Faut-il croire qu'en définitive cette 
construction si compliquée de la classification est tout sim- 
plement une ingénieuse invention humaine que chacun 
peut refaire à son gré et à sa convenance? Si l'on songe que 
tous les travaux d'histoire naturelle admettent un système 
quelconque ou quelque chose qui y ressemble, on convien- 
dra que le naturaliste digne de ce nom a le devoir de 
s'assurer de la valeur réelle de toutes ces divisions. 

L'embf yologie, d'ailleurs, nous impose à chaque pas l'obli- 
gation de cette recherche. Il est impossible d'établir une 
comparaison exacte entre les différents états d'accroissement 
des jeunes d'un groupe supérieur et les caractères perma- 
nents des adultes d'un autre type, sans avoir, au préalable, 
déterminé la valeur des groupes auxquels on devra comparer 
l'embryon. Ce n'est donc pas sans raison que j'ai introduit, 
dans un ouvrage principalement consacré à l'emlDryologie, 
une question à laquelle j'ai voué durant plusieurs années 
l'attention la plus minutieuse, et pour l'éclaircissement de 
laquelle j'ai fait des recherches spéciales. 

Avant d'aller plus loin, en effet, je veux soumettre un cas 
à la considération du lecteur. Supposons que les innombra- 
bles animaux articulés dont on connaît des dizaines de mille, 
quedis-je, des centaines de raille, n'aient jamais paru sur la 



SYSTÈME ZOOLOGIQUE NATUREL. 5 

ïrre, aune seule exception près. Ainsi, notre Homard, par 
exemple {Homanis americanus) , est le seul représentant de 
ce type si extraordinairement diversifié. A quel titre introdui- 
rons-nous cet animal d'une nouvelle sorte dans nos systèmes ? 
Sera-ce simplement comme un genre, ne comprenant qu'une 
seule espèce, que nous placerons à côté de toutes les autres 
classes composées d'ordres, de familles, etc. ; ou bien, en 
formerons-nous une famille avec un genre et une espèce, ou 
une classe avec un ordre et un genre, ou une classe avec une 
famille et un genre? Devrons-nous admettre à l'occasion de 
ce seul Homard, à côté des Vertébrés, des Mollusques, des 
Rayonnes, un type nouveau, celui des Articulés ; ou sera-t-il 
plus naturel de ne lui donner qu'un nom et de n'en fairequ'une 
espèce, au contraire de ce qui a eu lieu pour tous les autres 
animaux? C'est la considération de ce cas supposé qui m'a 
conduit à faire l'examen dont l'exposé va suivre ; il fournira, 
je l'espère, la solution définitive de ce problème en appa- 
rence insoluble. 

Le cas supposé, je dois d'avance le déclarer, ne pourra 
être complètement apprécié qu'après qu'on aura lu, dans le 
chapitre suivant, mes remarques sur les caractères des diflé- 
rentes sortes de groupes adoptées dans nos classifications. Tou- 
tefois il va de soi que notre Homard ne saurait être tel qu'il 
est sous nos yeux qu'à la condition d'être bâti sur le même 
plan de structure qu'il manifeste aujourd'hui; or, si je réussis 
à prouver qu'il y a entre la conception idéale d'un plan et la 
réelle exécution de ce plan une différence possible, sur la- 
quelle sont fondées les classes par opposition avec le type (ou 
embranchement) auquel elles appartiennent, nous pourrons 
arriver à distinguer le type d'avec la classe par l'étude appro- 
fondie de cet Articulé unique aussi bien que par celle de tous 
les Articulés. Nous pourrons donc reconnaître son type et dé- 
terminer les caractères de sa classe, aussi complètement que 
si le type comprenait plusieurs classes et chacune de celles-ci 
des miniers d'espèces. Puis, comme cet animal a une forme 
qu'il n'est pas possible de méconnaître, si la forme peut être 
regardée comme caractéristique des familles, nous pourrons 



(J DE L'ESPÈGB. 

déterminer sa famille. De plus, après l'ensemble de la struc- 
ture d'où dérivent les rapports fondamentaux de tous les sys- 
tèmes d'organes entre eux, dans leur naturel développement, 
notre étude peut porter sur les détails de cette structure dans 
chaque partie prise à part, et nous voilà amenés à reconnaître 
ce qui, partout, constitue les caractères du genre. Enfin, 
comme ce Homard a avec le monde ambiant des rapports 
définis, comme entre les individus vivant dans le même 
temps il y a des rapports définis, comme les parties du corps 
ont entre elles des proportions définies, comme la surface 
du corps exhibe une ornementation spéciale, les caractères 
de l'espèce peuvent être tracés aussi complètement que si un 
certain nombre d'autres espèces étaient là pour nous servir 
de terme de comparaison, et il est possible de représenter et 
de décrire ces caractères avec une certitude suffisante pour 
que nous distinguions à l'avenir cette espèce de toute série 
d'espèces postérieurement découvertes, quelque étroitement 
alliées que soient d'ailleurs ces nouvelles venues à la pre- 
mière. Dans ce cas donc, nous aurons à reconnaître un em- 
branchement distinct du règne animal, puis une classe, une 
famille, un genre, avant d'introduire une espèce à la place 
qui lui appartient dans le système des animaux. Mais la classe 
n'aura pas d'ordres, pour peu que l'ordre marque un certain 
rang déterminé par la complication de la structure. Là, en 
effet, où il n'y a qu'un seul représentant du type, il n'y a pas 
lieu de se demander s'il est supérieur ou inférieur à d'autres 
dans les limites de la classe, et les ordres sont des groupes 
subordonnés l'un à l'autre dans une même classe. Ainsi, 
même dans ce cas, le problème du rang à assigner aux Arti- 
culés, comme type, parmi les autres grands embranchements 
du règne animal, s'imposerait à nos recherches. Seulement il 
se présenterait sous un aspect autre que celui qu'il nous offre 
aujourd'hui dans la réalité; en effet, la comparaison entre 
les Articulés et les autres types serait alors bornée au seul 
Homard, et nous serions conduits à un résultat tout différent 
de celui auquel nous permet d'atteindre l'existence, dans ce 
type, d'un nombre considérable de variations fort étendues 



SYSTÈME ZOOLOGIQUE NATUREL. 7 

et appartenant même à des classes diverses. De telles spécu- 
lations sont loin d'être oiseuses. Cela doit être évident pour 
tous ceux qui n'ignorent pas que, à chacune des périodes 
dont se compose l'histoire de notre globe dans les temps géo- 
logiques antérieurs, les rapports généraux entre les types 
du règne animal, les proportions numériques, l'importance 
relative de ces types, ont constamment changé jusqu'au jour 
où les rapports actuellement existants ont été établis (1). 

Ainsi, les individus d'une espèce unique, observés pen- 
dant la vie, présentent simultanément des caractères qu'il 
n'est possible d'exprimer tous, d'une manière satisfaisante 
et conforme aux manifestations de la nature, qu'à la con- 
dition d'instituer non-seulement une espèce distincte, 
mais encore un genre distinct, une famille distincte, une 
classe distincte, un embranchement distinct. Un tel fait 
n'est-il pas par lui-même la preuve que les genres, les 
familles, les ordres, les classés, les embranchements, ont, 
aussi bien que l'espèce, leur fondement dans la nature 
même, et que les individus qui vivent dans le même temps 
n'ont qu'une existence matérielle et sont seulement les sup- 
ports {substrata), d'une part, de toutes ces catégories di- 
verses de la structure sur lesquelles se fonde le système 
naturel de la Zoologie, et, d'autre part, de tous les rapports 
que les animaux entretiennent avec le monde ambiant? 
N'est-il pas la preuve, enfin, que, en dépit de la croyance 

(1) L'établissement d'une série de classifications zoologiques et botaniques, 
dont chacune présenterait le système naturel des types ayant eu une existence 
simultanée pendant plusieurs périodes successives, et la considération de ces 
types pris dans leur ensemble particulier, indépendamment de leurs rapports 
avec ceux des autres périodes, feraient clairement ressortir les relations di- 
verses qui ont existé à chaque époque entre les classes, les ordres, les 
familles, les genres même et les espèces. Alors apparaîtrait, de manière 9 
nous impressionner vivement, l'importance d'une exacte détermination du 
rang à assigner à tous les animaux et à toutes les plantes. Ce n'est que par 
déduction que nous pouvons établir ce rang, même en étudiant ceux des 
ouvrages de paléontologie où les débris fossiles sont examinés au point de vue 
de leur association dans les diverses formations géologiques. Dans tous ces 
ouvrages, en effet, ces restes des anciens âges sont uniformément classés 
d'après un système basé sur l'étude des animaux actuels, et la combinaison 
particulière qu'ils formaient durant une période donnée nous frappe bien 
moins. 



8 DE l'espèce. 

générale, l'espèce n'existe pas dans la nature d'une autre 
manière que les groupes supérieurs? 

Cette division en embranchements , classes , ordres , 
familles, genres et espèces, expression du résultat de nos 
recherches sur les rapports généraux du règne animal, pre- 
mière question qu'offrent à notre examen les systèmes 
scientifiques d'histoire naturelle, me semble digne d'exercer 
les méditations de tout homme qui pense. Ces^oupes spnt- 
elles naturelles ou artificielles? Sont-elles une pure inven- 
tion de l'esprit humain, cherchant à classer et à disposer 
ses connaissances de manière à en embrasser plus aisément 
l'ensemble et à faciliter les recherches ultérieures; ou bien 
ont-elles été instituées par l'Intelligence divine comme les 
catégories de sa pensée (1)? N'aurions-nous été, dans nos 
essais d'explication de la nature, que les interprètes in- 
conscients d'une conception divine? Quand, orgueilleux 
philosophes, nous croyons inventer des systèmes scienti- 
fiques et classer la création par la seule force de notre 
raison, ne ferions-nous que suivre humblement, que repro- 
duire, à l'aide d'expressions imparfaites, le plan dont les 
fondements furent jetés à l'origine des choses? Sous l'effort 
incessant de nos pénibles études, est-ce seulement le déve- 
loppement de ce dessein original qui se découvre, alors 
que, accumulant et coordonnant nos fragments de connais- 
sances, nous nous imaginons mettre de l'ordre dans le 
chaos? Cet ordre est-il le laborieux produit de l'habileté et 
de l'ingéniosité humaines, ou bien est-il tellement inhérent 
aux objets eux-mêmes, que le naturaliste soit, sans en avoir 
conscience, amené par l'élude du règne animal à établir en 
définitive les grandes divisions sous lesquelles il range les 
animaux, et qui ne sont, dans la réalité, que les têtes de cha- 
pitres du grand livre qu'il s'efforce de déchiffrer? Pour moi, il 

(1) Il ne faut pas perdre de vue qu'un système peut être naturel, c'est-à-dire 
d'accord, à tous égards, avec les phénomènes de la nature, tout en étant re- 
gardé par son auteur non comme. la manifestation des pensées d'un Créateur, 
mais simplement conmie l'expression d'un fait existant dans la nature n'im- 
porte comment, et que Tesprit humain parvient à définir et à représenter sous 
une forme systématique de sa propre invention. 



SYSTEME ZOOLOGIQUE NATUREL. 9 

me paraît incontestable que cet ordre, cet arrangement, fruit 
de nos études, sont basés sur les rapports naturels, sur les 
relations primitives de la vie animale; que ces systèmes, 
désignés par nous sous le nom des grands maîtres de la 
science qui, les premiers, les proposèrent, ne sont en 
vérité que la traduction dans la langue de l'homme des 
pensées du Créateur. Si vraiment il en est ainsi, cette 
faculté qu'a l'intelligence humaine de s'adapter aux faits 
de la création (1) , et en vertu de laquelle elle parvient in- 
stinctivement, sans en avoir conscience, je le répète, à inter- 
préter les pensées de Dieu, n'est-elle pas la preuve la plus 
concluante de notre affinité avec le divin Esprit? Ce rapport 
spirituel et intellectuel avec la Toute-Puissance ne doit-il 
pas nous faire profondément réfléchir? S'il y a quelque 
vérité dans la croyance que l'homme a été fait à l'image de 
Dieu, rien n'est plus opportun pour le philosophe que de 
s'efforcer, par l'étude des opérations de son propre esprit, 
à se rapprocher des œuvres de la Raison divine ! Qu'il ap- 
prenne, en pénétrant la nature de sa propre intelligence, à 
mieux comprendre l'intelligence infinie dontla sienne n'est 
qu'une émanation! Une semblable recommandation peut, 
à première vue, paraître irrespectueuse. Mais lequel est 
véritablement humble? Celui qui, après avoir pénétré les 
secrets de la création, les classe suivant une formule qu'il 
appelle orgueilleusement son système scientifique, ou celui 
qui, arrivé au même but, proclame sa glorieuse affinité avec 
le Créateur, et, plein d'une reconnaissance ineffable pour 
un don aussi subfime, s'efforce d'être l'interprète complet 
de l'Intelligence divine, avec laquelle il lui est permis, bien 
plus il lui est, de par les lois de son être, ordonné d'entrer 
en communion? 
J'avoue que celte question de la nature et du fondement 

(1) L'esprit humain est à l'unisson de la nature, et bien des clioses semblent 
le résultat des efforts de noire intelligence, qui sont seulement l'expression 
naturelle de cette harmonie préétabHc. D'un autre côté, l'univers entier peut 
être considéré comme une école oii l'homme apprend à connaître et lui-même 
et ses rapports tant avec les autres êtres qu'avec la cause première de tout ce 
qui est. 



10 OE L'£8PËGë. 

de nos classifications scientifiques a, à mes yeux, une su- 
prême importance, une importance de beaucoup supérieure 
à celle que l'on y attache ordinairement. S'il est une fois 
prouvé que l'homme n'a pas inventé, mais seulement repro- 
duit cet arrangement systématique de la nature ; que ces 
rapports, ces proportions existant dans toutes les parties du 
monde organique ont leur lien intellectuel et idéal dans 
l'esprit du Créateur ; que ce plan de création, devant lequel 
s'abîme notre sagesse la plus haute, n'est pas issu de l'action 
nécessaire des lois physiques, mais a au contraire été li- 
brement conçu par l'Intelligence toute-puissante, et mûri 
dans sa pensée avant d'être manifesté sous des formes exté- 
rieures tangibles ; si, enfin, il est démontré que la prémé- 
ditation a précédé l'acte de la création, nous en aurons fini, 
une fois pour toutes, avec les théories désolantes qui nous 
renvoient aux lois de la matière pour avoir l'explication de 
toutes les merveilles de l'univers, et, bannissant Dieu, nous 
laissent en présence de l'action monotone, invariable, de 
forces physiques assujettissant toutes choses à une inévi- 
table destinée (i). 

(1) Je ne fais allusion ici qu'aux doctrines dee matérialistes. Je crois cepen'» 
dant utile d'ajouter que certains physiciens, qu'on choquerait fort d'ailleurs en les 
prenant pour des matérialistes, ne sont pas loin de croire tout expliqué, par cela 
seul qu'ils ont recoimu les lois régulatrices du monde physique et proclamé 
que ces lois ont été établies par Dieu. Les phénomènes du monde inorga- 
nique les préoccupent uniquement, comme si le monde ne contenait pas d'êtres 
vivants, et comme si ces êtres vivants, ne différaient en rien des êtres inorga- 
niques. Ces physiciens prennent pour un rapport de causalité le lien intellectuel 
qu'on observe entre les phénomènes d'une même série ; ils ne veulent pas 
apercevoir une différence quelconque entre le désordre et l'action libre, indé- 
pendante, maîtresse d'elle-même, d'une intelligence suprême. Pour eux, l'al- 
lusion la plus légère à l'existence, chez les animaux, d'un principe immatériel 
qu'ils reconnaissent d'ailleurs dans l'homme, est mysticisme pur {Powell's 
Essays, etc., pages 385, iC6, 478). Je^ferai remarquer encore que, en opposant 
l'un à l'autre les mots de création et de reproduction, je veux simplement 
exprimer la différence qu'il y a entre le cours régulier des phénomènes de la 
nature et l'établissement de cet ordre de choses, sans essayer d'expliquer ces 
deux faits. De quelque manière qu'ait été introduit sur la terre un ordre de 
choses quelconque y ayant persisté durant un certain temps, il est évident, en 
effet, que l'étaltiissement de cet ordre de choses et sou maintien durant unç 
période détermiiiée sont deux faits fort différents, quoique fréquenmient on 
puisse les regarder comme identiques. Il n'est pas moins évident que les lois 
capables d'expliquer les phénomènes du monde matériel, envisagé à part du 



SYSTÈME ZOOLOGIQUE NATUREL. 11 

Or, je crois la Zoologie parvenue aujourd'hui à un degré 
d'avancement qui permet de tenter ceLLe démonstration. 

En général, c'est de la conformité des moyens avec les 
fins qu'est tiré l'argument en preuve de l'existence de Dieu. 
C'est sur cet argument que sont basés, par exemple, les 
Bridgewater Treatises (1). A mon avis, c'est là un moyen 
insuffisant. On conçoit, en effet, très-bien que l'action natu- 
relle des objets les uns sur les autres se résolve en un 
concours final de toutes choses, et produise ainsi un tout 
harmonique. L'argument déduit du rapport entre l'organe 
et la fonction ne me satisfait pas davantage. D'ailleurs, au 
delà d'une certaine Umite il cesse d'être vrai. On trouve des 
organes qui n'ont pas de fonctions : telles sont les dents de 

monde organique, sont impuissantes à rendre compte de l'existence des êtres 
vivants, encore bien que ceux-ci aient un corps matériel, à moins qu'il ne soit 
positivement démontré que l'action de ces lois implique, de par leur nature 
même, la production d'êtres de cette espèce. Jusqu'ici les expériences de 
Cross sont les seules qu'on nous ait présentées comme donnant la preuve que 
cette production a lieu. J'ignore ce qu'en pensent les physiciens, mais je sais 
que pas un véritable zoologiste n'hésitera à voir dans ces expériences une 
méprise complète. Même lorsque la vie s'approprie le monde physique avec 
tous les phénomènes qui sont propres à celui-ci, elle montre encore quelque 
chose d'un ordre particulier et supérieur qui ne peut pas s'expliquer par des 
actions physiques. A la vérité, cette circonstance que la vie est profondément 
implantée au sein de la nature inorganique fait irrésistiblement naître la ten- 
tation d'expliquer l'une par l'autre, mais on doit bien voir maintenant combien 
vaines ont été les tentatives faites dans ce but. 

(1) Traités « Bridgewater » sur la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu 
manifestées dans la création : — Thomas Chalmers, The Adaptation of Exter- 
nat Nature ta the Moral and Inlelleclual Constitution of Man. Glasgow, 1839, 
2 vol. in-8. — John Kidd, On the Adaptation of External Nature to the 
Physical Condition of Man. London, 1833, i vol. in-8. — Will Whewell, 
Astronomy and General Physics considered with Reference to Natural Theology. 
London, 1839, 1 vol. in-8. — Charles Bell, The Hand, its Mechanism and Vital 
Endowments, as evincing Design. London, 1833, 1 vol. in-8. — Peter Murk 
Uoget, Ammal and Vegetable Physiology considered with Heference to Natural 
Theology. London, 1834, 2 vol. in-8. —Will Buckland, rieo/o^^y cnri Minera- 
logy considered with Reference to Natural Theology. London, 1836, 2 vol. 
in-8; 1837, 2« edit. — Will Kirby, The Power, Wisdom and Goodness of 
God, as manifested in the Creation of Animals and in their History, Habits, 
and Instincts. London, 1835, 2 vol. in-8.— Will ^vou[.,Chemistry, Meteorology 
and the Function of Digestion considered with Reference to Natural Theology. 
London, 1834, 1 vol. in-8. — Cf. encore Here. Strauss Durkheim, Théologie 
de lanalure. Paris, 18.^2, 3 vol. in-8, — Hugh Miller, Footprints of the Crea- 
tor. Edinburgh, 1849,1 vol. in-12. — C. liabbage. The Ninth Uridgewaler 
Treatise, a Fragment. London, 1838, 1 vol. in-8, 2* edit. 



12 DE l'espèce, 

la Baleine qui ne percent jamais les gencives, et les mamelles 
chez tous les mâles des Mammifères. Ces organes et d'autres 
semblables n'ont été conservés que pour maintenir une cer- 
taine uniformité dans la structure fondamentale ; vrais par 
rapport à la formule originelle du groupe auquel appar- 
tiennent les animaux qui les possèdent, ils ne sont pas 
essentiels au mode d'existence de ces animaux. Leur pré- 
sence n'a pas pour but l'accomplissement de la fonction, 
mais l'observation d'un plan déterminé (J). Elle fait songer 
à telle disposition fréquente dans nos édifices, où l'architecte, 
par exemple, reproduit extérieurement les mêmes combi- 
naisons en vue de la symétrie et de l'harmonie des propor- 
tions, mais sans aucun but pratique. 

Je proteste que mon intention n'est pas d'introduire dans 
cet ouvrage un argument étranger à mon sujet, ni d'avancer 
des conclusions qui n'en découleraient pas immédiatement. 
Mais je ne puis pas négliger et passer sous silence l'étroite 
connexion qu'il y a entre les faits établis par les recherches 
de la science et les discussions qui se sont récemment pro- 
duites sur l'origine des êtres organisés. De l'avis de certaines 
gens, je le sais, croire que la pensée n'est pas tant soit peu 
inhérente à la matière n'est pas d'un savant; pour eux, il 
n'y a pas de différence essentielle entre les êtres inorgani- 
ques et les êtres qui vivent et qui pensent. Mais ces préten- 
tions d'une fausse philosophie ne m'empêcheront pas d'expri- 
mer la conviction où je suis que, jusqu'à ce qu'on parvienne 
à prouver que la matière ou les forces physiques peuvent 
véritablement raisonner, force nous est de considérer toute 
manifestation de la pensée comme témoignant de l'exis- 
tence d'un être pensant, auteur de cette pensée ; force nous 
est de regarder toute liaison intelligente et intelligible entre 
les phénomènes comme une preuve directe de l'existence 



(1) L'unité de structure des membres chez les animaux à sabot et les Pinni- 
pèdes, dont les doigts ne se meuvent jamais, et chez les animaux où ces organes 
ont ies articulations les plus parfaites et les mouvements les plus libres, en 
est la preuve évidente. 



SYSTÈME ZOOLOGIQUÉ NATUREt. 43 

d'un Dieu qui pense (1), aussi sûrement que l'homme ma- 
nifeste la faculté de penser quand il reconnaît cette liaison 
naturelle des choses. 

Je ne veux pas écrire un traité didactique; je n'entrerai 
donc dans le détail des faits relatifs aux différents objets que 
je soumets à la considération du lecteur qu'autant que cela 
sera nécessaire à la discussion. Je n'insisterai pas non plus 
bien longuement sur les conclusions qui en résultent. Je ne 
ferai que rappeler les principaux faits qui témoignent en 
faveur de ma thèse, et je supposerai, dans le cours de mon 
argumentation, le lecteur familier avec toute la série de 
données sur laquelle elle s'appuie ; soit qu'il s'agisse des 
affinités ou de la structure anatomique des animaux, de 
leurs mœurs ou de leur distribution géographique, soit que 
je traite de l'embryologie ou de la succession des êtres 
animés à travers les âges géologiques antérieurs, ou encore 
des particularités que ces êtres ont présentées à chaque 
époque (2). A mon avis, les faits isolés et sans connexion 



(1) Je sais bien que les savants les plus éminents regardent la lâche de la 
science comme terminée dès que les rapports les plus généraux existant entre 
les phénomènes ont été établis. A quelques-uns la recherche de la cause pre- 
mière de notre existence semble chimérique, le but dépassant le pouvoir de 
l'homme; tout au moins appartiendrait-elle à la philosophie et non à la phy- 
sique. Pour d'autres, le nom de Dieu n'est pas à sa place dans un ouvrage 
scientifique ; comme si la connaissance des causes secondes constituait seule 
un objet digne de leurs investigations, et comme si la nature ne pouvait rien 
révéler de son auteur. D'autres encore ont bien, à la vérité, la conviction 
que le monde a été appelé à l'existence et est gouverné par un Dieu intelli- 
gent, mais cette conviction ils n'osent pas l'exprimer : ceux-ci, de peur qu'on 
ne suppose qu'ils partagent les préjugés du clergé ou des sectes ; ceux-là, 
parce qu'il peut être dangereux pour eux de discuter librement de telles ques- 
tions, sans s'astreindre en même temps à prendre l'Ancien Testament comme 
règle de la vaUdité de leurs conclusions. La science cependant ne peut prospérer 
que lorsqu'elle se renferme dans sa sphère légitime, et rien ne peut nuire da- 
vantage à sa dignité que des discussions pareilles à celles qui ont eu lieu à 
Gottingen, au dernier congrès de l'Association allemande des naturalistes (*), 
et à celles qui depuis lors se sont produites dans certains pamphlets où la bigo- 
terie rivalise avec les personnalités et les invectives. 

(2) Un grand nombre de questions qui n'ont été que peu étudiées jusqu'ici 
par la plupart des naturalistes, mais auxquelles j'ai depuis longues années 
consacré une attention particulière, sont présentées ici sous une forme aphoris- 



(*) Écrit en 1857. (N. T.) 



l/l DE l'espèce. 

sont de peu de valeur quand on contemple le plan d'ensemble 
de la création ; et si l'on n'envisage pas dans leur ensemble 
tous les faits fournis par l'étude des mœurs des animaux, de 
leur anatomie, de leur embryologie, de leur histoire aux 
anciens âges du globe, il est impossible d'arriver à la con- 
naissance du système naturel de la zoologie. 

Examinons donc quelques-uns de ces points d'une façon 
plus particulière. 

II 

Les types les plus diversifiés existent simultanément 
dans des conditions identiques. 

n est un fait entièrement négligé, ce me semble, par ceux 
qui admettent que l'action des causes physiques a pu aller 
jusqu'à faire naître les êtres organisés : c'est que partout 
on trouve les types d'animaux et de plantes les plus divers 
dans des circonstances identiques. La plus petite nappe 
d'eau douce, une parcelle de la plage marine, le moindre 
coin de terre, contiennent une certaine variété d'animaux 
et de plantes. Plus les limites qui peuvent être assignées à 
l'habitat primitif de ces êtres divers sont resserrées, plus 
nécessairement les conditions sous lesquelles ils sont supposés 
s'être produits et organisés sont uniformes. Or, d'une telle 

tique et comme des résultats bien établis par des recherches approfondies. Ces 
recherches n'ont pas été publiées, mais la plupart d'entre elles seront exposées 
complètement dans d'autres ouvrages (*), ou l'ont été dans un livre spécial sur 
le plan de la création (voy. L. Agassiz, On the Difference between Progres- 
sive, Embryonic , and Prophetic Types in the Succession of organised 
Beings, Proceed. 2d meeting Amer. Assoc, for the Advancement of Science, 
held at Cambridge in 18^9. Boston, 1850, 1 vol. in-8, p. 432). D'ailleurs je 
renvoie, dans des notes placées au bas des pages, aux ouvrages contenant les 
matériaux dès aujourd'hui susceptibles de servir à l'élucidation de mon sujet, 
alors même que ces matériaux y sont présentés sous un jour différent. Seule- 
ment on me pardonnera d'ajouter que, dans ces renvois, il ne me sera pas pos- 
sible de citer tous les auteurs qui ont écrit sur les différents points en considé- 
ration ; je ne mentionnerai donc quelles plus éminents et les plus instructifs. 
Je renverrai parfois aux traités élémentaires qui résument les faits, et parfois 
aussi aux mémoires originaux. 

(*) Voy. Contributions to the Nat. History of the United States por L. Ajassiz, Boston, 1857 
et suiv., iii-4. Quatre volumes ont paru. 



TYPES DIVERS DANS DES CONDITIONS IDENTIQUES. 15 

uniformité, il faudrait conclure que les mêmes causes phy- 
siques ont pu produire les effets les plus variés (1) ! Que si, 
au contraire, on accordait que ces organismes ont pu faire leur 
apparition première sur une vaste surface, on reconnaîtrait 
par cela même que les influences physiques sous lesquelles 
ils ont existé, à l'origine, n'avaient rien d'assez spécifique 
pour justifier la supposition qu'elles ont été la cause de cette 
apparition. De quelque manière donc qu'on envisage la pre- 
mière apparition sur la terre des êtres organisés, soit qu'on 
suppose qu'ils aient pris origine sur la plus petite surface, 
soit qu'on admette qu'ils se sont montrés, dès le principe, 
aux plus extrêmes limites des circonscriptions géographiques 
naturellement occupées par eux de nos jours, comme par- 
tout les animaux et les plantes présentent la diversité la 

(1) Pour apprécier toute la valeur de cette objection, il suffît de se rappeler 
combien complexes et en même temps combien localisées sont les conditions 
sous lesquelles les animaux se multiplient. L'œuf prend naissance dans un 
organe spécial, l'ovaire ; il y acquiert un certain degré d'accroissement ; après 
quoi, pour déterminer le développement ultérieur du germe, la fécondation 
devient nécessaire, c'est-à-dire l'influence d'un autre être vivant, ou tout au 
moins celle du produit d'un autre organe, le spermaire. A son tour, le germe 
traverse successivement, dans des conditions très-diverses pour des espèces 
différentes, des phases nombreuses avant de se transformer en un nouvel être 
parfait. Je le demande alors : est-il probable que les circonstances au sein 
desquelles animaux et plantes ont été originairement produits, fussent beau- 
coup plus simples ou môme aussi simples que celles nécessaires à la seule 
reproduction des êtres déjà créés? Avant que les êtres animés parussent, il avait 
dû être pourvu aux conditions qu'exige leur développement, et si, comme je le 
crois, ils ont été créés à l'état d'œuf, ces conditions étaient conformes à celles 
que réclament actuellement, à ce même état, les représentants vivants des types 
produits à l'origine. Si l'on suppose que les êtres organisés ont été mis au 
monde à un degré de vie plus avancé, la difficulté devient plus grande encore. 
H ne faut q\i'un instant de réflexion pour s'en convaincre, pour peu surtout 
qu'on se souvienne d ; quelle structure compliquée étaient doués quelques-uns 
des animaux connus pour avoir été an nombre des premiers habitants du globe. 
Quand on étudie ce problème de l'apparition première des animaux et des 
jilantes, il est très-important de ne tenir compte que des probabilités ou môme, 
plus simplement encore, des possibilités ; or, pour ce qui est des premiers- 
nés au moins, la doctrine de la transmutation ne fournit aucune explication 
de leur existence. 

Pour chacune des espèces ayant fait partie de la première faune ou de la 
première flore qui ont existé sur la terre, il a dû, par conséquent, être pourvu 
aux rapports spéciaux, aux dispositions spéciales. Ce qui eût alors convenu 
pour l'une aurait été impropre à l'autre, si bien que, l'existence de la première 
excluant celle de la seconde, elles ne peuvent pas avoir pris origine sur le 
même point ; et, sur une surlace plus étendue, les agents physiques ont un 



16 DE L'espèce. 

plus extraordinairemenl, étendue, il est bien évident que les 
agents physiques au milieu desquels ils subsistent ne peuvent 
pas logiquement être regardés comme la cause de cette 
variété. A ce point de vue comme à tout autre, quand nous 
considérons quelles sont les relations que les animaux et les 
plantes entretiennent, soit entre eux, soit avec les circon- 
stances au milieu desquelles ils vivent, nous sommes inévi- 
tablement conduits à chercher au delà des faits matériels 
l'explication de leur existence. Ceux qui ont envisagé ce 
sujet différemment ont pris l'action et la réaction qui par- 
tout existent entre les êtres organisés et les influences phy- 
siques au sein desquelles (1) ils vivent pour un rapport 
génésique ou de causalité. Ils ont même poussé l'erreur 

mode d'action trop uniforme pour avoir pu fonder des différences spécifiques 
aussi nombreuses que celles qui ont existé parmi les premiers habitants de 
notre globe. 

Le terme de nos recherches, quant à la reproduction et à la multiplication 
des animaux, c'est l'œuf incontestablement. Nous savons que jamais il ne se 
forme d'œuf librement, mais que ce point de départ de tout être nouveau est 
le produit d'nn organisme spécial ; c'est-à-dire qu'il suppose l'existence d'un 
parent. Notre science ne va pas au delà. C'est seulement dans les limites ainsi 
posées que nous pouvons discuter la question de reproduction. Pour ce qui est 
du mode d'origine des êtres organisés lors de leur apparition première, il est 
évident que la science ne nous fournit encore aucune donnée précise, et si je 
me suis aventuré à dire que le point de départ le plus simple me paraissait être 
l'œuf, c'est par analogie avec ce qui a lieu lors de la reproduction. Il semble, 
en effet, naturel que la condition préalable nécessaire à la reproduction d'un 
nouvel être soit envisagée comme une des conditions préalables nécessaires à 
sa première apparition ; et lorsque nous voyons tous les nouveaux êtres orga- 
nisés appartenant à des types existants commencer par un œuf, il semble légi- 
time de supposer aussi que l'œuf a été le point de départ de l'espèce à son 
origine. S'il est incontestable que, pour la reproduction, un parent soit néces- 
saire à la production d'un œuf, jusqu'à ce qu'il ait été démontré que l'être pri- 
mitif s'est formé autrement, je ne puis m'empêcher de m'arrêter, dans l'état 
actuel de nos connaissances, à l'idée d'un œuf primitif ayant pour parent un 
acte de création. 

Ainsi voilà le cas le plus simple auquel nous puissions être conduits, si nous 
nous en tenons scrupuleusement à l'étude des faits ! Or, même ce cas le plus 
simple est fort complexe ; il a des dépendances nombreuses et étendues dont il 
nous est impossible de concevoir qu'il soit isolé. Notre perplexité et notre em- 
barras demeurent donc les mêmes. Que serait-ce si nous admettions, comme 
le font certaines théories, des conditions bien plus nombreuses et bien plus 
compliquées, des dépendances multiples, des agents inharmoniques, etc. ? Et 
cependant les auteurs de ces théories n'en sont pas le moins du monde embar- 
rassés. 

(1) Voyez plus loin, section xvi. 



TYPES DIVERS DANS DES CONDITIONS IDENTIQUES. 17 

assez loin pour affirmer que ces influences multiples pou- 
vaient réellement aller jusqu'à produire des organismes 
vivants, sans s'apercevoir combien l'efl'et était hors de pro- 
portion avec la cause, et sans songer que l'action elle-même 
des agents physiques sur les êtres organisés suppose l'exis- 
tence préalable de ceux-ci (1). 

Il y a eu, tous les géologues le reconnaissent (2), dans 
l'histoire de la terre, une certaine période à laquelle aucun 
animal n'existait encore, bien que, dans ce temps-là, la con- 
stitution matérielle de notre globe et les forces physiques 

(1) Un examen critique de ce point dissipera en grande partie la confusion 
qui règne dans les discussions relatives à rinfluence des causes physiques sur 
les êtres. organisés. Qu'il existe des rapports définis entre les animaux, les 
végétaux et les milieux dans lesquels ils vivent, aucun de ceux à qui les phé- 
nomènes du monde organique sont connus n'en peut douter. Que ces milieux 
et tous les agents physiques à l'œuvre dans la nature exercent une certaine 
influence sur les êtres organisés, c'est tout aussi évident. Mais avant qu'une 
telle action pût avoir lieu et se faire sentir, il a fallu que les êtres organisés 
existassent. Le problème posé renferme donc deux questions : 1° l'influence 
des agents physiques sur les animaux et les plantes déjà existant ; 2" l'origine 
de ces êtres. Quand on a reconnu l'influence de ces agents sur les êtres or- 
ganisés aussi loin et aussi profondément qu'il est possible de la constater 
(voyez sect, xvi), il reste toujours la question d'origine, sur laquelle nul débat, 
nulle observation n'a encore fait la lumière. Pour certaines personnes, les 
organismes ont spontanément pris naissance sous l'action immédiate des forces 
physiques et se sont successivement et de plus en plus divorsifiôs, grâce aux 
changements graduellement produits en eux par ces mêmes forces. Selon d'au- 
tres, Dieu a institué, à l'origine des choses, les lois qui régissent la nature, 
et de l'activité de ces lois sont résultés les êtres vivants. Pour d'autres encore, 
ces êtres doivent naissance à l'intervention immédiate d'un Créateur intelli- 
gent. Les paragraphes suivants ont pour objet de démontrer qu'il n'y a pas, dans 
la nature, de lois ou de forces connues des physiciens à l'influence et à l'action 
desquelles puisse être rapportée l'origine des êtres organisés ; qu'au contraire, 
la véritable nature de ces êtres, leurs rapports, soit entre eux, soit avec le 
monde ambiant, révèlent une pensée, et ne peuvent conséquemment être 
attribués qu'à l'action immédiate d'un être pensant, bien que la manière dont 
ils ont été appelés à l'existence demeure, pour l'heure présente, un mystère. 

(2) Un petit nombre de géologues seulement inclinent encore à croire que 
le» couches les |)lus inférieures où soient rencontrés les fossiles ne sont cepen- 
dant pas les dépôts le plus anciennement formés depuis l'apparition des êtres 
organisés. Mais ceux-là môme qui supposent qu'on pourra découvrir, au-des- 
sous de ces dépôts fossilifères, d'autres couches fossilifères plus ancienne?, ou 
qui croient à la destruction, par les agents plutoniques, des fossiles des ter- 
rains inférieurs {Powell's Essays, etc., p. 424) ; ceux-là même, dis-je, doivent 
reconnaître que, à la plus grande profondeur où les fossiles aient été trouvés, on 
a rencontré des organismes extrêmement divers (voyez section vu). De plus, il y 
a entre les plus anciens fossiles découverts dans les différentes parties du glohe 

ACASSIZ, 2 



18 DE l'espèce. 

à l'action desquelles il est soumis fussent absolument les 
mêmes qu'aujourd'hui (1). Ce seul fait suffirait à prouver 
que les forces de la matière étaient impuissantes à produire 
au jour un être vivant quelconque. 

Les physiciens ont de ces forces une connaissance incon- 
testablement plus complète que les naturahstes qui rappor- 
tent aux agents physiques l'origine de l'organisation et de la 
vie. Eh bien, demandons aux physiciens si la nature de ces 
agents n'est pas spécifique, si leur mode d'action n'est pas 
spécifique? Tous répondront par l'affirmative. Demandons- 
leur encore si, dans l'état actuel de nos connaissances, il est 
admissible que les forces physiques aient produit, à une 
époque quelconque, quelque chose qu'elles ne dussent pas 
produire plus longtemps, et s'il est probable que ce quelque 
chose ait été les êtres organisés? Ou je me trompe fort, 
ou les maîtres dans cette branche de la science répondronl 
unanimement : Rien de cela n'est possible. 

Non, la corrélation existant entre les êtres animés et les 
circonstances ambiantes est de tel caractère qu'elle révèh 
une pensée (2) . Force nous est donc de regarder ces rap- 
ports comme établis, déterminés, réglés par un être pensant. 
Ils ont dû être fixés, pour chaque espèce, dès l'origine, ei 
leur persistance à travers toutes les générations qui se soni 
succédé (3) est une preuve nouvelle que les relations dei 
individus entre eux (4), celles de genre, celles de famille 
celles enfin des degrés d'affinité supérieurs (5) n'ont pas ét( 
déterminées avec moins de rigueur que celles qui s'obser- 
vent entre les animaux et le monde environnant. Ce n'es 



une telle similitude de caractères, qu'on ne peut plus douter, à mon avis, qui 
nous n'ayons la connaissance positive des types primordiaux du règne animal 
Cette conclusion me semble confirmée par cet autre fait^ que partout, au-des 
sous des couches fossilifères les plus anciennes, on trouve d'autres couche 
•tratifiées dans lesquelles il est impossible de découvrir même la trace d'être 
organisés. 

(1) Voyez ci-après, section xxï. 

(2) Voyez ci-après, section xvi. 

(3) Voyez ci-après, section XV. 

(4) Voyez ci-après^ section xvii. 

(5) Voyez ci-après, section vi. 



TYPES DIVERS DANS DES CONDITIONS IDENTIQUES. 19 

donc pas seulement dans ce dernier ordre de rapports que 
la pensée éclate, mais d'autres pensées se manifestent en- 
core qui embrassent à la fois, dans l'ensemble et dans les 
détails, chacun des caractères de chacune des espèces. 

A l'appui de cet argument on peut invoquer tous les faits 
relatifs à la distribution géographique des animaux et des 
plantes, et en particulier le caractère de toutes les faunes et 
de toutes les flores répandues à la surface du globe. Il faut 
lire les ouvrages spéciaux sur la botanique ou la zoologie de 
contrées différentes, ou les traités particuliers sur la distribu- 
tion géographique des êtres animés, pour se faire une idée 
de l'extrême variété des animaux et des plantes qui vivent 
ensemble dans une même région (1). Je ne veux pas entrer 
dans de plus longs détails sur ce sujet ; il sera traité plus 
complètement dans une des sections suivantes (2). 

Mais, objectera-t-on peut-être , certains animaux qui 
vivent dans des conditions exceptionnelles offrent des parti- 
cularités de structure qui semblent le résultat de ces condi- 
tions : ainsi le Poisson aveugle, l'Écrevisse aveugle et les 
Insectes aveugles (3) de la caverne du Mammouth, dans le 
Kentucky, fournissent un témoignage incontestable de l'in- 
fluence immédiate de conditions exceptionnelles sur l'organe 

(1) Schmarda, Die Geographische Verbreilung der Thiere, 3 vol, in-8". 
Wien, 1853. — W. Swainson, A Treatise on the Geography and Classifica- 
ticn of Animals. London, 1835, in-12. — E. A. G. Zimmermann, Specimen 
zoologiœ geographicœ, Quadrupedum domicilia el migrationcs slsteus. Lug- 
duni IJalavorum, 1777, m-li°, — Humboldt, Essai sur la géographie des 
plantes, in-li". Paris, 1805; et Ansichten der Natur, 3" édition, itt-12. 
Stuttgart et Tiibingen, 1849. — Robert Brown, General Bemarks on the 
Botany of Terra Australis. London, 1814. — Schouw, Grundziige einer 
allf/emeinen Pflansengcographie, avec atlas in-folio, Berlin, 1823. — Alph. de 
Caiidolle, Géographie botanique raisonnée, 2 vol. in-8". Paris, 1855. — On 
tr( iivcra plus loin, section ix, des renvois aux ouvrages spéciaux. 

(2) Voyez plus loin, section IX. 

(:i) Jcf. Wynian, Description of a blind Fish from a cave In Kentucky, 
dans Silliman's Journal, 1843, vol. XLV, p. 94, et 1854, vol. XVII, p. 258. 
— 111. G. Tellkampf, Ueber den blinden Fish der MammulhhOhle des Ken- 
;, dans les Archives de Millier, 1844, p. 381. — Th. G. Tellkampf, 
hreibung einiger neuer in der Mammuthhôhlo aufgefundener Gatlungen 
von Gliederthicren, dans les Archives de Wiegmann, 1844, vol.l, p. 318. — 
L. Agassiz, Observations on the blind Fish of the Mammoth cave, dans Ic 
' fiaideSt'iimon, 1851, vol. XI, p. 127. 



2b DE L'espèce. 

de la vision. S'il en est ainsi, dirai-je à mon tour, comment 
se fait-il que ce poisson remarquable, X Amblyopsis spelœus ^ 
ait des affinités même éloignées avec les autres poissons? 
La somme des influences qui sont intervenues dans la pro- 
duction de ce poisson aveugle aurait-elle été capable d'ima- 
giner cette combinaison de dispositions structurales com- 
munes à ce poisson et à tous les autres et de particularités 
le distinguant au contraire d'eux tous? L'existence d'un 
œil rudimentaire, découvert par le docteur J. Wyman dans 
le poisson aveugle, ne prouve-t-elle pas plutôt que cet ani- 
mal, comme tous les autres, a été créé, avec tous ses carac- 
tères particuliers, par le fiat du Tout-Puissant, et que ce 
rudiment d'œil lui a été laissé comme réminiscence du plan 
général de structure sur lequel est construit le grand type 
auquel il appartient? Peut-être un de ces naturalistes qui 
savent ainsi, mieux que les physiciens, ce que peuvent pro- 
duire les forces physiques, qui savent ce qu'elles ont pro- 
duit, qui savent qu'elles ont produit des êtres organisés, 
nous expliquera-t-il pourquoi les grottes souterraines de 
l'Amérique donnent naissance à des Poissons aveugles, des 
Crustacés et des Insectes aveugles, tandis que celles de l'Eu- 
rope mettent au monde des Batraciens à peu près aveugles? 
Si aucune pensée n'a présidé à ces choses, pourquoi donc 
le Proteus angninus, vrai batracien, forme-t-il, avec un cer- 
tain nombre d'autres Batraciens du Nord-Amérique et du 
Japon, une des séries les plus naturelles que l'on connaisse 
dans le règne animal, et dans laquelle chaque membre 
constitue un degré distinct de l'échelle (4)? 

Nous voilà débarrassés de l'idée fausse qu'il puisse exis- 
ter un rapport génésique quelconque entre les forces brutes 
et les êtres organisés. Il nous reste maintenant à parcourir 
un vaste champ pour déterminer entre les premières et les 
seconds, dans toute leur étendue et dans leurs limites vraies, 
les relations véritables (2). Une simple allusion au mode de 



(1) Voyez plus loin, section xii. 

(2) Voyez plus loin, section xvi. 



TYPES IDENTIQUES DANS DES CONDITIONS DIVERSES. 21 

I respiration propre aux divers types d'animaux et aux or- 
' ganes locomoteurs, qui sont plus particulièrement affectés 
' par les circonstances de ce mode, suffira pour rappeler aux 
1 naturalistes l'importance extrême qu'a pour la classification 
î la structure de ces parties. Ils conviendront que l'on com- 
prendrait mieux leurs explications, si les différences de struc- 
ture que présentent les organes étaient étudiées au point de 
vue strict de leur corrélation directe avec le monde au sein 
duquel les animaux se meuvent et respirent. N'aurions-nous 
pas dû cesser depuis longtemps d'appeler du même nom 
d'ailes et de pattes des appendices locomoteurs aussi diffé- 
rents que ceux des Oiseaux et des Insectes? Continuerons- 
nous à appeler poumons les cavités respiratoires des li- 
maces, tout comme les voies aériennes des Mammifères, des 
Oiseaux et des Reptiles? Une grande réforme est indispen- 
sable dans cette partie de notre science, et aucune étude ne 
peut mieux nous y préparer que la recherche des dépen- 
dances mutuelles de la structure des animaux et des condi- 
tions dans lesquelles ils vivent. 



III 



On retrouve des types identiques dans les circonstance» 
les plus différentes. 

Autant la diversité des animaux et des plantes qui vivent 
dans des circonstances physiques identiques démontre que 
les êtres organisés sont, quant à l'origine, indépendants 
du milieu dans lequel ils résident, autant cette indépen- 
dance devient de nouveau évidente quand on considère 
que des types identiques se rencontrent, partout, dans les 
conditions les plus variées. Qu'on réunisse toutes ces in- 
fluences diverses, toutes les conditions d'existence, sous l'ap- 
pellation commune d'influences cosmiques, de causes phy- 
siques ou de chmats, dans la plus large acception du mot, 
on découvrira toujours à cet égard des différences extrêmes 



S3 DE l'espèce. 

à la surface du globe. Cependant on voit vivre ensemble 
normalement, sous leur action, les types les plus semblable 
ou même des types identiques (je prends ici cette expressioi 
de hjpes dans toutes ses acceptions les plus variées). Il n'y i 
aucune diflerence de structure entre les Harengs de la zoi 
arctique et ceux de la zone tempérée, ceux des tropiques 
ceux des régions antarctiques. Il n'y en a pas davantage 
entre les Renards et les Loups des parties du globe le moins 
voisines (1). Et d'ailleurs, quand il y en aurait une, quand 
on exagérerait l'importance des différences spécifiques qu'il 
y a entre ces animaux, pourrait-on montrer entre ces dif- 
férences et les influences cosmiques un rapport quelconque 
qui rendît compte en même temps de l'indépendance de 
leur conformation générale? En d'autres termes, comment 
admettre que ces causes produisent des différences dans l'es- 
pèce, et en même temps déterminent l'identité dans le genre, 
l'identité dans la famille, l'identité dans l'ordre, dans la 
classe, dans l'embranchement? Identité dans tout ce que la 
structure animale a de réellement important, de dominant, 
de compliqué, voilà d'une part ce qui résulterait de l'action 
des causes les plus diverses -, diversité dans les choses d'un 
ordre très-secondaire, voilà d'autre part ce qu'auraient dé- 
terminé ces mêmes causes physiques extrêmement diverses 
auxquelles les animaux devraient l'existence. Quelle logique ! 
Tout cela n'atteste-t-il pas au contraire que les êtres 
organisés manifestent la plus surprenante indépendance 
à l'égard des forces physiques au miheu desquelles ils 
vivent, une indépendance si entière, qu'il est impossible de 
l'attribuer à une autre cause qu'à une Puissance suprême, 
gouvernant à la fois les forces physiques et l'existence des 
animaux et des végétaux, et maintenant entre les unes et les 
autres un rapport harmonique, par une adaptation réci- 
proque dans laquelle on ne saurait voir ni une cause ni 
un effet? 

(1) Je pourrais citer une infinité d'autres exemples que tous les naturalistes 
de profession auront présents à l'esprit ; mais ceux que je viens de mentionner 
suffisent. 



UNITÉ DE PLAN DANS DES TYPES DIVERS. 23 

Quand les .naturalistes ont voulu déterminer quelle in- 
fluence les causes physiques ont sur les êtres vivants, ils ont 
constamment méconnu le fait, que les modifications prove- 
nant de celte influence sont seulement d'une importance 
secondaire pour la vie des animaux, et n'affectent ni le 
plan général ni les complications diverses de la structure. 
Quelles sont les parties du corps qui soient véritablement 
affectées à un degré quelconque par les influences exté- 
rieures? Ce sont principalement celles qui sont en con- 
tact immédiat avec le monde extérieur, comme la peau, et 
dans la peau les couches superficielles, la coloration, l'épais- 
seur de la fourrure, le pelage, les plumes, les écailles, ou 
encore la taille et le volume du corps, en tant qu'ils dépen- 
dent de la quantité et de la quahté de l'aHment, l'épaisseur du 
test des Mollusques, suivant que ceux-ci vivent dans des eaux 
ou sur un terrain plus ou moins riche en calcaire, etc. La 
rapidité ou la lenteur de la croissance sont aussi influencées 
dans une certaine mesure par les variations des saisons dans 
des années différentes; de même la fécondité, la durée de la 
vie, etc. Mais tout cela n'a rien à voir avec les caractères 
essentiels des animaux. 

Il y aurait à écrire un volume sur l'indépendance où sont 
les êtres organisés vis-à-vis des agents physiques. Presque 
tout ce qu'on attribue généralement à l'influence de ces der- 
niers doit être regardé comme une simple corrélation entre 
eux et les animaux, résultant du plan général de la création. 



IV 

Unité de plan dans des types d'ailleurs profondément divers. 

Rien dans le règne organique n'est de nature à nous im- 
pressionner autant que l'unité de plan qui apparaît dans la 
structure des types les plus divers. D'un pôle à l'autre 
pôle, sous tous les méridiens, les Mammifères, les Oiseaux, 
les Reptiles, les Poissons, révèlent un seul et même plan de 



24 DE l'espèce. 

Structure (J). Ce plan dénote des conceptions abstraites de 
l'ordre le plus élevé ; il dépasse de bien loin les plus vastes 
généralisations de l'esprit humain, et il a fallu les recherches 
les plus laborieuses pour que l'homme parvînt seulement à 
s'en faire une idée. D'autres plans non moins merveilleux se 
découvrent dans les Articulés, les Mollusques, les Rayon- 
nés (2), et dans les divers types des plantes (3). Et cepen- 
dant ce rapport logique, cette admirable harmonie, cette 
infinie variété dans l'unité, voilà ce qu'on nous représente 
comme le résultat de forces à qui n'appartiennent ni la 
moindre parcelle d'intelligence, ni la faculté de penser, ni 
le pouvoir de combiner, ni la notion du temps et de l'es- 
pace! Si quelque chose peut placer, dans la nature, l'homme 

(1) Consultez sur ce point : Lor. Oken, Ueber die Bedeulung der Schddel 
Knochen. Francfort, 1807, brochure m-!i°. — J. B. Spix, Cephalogenenis, 
sive capitis ossei structura, formatio et signiflcatio. Munich, 1815, in-folio. — 
Et. Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique. Paris, 1818-1823, 2 vol. 
in-S" ; et plusieurs mémoires dans les ^nnaZes des sciences naturelles el\es 
Mémoires du Muséum, etc. — G. G. Carus, Fon den Ur.-Theilen des Knochen 
und Schalengeriisles. Leipzig, 1828, in-foiio. — R. Owen, On the Archetype 
and Homologies of the Vertebrate Skeleton. London, 1848, in-S"*. 

(2) Lor. Oken, Lehrbuch der Naturphilosophie. lena, 1809-1811, 3 vol. 
in-8". En anglais : Elements of Physio-philosophy [Ray Society, London, 
1847, in-8°). — G. Cuvier. Sur un nouveau rapprochement à établir entre 
les classes qui composent le règne animal (Annales du Muséum, vol. XIX, 
1812). — J. G. Savigny, Mémoires sur les animaux sar-s vertèbres. Paris, 
1816, in-S". — G. £. von Baer, Ueber Entwickelungsgeschichle der Thiere. 
Konigsberg, 1828, in-4'\ — R. Leukardt, Ueber die Mot'phologie und die 
VerwandtschaftsverhnUnisse der wirbellosen Thiere. Brunswick, 1848, in-8". 
— L. Agassiz, Twelve Lectures on comparative Embryology. Boston, 
1849, in-S". — On Animal Morphology, dans Proc. Amer. Assoc, for the 
advanc, of Science. Boston, 1850, in-8", p. 411. J'appelle particulièrement 
l'attention sur ce mémoire, qui se rapporte directement au sujet traité dans ce 
chapitre. — V. Garus, System der thierischen Morphologie, Leipzig, 1853, 
in-8. — J. Miiller, Ueber den Bau der Echinodermen, dans Akad. J. Wiss. 
Berlin, 1854, in-4". 

(3) J. W. Gothe, Zur Nalurwissenschaft Uberhaupt, besonders zur Mor- 
phologie. Stuttgart, 1817-1824,2 vol. in-8. En français : OEurres d'his- 
toire naturelle, comprenant divers mémoires d'anatomie comparée, de bota- 
nique et de géologie, traduits et annotés par Ch. Fr. Martins. Paris, 1837, 
in-S", avec atlas in-folio. — A. P. de Gandolle, Organographie végétale. 
Paris, 1827, 2 vol. in-8°. — Al. Braun, Vergleicheni/e Vnlersuchung iiber die 
Ordnung der Schuppen an den Tannenzapfen, als Einleitung zur Unter- 
suchung der Blattstellung iib<;rhaupt, dans Acta nova Acad. nat. curios., 
vol. XV, 1829. — Das Individuum der Pflanze, dans Akad. d. Wiss. Berlin, 
1853, in-4». 



CONFORMITÉS DE STRUCTURE. 25 

au-dessus des autres êtres, c'est précisément le fait qu'il 
possède ces nobles attributs. Sans ces dons, portés à un très- 
haut degré d'excellence et de perfection, aucun des traits 
généraux d'affinité qui unissent les grands types du règne 
animal ou du régne végétal ne pourrait être ni perçu ni 
compris. Comment donc ces rapports auraient-ils pu être 
imaginés, si ce n'est à l'aide de facultés analogues? Si toutes 
ces relations dépassent la portée de la puissance intellec- 
tuelle de l'homme, si l'homme lui-môme n'est qu'une partie, 
un fragment du système total, comment ce système aurait-il 
été appelé à l'être, s'il n'y a pas une Intelligence suprême 
auteur de toutes choses? 



Correspondance dans les détails de la structure chez des 
animaux entre lesquels il n'existe d'ailleurs aucun lien. 

Dans les dix premières années de ce siècle, les naturalistes 
commencèrent à étudier, chez les animaux, certains rapports 
qui avaient presque entièrement échappé à l'attention de 
leurs prédécesseurs. Quoique Aristote eût déjà reconnu que 
les écailles des Poissons correspondent aux plumes des 
Oiseaux (1), c'est seulement de nos jours que les anatomistes 
ont découvert la complète analogie qu'il y a entre toutes les 
parties de tous les animaux appartenant à un même type, 
quelque différentes que ces parties puissent paraître à pre- 
mière vue. Non-seulement l'aile de l'Oiseau est, quant à la 
structure, identique avec le bras de l'homme ou le membre 
antérieur d'un quadrupède, et elle correspond rigoureuse- 
ment à la nageoire de la Baleine et à la nageoire pectorale 
d'un Poisson, mais encore tous ces organes correspondent 

(I) Aristote, Ilisloria animalium, lib. I, cap. 1, sect, iv : c -j-âo vi d'pviOt 
UTëfov, TOUTS h i/vji iaTiAir:U. — Cf. encore les ouvrages auxquels il est 
renvoyé sect, iv, notes 1 et 2, et les nombreux traités, notices et mémoires 
auxquels leurs auteurs renvoient eux-mêmes. Le nombre en est trop considé- 
rable pour qu'on les cite. 



26 DE l'espèce. 

de la même manière aux extrémités postérieures. Une con- 
formité organique non moins remarquable s'observe entre 
la boîte solide du crâne, les os immobiles de la face, la 
mâchoire inférieure de l'homme et des autres Mammifères 
et la structure de la charpente osseuse de la tête chez les 
Oiseaux, les Lézards, les Grenouilles et les Poissons. Mais 
cette correspondance n'est pas limitée au squelette. Chacun 
des autres systèmes d'organes montre, chez ces animaux, la 
même corrélation, la même identité, eu égard au plan de 
structure, quelles que soient d'ailleurs les différences dans 
la forme ou le nombre des parties et même dans leurs fonc- 
tions. Cette conformité dans la structure des animaux est 
ce qu'on appelle homologies elle est plus ou moins grande, 
suivant que les animaux dans lesquels on la cherche sont 
plus ou moins voisins les uns des autres. 

La même correspondance existe entre les différents sys- 
tèmes et leurs parties chez les Articulés, chez les Mollusques 
et chez les Rayonnes, à cela près que leur structure est 
respectivement fondée sur des plans différents; mais dans 
ces trois nouveaux types, les homologies n'ont point encore 
été étudiées aussi minutieusement que chez les Vertébrés. 11 
y a par conséquent, dans ces embranchements si curieux du 
règne animal, un vaste champ ouvert aux recherches. Même 
ainsi, de ce qui a été fait dans cette partie de la science, il 
ressort bien évidemment que l'identité de structure ne 
s'étend pas à l'ensemble des quatre embranchements du 
régne, et que, au contraire, chacun de ces grands types est 
construit sur un plan distinct, tellement spécial, que les homo- 
logies ne s'étendent pas d'un type à un autre et sont stricte- 
ment restreintes dans le cercle de chacun d'eux. Les plus 
lointaines ressemblances qu'on puisse établir entre les repré- 
sentants des embranchements différents sont fondées sur 
l'analogie (1) et non sur l'affmité. Tandis, par exemple, que 
la tête des Poissons présente l'homologie la plus frappante 



(1) Yoy. W. Swainson, On the Geography and Classipcation of Animals, 
London, 1855, in.l2, p. 129, où ce point est parfaiiement discuté. 



HOMOLOGIE ET ANALOGIE. 27 

avec celle des Reptiles, celle des Oiseaux et celle des Mammi- 
fères, aussi bien dans Tenserable que dans les parties, la tête 
des Articulés leur est seulement analogue, soit dans le tout, 
! soit dans les détails. Ce que l'on appelle communément la tête 
' chez les Insectes n'est pas une cavité distincte, destinée à 
loger l'encéphale et séparée de celles qui, au-dessous du cou, 
constituent le thorax et l'abdomen. L'enveloppe solide n'en est 
pas formée par les parties d'un squelette intérieur recouvert 
par les chairs; mais elle est composée d'anneaux extérieurs 
semblables à ceux dont est fait le tronc et soudés ensemble. 
Elle ne renferme qu'une seule cavité, qui contient à la fois 
le ganglion céphalique, les organes buccaux et les muscles 
de la tête. On en peut dire autant de la poitrine, des pattes, 
des ailes, de l'abdomen et des parties qui y sont contenues. 
Le ganglion céphalique n'est pas l'homologue du cerveau; 
les organes des sens ne sont pas non plus les homologues de 
ceux des Vertébrés, bien qu'ils remplissent les mêmes 
fonctions. Le canal alimentaire ne se forme pas de la même 
manière dans les embryons des deux types, non plus que les 
organes respiratoires. En un mot, identifier ces appareils 
serait forcer la nature, tout autant que si l'on s'obstinait à 
regarder les branchies comme homologues aux poumons 
depuis que l'embryologie nous a appris que, à différentes 
phases du développement des Vertébrés, ces deux sortes d'or- 
ganes respiratoires existent simultanément chez ces êtres, 
mais avec des connexions organiques tout à fait différentes. 
Ce qui est vrai de l'embranchement des Articulés comparé 
à celui des Vertébrés est également vrai des Mollusques et 
des Rayonnes comparés entre eux ou à l'un des deux types 
précédents ; on peut aisément s'en convaincre par un examen 
attentif des correspondances que présente leur structure dans 
ces limites. Cette différence dans les caractères fondamen- 
taux de la structure, chez les quatre embranchements du règne 
animal, fait ressortir la nécessité d'une réforme radicale dans 
la nomenclature de l'anatomie comparée (1). Quelques natu- 

(1) Voy. L. Agassiz, On the Slruclure and Homologies of radiated Animals, 



28 DE l'espèce. 

ralistes ont néanmoins déjà poussé le parallèle entre la struc- 
ture des animaux bien au delà des limites assignées par la 
nature, et s'efforcent de démontrer que toutes les confor-^ 
mations sont susceptibles d'être ramenées à une norme 
unique. Ils soutiennent, par exemple, qu'il n'y a pas un os 
chez un Vertébré quelconque qui n'ait son équivalent dans 
une autre espèce de ce type. Supposer une aussi grande con- 
formité chez les animaux, c'est, en définitive, refuser au^ 
Créateur, dans l'expression de sa pensée, une liberté dont 
jouit l'homme lui-môme. 

S'il est vrai que, comme on vient de le dire, tous les ani- 
maux soient construits sur quatre plans divers de structure, de 
telle sorte que toutes les différentes espèces d'animaux soient 
simplement autant d'expressions variées de ces formules 
fondamentales, on peut comparer le règne animal tout en- ■ 
tier à un livre consacré au développement de quatre idées 
mères. Entre ces quatre grandes idées le seul lien, le seul 
rapport, c'est l'unité résultant de ce que toutes quatre com- 
mencent par s'incorporer, sous une forme embryonnaire, 
dans un œuf à l'intérieur duquel se produisent les mani- 
festations les plus diverses ; après cela, au terme de la 
série des transformations, apparaît enfin la merveilleuse 
variété d'êtres animés indépendants qui peuplent notre 
globe, ou qui l'ont habité depuis que la vie existe à sa sur- 
face. 

Toutefois le trait le plus surprenant du règne animal me 
paraît consister non dans la diversité, non dans la complica- 
tion, aux degrés les plus variés, de la structure, non dans la 
très-grande affinité qui s'observe entre quelques-uns de ses 
représentants, tandis que d'autres sont au contraire tout à fait 
différents, non encore dans les relations multiples que tous 
les animaux entretiennent, soit entre eux, soit avec le monde 
ambiant, mais bien dans cette circonstance que des êtres 
doués d'attributs si diversifiés n'en constituent pas moins un 

tvilh reference lo the syslemalic position of the hydroid Polypi {Proceed, of the 
Amer. Assoc, for the advanc. of Science for 1849, Boston, 1850, 1 vol. iii-S», 
p. 389). 



DEGRÉS ET CAtÉGOhiES d'AFPINITÊS. 29 

.'iisemble harmonique dont toutes les parties ont entre elles 
un lien intelligible. 



VI 

Il y a entre les animaux des affinités de degrés différents 
et de sortes diverses. 

Les degrés d'alliance existant entre animaux différents sont 
très-divers. Il n'y a pas alliance seulement entre les repré- 
sentants d'une même espèce offrant, comme tels, la plus en- 
tière ressemblance les uns avec les autres ; des espèces diffé- 
rentes sont alliées comme appartenant au même' genre; les 
représentants de genres différents peuvent faire partie de la 
même famille ; des familles diverses peuvent ne constituer 
qu'un ordre unique; plusieurs ordres se rangeront dans une 
classe commune, et plusieurs classes formeront, en se réu- 
nissant, un seul embranchement. L'existence de plusieurs 
degrés divers d'affmités entre des animaux ou des plantes de 
l'un à l'autre desquels il n'y a pas le plus faible enchaîne- 
ment généalogique, qui vivent dans les parties du monde les 
plus éloignées, qui ont vécu à des périodes géologiques 
depuis longtemps écoulées, est, au moins dans de certaines 
limites, un fait hors de conteste et sur lequel les bons obser- 
vateurs sont désormais d'accord. A quoi attribuer ces affi- 
nités? Les forces physiques en activité sur le globe possé- 
deraient-elles donc une telle ténacité de mémoire, que, un 
type ayant été une fois réalisé au premier âge de la terre sui- 
vant un certain modèle, ce modèle devînt dès lors inhérent 
à ces forces, et, quelques variations qu'éprouvassent celles-ci, 
dût nécessairement servir, à une autre période, pour la repro- 
duction d'un type semblable; et ainsi de suite à toutes les 
époques jusqu'à la période où l'état de choses actuel s'est 
établi (1)? Ce nombre infini de nouveaux animaux et de nou- 



(1) Au fond, je ne l'ignore pas, dans l'idée de ceux qui font découler l'in- 
finie variété des animaux d'une époque postérieure de cliangements survenus 
chez les êtres d'une époque antérieure, jl y a une supposition qui pourrait 



30 DE l'espèce. 

velles plantes qui couvrent aujourd'hui la surface du globe 
furent ainsi coulés dans leurs quatre moules, de manière à 
présenter toujours, malgré la complexité de leurs rapports 
avec le monde ambiant, toutes ces relations générales si pro- 
fondément établies, d'où résultent les différents degrés d'af- 
finités qu'il est facile de constater entre tous les représen- 
tants d'un même type? A quoi cela ressemble-t-il davantage? 
Au travail de forces aveugles, ou à la création d'un esprit 
instituant, après réflexion et de propos délibéré, toutes les 
catégories d'existence qui se reconnaissent dans la nature, 
les combinant en cette admirable harmonie qui fait du tout 
un système tellement parfait, qu'en démêler seulement l'or- 
donnance, même avec toutes les imperfections d'une inter- 
prétation, nous semble encore l'acte le plus accompli du 
génie dans toute sa force ? 

A mes yeux, rien ne démontre plus directement et plus 
absolument l'action d'un esprit réfléchi que toutes ces caté- 
gories sur lesquelles les espèces, les genres, les familles, les 
ordres, les classes, les embranchements sont fondés dans la 
nature; rien n'indique plus évidemment une longue consi- 
dération du sujet que la manifestation réelle et matérielle de 
toutes ces choses par une succession d'individus dont la vie 
est limitée, dans le temps, à une durée relativement très- 
courte. La grande merveille de toutes ces relations consiste 
dans le caractère fugitif de toutes les parties de cette har- 
monie compliquée. Tandis que l'espèce persiste durant de 
longues périodes, les individus qui la représentent changent 

rendre compte de ces affinités, si cette supposition était autre chose qu'hypo- 
thèse pure. D'après leur théorie, ces ressemblances seraient le résultat de 
l'hérédité, et tous les degrés d'affinités auraient pour cause l'hérédité incom- 
plète accompagnée d'une modification. Mais aussi longtemps que les animaux 
descendant les uns des autres reproduiront intégralement les caractères essen- 
tiels de leurs parents ; aussi longtemps que le fait de la reproduction ne sera 
pas accompagné de la perte de certains caractères ; aussi longtemps que sub- 
sistera le fait géologique bien coimu de tous les paléontologistes, à savoir que, 
pendant de longues périodes, les êtres organisés d'une époque quelconque con- 
servent tous leurs caractères et sont tout à coup suivis d'autres espèces ayant 
d'autres caractères ; — aussi longtemps que ces faits seront la base de nos 
connaissances en zoologie, il sera interdit d'admettre comme source des affinités 
une certaine hérédité transmutatrice. 



DEGRÉS ET CATÉGORIES D'AFFINITÉS. 31 

constamment et meurent l'un après l'autre dans une rapide 
succession. Les genres, il est vrai, peuvent se prolonger à tra- 
vers des périodes plus longues, et les familles, les ordres, 
les classes peuvent avoir existé à toutes les époques où il y a 
eu des animaux. Mais, quelle qu'ait été, pour chacun de ces 
groupes, la durée de l'existence, toujours les mêmes rapports 
ont eu lieu entre eux et entre chacun d'eux et l'embran- 
chement dont il fait partie; toujours ils ont été représentés 
sur notre globe de la même manière, c'est-à-dire par une 
succession d'individus passant rapidement et sans cesse 
renouvelés. 

Comme le second chapitre de ce livre est entièrement 
consacré à l'examen des différentes sortes et des degrés 
divers d'affinités existant entre les animaux, il serait su- 
perflu d'entrer ici dans de plus longs détails à cet égard. 
Il suffit de rappeler que, avec le temps, les observateurs 
se sont de plus en plus mis d'accord sur l'importance à 
attacher à ces rapports et en ont fait la base de systèmes 
de plus en plus conformes les uns aux autres. Ce résultat 
que riiisloire de la Zoologie (1) met en complète évidence 
démontre, à lui seul, que la nature elle-même a son sys- 
tème propre à l'égard duquel les systèmes des auteurs ne 
sont que des approximations successives, d'autant plus 
grandes, que TinteUigence humaine comprend mieux la 
nature. Cette concordance croissante entre nos systèmes et 
celui de la nature prouve d'ailleurs que les opérations de 
l'esprit de l'homme et celles de l'Esprit de Dieu sont iden- 
tiques; on s'en convaincra davantage si l'on songe à quel 
Iioint extraordinaire certaines conceptions à priori de la 
nature se sont, en définitive, trouvées conformes à la réalité 

(1) J. Spix, Geschichte und Beurtheilunij aller Système in der Zoologie. 
Nuremberg, 18H, in-8°. — G. Cuvier, Histoire du progrès des sciences na- 
turelles. Paris, 1826, 4 vol. in-S". — Histoire des sciences naturelles, etc. 
Paris, 1841, 5 vol. in-8". — H. de Blainvillc, Histoire des sciences de l'orga- 
nisation et de leurs progrès. Paris, 1847, 3 vol. in-8". — F. A. Pouchet, 
Histoire des sciences naturelles au moyen âge. Paris, 1853, 1 vol. in-S». — 
Cf. encore chap. II ci-après. 



32 DE l'espèce. 

des choses, quoi qu'en aient pu dire d'abord les observa- 
teurs empiriques. 

VII 

Existence simultanée, aux périodes géologiques les plus 
reculées, de tous les types généraux de l'animalité. 

Les géologues et les paléontologistes croyaient naguère 
encore que les animaux inférieurs avaient l'ait les pre- 
miers apparition sur la terre, et qu'après eux s'étaient 
successivement montrés des types de plus en plus élevés, 
jusqu'à ce qu'enfin l'homme couronnât la série. Tout musée 
de géologie capable de représenter l'état actuel de nos con- 
naissances peut désormais fournir la preuve que les choses 
se sont passées autrement. On reconnaît aujourd'hui que, 
tout au contraire, il a existé simultanément, dans les forma- 
tions géologiques les plus anciennes, des représentants de 
nombreuses familles appartenant aux quatre grands em- 
branchements du règne animal (1). Je me souviens pourtant 
d'avoir entendu les grands géologues contemporains affir- 
mer que les Coraux avaient été les premiers habitants du 
globe, qu'après eux les Mollusques et les Articulés étaient 
venus, et que les Vertébrés s'étaient montrés seulement bien 
plus tard. Quel changement extraordinaire ont apporté ces 
dernières années dans l'état de nos connaissances et dans 
les doctrines généralement admises, relativement à l'exis- 
tence des plantes et des animaux aux âges passés! Les 
naturalistes peuvent bien différer encore d'opinion sur 

(1) R. I. Murchison, The Silurian System. London, 1839, in-li". — 
Sir R. I. Murcliison, Siluria, the History of the oldest known Rocks, contain- 
ing Fossils. London, 1854, in-8». — R. I. Murcliison, Ed. de Verneuil 
et comte Alexandre von Kaiserling, The Geology of Russia in Europe ana 
the Urals Mountains. London, 1845, 2 vol. in-4". — James Hall. Palœonto- 
logy of New-York. Albany, 1847-52, 2 vol. in-4°. — J. Barrande, Systènv 
silurien du centre de la Bohême. Prague et Paris, 1852, 2 vol. in-4". — 
A. Sedgwick et Fr. Mac Coy, British Palaeozoic Hocks and Fossils. London, 
1851, in-4°. 



LES GRANDS TYPES SONT CONTEMPORAINS. 33 

l'origine, la gradation et les affinités des animaux, mais ils 
saventtousaujourd'hui que ni les Rayonnes, ni lesMoUusques, 
ni les Articulés, n'ont eu, quant à la date de leur première 
apparition, de priorité les uns sur les autres. Quelques au- 
teurs soutiennent bien encore que l'origine des Vertébrés est 
de beaucoup postérieure, mais il est universellement admis 
que des animaux de ce type existaient déjà vers la fin de la 
première grande époque de l'histoire de notre globe. Je 
crois qu'il ne serait pas difficile de démontrer, par des con- 
sidérations physiologiques, que la présence des Vertébrés 
sur la terre date d'une époque aussi reculée que celle de 
n'importe quel des trois autres grands types du règne. Les 
Poissons, en effet, existent partout où les Rayonnes, les Mol- 
I lusques et les Articulés ont été trouvés réunis, et les plans 
1 de structure de ces quatre grands types constituent un sys- 
tème intimement lié dans ce qu'il a d'essentiel. De plus, 
dans ces vingt dernières années, il n'est pas une étude ap- 
profondie des roches fossilifères les plus anciennes qui n'ait 
fait reporter plus en arrière l'origine des Vertébrés. Quelle 
que doive être, par conséquent, la solution définitive de cette 
question, il est tout au moins établi par dBS faits innom- 
brables que ridée d'une succession graduelle des Rayonnes, 
des Mollusques, des Articulés et des Vertébrés, est pour tou- 
jours hors de cause. On a la preuve indubitable que les 
Rayonnes, les Mollusques et les Articulés se rencontrent par- 
tout ensemble dans les terrains les plus anciens, que les 
plus précoces d'entre les Vertébrés leur sont associés, et que 
tous ensemble se continuent à travers les âges géologiques, 
jusqu'au temps actuel. Gela démontre que, dés les premiers 
jours de l'existence de notre globe, alors que sa surface ne 
présentait pas encore cette variété de traits généraux qu'elle 
a revêtue à des périodes ultérieures et qu'elle a de nos 
jours à un plus haut degré, des animaux de tous les grands 
types aujourd'hui représentés sur la terre avaient été appe- 
lés à la vie. Cela démontre en outre que, à moins que les 
forces physiques alors en activité n'aient imaginé ces plans, 
et ne les aient ensuite imprimés sur le monde matériel 

AGASS1Z. 3 



34 DE l'espèce. 

comme un moule dans lequel la nature coulerait désormais 
constamment tous les êtres, des relations générales comme 
celles qui existent entre les animaux, à tous les âges géolo- 
giques et à la période actuelle, n'auraient jamais pu avoir 
lieu. 

Ce n'est pas tout ; on sait que, à l'exception des Acalèphes (i] 
et des Insectes, chacune des classes des Rayonnes, des i\loi- 
lusques et des Articulés a eu ses représentants dès les temps 
primitifs. Ce ne sont donc pas seulement les plans de quatre 
grands types qui ont dû être tixés dés lors, mais aussi les 
modes d'exécution de chaque plan, le système des formes 
dont la structure devait être revêtue, et les détails les plus 
infimes de cette structure établissant des rapports entre deux 
genres différents. Pareillement, le mode de diflerenciation 
des espèces et la nature de leurs rapports avec le monde 
ambiant ont dû aussi êti e déterminés, de sorte que le carac- 
tère de la classe a été aussi bien défini, dés ce premier mo- 
ment, que le caractère de chaque embranchement; de même, 
le caractère de la famille, celui du genre, celui de l'espèce. En 
outre, entre les premiers représentants de chaque classe et 
leurs successeurs aux périodes consécutives, il y a des rap- 
ports définis; l'ordre de succession correspond à l'échelle 
des compHcations de la structure, et forme une série natu- 
relle d'un enchaînement étroit; il faut donc que cette gra- 
dation naturelle ait été, elle aussi, préméditée dès l'origine. 
C'est là un fait incontestable, car l'homme, ce dernier venu, 
clôt dans le cycle dont il fait partie une série dont la pro- 
gression indique, dès l'origine, qu'elle aboutira à lui comme 
terme dernier. L'anatomie pourrait, à mon avis, démontrer 

(1) On a trouvé des Acalèphes dans le calcaire jurassique de Solenhofen. 
Leur absence dans d'autres formations doit être attribuée à l'extraordinaire 
mollesse de leur corps. Si le résultat de mes études sur les récifs de la Flo- 
ride, — à savoir que les Millépores appartiennent à l'ordre des Hydroïdes, do 
la classe dos Acalèphes, — entraîne comme conséquence l'identité de type de 
tous les Corallaires tabulés, et si, avec eux, il faut reporter dans la classe des 
Acalèphes les Corallaires rugueux, l'existence de cette classe des Acalèphes 
remonte aussi loin dans la série des temps géologiques que celle d'aucune 
autre du règne animal. 



LES GRANDS TYPES SONT CONTEMPORAINS. 35 

que l'homme n'est pas seulement le plus récent et le plus 
élevé des êtres vivants pour la période actuelle, mais qu'il 
est le dernier terme d'une série au delà de laquelle il n'y a 
matériellement plus de progrès possible, dans le plan sur 
lequel le rèyne animal tout entier est construit. Le seul per- 
fectionnement désormais réalisable sur la terre doit consis- 
ter dans le développement des facultés intellectuelles et 
morales de l'homme (1). 

On a récemment soulevé la question de savoir jusqu'à 
quel point les plus anciens fossiles connus peuvent être con- 
sidérés comme les restes des premiers habitants du globe . 
Sans aucun doute, sur une immense étendue, les roches 
fossilifères ont été puissamment altérées par les agetUs plu- 
toniques ; les débris organiques renfermés dans ces roches 
ont été entièrement détruits, et les roches elles-fnêmes ont 
subi de telles métamorphoses, qu'elles ressemblent plus à 
des formations éruptives qu'à des dépôts stratifiés. Des 
altérations de ce genre ont eu lieu à plusieurs reprises, 
à des époques relativement récentes, sur une très-large 
échelle. Mais il y a des continents entiers, l'Amérique du 
Nord par exemple, où les roches paléozoïques n'ont pas 
été ou n'ont été que fort peu altérées, et où les débris des 
premiers représentants des deux règnes organiques sont 
aussi bien conservés que ceux des formations postérieures. 
Là on peut se convaincre que, dès l'origine, il y a eu, 
simultanément, une grande variété d'animaux appartenant 
à des classes diverses de tous les grands embranchements 
de la Zoologie. L'hypothèse de l'introduction successive de 
ces types sur la terre est donc formellement contredite par 
(les faits bien établis et bien connus (2). Enfin, les fossiles 
découverts dans les plus anciens dépôts ont, en quelque Heu 
qu'on les trouve, la plus étroite alliance les uns avec les 



(1) L. Agassiz, An Introduction to the Study of natural History. Hevi' 
\ork, 1847, in-S", p. 57. 

(2) L. Agassiz, The primitive Diversity and Number of Animals in Geo- 
logical times {Amer. Journ. of Science and Aria, 2" série, vol. XVII, 1854, 
p. 309). 



36 DE l'espèce. 

autres. En Russie, en Suède, en Bohême, dans plusieurs 
autres contrées du globe où les formations primitives ont 
été altérées sur une échelle plus ou moins vaste, aussi bien 
que dans l'Amérique du Nord, oîi elles ont été peu ou point 
modifiées, les fossiles présentent le même caractère général ; 
c'est-à-dire une correspondance parfaite dans la structure 
et dans la combinaison des familles, preuve que les faunes 
auxquelles ils ont appartenu furent contemporaines. Il pa- 
raîtrait d'ailleurs que, là même où les roches métamor- 
phiques prédominent, les traces des premiers habitants du 
globe n'ont pas été entièrement effacées. 

Les travaux les plus importants en géologie, ceux qui 
ont le plus étendu le champ des recherches, sont précisément 
ceux qui, tant en Europe qu'en Amérique, ont fait ressortir 
la correspondance existant entre les premiers types d'ani- 
maux apparus à la surface du globe, à l'origine de la vie 
animale. Les travaux de Murchison et de Barrande suffisent 
à eux seuls pour démontrer combien est riche cette faune 
du monde primitif, combien sont variés les types qui lui 
appartiennent, et quelle complication extraordinaire carac- 
térise ces types. Tant que nous devrons compter au nombre 
des premiers habitants du globe des animaux du type des 
trilobites, il sera logique et conforme à l'état vrai de la 
science de repousser l'hypothèse d'une grande simplicité 
chez les premiers êtres qui ont peuplé la surface de la terre. 



VIII 

Gradation de structure parmi les animaux. 

Il n'y a pas chez les animaux et les végétaux de la variété 
seulement. Ils diffèrent encore quant à la place, au rang; 
ils ont une supériorité ou une infériorité quand on les com- 
pare l'un à l'autre. Mais ce rang est difficile à déterminer; 
car si, à certains égards, tous les animaux sont également 
parfaits, en ce sens que tous remplissent complètement le 



GRADATION DE STRUCTURE. 



37 



rôle qui leur a été assigné dans l'économie générale de la 
nature (1), à un autre point de vue, il y a entre eux des dif- 
férences tellement remarquables, que leur conformité plus 
ou. moins exacte à certains traits généraux établit la supé- 
riorité des uns et l'infériorité des autres. 

Les choses étant ainsi, une question se pose tout d'abord, 
La totalité des animaux forme-t-elle, des inférieurs aux su- 
périeurs, une série ininterrompue? Avant que le règne 
animal eût été étudié aussi complètement qu'il l'a élé de nos 
jours, des écrivains de talent ont cru réellement que la tota- 
lité des animaux forme une série simple continue, et Bonnet 
a fait des tentatives vraiment ingénieuses pour en déter- 
miner la gradation (2). Plus tard Lamarck (3) s'efforça de 
démontrer en outre que, par la complication de leur struc- 
ture, toutes les classes du règne animal forment autant de 
degrés successifs. Sa conviction à cet égard est si profonde, 
que, dans l'ordre systématique où il les range, les classes 
forment une série progressive et qu'il leur donne même 
le nom de « degrés d'organisation ». De Blainville (h) a, au 
fond, suivi l'exemple de Lamarck, bien qu'il n'admette 
pas absolument une série aussi simple; il considère les 
Mollusques et les Articulés comme deux branches ascen- 
dantes qui partent, en divergeant, des Rayonnes, pour con- 
verger ensuite et se réunir aux Vertébrés. Mais depuis 
que l'on connaît, sauf quelques points douteux, les limites 
dans lesquelles chacun des grands embranchements du 
règne animal peut être circonscrit (5) ; depuis qu'on sait 



(1) C. G. Ehrenberg, Das Nalurreich des Menschen, odcr das Reich dcr 
willensfreien beseellen NaturkOrper, iii 29 Classen iibersicMicn yeordner, 
Berlin, 1835, in-folio avec planclie. 

(2) Ch. Bonnet, Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 
1762, 2 vol. in-8. — Contemplalions de la nature. Amsterdam, 1764-d5, 
2 vol. in-8. — Palingéncsie philosophique. Genève, 1769, 2 vol. in-8. 

(3) J. B. de Lamarck, Philosophie zoologique. Paris^ 1809, 2 vol. in-8. 
(A) H. D. de Blainville, De l'organisation des animaux. Paris, 1822, 

1 vol. in-8. 

(5) J. Fr. Blumenbach, Ilandbuch der vergleichenden Analomie. Cœtliii- 
gue, 182/», in-8. lin anglais, par W, Lawrence. Londres, 1827, in-8. — 
G. Cuvier, Leçons d'anatoinie comparcCt recueillies et publiées par MM. Duméril 



38 DE l'espèce. 

comment les classes doivent être caractérisées et quelle 
est leur place relative; depuis que, chaque jour, les diver- 
gences d'opinions qui pouvaient exister sur les détails de 
la classification vont diminuant, la supposition que l'en- 
semble des animaux constitue une série en progression 
continue peut être démontrée contraire à la nature. Le plus 
difficile dans cette recherche, c'est de déterminer exactement 
le rang qui appartient à chacun des quatre grands embran- 
chements du règne animal. Si évidente, en effet, que puisse 
paraître l'infériorité des Rayonnes, quand on les compare à 
l'ensemble des Mollusques ou des Articulés, et si celte infé- 
riorité est plus sensible encore quand ce sont les Vertébrés 
qu'on prend pour terme de comparaison, il ne faut pas 

et Duvernoy. Paris, 1800-1805, 5 vol. in-8 ; 2« éd. revue par MM. F. Cuvier 
et Laurillard, Paris, 1836-39, 10 vol. in-8. — Le Règne animal distribué 
d'après son organisation. Paris, 1817, 4 vol. in-8 ; 2* édit., 1829-30, 
5 vol. in-8; 3" édit. illustrée, 1836 et .suiv. — J. F. Meckel, System der 
vergleichrnden Anatomie, Halle, 1821-31, 6 vol. in-8 ; traduit en français, 
Paris, 1829-38, 10 vol. in-8.— G. R. Treviranus, Biologie^ oder Philosoi'hie 
derlebenden Natur. Gœttingue, 1802-16, 6 vol. in-8. — Die Erscheinun gen 
und Gesetse des organischen Lebens. Brème, 1831-37, 5 vol. in-8. — Délie 
Chiaje, Instituzioni d'anatomia e flsiolofin comparata. Napoli, 1832, in-8. 
— C. G. Carus, Lehrbuch der vergleichenden Anatomie, Leipzig, 183â, 
2 vol. in- fi, figures, 2" édition. — Grundsiitze der vergleichenden Anatomie. 
Dresde, 1828, in-8. En anglais, par R. J. Gore. Bath, 1827, 2 vol. in-8, 
atlas. — C. G. Carus et A. W. Otto, Erfâuterungstafeln zur vergleichen- 
den Anatomie. Leipzig, 1826-40, in-folio. — R. Wagner, Le/ir^Mch der ver- 
gleichenden Anatomie. Leipzig, 1834-35, 2 vol. in-8. En anglais, par 
A. Tulk, Londres, 1844, in-8 ; 2* édition — Lehrbuch der Zootomie. Leipzig, 
1843-44, 1 vol. in-8 ; le 2« volume par Frey et Leuckardt. — Icônes an at omicoB. 
Leipzig, 1841, in-folio. — R. E. Grant, Outlines of comparative Anatomy. 
Londres, 1.H35, in-folio, — Rymer Jones, A general Outline of the Animal 
Kingdom. Londres, 1838-39, 1 vol. in-8, figures, '2» édition, 1854. — 
L. Agassiz et A. A. Gould, Principles of Zoology. Boston, in-8, 2^ édition, 
1851. — R. Owen, Lectures on the Invertebrate Animals. Londres, 1843, 
i vol., figures, 2" édition, 1855. — Lectures on the comparative Anatomy 
of the Vertebrate Animah, Fishes Londres, 1846, in-8, figures. — C. Th. 
v. Siebold et Herm. Stanlus, Lehrbuch der vergleichenden Anatomie. 
Berlin, 1845-46, 2 vol. in-8; 2' édition, 1855 ; en anglais, par W. J. Bur- 
nett, Boston, 1854. — C. Bergmann et R. Lenckardt, Vergleichende Ana- 
tomie und Physiologie. Stuttgart, 1852, 1 vol. in-8, figures. — R. B. 
Todd, Cyclopœdia of Anatomy and Physiology. Londres, 1835-52, 4 vol. 
in-8, figures. — Van der F. Hœven, Traité de zoologie (en hollandais). — 
J. V. Carus, Icônes zootomicœ mit Original-beilrdgen von G. J. Allman, 
C. Gegenbauer, Th. G. Hayley, Alb. Kœlliker, H. Mûller, M. S. Schullze, 
C. Th. E. von Siebold und F. Stein. Leipzig, 1857, in-folio. 



GRADATION DE STRUCTURE. 39 

oublier que la structure de la plupart des Échinodermes est 
beaucoup plus compliquée que celle d'un Bryozoaire ou d'un 
Ascidien, qui sont du type des Mollusques, ou que celle d'un 
Helminthe, du type des Articulés, et qu'elle est peut-être 
même supérieure à celle de VAmphioxus, qui est un Vertébré. 
Ces faits sont si bien établis, que toute infériorité ou supério- 
rité absolue d'un embranchement sur l'autre doit être niée 
sans réserve. S'il ne s'agit que d'une infériorité ou d'une 
supériorité relative basée sur l'ensemble des faits, on doit 
accorder que les Vertébrés ont la prééminence sur les trois 
autres types. Mais la question du rang à assigner aux Mol- 
lusques et aux Articulés semble plutôt devoir être tranchée 
par la diversité des tendances manifestées dans l'ensemble 
de leur organisation que par une gradation réelle dans la 
structure des deux types. La concentration, voilà le trait 
saillant de la structure chez les Mollusques; au contraire, 
les termes de « déploiement en dehors » {outward display) 
conviendraient mieux pour exprimer ce qu'il y a de prédo- 
minant chez les Articulés. A cela près, Mollusques et Articulés 
paraissent placés à peu près sur le même niveau et autant 
au-dessus des Rayonnes qu'au-dessous des Vertébrés. Seule- 
ment les plans sur lesquels ils sont construits indiquent des 
tendances différentes. Une appréciation plus précise de ces 
rapports généraux entre les grands types du règne animal 
exigerait un examen du caractère de leur plan de structure 
plus approfondi que celui qui en a été fait jusqu'ici (1) . Mais, 
quelle que puisse être la place respective de ces groupes 
primaires, qu'ils diffèrent par la tendance seule ou par le 
plan de structure, ou par la hauteur à laquelle ils s'élèvent, 
en admettant que leur base repose sur un même niveau ou 
sur un niveau peu différent, toujours est-il que chaque type 
possède des représentants chez lesquels la structure est ex- 

(1) Je regrette de ne pouvoir pas rappeler ici le contenu d'une série de 
lectures que j'ai faites, en 1852, sur ce sujet, à la « Smithsonian Institution » . 
Cf. néanmoins mon mémoire « On the Differences between Progressive, 
Embryonic and Prophetic Types {Proceed. American Association for i Slid, 
p. 432). 



40 DE l'espèce. 

trcmemenl compliquée et d'autres chez lesquels elle est tout 
à fait simple. Or, le seul fait d'un aussi grand contraste, dans 
les limites naturelles de chaque type, prouve que, de quelque 
manière qu'on s'y prenne pour les ranger en une série 
simple, les représentants les plus élevés du type placé au- 
dessous viendront se joindre aux représentants les plus bas 
du type placé au-dessus, et les formes les plus hétérogènes 
seront nécessairement en contact (1). Il est donc bien évi- 
dent que, chaque fois qu'on prétendra former une série 
simple de tous les animaux, plus, dans l'arrangement intérieur 
de chaque grand type, on aboutira à un degré élevé de per- 
fection, plus la différence s'exagérera entre les deux extré- 
mités voisines de la série intermédiaire et de la série qui 
précède ou qui suit. 

Je ne crois pas qu'aucun naturaliste ait, de nos jours, une 
objection à faire contre l'arrangement suivant des Rayonnes : 
les Polypes au bas de l'échelle, les Acalèphes au degré inter- 
médiaire, les Échinodermes à l'échelon supérieur ; — ou con- 
tre un groupement analogue des Mollusques : les Acéphales 
au degré inférieur, les Gastéropodes au milieu et les Cépha- 
lopodes au sommet; — ou encore contre cette distribution : 
chez les Articulés, les Vers, puis les Crustacés et enfin les 
Insectes; chez les Vertébrés, au-dessus des Poissons les Rep- 
tiles et les Oiseaux, au-dessus de ces derniers les Mammi- 
fères. J'ai intentionnellement évité toute allusion aux points 
controversés. Donc, si les Mollusques devaient faire suite aux 
Rayonnes dans une série simple, les Acéphales seraient en 
continuité avec les Echinodermes; si c'étaient les Articulés, 
la chaîne serait renouée par les Vers. Ainsi, ou les Céphalo- 
podes ou les Insectes formeraient le terme le plus élevé de 
la série commencée par les Rayonnes et prolongée, dans un 
cas par les Mollusques, dans l'autre par les Articulés. Dans 
le premier cas, les Céphalopodes seraient suivis des Vers ; 
dans le second, aux Insectes succéderaient les Acéphales. 
Enfin, la liaison avec les Vertébrés aurait lieu par les Cépha- 

(1) L.Agassiz, Animal Morphology (Proceed. Amer. Assoc, for 1849, 
p. 415). 



GRADATION DE STRUCTURE. hi 

lopodes si les Articulés étaient placés au-dessous des Mol- 
lusques, ou par les Insectes si les Mollusques étaient mis plus 
bas que les Articulés. Qui ne voit, par conséquent, que, à 
mesure que les vraies affinités des animaux nous sont mieux 
connues, des preuves de plus en plus convaincantes s'accu- 
mulent contre l'idée que le règne animal constitue une série 
simple? 

Il faut donc se demander maintenant si le règne animal 
forme plusieurs séries, un nombre quelconque de séries 
progressives? A mesure qu'on essaye de déterminer la valeur 
comparative de groupes moins compréhensifs, les difficultés 
.semblent diminuer graduellement. Il est déjà possible de 
marquer avec une suffisante précision le rang des classes, 
bien qu'ici encore les mêmes rapports ne se retrouvent pas 
dans tous les types. Parmi les Vertébrés, il n'y pas de doute 
que les Poissons ne soient inférieurs aux Reptiles, ceux-ci aux 
Oiseaux et tous aux Mammifères. Il semble aussi évident ([ue, 
pour tout ce qui est essentiel, les Insectes et les Crustacés 
l'emportent sur les Vers, les Céphalopodes sur les Gastéro- 
podes et les Acéphales ; les Échinodermes sur les Acalèphes 
et les Polypes. Toutefois il y a de vrais Insectes dont la 
supériorité sur certains Crustacés ne serait que bien difficile- 
ment prouvée; il est des Vers qui, à certains égards, parais- 
sent supérieurs à quelques Crustacés; la structure des Acé- 
phales les plus élevés semble plus parfaite que celle de 
plusieurs Gastéropodes, et celle des Polypes alcyonoïdes 
plus que celle de certains hydroïdes. Dans les classes, donc, 
les caractères ne s'alignent pas d'une façon assez rigoureuse 
pour justifier, entre elles et dans chaque type, une coordi- 
nation sérielle. Mais quand on arrive aux ordres, on peut 
difficilement mettre en doute que la gradation, dans chaque 
classe, entre ces divisions naturelles ne soit véritablement 
l'essence de cette sorte de groupes. Comme un paragraphe 
si)ôcial du chapitre suivant est consacré à l'examen du carac- 
tère des ordres (1), je crois inutile d'insister ici davantage 

(1) Yoy. chap. II, sect. m. 



kî DE l'espèce. 

sur ce point. Il me suffira de faire remarquer dès mainte- 
nant que les géologues, dans leurs tentatives pour établir 
un parallèle entre le rang des différents types d'animaux et 
Tordre de succession de ces types aux diverses périodes 
géologiques, eussent rencontré des difficultés beaucoup 
moindres, s'ils ne se fussent pas attendus à trouver une 
gradation sérielle, non-seulement entre les classes d'un 
même type, où cette gradation est imparfaite, mais encore 
entre les types eux-mêmes, où il est impossible de l'établir. 
S'ils avaient limité leurs comparaisons aux ordres, qui sont 
réellement fondés sur la gradation, le résultat eût été entiè- 
rement différent. Mais il eût fallu, pour cela, qu'ils fussent 
plus familiarisés avec l'anatomie com{)arée, l'embryologie 
et la zoologie elle-même, qu'on ne peut naturellement l'exi- 
ger d'hommes dont les études sont principalement consacrées 
à l'examen de la structure du globe. 

Pour apprécier, comme il convient, l'importance de celte 
question de la gradation des animaux et embrasser tonte 
l'étendue des difficultés qu'elle renferme, ce n'est pas assez 
d'une connaissance superficielle du problème embarrassant 
que constitue l'ordre de succession des animaux à travers 
les âges géologiques écoulés. D'un autre côté, après s'être 
mis au courant de toutes les tentatives faites pour établir 
une corrélation entre ces deux choses (gradation, succession) 
et de toutes les théories indigestes publiées sur la matière, 
on devrait perdre toute espérance d'arriver jamais, sur cette 
question, à un résultat satisfaisant, s'il n'était pas visible 
aujourd'hui que cette recherche doit être circonscrite dans 
de certaines limites et maintenue sur le terrain qui lui est 
propre. Les résultats auxquels je suis déjà parvenu, depuis 
que j'ai découvert l'erreur dans laquelle les observateurs 
sont demeurés jusqu'ici, à cet égard, m'ont pleinement 
convaincu que le seul point de vue vrai est celui sous lequel 
j'ai présenté le problème, et que, en définitive, la gradation 
à laquelle les ordres doivent, dans chaque classe, leurs ca- 
ractères présente aussi la corrélation la plus frappante avec 
ce qu'il y a de caractéristique dans la succession de ces 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. 43 

mêmes groupes à travers la série des temps. Là encore se 
découvre une nouvelle et accablante preuve de l'ordre et 
de la gradation admirables qui ont été établis à l'origine et 
maintenus à travers les âges, dans les degrés divers de com- 
plication que révèle la structure des êtres animés. 



IX 

Distribution géographique des animaux. 

La superficie de notre planète est formée en partie par 
l'eau, en partie par la terre ferme; et l'organisation de tous 
les êtres vivants étant dans une étroite corrélation avec l'un 
ou l'autre de ces milieux, il est dans la nature des choses 
que pas une espèce, soit d'animaux, soit de plantes, ne puisse 
être uniformément distribuée sur toute la surface du globe. 
Mais tandis que quelques types, dans l'un et l'autre règne, 
sont uniformément répandus sur toute la surface des conti- 
nents ou disséminés au sein de l'Océan sur l'étendue la plus 
vaste, il en est d'autres qui, au contraire, sont circonscrits 
dans les limites d'une mer ou d'un continent, ou même dans 
celles d'une contrée particulière, d'un lac, plus encore 
dans celles d'une petite localité (1). 

A ne considérer que les groupes primaires du régne ani- 
mal, autant que la nature du milieu auquel les animaux 
sont approprié? ne s'y oppose pas, on rencontre partout, à 
côté les uns des autres, des représentants des quatre grands 
embranchements. Des Rayonnes, des Mollusques, des Arti- 
culés, des Mammifères vivent ensemble dans toutes les par- 
ties de l'Océan, dans les régions arctiques aussi bien que 



(1 ) La race humaine fournit l'exemple de la large distribution d'un type ter- 
restre; les familles du Hareng et du Maquereau celui de la large distribution 
d'un type marin. Les Mammifères d'Australie font voir comment quelques 
familles peuvent être limitées à un continent; la famille des Poissons à bran- 
chies labyrinthiques, comment des poissons peuvent ne pas franchir les bornes 
d'une certaine mer ; celle des Goniodontes de l'Amérique du Sud, comment 
d'autres ne sortent pas des eaux douces. Le Chaca du lac Baikal ne se trouve 
nulle part ailleurs ; l'Amblyopsis ne se rencontre que dans la caverne du 
Mammouth, le Proléc que dans les grottes souterraines de la Carinthio. 



kU DE l'espèce. 

SOUS l'équateur ou dans le voisinage du pôle sud. Si loin que 
l'homme ait pénétré, il a partout constaté ce fait. 11 n'est '. 
pas une baie, pas un canal, pas un bas-fond qui ne soit 
hanté par un mélange de ces êlres. Celte association est si 
universelle, non-seulement de nos jours, mais à tous les âges 
géologiques antérieurs, qu'elle constitue, à mes yeux, une 
raison suffisante pour que les Poissons doivent être à la fin 
découverts dans le petit nombre de couches fossilifères du 
système silurien où on ne les a pas encore rencontrés (1). 
Sur terre, partout aussi nous trouvons des Vertébrés, des 
Articulés, des Mollusques, mais non point des Rayonné?, car 
cet embranchement tout entier est borné aux eaux. Aussi 
loin que les animaux terrestres s'étendent, nous voyons des 
représentants des trois premiers embranchements mêlés 
ensemble, comme nous avons vu ceux des quatre groupes 
mêlés dans l'Océan. Les classes ont déjà un mode de distribu- 
tion plus restreint. Parmi les Rayonnes, les Polypes, les 
Acaléphes etlesÉchinodermes(2)ne sont pas seulement tous 
aquatiques, ils sont encore tous marins (3), à une seule 
exception près, celle du genre Hydre, qui habite les eaux 

(1) Voy. ci-dessus, section vu. 

(2) Sur )a distribution géographique des Rayonnes, consultez: J. D. Dana. 
Zoophytes , United States Exploring expedition under the command of 
Ch. Wilkes U. S. N. Philadelphie, 1846, in-à, atlas in-folio. — Milne 
Edwards et Jul. Haime, Recherches sur les Polypiers (Ann. des sciences na- 
turelles, 3' série, vol. IX-XVlll, Paris, 1848-52, in-8). — Fr. Eschscholtz, 
System (1er Acalephen. Berlin, 1829, in-4, figures. — R. Pr. Lesson, His- 
toire naturelle des Zoophytes, Acaléphes. Paris, 1843, in-8, figures.- — A. Kœl- 
liker, Die Schwimmpolypen und Siphonophoren von Messina. Leipzig, 
1853, 1 vol, in-folio, figures. — R. Leuckart, Zoologische Untersuchungen. 
Giessen, 1853, 4to. — Zur ndhern Kenntniss der Siphonophoren von Nizza 
(Arch. f. Naturg., 1854). — Beitrdge sur Kenntniss der Medusenfaune von 
Nizzu {Arch. f. Naturg. y 1850). — C. Gegenbauer, Bcitriige zur mihern 
Kenntniss der Schwimmpolypen {Zeilschr . f. wiss. Zoo/., 1853). — Versucheines 
Systems der Medusen, mit Beschreibung neucr oder wenig bekannter formen 
{Zeitsclir. f. iviss. Zool., 1856). — C. Vogl, Recherches sur les animaux infé- 
rieurs de la Méditerranée. Genève, 1854. — J. Millier et F. H. Troschel, 
System der Asteriden. Brunswick, 1842, in-8, figures. — L. Agassiz, CalOr- 
logue raisonné des familles, des genres et des espèces de la classe des Êchino- 
dermes (Ann. des sciences naturelles, 3" série, vol. VI-VIII, Paris, 1847, in-8). 

(3) J'ai à peine besoin de dire, à cet égard, que les soi-disant Polypes d'eau 
douce, l'Alcyounelle, la Plumatelle, etc., sont des Bryozoaires, et non de vrais 
Polypes. 



mSTRinUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. Û5 

douces. Chez les Mollusques (1), les Acéphales, en partie 
marins, en partie fïuviatiles, sont tous aquatiques; les Gasté- 
ropodes sont ou marins, ou fïuviatiles, ou terrestres, et les 
Céphalopodes sont tous marins. Parmi les Articulés (2), les 
Vers sont ou marins, ou fluviatiles, ou terrestres, ou même pa- 
rasites intérieurs des cavités ou des organes d'autres ani- 
maux ; les Crustacés sont en partie marins, en partie fluvia- 

(1) Sur la distribution géographique des Mollusques, consultez : J. B. de 
Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. Paris, 1815-22, 
7 vol. in-8 ; 2"= édition augmentée de notes par MM. Deshayes et Milne Edwards, 
Paris, 1835-A3, 10 vol. in-8. — J. B. L. de Férussac, Histoire naturelle des 
Mollusques terrestres et fïuviatiles. Paris, 1819 et suiv., in-ù, figures in-folio, 
continuée par Deshayes. — Férussac et A. Sanderrang, Histoire naturelle des 
Aplysiens. Paris, 1828, iii-/i, figures in-folio. — Férussac et A. d'Orbigny, 
Monographie des Céphalopodes cnjptodibranches. Paris, 1834-43, in-folio. — 
F. G. W. Martini et J. H. Chemnitz, Neues Systematisches Conchylien-Kabi- 
net. Nuremberg, 1769-95, Il vol. in-4, figures; nouvelle édition et suite par 
Schubert et A. Wagner, complétée par H. G. Kiister. Nuremberg, 11 vol. in-4, 
figures. — L. C. Kiener, Species général et Iconographie des coquilles 
vivantes. Paris, 1834 et suiv., in-8, figures. — Lowell Reeve, Conchologia 
iconica, a complete Bepertory of Species of Sheila, Pictorial and Descriptive. 
Londres, 1843 et suiv., in-4, figures. — L. Pfeiffer, Monographia Heliceo- 
rum viventiam. Leipzig, 1847-48, in-8. — L. Pfeiffer, Monographia Pneu-- 
monoporum vivenlium. Cassel, 1852, in-8. Et tous les traités spéciaux de con- 
chyologie. 

(2) Le mode de distribution des Vers libres ou parasites pourra èlre étudié 
dans : A. Ed. Grube, Die Familien der Anneliden {Wiegmann's Archiv, 
1850). Je mentionne ce mémoire de préférence à tout autre tiavail, parce que 
c'est la seule liste complète des Annélides. A la vérité, les localités ne sont pas 
indiquées, mais on y peut suppléer à l'aide des renvois et notes. — K. A. Ru- 
dolphi, Entozoorum sive Vermium intestinalium Historia naturaUs. Amster- 
dam, 1808-10, 3 vol. in-8, figures. — Entozoorum Synopsis. Berlin, 1819, 
in-8, figures. — K. F. Gurlt, Verzeichniss der Thiere, bei welchen Ento- 
zoen gefunden warden sind {Archives de Wiegmann, 1845, continué par Gre- 
plin dans les numéros suivants). — Fél. Dujardin, Histoire naturelle des 
Helminthes ou Vers intestinaux. Paris, 1844, in-8. — G. M. Diesing, IHslo- 
toria Vermium. Vienne, 1855, 2 vol. in-8. — Sur la distribution géogra- 
phique des Crustacés, voyez : Milne Edwards, Histoire naturelle des Crustacés. 
Paris, 1834, 3 vol. in-8, figures. — J. D. Datia, Crustacea, United States 
exploring Expedition, under the command of Ch. Wilkes U. S. N., vol. XÎV. 
Philadelphie, 1852, 2 vol. in-4, atlas in-folio. — Pour la distribution géogra- 
phique des Insectes, je renvoie aux traités généraux d'entomologie, car il me 
faudrait des pages entières pour énumérer les seuls ouvrages classiques con- 
sacrés aux différents ordres de celte classe ; ils sont d'ailleurs mentionnés 
tous dans : Ach. R. Percheron, Bibliographie entomolugique . Paris, 1837, 
2 vol. in-8. — L. Agassiz, liibliographia Zoologiœ et Geologiœ, a general 
Catalogue of all Books, Tracts and Memoirs on Zoology and Geology, cor- 
rected, enlarged, and edited by II. E. Strickland. Londres, 1848-54, 4 vol. 
in-8 {Hay Society). 



ht DE l'espèce. 

tiles; un petit nombre sont terrestres. Les Insectes sont 
surtout terrestres ou plutôt aériens; quelques-uns sont 
marins, d'autres fluviatiles, et un très-grand nombre d'entre 
eux qui, à l'état parfait, vivent dans l'air, sont terrestres ou 
aquatiques durant les premières phases de leur développe- 
ment. Parmi les Vertébrés (l), les Poissons n'habitent que les 
eaux, douces ou salées 5 les Reptiles sont aquatiques, amphi- 
bies ou terrestres, et quelques-uns de ces derniers sont 
aquatiques à la première période de leur vie. Les Oiseaux 
sont tous aériens, mais les uns sont davantage terrestres, les 
autres davantage aquatiques. Enfin, les Mammifères, quoique 
tous aériens, vivent partie dans la mer, partie dans les eaux 
douces, et le beaucoup plus grand nombre sur terre. En 
poussant cette revue plus loin, on verrait que cette locali- 
sation d'après la nature des éléments au sein desquels vit 
l'animal est en corrélation directe avec des particularités de 
structure d'une importance telle que, dans les limites de 
la classe, la seule considération de l'habitat pourrait, en 
beaucoup de cas, conduire à une classification naturelle (2). 
Mais cela n'est vrai que dans les limites de la classe, et 

(1) Consultez sur la distribution géographique des Poissons : G. Cuvier et 
A. Valenciennes, W/stOiVc naturelle des Poissons. Paris, 1828-d9, 22 vol. in-8, 
figures. — J. Millier et J. Henle, Syslemalische Beschreibung der Plagia- 
slomen, Berlin^ 1841, in-folio , figures. - Sir John Richardson, art. Ichthyology 
de V Encyclopœdia Brilannica. Edimbourg, 1856, in-4. — A. M. G. Duméril, 
Ichthyologie analytique, ou Essai d'une classification naturelle des Poissons, 
Paris, 1856, in-li. — Sur celle des Reptiles : A. M. G. Duméril et G. Bibron, 
Erpétologie générale ou Histoire naturelle complète des Reptiles. Paris, 1834-55, 
9 vol. in-8, figures. — J. J. Tschudi, Classification der Batrachier. Neufchâtel, 
1838, in-li (Mém. de la Soc. de Neufchâtel, 2'-" vol.). — L. J. Fitzinger, Sys- 
tema Beptilium. Vienne, 1843, in-8. — Sur celle des Oiseaux : G. R. Gray, The 
genera of Birds, illustrated wtth about 350 plates, by D. W. Mitchell. Londres, 
1844-49, 3 vol. imp. in-4. — G. L. Bonaparte, Conspectus generum Avium. 
Leyde, 1850 et suiv., in-8. — Sur celle des Mammifères : A. Wagner, Die geo- 
graphische Verbreitung der Sàugthiere (Verhandl. der Akademie der Wissen- 
schaft, Munich, vol. IV). — Herm. Pompper, Die Sdugthiere, Vogel und Am- 
phibien nach ihrer geographischen Verbreitung tabellarisch zusammengesteU. 
Leipzig, 1841, in-4. — Voyez encore sect, il, notes, ei Archives de Wiegmann, 
continuées par Troschell; Catalogues du British Muséum, du Jardin dei 
plantes, etc. 

(2) L. Agassiz, The Natural Relations between Animals and the Elements 
in which they live {Amer. Journ. of Science and Arts, 2' série, vol. IX, 1850, 
in-8, p. 369). 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. Ul 

encore n'est-ce pas absolument vrai. Dans quelques classes, 
en effet, c'est seulement dans les ordres ou dans les familles 
qu'on trouve cette corrélation intime avec les milieux. Il y 
a même des groupes naturels dans lesquels elle ne se ma- 
nifeste plus au delà des genres, et un petit nombre de cas 
où elle ne va pas plus loin que l'espèce. A quelque degré 
toutefois que cette correspondance se manifeste, on observe 
qu'en un lieu quelconque du globe elle apparaît simultané- 
ment chez les représentants de classes diverses ou même 
d'embranchements différents, soit du règne végétal, soit du 
règne animal. Gela prouve que, au moment où ils ont été 
appelés à l'existence, les êtres si variés formant ce mélange 
ont été appropriés dans tous leurs caractères, ceux du règne, 
ceux de la classe, de l'ordre, de la famille, ceux du genre 
et ceux de l'espèce, aux conditions de l'habitat qui leur 
était assigné, et non pas qu'ils soient le produit des circon- 
stances locales, ou de celles du miheu, ou enfin d'une cir- 
constance physique quelconque (1). Soutenir le contraire, 
reviendrait positivement à affirmer que partout où des êtres 
organisés vivent dans un certain mélange, si varié soit-il 
d'ailleurs, les forces physiques dominantes ont trouvé dans 
leur mutuelle combinaison la puissance de produire la 
grande variété de structure que présentent ces êtres, en 
dépit même de l'étroite corrélation qui existe entre ces forces 
et les animaux ou les végétaux; ou bien que, par leur inter- 
vention, une corrélation intime a été établie entre elles- 
mêmes et les organismes, bien qu'entre leur propre nature 
et les caractères de ces derniers, il n'y eût aucun lien: En 
d'autres termes, dans tous les animaux et dans toutes les 
plantes, il y a un certain côté de l'organisation qui est en 



(1) Quand on étudie la distribution géographique des animaux et des 
plantes, et leurs rapports avec les milieux ambiants, on n'a pas assez égard à 
cette circonstance que les représentants des types les plus variés sont partoi^t 
associés, dans des aires définies, au milieu de conditions d'existence identi- 
ques. Ces combinaisons de nombreux types fort hétérogènes, sous toutes les 
variétés possibles de climats, me semblent devoir fournir Tobjection la plus 
irréfutable contre l'hypothèse que les êtres vivants, ainsi réunis et mêlés, puissent 
avoir pris spontanément origine et être l'œuvre d'une loi naturelle. 



hH DE l'espèce. 

rapport avec la nature des éléments au sein desquels ils 
vivent, et un autre côté de l'organisation où ce rapport 
n'existe pas; or, c'est précisément cette partie de l'être 
organisé, complètement indépendante des circonstances 
extérieures, qui constitue lecaractère essentiel, le caractère 
typique. Cela prouve, sans laisser place à la moindre objec- 
tion, que les éléments au sein desquels vivent les animaux et 
les plantes (et par éléments j'entends tout ce qu'on appelle 
ordinairement causes physiques, agents physiques, etc.) 
ne peuvent en aucune façon être considérés comme la cause 
de ces êtres. 

L'étude de la distribution géographique des êtres orga- 
nisés n'a pas encore pris de forme scientifique par une 
raison bien simple : c'est qu'elle s'est bornée jusqu'à présent 
à considérer la répartition des animaux et des plantes à la 
surface dn globe, en tenant exclusivement compte des êtres 
qui l'habitent aujourd'hui. Cependant cette distribution a 
ses racines dans le passé. On ne comprendra bien l'état ac- 
tuel des choses que du jour où on le rattachera à la distri- 
bution des êtres organisés des âges géologiques antérieurs 
au nôtre. Pour bien comprendre la liaison des êtres avec 
le sol qu'ils habitent, il est indispensable d'envisager les 
changements autrefois subis par la configuration des terres 
et des mers dans leurs rapports avec la forme actuelle des 
océans et des continents. On ne s'expliquera les ressem- 
blances des animaux qui vivent dans l'Océan, sur les rivages 
opposés d'un continent, que lorsqu'on aura rais en évidence 
les communications directes ayant jadis existé entre des 
mers que ce continent sépare aujourd'hui. On ne pourra 
suivre les affinités des animaux qui sont disséminés sur les 
versants opposés des hautes chaînes de montagnes qu'en se 
reportant aux époques où ces barrières n'existaient point 
encore. Il ne s'agit donc pas seulement de saisir la liaison 
qui existe entre les animaux des époques géologiques suc- 
cessives, il faut encore embrasser d'un même coup d'œilles 
changements qui ont accompagné les modifications surve- 
nues avec le temps dans les règnes organiques. Cette étude 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. k9 

est encore à faire dans son ensemble, malgré les travaux par- 
tiels qu'on possède déjà sur ce sujet. 

Si les naturalistes des siècles précédents n'ont pas réussi 
à perfectionner leurs systèmes en y introduisant des consi- 
dérations tirées de l'habitat des animaux, c'est surtout 
parce qu'ils ont fait de l'habitat la base de leurs divisions pri- 
maires. Mais, en la réduisant aux proportions qui lui con- 
viennent, l'étude des rapports existant entre la structure et 
la patrie naturelle des animaux ne peut manquer de produire 
des résultats intéressants, et, entre autres, la conviction 
croissante que ces rapports, loin d'être le fait des forces phy- 
siques, dérivent au contraire du plan conçu dès le principe. 
Ce n'est certes pas là une conclusion sans importance. 

Des aires inégales sont occupées à la surface du globe 
par des groupes de valeur diverse, et les mélanges formés 
par des familles distinctes de végétaux ou d'animaux dans 
les différentes parties du globe présentent ainsi la plus 
extraordinaire variété. Ces combinaisons sont réglées de 
telle sorte que chaque province naturelle emprunte aux 
caractères de ses êtres organisés un cachet qui lui est 
propre. On appelle faune, l'association naturelle des êtres 
qui vivent en commun sur une surface plus ou moins vaste, 
quand on parle des animaux seulement; s'il s'agit des 
plantes, on dit la flore. Il s'en faut que iesHmites naturelles 
des faunes et des flores aient été déjà déterminées avec pré- 
cision. Comme les travaux de Schow et de Schmarda suffi- 
sent à donner une idée approximative de ces circonscriptions 
et de leur grandeur, j'y renvoie pour plus de détails (1), 
et je veux me borner à faire ressortir l'inégale étendue 
des faunes différentes, et la nécessité de leur assigner des 
limites spéciales suivant le point de vue sous lequel on les 
envisage. Ou, pour mieux dire, je veux faire comprendre que 
les groupes différents embrassant les uns moins, les autres 
davantage, il est nécessaire, pour l'étude de leur mode d'as- 

I) Je renverrai aussi à une Esquisse sur les faunes, que j'ai publiée dans : 
Nott et Gibson, Types uf Mankind, Philadelphie, 1854, in-i, avec une carte et 
«les illustrations. 

AGÀSSIZ. U 



50 DE l'espèce. 

sociation ou des faunes, de faire une distinction entre les 
empires zoologiques, pour ainsi dire, et les provinces zoolo- 
giques, les cantons zoologique?, les paroisses zoologiques, 
c'est-à-dire entre des aires d'inégale étendue. La plus vaste 
contiendra les types les plus répandus ; des divisions de plus 
en plus petites présenteront des types de plus en plus res- 
treints. Parfois ces circonscriptions se superposeront, par- 
fois elles seront placées l'une à côté de l'autre, parfois encore 
elles seront inscrites l'une dans l'autre^ mais, toujours et 
partout, un cachet spécial sera imprimé à chaque fraction 
de l'aire la plus laige et la fera différer de n'importe quelle 
autre partie, dans ses limites naturelles. 

La variété des combinaisons qui peuvent se produire entre 
des aires ou plus petites ou plus grandes, mais également 
bien définies par des types différents, a été cause que les 
naturalistes ont émis les vues les plus disparates à l'égard 
des limites naturelles des faunes. Mais, avec le progrès de 
nos connaissances, ces divergences ne peuvent manquer de 
disparaître. A la rigueur, chaque île de l'océan Pacifique sur 
laquelle on rencontre une espèce animale distincte peut être 
considérée comme possédant une faune spéciale, bien que 
plusieurs groupes de ces îles aient un caractère commun qui 
en fait le domaine d'une seule faune plus comprehensive : 
c'est le cas des îles Sandwich, par exemple, comparées aux 
îles Fidji ou à la Nouvelle-Zélande. Ce qui est vrai d'îles 
séparées ou de lacs isolés est également vrai des parties 
reliées entre elles d'un continent ou d'une mer. 

Comme il est maintenant bien connu que certains ani- 
maux ne dépassent pas, dans leur distribution géogra- 
phique, un cercle très-étroit, il serait fort intéressant de 
définir quelles sont les limites les plus resserrées dans les- 
quelles des animaux de type différent puissent être circon- 
scrits. On aurait ainsi une première donnée pour la recherche 
des conditions primitives dans lesquelles les animaux ont été 
créés. Le temps n'est plus où la simple indication du conti- 
nent dans lequel un animal a été trouvé pouvait satisfaire 
notre curiosité. Les naturalistes qui, ayant la possibilité de 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. 51 

déterminer rigoureusement les circonstances particulières 
de l'habitat des animaux qu'ils décrivent, négligent de rela- 
ter ces circonstances, manquent à ce qu'ils doivent à la 
science. Sans les négligences de cette espèce, notre connais- 
sance de la distribution géographique des animaux serait 
à la fois plus étendue et plus exacte. Chaque nouveau lait re- 
latif à la distribution géographique d'une espèce connue est 
aussi important pour la science que la découverte d'une 
espèce nouvelle. Si nous connaissions seulement la distribu- 
tion d'un seul animal aussi exactement qu'Alph. deCandolle 
a déterminé celle de quelques espèces végétales, une ère 
nouvelle commencerait pour la Zoologie. Il est grandement 
regrettable que, dans la plupart des travaux oîi sont consi- 
gnés les résultais scientifiques d'explorations lointaines, on 
ne trouve rien de plus que la description des espèces nou- 
velles. Une simple enumeration des espèces déjà connues, 
ajoutée à celte description, eût été un renseignement d'une 
valeur inappréciable pour la connaissance de la géographie 
zoologique. Le sans- façon avec lequel certains, naturahstes 
instituent des espèces distinctes, simplement parce qu'ils en 
ont trouvé les individus dans des contrées éloignées, et sans 
même avoir le soin d'en garder des spécimens pour une com- 
paraison ultérieure, est une source d'erreurs perpétuelle 
donnant lieu, dans l'étude de la géographie des animaux, 
aux conclusions les plus fausses. Non moins préjudiciable aux 
progrès de la science est la promptitude avec laquelle d'au- 
tres observateurs considèrent comme identiques les animaux 
ou les plantes qui ont entre eux une très-grande ressem- 
blance, sans se préoccuper le moins du monde de leur ori- 
gine et sans même signaler les différences qui ont pu être 
notées sur les spécimens tirés de différents points du globe. 
L'identité parfaite d'animaux ou de plantes qui vivent en 
des contrées du globe fort éloignées a été si souvent démon- 
trée, et, inversement, on connaît si bien à quel point des 
espèces vivant ensemble peuvent néanmoins différer sous 
tous les rapports essentiels, qu'une telle légèreté dans l'étude 
est injustifiable. 



52 DE l'espèce. 

L'extrême ressemblance pouvant exister entre des ani- 
maux ou des plantes qui vivent dans les contrées les plus 
distantes est un fait du plus haut intérêt et dont l'étude est 
fort importante au point de vue de ces deux questions : 
l'unité d'origine des animaux, et l'influence des agents phy- 
siques sur les êtres organisés. Les faits établissent désor- 
mais, d'une façon très-nette, que les individus d'une même 
espèce, nés dans des régions très-éloignées, ne peuvent pas 
avoir eu une origine commune, et qu'il y a la même indé- 
pendance entre les espèces, d'ailleurs étroitement alliées, qui 
sont les représentants les unes des autres dans des heux du 
globe très-distants. Il me semble donc qu'un des arguments 
lés plus puissants en faveur de la prétendue influence exer- 
cée sur le règne organique par les agents physiques qui en 
altéreraient les caractères est pour toujours écarté. 

Ce sont, parmi les Mammifères, quelques espèces grandes 
et remarquables qui donnent la mesure des limites les plus 
étroites où des Vertébrés puissent être circonscrits : l'Orang- 
outan dans les îles de la Sonde, le Chimpanzé et le Gorille 
sur la côte occidentale d'Afrique ; plusieurs espèces distinctes 
de Rhinocéros aux environs du cap de Bonne-Espérance, à 
Java, à Sumatra ; le Tapir commun et le Tapir pinchaque dans 
l'Amérique du Sud, le Tapir oriental à Sumatra; l'Éléphant 
des Indes orientales et l'Éléphant d'Afrique ; le Chameau de 
la Bactriane et le Dromadaire; les Llamas et les différentes 
espèces de Bœufs, de Chèvres et de Moutons sauvages, etc. 
Les exemples les plus frappants de localisation sont fournis : 
chez les Oiseaux, par l'Autruche africaine, les deux Nandous 
de l'Amérique, l'Émeu (Dromaius) de l'Australie et le Casoar 
{Casuarius galeatus) de l'archipel Indien, et plus encore par 
certaines espèces de Pigeons confinées dans des îles particu- 
lières de l'océan Pacifique ; — chez les Reptiles, par le Pro- 
tée des grottes d'Adelsberg en Carinthie, et par la Tortue 
Gopher {Testudo Polyphemus ^ Agass.) des États du Sud de 
l'Union américaine ; — chez les Poissons, par le Poisson 
aveugle {Amblyopsis spelœus) de la caverne du Mammouth. 
L'embranchement des Articulés ne présente pas, à cet égard. 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX- 53 

de faits aussi saillants; toutefois l'Écrevisse aveugle de la ca- 
verne du Mammouth et les parasites qui ne vivent que sur 
le corps ou dans le corps d'autres animaux sont des exemples 
de localisation très-remarquables. Parmi les Mollusques, 
on remarquera certaines espèces de coquilles terrestres qui, 
suivant ce qu'assure le professeur Adams, entre toutes les An- 
tilles, ne se trouvent qu'à la Jamaïque (i), et l'espèce, décrite 
par le docteur Gould (2), qui a été trouvée dans les îles isolées 
de l'océan Pacifique par la commission des États-Unis char- 
gée d'un voyage de circumnavigation. Parmi les Rayonnes 
eux-mêmes on peut citer, aussi bien chez les Echinodermes 
que chez les Méduses ou les Polypes, quelques espèces 
qui ne sont connues que dans un petit nombre de localités ; 
mais, tant que ces animaux n'auront pas été collectionnésdans 
le but spécial d'en déterminer le mode de distribution géo- 
graphique, les indications des voyageurs devront être accueil- 
lies avec beaucoup de réserve, et toute généralisation quant 
h la grandeur de l'aire couverte par les espèces sera préma- 
turée, jusqu'à ce que les contrées qu'elles habitent aient 
été explorées sur une grande étendue (3) . 

A ces considérations relatives à la distribution dans l'éten- 
due, il faut rattacher encore les connaissances que l'on pos- 
sède déjà sur la distribution de certains types, limités à des 
hauteurs déterminées du relief inégal de la terre ou à des 
profondeurs diverses dans le sein des eaux. Malgré les faits 
nombreux qui ont déjà été recueillis sur cette distribution, 
dans les mers qui baignent l'Europe et au voisinage du 
littoral américain, malgré aussi quelques données isolées 
sur les grandes profondeurs auxquelles certaines espèces 
animales ont été rencontrées, on peut dire sans exagération 

(1) C. B. Adams, Contributions to Conchology. New-York, 1849-50, iii-8, 
série de mémoires pleins de renseignements originaux. 

(2) A. A. Gould, Mollusks, United States exploring Expedition under the 
command of Ch. Wilkes U. S. N. 1 vol. in-4, Philadelpliie, 1854. 

(.''.) Pour ce qui e^l des Echinodermes et des Acalèphes, je suis en mesure 
d'affirmer que les cs|.èces du littoral atlantique de l'Amérique du Nord diffè- 
rent entièrement, suivant qu'elles vivent sur les côtes des États septentrionaux 
ou sur celles des États du Sud ; à leur tour, ces dernières font tout autres que 
les espèces du golfe du Mexique. 



54 DE l'espèce. 

que la distribution géographique des animaux au sein des 
mers est presque entièrement inconnue. 

Il n'en est pas moins vrai et établi sur de nombreuses 
preuves que, dans des limites définies, tous les animaux qu'on 
trouve dans des provinces zoologiques différentes sont spé- 
cifiquement différents. Ce qui reste à déterminer d'une façon 
plus précise, c'est la distribution de chaque espèce, ainsi que 
les limites naturelles des différentes faunes. 



structure identique de types largement disséminés. 

Ce n'est pas seulement en considérant combien, même 
dans des aires fort petites, le règne animal présente de 
variété, qu'on est conduit à admirer l'unité de plan mani- 
festée par tant de types si divers; cette admiration devient 
bien plus grande encore quand on voit dans ces types une 
structure identique, bien qu'ils soient répandus sur une 
vaste étendue superficielle, dans des régions qui n'ont pas 
le moindre rapport entre elles. Pourquoi les animaux et les 
végétaux du nord de l'Amérique ont-ils une si grande res- 
semblance avec ceux de l'Europe et du nord de l'Asie, tandis 
que ceux de l'Australie diffèrent complètement de ceux de 
l'Afrique et de l'Amérique du Sud, à latitudes égales? Voilà 
certes un problème d'un grand intérêt, au point de vue de 
l'influence exercée par les agents physiques sur les carac- 
tères des êtres organisés, dans les différentes parties du 
globe. Il n'y a certainement pas plus de ressemblance entre 
l'Amérique du Nord et l'Europe ou l'Asie septentrionale 
qu'entre certaines parties de l'Australie et certaines autres 
de l'Afrique ou de l'Amérique du Sud. Et quand même on 
devrait accorder qu'il y a entre celles-ci une différence plus 
grande qu'entre celles-là, il n'y aurait aucune proportion 
entre cette disparité, d'une part, et les dissemblances ou les 
similitudes existant, d'autre part, entre les animaux de ces 



STRUCTURE IDENTIQUE DE TYPES DISSÉMINÉS. 55 

contrées. Il serait rationnellement impossible de faire dé- 
pendre les unes des autres. Pourquoi l'identité entre les es- 
pèces prévaut-elle dans la zone arctique et cesse-t-elle de 
prévaloir dans la zone tempérée, quoiqu'il y ait pour dis- 
tinguer les unes des autres certaines espèces de la seconde 
zone, différentes d'ailleurs, autant de difficultés que pour 
démontrer l'identité de certaines espèces arctiques dans 
les trois continents qui convergent vers le pôle ? Cependant 
il y a confusion, et sur une grande étendue, entre les espèces 
d'une zone et celles de l'autre, à leur commune limite. 

Pourquoi les espèces antarctiques ne sont-elles pas iden- 
tiques avec celles des régions arctiques? Pourquoi, enfin, une 
plus grande élévation de la température moyenne suffit-elle 
pour introduire des types aussi complètement nouveaux, 
quand, d'ailleurs, il y a dans la région arctique, sur les diffé- 
rents continents, des types d'une singularité si remarquable 
(les Rhytina, par exemple), combinés avec d'autres qui par- 
tout sont les mêmes dans toute l'étendue de la région (1) ? 

A première vue, il semble tout naturel que les espèces 
arctiques s'étendent sur les trois continents septentrionaux 
qui convergent également vers le pôle. Là, en effet, il ne 
peut pas y avoir de barrière insurmontable à la plus large 
dissémination, sur toute la superficie de la région, d'ani- 
maux qui vivent dans l'océan Glacial ou sur les parties des 
trois continents, entre lesquelles la glace sert, pour ainsi dire, 
de pont. Mais, plus on pénètre avant dans les détails, à la 
recherche de cette identité, plus on demeure surpris de 
la rencontrer, car dans la région arctique, comme partout 



(1) Qu'on ne s'y méprenne point. Je n'impute pas à tous les naturalistes 
l'idée de rapporter toutes les différences ou toutes les similitudes du monde orga- 
nique aux influences climatologiques. Je veux seulement leur rappeler que le ta- 
bleau, même le plus exact, des relations existant entre le climat et la distribution 
géographique des êtres vivants, laisse intacte la question de l'origine de ces 
êtres ; or, c'est cette origine qui est en cause. On a trop peu fait attention, 
jusqu'ici, aux rapports que présentent les particularités de la structure et le 
mode de distribution géographique des animaux. C'est une comparaison à 
laquelle on ne pourra se livrer utilement qu'après que des observateuis nés 
dans le pays auront, sous toutes les latitudes, étudié l'anatomie comparée des 
animaux de chaque contrée. 



56 DE L'ESPÈCE. 

ailleurs, des représentants de types très-divers vivent les uns 
à côté des autres. Les Mammifères arctiques appartiennent 
principalement aux familles des Baleines, des Phoques, des 
Ours, des Belettes, des Renards, des Ruminants et des Ron- 
geurs. Ils ont, en tant que Mammifères, la même structure 
générale qu'ont les animaux de cette classe, dans n'importe 
quel lieu du globe. H en est de même des Oiseaux arctiques, 
des Poissons, des Articulés, des Mollusques, des Rayonnes 
arctiques, comparés aux représentants du même type dans 
une contrée quelconque. L'identité s'étend à tous les degrés 
d'affinité, aussi bien chez ces animaux que chez les végétaux 
des mêmes latitudes. Ordres, familles, genres, aussi loin 
qu'ils sont représentés, ont là, identiquement, les mêmes 
caractères qui sont ailleurs propres à ces genres, à ces ordres, 
à ces familles. Les Renards arctiques ont la même formule 
dentaire, la même disposition des doigts et des ongles; en 
somme, toutes les particularités génériques qui caractérisent 
les Renards, qu'ils soient de la zone arctique, de la zone 
tempérée ou de la zone tropicale ; qu'ils habitent l'Amérique 
ou l'Europe, l'Afrique ou l'Asie. La même chose est vraie 
pour les Baleines ou les Phoques; les mêmes détails de 
structure qui caractérisent le genre au pôle nord reparais- 
sent chez les animaux de l'hémisphère sud, et dans l'espace 
intermédiaire, aussi loin que s'étende leur distribution na- 
turelle. Même chose encore pour les Oiseaux, pour les Pois- 
sons, etc., etc. Et qu'on ne suppose pas que c'est là une 
simple ressemblance générale. Tant s'en faut ; l'identité de 
structure va jusqu'aux plus petits détails des particularités 
les plus infinies; dents, poils, écailles, plis du cerveau, 
ramifications vasculaires, replis de la muqueuse intestinale, 
complication des glandes, rien n'y échappe; et cela est 
poussé si loin, que, seul, le naturaliste famiher avec l'obser- 
vation microscopique peut se faire une idée de la précision 
et de la permanence de ces caractères. Cette identité, pour 
tout dire, est tellement complète, que si, après avoir été 
mutilé de manière qu'aucun des caractères de l'espèce 
ne pût être reconnu, un animal quelconque était soumis à 



STRUCTURE IDENTIQUE DE TYPES DISSÉMINÉS, 57 

l'examen d'un anatomiste vraiment habile, non-seulement la 
classe, non-seulement l'ordre et la famille auxquels appar- 
tient cet animal, mais encore le genre lui-même pourraient 
être déterminés avec autant de précision que si l'intégrité 
des parties avait été respectée. Si un petit nombre de genres 
seulement avaient le privilège d'une large dissémination sur 
la terre ou dans l'Océan, on pourrait regarder cela comme 
une chose extraordinaire; mais il n'est pas une classe d'ani- 
maux qui ne contienne plusieurs genres plus ou moins cos- 
mopolites. Le nombre des animaux qui ont subi une dissé- 
mination profuse est même tellement grand, que, au moins 
en ce qui concerne les genres, on peut sans crainte affirmer 
que la majeure partie d'entre eux ont une distribution 
géographique extrêmement large. Gela montre de la façon 
la plus évidente que, si loin que s'étende la distribution 
géographique de ces genres, les animaux dont la structure 
est identique dans toute cette étendue échappent à l'influence 
des agents physiques. Sinon il faudrait admettre que, 
nonobstant leur extrême diversité dans les limites géogra- 
phiques indiquées, ces agents ont le pouvoir de produire 
des structures absolument identiques dans des types tout à 
fait différents (1). 
Il importe de se rappeler ici que certains genres de Ver- 



(1) Un exemple rendra cet argument plus sensible à ceux qui ne sont point 
familiers avec l'histoire naturelle. De l'océan Arctique au cap Horn, l'Amérique 
embrasse une tells variété de climats et de sols, qu'on peut bien supposer que 
toutes les causes naturelles capables de donner origine aux êtres organisés ont 
été ou sont en activité sur ce continent. Or, il y a dans l'Amérique arctique 
une espèce particulière de Ticnard ; il y en a d'autres dans la zone tempérée du 
continent et d'autres encore sous les latitudes plus méridionales. A ces Renards 
sont associés les animaux les plus divers de toutes les classes, parmi lesquels 
il s'en trouve dont le domaine géographique est circonscrit dans les limites les 
plus étroites, et d'autres en grand nombre qui ont leurs représentants dans 
d'autres parties du monde. Évidemment, il faut bien que les agents physiques 
n'aient pas été la cause de l'existence de tous ces êtres ; à moins de dire que 
ces agents ont opéré avec discernement, qu'ils ont produit sur tout le continent 
un certain genre de Mammifères partout le même, et placé à côté de lui d'au- 
tres animaux des types les plus diversifiés, parfaitement conformes d'ailleurs, 
pour l'essentiel, avec d'autres cires de ces mêmes types produits hors du con- 
tinent américain. Mais alors c'est admettre en d'autres termes que cet acte est 
l'œuvre d'un être intelligent. 



58 DE L'ESPÈCE. 

tébrés, d'Articulés, de Mollusques et de Rayonnes, sont ré- 
partis dans les mêmes localités et sur une même échelle. 
Or, en tant que Vertébrés, Articulés, Mollusques, Rayonnes, 
leurs représentants respectifs ont, sur toute cette aire 
occupée en commun, une structure identique, mais en 
même temps ils sont construits sur des plans très-diffé- 
rents. J'estime que ce fait est, par lui-même, une démons- 
tration complète de l'entière indépendance de la struc- 
ture des animaux à l'égard des agents physiques. Je puis 
ajouter que le règne végétal offre une série de faits exac- 
tement semblables. Cela prouve que tous les rapports d'ordre 
supérieur, soit chez les animaux, soit chez les plantes, sont 
l'effet d'une cause autre que les influences physiques. 

Tandis que tous les représentants d'un même genre ont 
une structure (1) identique, les diverses espèces d'un genre 
diffèrent simplement quant à la grandeur, aux proportions 
des parties, à l'ornementation, aux rapports avec le milieu 
ambiant, etc. Le mode de distribution géographique des 
espèces varie à un tel point, qu'il est impossible de trouver 
dans ce seul fait un critérium, pour les distinguer les unes 
des autres. D'ailleurs, paraît-il, tandis que certaines espèces 
projetées sur une surface considérable occupent sur cette 
surface des aires discontinues, il est d'autres espèces, si 
étroitement alHées les unes aux autres, qu'on les nomme 
espèces représentatives, dont chacune n'occupe qu'une de 
ces aires partielles. La question est donc de savoir comment 
ont été établies ces limites naturelles assignées à chaque 
espèce. La croyance générale est aujourd'hui que chacune 
d'elles a eu originellement un point de départ d'où elle s'est 
répandue ensuite sur toute l'étendue qu'elle occupe actuel- 
lement. Ce point de départ serait même encore indiqué par 
la prédominance ou la concentration plus grande de l'espèce, 
en un certain point de son aire naturelle qu'on appelle, en 
conséquence, le centre de distribution ou le centre de créa- 
tion. A la [jcriphérie de son territoire, l'espèce serait plus 

(1) Voy. ci-après, chap. II, sect. v. 



STRUCTURE IDENTIQUE DE TYPES DISSÉMINÉS. 59 

éparpillée, plus clair-semée pour ainsi dire, et quelquefois les 
représentants en seraient très-réduits. 

La Zoologie a fait un grand pas le jour où, grâce à une 
connaissance plus étendue et plus précise de la distribution 
géographique des êtres organisés, les naturalistes durent se 
convaincre que pas un animal ou une plante n'a pu prendre 
origine sur un point unique de la surface du globe et s'é- 
tendre ensuite de plus en plus jusqu'à ce que la terre fût 
peuplée. Ce fut réellement un progrès immense et qui affran- 
chit la science des entraves d'antiques préjugés. Maintenant, 
en effet, que nous avons sous les yeux toutes les données de 
la question, on a peine à concevoir que cette progressive 
irradiation autour d'un centre primitif ait pu sembler une 
explication suffisante de la diversité qui, partout, se montre 
sur la terre. Car admettre des centres distincts de distribu- 
tion pour chaque espèce dans ses limites naturelles, c'est 
véritablement couper les faits en deux. Il y a entre les ani- 
maux et les plantes, que partout nous trouvons dans un 
certain état de mélange, des rapports innombrables qu'il 
est impossible de ne pas regarder comme primitifs et qui 
ne peuvent pas être le résultat d'une adaptation successive. 
Or, s'il en est ainsi, il s'ensuit forcément que tous les ani- 
maux et les plantes ont occupé, dés l'origine, ces circon- 
scriptions naturelles dans lesquelles on les voit établis et 
entretenant les uns avec les autres des rapports si profondé- 
ment harmoniques (i). Donc, du jour même de leur appa- 
rition, les pins ont été des forêts; les bruyères, des landes; 
les abeilles, des essaims; les harengs des bancs de harengs; 
les buffles, des troupeaux; les hommes, des nations (2)! Une 
preuve frappante, pour moi, que les choses ont eu Heu ainsi, 
c'est que des espèces représentatives, lesquelles, en tant 
qu'espèces distinctes, ont dû avoir à l'origine une répartition 
géographique différente et distincte, occupent fréquemment 

(1) L. Agap<^iz, Geographical Distribution of Animals (Christian Exa- 
miner, Boston, 1850, in-8; mars). 

(2) L. Agassiz, The Diversity of origin of the Human Races {Christian 
Examiner, Boston, 1850, in-8, février). 



60 DE l'espèce. 

des sections de surface habitées en même temps par d'autres 
espèces qui, dans toutes ces aires partielles, sont parfaitement 
identiques. Pour en citer un exemple, je prendrai le Siffleur 
d'Europe et le Siffleur d'Amérique [Anas mareca Penelope 
et Alias americana)y ou le Millouin commun et le Millôuin à, 
tête rouge {A. ferina et A. erythrocephala) , qui habitentj 
respectivement les parties septentrionales du nouveau con- 
tinent et de l'ancien pendantl'été, et émigrent vers le sud de^ 
ces continents pendant l'hiver, tandis que le Canard ordi-: 
naire [A. hoschas) et le Millouineau [Anas marila) sont 
aussi communs dans TAmérique du Nord qu'en Europe. 
Quelle est la signification de ce fait? Indique-t-il que tous; 
ces oiseaux ont été originairement mis au monde dans un 
seul et même lieu, oii on ne les retrouve plus maintenant, 
puis ont fini par aller se cantonner dans les circonscriptions 
qu'ils occupent actuellement? — ou qu'ils ont pris nais- 
sance, soit en Europe soit en Amérique, contrées qu'à la 
vérité tous n'habitent plus, mais où vit au moins une partie 
d'entre eux? — ou bien qu'ils sont réellement venus au 
monde dans les circonscriptions qu'ils occupent actuelle- 
ment ? Je suppose mon lecteur trop judicieux pour que j'aie 
besoin d'autre chose que de discuter les conclusions qui dé- 
coulent de cette dernière hypothèse. Donc, le Siffleur d'A- 
mérique et le Millôuin américain à tête rouge sont origi- 
naires de l'Amérique; le Siffleur européen et le Millôuin à 
tête rouge européen sont nés en Europe. Mais le Canard 
ordinaire et le Millouineau, qui sont communs aux deux con- 
tinents, sont-ils nés en Europe ou en Amérique? Ou bien 
ont-ils originellement paru à la fois dans les deux mondes?.. 
Je n'irai pas plus loin; j'ai simplement voulu mettre le lec- 
teur en face d'un cas bien précis, de manière à lui faire 
parfaitement comprendre le caractère de cet argument qui 
s'applique au règne animal tout entier. Je dis que les faits 
conduisent pas à pas à la conclusion que le Canard ordinaire 
et le Millouineau ont, originellement, pris naissance, à la 
fois et séparément, en Europe et en Amérique, et que tous 
les animaux ont certainement apparu en nombre immense ; 



STRUCTURE SEMBLABLE D'UNE MÊME FAUNE. 6l 

, chaque espèce sans doute au chiffre qui en est la moyenne 
caractéristique et sur toute l'étendue de l'aire géographique 
qui lui est propre, que la surface en soit continue ou inter- 

! rompue par la mer, des lacs, des rivières, des différences dans 
le niveau des eaux, etc. Les détails de la distribution géogra- 
phique des animaux présentent quelque chose de beaucoup 
trop judicieux pour qu'on puisse y voir, un seul moment, 
l'effet du hasard, c'est-à-dire le résultat des migrations acci- 
dentelles des animaux ou de la dispersion accidentelle des 
semences des végétaux. Plus l'uniformité de la structure 
est grande dans les organismes ainsi largement disséminés, 
moins il paraît probable que leur répartition soit l'effet du ha- 
sard. J'avoue que rien ne m'a jamais autant surpris que de 
voir sous le microscope l'identité parfaite des détails les plus 
déhcats de la structure, chez des animaux ou des plantes 
provenant des parties du monde les plus éloignées. C'est 
cette remarquable identité de la structure, dans le même 
type, cette indépendance absolue entre les caractères essen- 
tiels des animaux ou des plantes et leur distribution sous les 
climats les plus différents que nous connaissions sur la terre, 
qui m'ont amené à mettre en doute la croyance, presque 
universelle, que les êtres organisés sont influencés par les 
causes physiques à un degré susceptible de modifier essen- 
tiellement leurs caractères. 



XI 

Structure semblable d'animaux vivants dans une même région. 

Les premières recherches faites sur la faune de l'Austra- 
lie eurent un résultat d'un très-grand intérêt : ce fut la 
découverte d'un type d'animaux, les Marsupiaux, qui pré- 
domine sur ce continent et est inconnu dans presque toutes 
les autres contrées du globe. Il n'est pas d'étudiant en His- 
toire naturelle qui ne sache aujourd'hui qu'il n'y a pas de 
Quadrumanes k\'A Nouvelle-Hollande : ni Singes ni Makis; — 



62 DE l'espèce. 

pas à' Insectivores : ni Musaraignes, ni Taupes, ni Hérissons; 
— pas de vrais Carnivores (1) : Ours, Belettes, Renards, Ci- 
vettes, Hyènes, Chats sauvages ; — pas à'Édenlés : Paresseux, 
Tatous, Fourmiliers, Pangolins; — pas de Pachydermes : 
Éléphants, Hippopotames, Porcs, Rhinocéros, Tapirs, Chevaux 
sauvages •, — pas de Ruminants : Chameaux, Lamas, Cerfs, 
Chèvres, Moutons, Bœufs, etc. Et cependant les Mammifères 
de l'Australie sont presque aussi variés que ceux de tout 
autre continent. D'après Waterhouse (2), qui a étudié ces 
animaux avec un soin particulier, « les Marsupiaux présen- 
tent une remarquable diversité de structure. Ils renferment 
des espèces herbivores, carnivores et insectivores. On y 
trouve positivement la représentation et l'analogue de beau- 
coup d'autres ordres de Mammifères. Les Quadrumanes y 
sont représentés par les Phalangers ; les Carnivores, par les 
Dasyures; les Insectivores, par les petits Phascogales; les 
Ruminants, par les Kangurous , et les Edentés, par les Mono- 
trèmes. Les Chiroptères n'ont point de représentant connu 
parmi les Marsupiaux, et les Rongeurs n'y sont représentés 
que par une espèce seulement. Mais la lacune est comblée 
par des espèces placentaires, car les Chauves-Souris et les Ron- 
geurs sont passablement nombreux en Australie, et, si l'on 
en excepte le Chien, qui, probablement, a été introduit par 
l'homme, ce sont les seuls animaux placentaires qu'on ait 
trouvés dans ce continent. » Quoi qu'il en soit, tous ces ani- 
maux ont en commun quelques caractères anatomiques 
extrêmement remarquables, qui les distinguent de tous les 
autres Mammifères et leur donnent un cachet auquel ils doi- 
vent de constituer un des groupes les plus naturels de leur 
classe : tels sont le mode de reproduction, les rapports du 
jeune avec la mère, la structure du poumon, etc. (3). 

(1) On n'est pas bien fixé encore sur l'origine du Dingo, le seul animal de 
proie de l'Australie. 

(2) G. A. Waterhouse, Natural History of the Mammalia. Londres, 1848, 
2 vol. in-8, t. I, p. li. 

(3) Voy. R, Owen, Marsupialia, in Todd's Cyclopœdia of Anatomy and 
Physiology (Londres^ 1841, in-8) et plusieurs mémoires du môme auteur et 
de quelques autres, y mentionnés. 



STRUCTURE SEMBLABLE d'UNE MÊME FAUNE. 63 

Or, l'idée que ce cachet si spécial ait pu être imprimé par 
les agents physiques est pour toujours écartée par cet autre 
fait que ni les Oiseaux, ni les Reptiles, ni enfin aucun autre 
animal de la Nouvelle-Hollande, ne se départent en rien 
des caractères ordinaires qu'ont leurs représentants dans 
d'autres parties du monde. A moins que cela ne prouve, 
chez ces agents, le pouvoir de varier leurs effets et de pro- 
duire à leur gré, toutes choses égales d'ailleurs, des êtres 
tantôt conformes, tantôt non conformes à ceux des autres 
continents. Et je ne parle pas de l'existence simultanée, dans 
ce même continent, d'autres types hétérogènes de Mammi- 
fères, Chauves-Souris et Rongeurs, qui se rencontrent là aussi 
bien qu'en un lieu quelconque des autres parties du globe. 
D'ailleurs l'Australie n'est pas la seule partie du monde où l'on 
trouve, circonscrits dans des aires déterminées, des animaux 
ayant entre eux de grandes différences, et présentant toute- 
fois un ensemble commun de caractères qui les distingue 
des autres animaux du même type. Presque partout sur 
la terre, on trouve quelque grand groupe, soit d'animaux, 
soit de plantes ayant ce caractère, et toutes les classes d'êtres 
organisés renferment ainsi quelque groupe naturel indi- 
gène, d'ailleurs plus ou moins compréhensif, plus ou moins 
prédominant et renfermé dans des limites géographiques 
particulières. On en pourrait donner comme exemple, parmi 
les Mammifères encore, les Quadrumanes, dont les repré- 
sentants, grandement diversifiés dans l'ancien monde et 
dans le nouveau, tantôt diffèrent les uns des autres, et 
tantôt se ressemblent par des points importants de la struc- 
ture. Citons encore les Edentés de l'Amérique méridionale. 

Parmi les Oiseaux, les Oiseaux-mouches constituent une 
famille vraiment naturelle, aussi nombreuse que jolie, et 
confinée en Amérique comme les Faisans le sont dans l'an- 
cien monde (d ) . Parmi les Reptiles, que l'on compare les Cro- 
codiles de l'ancien continent à ceux du nouveau. Dans la 



(1) Nos soi-disant Faisans d'Amérique ne sont même pas de la famille dos 
Faisans d'Europe. Les « Faisans » américains sont de véritables Gelinottes. 



64 DE L'espèce. 

classe des Poissons, la famille des Poissons à branchies 
labyrinthiques ne sort pas de l'océan Indien et du Pacifique; 
celle des Goniodontes est confinée dans les eaux douces de 
l'Amérique du Sud et celle des Cestraciontes dans le Paci- 
fique. L'anatomie comparée des Insectes n'est pas assez 
avancée pour fournir des exemples frappants ; mais, parmi 
les insectes remarquables par leur forme et qu'on ne trouve 
que dans certains pays, on peut citer le genre Mormolyce 
de Java, le Pneumora du cap de Bonne-Espérance, le Bé- 
lostome de l'Amérique du Nord, le Fulgore de la Chine, etc. 
La géographie des Crustacés a été tracée d'une façon telle- 
ment magistrale par Dana, dans son grand ouvrage sur les 
Crustacés recueillis par la commission américaine du voyage 
de circumnavigation {United States exploring Expedition^ 
vol. XIII, p. lZi51), que je ne puis que renvoyer à ce livre 
pour les nombreux exemples de localisation des types de 
cette classe; c'est un modèle à suivre dans tout travail do 
celte nature. Qu'il me soit permis cependant d'ajouter le 
Macrocheira du Japon, qui n'a pas de représentant ailleurs. 
Il faut mentionner, parmi les Vers, le Peripates de la 
Guyane. Parmi les Céphalopodes, il y a à citer le Nautilus 
d'Amboine; parmi les Gastéropodes, le genre lo, des eaux 
occidentales des Etats-Unis, et, parmi les Acéphales, le ÎV«- 
gonia d'Australie, certaines Naïdes des États-Unis, IVEthérie 
du Nil. Chez les Echinodermes, le Pentacrinus des Indes 
occidentales, le Culcita du Zanzibar, Y Amblypneustes du 
Pacifique, le Temnopleurus ào, l'océan Indien, le Dendraster 
de la côte occidentale de l'Amérique du Nord; chez les 
Acalèphes, la Bérénice d'Australie; chez les Polypes, les 
vrais Fongidés de l'océan Indien et de l'océan Pacifique, le 
genre Renilla de l'Atlantique, sont autant d'autres exemples. 
Bien des faits analogues pourront être mis en avant, quand 
on connaîtra d'une manière plus précise la géographie 
des animaux inférieurs. Ceux qui précèdent suffisent, en 
tout cas, à faire voir que, au haut comme au bas de 
l'échelle, sur la terre ou dans l'eau, il y a des animaux, 
remarquables par une structure particulière, qui sont ren- 



I 



LA STRUCTURE FORMANT LIEN SÉRIEL. 65 

fermés dans des aires bien définies. Celte localisation de 
formes spéciales est l'éclatante confirmation de l'opinion 
déjà émise, à un autre point de vue ; c'est-à-dire que l'or- 
ganisation animale, quelle qu'elle soit, peut s'adapter à des 
conditions tantôt identiques, tantôt diverses, mais ne saurait, 
en aucune façon, être regardée comme étant, originelle- 
ment, le produit de ces conditions. 



XII 

La structure forme un lien sériel entre des animatix 
largement disséminés à la surface du globe. 

Après avoir étudié avec attention les reptiles qui habitent 
les différentes contrées du globe, je fus frappé d'un fait 
Irés-remarquable qu'aucun naturaliste, que je sache, n'avait 
encore signalé et dont aucune autre classe ne fournit un 
exemple aussi notable. Voici ce fait : parmi les Sauriens, 
comme parmi les Batraciens, il y a des familles dont les 
représentants, malgré leur dissémination sur le globe, for- 
mont une série très-naturellement enchaînée et dont chaque 
terme équivaut à un degré particulier de développement. 
Les Scincoïdes (1), de l'ordre des Sauriens, sont une de ces 
familles. Elle contient environ cent espèces, rapportées par 
Duméril et Bibron à trente et un genres, et dans lesquelles 
le développement des organes de la locomotion produit des 
combinaisons remarquables, exposées dans le diagramme 
suivant. 

Pour bien comprendre la signification de ce tableau, il 
est nécessaire de se rappeler que les animaux appartenant 
à la famille des Scincoïdes y sont envisagés à deux points de 
vue différents. En premier lieu, leurs rapports zoologiques 
îOnt exprimés par les combinaisons variées de la structure 



(1) Pour les caractères de la famille, voy. Duméril et Bibron, Erpétologie 
lénérale, vol. V, p. 511. — Voyez aussi Cocteau, Études sur les Scincoidcs. 
*aris, 1836, in-4, figures. 

AGASSIZ. 5 



66 



DE l'espèce. 



des membres. Certains d'entre eux, et ce sont les plus 
nombreux, ont quatre pattes ; d'autres n'en ont que deux, 
qui sont toujours celles de derrière ; d'autres enfin n'en onl 
point du tout. Ces pattes peuvent n'avoir qu'un doigt, ou er 
avoir deux, trois, quatre, cinq, et le nombre de ces appen- 
dices peut varier dans les membres thoraciques et dans le; 
membres pelviens. La classification ici adoptée est baséf 
sur ces caractères. En second lieu, il est tenu compte de k 
distribution géographique. Or, on aperçoit tout de suite qu( 
l'habitat de ces animaux n'a aucun rapport, quel qu'il soit, 
avec le système résultant des caractères zoologiques. Ai 
contraire, les genres les moins voisins peuvent se rencontrei 
dans le même pays, et ceux qui ont entre eux les relatiom 
les plus étroites peuvent bien se trouver à des distances très- 
grandes les uns des autres. 



Genres qui ont quatre pattes. 



Ciiif[ doigts M «'liaqne pfitti' 





iTropidophorus. . 


. 1 


espèce. 


Cochinchine. 


1 Seinctis 

/ 


. 1 


— 


Afrique septentrionale e 
occidentale, Syrie. 


Splienops 


. 1 


— 


Égvpte. 

Indes occident, et Brésil. 




Diploglossus. . . 


. 6 


— 




Amphiglossus. . 


. 1 


— 


Madagascar. 




Gongylus, 7 sous 


genre 


. 






Gongylus. , . 

i 


. 2 


îspèces 


Europe mérid., Egypte 
Ténériffe,ile de France 


1 Eumeces, . . . 


. 11 




Indes orientales et occ 
dentales, Amérique mt 
ridion., Vanikoro, Noi 
velle-Irlande, Nouvel! 
Guinée, îles du Pacif 


1 Euprepes. . . . 

j 


. 13 




que. - 

Côte occidentale d'Afriqu 
cap de Bonne - Espe 
rance, Egypte, Abyss 
nie, Séchelles, Mada 
gascar. Nouvelle - Gu 
née, Indes . orientale 
îles de la Sonde, Mu 
nille. 


1 Plestiodon. . . 


. 5 


— 


Egypte, Alger, Chine, Ja 
pon, États-Dnis. 


■ Lygonoma. . . 


. 19 




Nouvelle-Hollande, Non 
velle - Zélande, Jav 
Nouv.- Guinée, Tinio 
Indes orientales, iles c 
Pacilique, Etats-Unis. 


Liolopiama . . 


. 1 


— 


Maurice et Manille. 


TropidolopUmc 


. 1 


— 


Nouvelle-Hollande, 


Cyclodus 


. 3 


— 


NouvoUe-ilollande, Javt 


Trachysaurus. . 


. 1 


— 


Nouvelle-UoUande. 


' Ablepharus. . . . 


. 4 


— 


Europe du sud-est, Noi 
vcUe-lioUaude, ile» i 




\ 






l'aeiliqiie. 



LA STRUCTURE FORMANT LIEN SÉRIEL. 67 

'ïiiiq (Ifiicts ù la patte antérieure. -J^ , , i . ■ 

iîuatre à la postérieure ^Campsodactylus. . » espèce. Bengale. 

Quatre doigts à la patte antérieure. (^'•''''''''^"* ^ — Afrique, Nouvelle - Hol - 

Cii.q doigts à la patte postérieure. . j „ ,„ , , laude, île de France. 

^ ^ r r ^ Oymnophthalmus. 1 — Indes occidentales, Brésil. 



..... 



/ Tetradaetylus. 



Nouvelle-Hollande. 



Quatre doigts à chaque patte. ... ^ (Le genre Chakides, de la famille voisine des Chalcidioideg, 
à offre un autre exemple de cette combinaison.) 

Quatre doigts à la patte de devant. ) ,, , ,. , , 

Trois à celle de derrière j 11 n y a pas d exemple connu de cette combinaison. 

; Trois doigts à la patte de devant. . ) j, ,. , 

I Quatre à ceUe de'derriére j ^ »« '^ ^^'•"™P'« •=°»°"- 



Trois doigts à chaque patte . 



ITemiergis i espèce. LVouvelle-Itollande. 

Sejjs 1 — Europe méridionale, Afri- 

tjue septeutriouaie. 
Nessia 1 — Origine inconnue. 



Trois doigts à la patte antérieure. , J . 

Deux à la postérieure | Aucune espèce connue. 



Deux doigte è la patte antérieui-e. . 1 Uetcromelts. 



l espèce. Alger. 

Nouvelle-Hollande. 



Trcjis il la postérieure ) Lcrista 1 — 

.Deux à chaque patte | rhelomeles 1 — .Nouvi'Il.-liollaïKie. 

Deux doigts à la patte antérieure. . ) ,, , , i „.■,■ ■ 

Un à la postérieure ] «'•««''i/'n«'«. • • • 1 - Philippines. 

Un doigt à la patte antérieure. . . . > » r , . , ,. • . ■ ]• , 

Deux à la postérieure ^ Brachystopus. . . . i - Alrique méridionale. 

Un doigt à chaque patte | Evesia 1 — Origine inconnue. 



Genres qui ont seulement deux pattes. 

On n'en comiall aucun qui ait les pattes de devant, mais cette combinaison se rencontre dans 
la lainille voisine des Chalcidioides. Les genres qui n'ont que les pattes de derrière olfreut les 
coi.ibinaisons suivantes : 

De;ix doigts | Scelotes 1 espèce. Cap de Uoniie-Espérance, 



f Proptdilus 1 



t.. doigt ; Ojhiodcs. . 

\ Hysleropns, 



I Lialis. 
\Diliamus. 



Cap de Bonne-Espérance. 
Nouvelle-Hollande. 
1 — Amérique du Sud. 
i ~ JSouvelle-Hollmide. 
1 — Nouvelle-Hollande. 
1 — Nouvelle-Guinée. 



Genres qui n'ont point de pattes. 

Angui.i 1 espèce. I 

Ojihiomorus. ... \ 



.l.'Mlalc 



Aiiiqiie bi'|ili5iilriouale. 
— Morée, Kussie méridio- 
nale, Alger. 

Aconliaa i — Afrique méiidionale, cap 

de Bonne-Espérance. 

Typhiina i — Alrique mériilionale, cap 

de Bonne-Espérance. 

Qui donc, en examinant ce tableau, n'y reconnaîtrait les 
combinaisons d'une Intelligence! Cela est si évident, que 



58 I>E L'ESPfeCE. 

facilement on oublierait, en presence de ce diagramme 
dressé à Paris pour classer des animaux conservés au Muséum 
du Jardin des plantes, qu'il est bien réellement écrit dans 
la nature par les animaux eux-mêmes, et devient lisible dès 
que ceux-ci ont été réunis et comparés un à un. Mais il 
contient un élément important pour notre discussion. La 
série n'est pas établie à ses différents termes par des repré- 
sentants équivalents. U y a quelques combinaisons très- 
richement dotées, il y en a d'autres réduites à un petit 
nombre de genres ou même à un seul; il en est, enfin, qui 
n'ont pas été du tout employées. Tant d'arbitraire indique 
le choix et non l'action d'une loi nécessaire. 

Mais détournons notre attention de cette série remarquable; 
et reportons-la sur les indications relatives à la distributio 
géographique de ces genres si parfaitement alignés. Il suffit 
d'un coup d'œil jeté sur la dernière colonne du tableau pour 
voir que non-seulement les Scincoïdes sont disséminés dans 
toutes les contrées du globe, mais encore qu'il n'y a pas le 
moindre rapport entre les combinaisons résultant des carac- 
tères de la structure et les habitat respectifs des genres qui 
les présentent. Le type sans pattes se trouve en Europe, 
dans l'Asie occidentale, dans l'Afrique septentrionale et au 
cap de Bonne-Espérance ; —les types avec pattes postérieures 
seulement et un doigt unique au Cap, dans l'Amérique du 
sud, l'Australie et la Nouvelle-Guinée; ceux à deux doigts 
au cap de Bonne-Espérance. Parmi les types qui ont quatre 
pattes, l'origine de ceux qui ont un seul doigt à chaque patte 
est inconnue ; ceux qui ont un doigt aux pattes de devant et 
deux aux pattes de derrière sont de l'Afrique du Sud ; ceux 
qui ont deux doigts au membre antérieur et un seul au 
postérieur viennent des Philippines ; ceux qui ont deux doigts 
à chaque patte sont de la Nouvelle-Hollande. Ceux qui ont 
trois doigts à la patte de derrière et deux à celle de devant 
habitent Alger et l'Austrahe. On n'en connaît point qui aient 
trois doigts à la première patte et deux à la seconde. ~ Les 
genres ayant trois doigts aux quatre pnttes habitent l'Europe, 
le nord de l'Afrique et l'Australie. Il n'y en a point qui aient 



e 

i 



LA STRUCTURE FORMANT LIEN SÉRIEL. 69 

à la fois trois doigts à une patte et quatre doigts à l'autre. 
Ceux qui ont quatre doigts aux quatre pattes habitent la 
Nouvelle-Hollande ; ceux qui ont cinq doigts à la patte anté- 
rieure et quatre à la postérieure vivent au Bengale ; la combi- 
naison inverse se rencontre en Afrique, aux Indes orientales, 
au Brésil, et en Australie. — Les genres qui possèdent cinq 
doigts aux quatre pattes sont le plus largement distribués, et 
cependant tellement disséminés, qu'aucune jirovince zoolo- 
gique isolée ne montre une série parfaite ou quelque chose 
d'approchant. Au contraire, le mélange, dans presque toutes 
les faunes, de quelques représentants de la combinaison la 
plus achevée avec ceux de la combinaison la plus simple, ex- 
clut plus décidément encore toute idée d'une influence des 
agents physiques sur le développement des organes. 

Une autre série semblable et non moins remarquable peut 
être tracée chez les Batraciens à queue. Je renvoie, pour 
les caractères de ces animaux, aux ouvrages de Holbrook, 
Duméril et Bibron, Tschudi et Baird (1). A la vérité, ces 
auteurs ne les ont point présentés sous ce point de vue, mais 
les particularités génériques de ces animaux suggèrent 
d'elles-mêmes ce rapprochement; d'ailleurs de plus longs 
détails à cet égard seraient, pour le but que je me propose, 
d'autant plus oiseux, que j'ai déjà discuté ailleurs la gradation 
de cette série (2). 

Des séries analogues, bien que moins remarquables et plus 
limitées, pourraient être tracées dans chaque classe du règne 
animal, non-seulement parmi les types actuels, mais encore 
parmi ceux des époques géologiques antérieures. L'intérêt 
qui s'attaclie à l'étude de ces séries en devient plus grand ; 
car on voit alors (|ue ces combinaisons sont non-seulement 
développées dans l'espace, témoignant par là de l'omnipré- 
sence, mais contiennent encore le temps comme élément, ce 

(1) J. E. Holbrook, Norlh American Erpetology. Philadelphie, 1862, 
iii-/i, vol. V. — J. J. Tschudi, Classificalion der lialrachier. Neufchàtel, 
1838, in-4. — Sp. F. Baird, lievision of Ihc Norlh American tailed Ba- 
trachia (Jour». Acari. Nat. Se. of Philadelphie , 2* s<!rie, vol. 1,1849, iii-fi. 

(2) L. A;<;issiz, Twelve Lectures on Comparative Embryology. Boston, 
18/iy, in-8, \>. 8. 



70 DE l'espèce. 

qui dénote prescience. La série des Crinoïdes; celle des 
Brachiopodes à travers tous les âges géologiques ; celle des 
Nautiloïdes, des Aramonitoïdes, depuis le trias jusqu'au 
terrain crétacé inclusivement; celle desTrilobites, depuis les 
couches inférieures jusqu'à l'étage carbonifère ; celle des 
Ganoïdes à travers toutes les formations ; enfin, parmi les 
animaux vivants : dans la classe des Mammifères, celle des 
Singes de l'ancien monde spécialement; celle des Carnivores, 
depuis les Phoques jusqu'aux Digitigrades, en passant par 
les Plantigrades; — dans la classe des Oiseaux, celle des 
Echassiers et celle des Gallinacés; — dans la classe des Pois- 
sons, celle des Pleuronectides et celle desGadoïdes, celle des 
Raies et des Requins; — dans la classe des Insectes, celle des 
Lépidoptères, depuis les Teignes jusqu'aux Papillons ; — dans 
la classe des Crustacés, celle des Décapodes en particulier; 
— dans la classe des Vers, celle des Nudibranches et celle 
desDorsibranches spécialement; — dans la classe des Cépha- 
lopodes, celle des Sépioïdes; — dans la classe des Gastéro- 
podes, celle des Nudibranches; — dans la classe des Acé- 
phales, celle des Ascidiens et celle des Huîtres dans le sens 
le plus large ; — dans la classe des Échinodermes, celle des 
Holothuries et des Astérioïdes; — dans la classe des Aca- 
lèphes, celle des Hydroïdes; — dans la classe des Polypes, 
celle des Alcyonoïdes, des Astrseoïdes, etc., etc., méritent 
une attention spéciale, et pourraient être étudiées avec beau- 
coup de fruit au point de vue où je les envisage. Car, partout, 
nous y découvrons, dans les deux dimensions de l'espace et 
du temps, les combinaisons intelligentes et l'acte d'un esprit. 
Mais il ne faut toutefois pas perdre de vue que, tandis que 
certains types déroulent une série d'un enchaînement remar- 
quable, il en est d'autres chez lesquels il ne paraît exister 
rien de semblable et dont la diversité donne lieu à des con- 
sidérations d'un autre ordre. 



LE VOLUME ET LA STRUCTURE. 71 

XIII 

Rapport entre le volume des animaux et leur structure. 

La relation pouvant exister entre le volume des animaux 
et leur structure est chose dont les naturalistes ne se sont 
guère préoccupés. Cependant l'examen le plus superficiel 
suffit à faire voir qu'il y a entre ces deux côtés de l'organi- 
sation un rapport défini. Je suis loin de prétendre que le 
volume et la structure forment deux séries parallèles, et 
que tous les animaux d'un embranchement ou même d'une 
classe, d'un ordre, aient entre eux sous le rapport du volume, 
un lien fort étroit. Cet élément de l'organisation n'est pas 
renfermé dans de telles Umites. Et pourtant, les Vertébrés 
pris en masse sont plus volumineux que les trois autres em- 
branchements : les Mammifères sont plus gros que les 
Oiseaux ; les Crustacés plus que les Insectes; les Cétacés sont 
plus volumineux que les Herbivores, ceux-ci plus que les Car- 
nivores, etc. Mais c'est dans les limites de la famille que le 
volume acquiert, dans l'organisation animale, une impor- 
tance réelle; c'est-â-dire, dans les Hmites de ce groupe 
essentiellement distingué par la forme, comme si, en ce (jui 
concerne la structure de l'animal, la forme et la grandeur 
étaient corrélatives. A cet égard, une étroite analogie appa- 
raît entre les représentants des familles naturelles; les ex- 
trêmes varient à peine de 1 à 10, et fréquemment la diffé- 
rence entre eux est seulement de 1 à '2. C'est ce que vont 
montrer (luelques exemples choisis dans les familles les plus 
naturelles. 

Laissons de côté l'homme, à cause des objections qu'on 
ne manquerait pas de faire contre l'idée que notre espèce se 
compose de races originellement diverses. Considérons les 
diverses familles de Singes, deChauves-Sonris, d'Insectivores, 
de Carnivores, de Rongeurs, de Pachydermes, de Rumi- 
nants, etc. — Dans la classe des Oiseaux, voyons les Vautours, 
les Aigles, les Faucons, les Chats-huants, les Hirondelles, les 



72 DE l'espèce. 

Bouvreuils, les Passereaux, les Oiseaux-mouches, les Pigeons, 
les Roitelets, les Autruches, les Hérons, les Pluviers, les 
Mouettes, les Canards, les Pélicans. Passons en revue : parmi 
les Reptiles, les Crocodiles, les familles diverses de Chélo- 
niens, de Lézards, de Serpents, les Crapauds, les Grenouil- 
les, etc. ; parmi les Poissons, les Raies et les Requins, les 
Harengs, les Morues, lesCyprinodontes, les Chétodontes, les 
Lophobranches, les Oslraciontes, etc. ; parmi les Insectes, les 
Sphingoïdes ou les Tinéines, les Longicornes ou les Cocci- 
nelles, les Bomboïdes ou les Brachonides ; parmi les Crusta- 
cés, les Cancroïdes ou les Pinnithéroïdes, les Limuloïdes ou 
les Cypridoïdes et les Rotifères (1); parmi les Vers, les Dorsi- 
branches ou les Naioïdes; parmi les Mollusques, les Strom- 
boïdes ou les Buccinoïdes, les Hélicinoïdes ou les Limnéoïdes, 
les Chamades ou les Cycladoïdes; parmi les Rayonnes, les 
Astérioïdes et les Ophiuroïdes, les Hydroïdes et les Disco- 
phores, les Astrseoïdes et les Actinioïdes. 

Voilà quelques faits qui montrent bien quelles sont les 
limites dans lesquelles le volume et la structure sont en cor- 
rélation directe (2) . On en inférera naturellement que, puis- 
que le volume est un caractère de l'espèce assez important 
pour embrasser le cercle des connexions de la famille et 
même davantage, il est aussi peu permis de croire le volume 
déterminé par les agents physiques que la structure elle- 
même, à laquelle il est si intimement lié. L'un et l'autre, en 
effet, ont avec ces agents une relation analogue. 

(1) Dana, Crustacés, p. 1409 et l/iH. 

(2) Ces remarques, sur le volume moyen des animaux par rapport à leur 
structure, ne peuvent manquer de soulever plusieurs objections. Il est bien 
connu, en effet, que, dans certaines circonstances, l'homme peut modifier la 
grandeur normale de beaucoup de plantes et d'animaux domestiques, et que, 
même à l'état de nature^ le hasard offre parmi les êtres vivants des exemples 
de stature extraordinaire. Mais cela ne change pas la moyenne caractéristique, 
et ces cas ne touchent d'ailleurs en rien la question d'origine, ou même celle 
de la permanence de certaines espèces. Cela n'intéresse que les individus, à 
l'égard desquels je m'expliquerai plus loin, section xvi. Enfin, il ne faut pas 
oublier qu'il y a des limites à ces variations, et que, s'il arrive aux animaux et 
aux plantes de se trouver dans des conditions qui aiîectent leur volume en plus 
ou en moins, c'est principalement giàce à l'intervention de l'homme que ces 
modifications parviennent à leur degré extrême (voyez plus loin, section xv). 




LE VOLUME ET LA STRUCTURE. 73 

vie suppose l'introduclion, dans la structure de tout 
organisé, d'un élément quantitatif aussi rigoureuse- 
ment fixé, aussi exactement pondéré que n'importe quelle 
autre condition se rattachant surtout à la qualité des or- 
ganes ou de leurs parties. C'est là la preuve la plus claire 
qu'il existe dans chaque sorte d'animaux et de plantes un 
principe spécilique, immatériel; car tous les êtres commen- 
cent leur existence à l'état d'ovule microscopique, et pour 
tous la structure de cet ovule présente la similitude la plus 
merveilleuse. Cependant cet ovule, d'abord physiquement 
constitué d'une manière si identique chez tous les animaux, 
ne produit jamais rien qui diffère des parents. Toujours, 
après une succession de changements invariablement les 
mêmes, il aboutit à la production d'un nouvel être identique 
avec ses auteurs. Si donc les agents physiques, de par la toute- 
puissance de leur influence, façonnent les caractères des 
êtres organisés, comment se fait-il que nous n'observions 
pas trace de cette influence dans les cas innombrables où 
ces ovules sont abandonnés au sein des éléments dans les- 
quels ils subiront leur développement ultérieur, juste à une 
période à laquelle ils n'ont encore assumé aucun des carac- 
tères définis qui, plus tard, distingueront l'animal adulte ou 
la plante parfaite? Les physiciens connaissent-ils quelque 
loi du monde matériel qui offre avec ces phénomènes une 
analogie quelconque et puisse être regardée comme ayant 
avec eux n'importe quel rapport ? 

A ce sujet, il faut se rappeler d'ailleurs que les cycles par- 
courus, par les volumes caractéristiques de familles diffé- 
rentes, sont entièrement divers pour des animaux de types 
divers, bien que ces animaux vivent tous dans des condi- 
tions identiques. 



TU DE l'espèce. 



XIV 



Rapport entre le volume des animaux et les milieux 
dans lesquels ils vivent. 

Je viens de faire remarquer que des animaux de type dif- 
férent, bien que vivant ensemble, ne présentent pas entre 
la structure et le volume un même et unique rapport. 
Cependant il y a entre la vie et les éléments naturels une 
combinaison tellement intime, que chaque type, dans les 
limites qui lui sont propres, est, en ce qui concerne la taille, 
décidément en connexion avec ces éléments (1). Pris dans 
leur ensemble, les Mammifères aquatiques sont plus volu- 
mineux que les Mammifères terrestres; il en est de môme 
des Oiseaux aquatiques et des Reptiles d'eau. Dans les fa- 
milles qui sont essentiellement terrestres, les espèces qui 
vont à l'eau sont plus grosses que celles qui ne quittent 
jamais la terre : par exemple, l'Ours polaire, le Castor, Id 
Coypu et le Capybara. Ceux d'entre les Oiseaux que leurs 
habitudes attachent à la terre sont aussi plus petits que ceux 
qui vivent dans l'eau d'une façon permanente. Le même 
rapport s'observe chez les Insectes dont les familles ont des 
espèces terrestres et d'autres aquatiques. Il est, de plus, 
remarquable que, parmi les animaux aquatiques, les types 
habitant l'eau douce sont moins gros que ceux qui vivent 
dans les mers. Les Tortues marines sont plus grosses que 
les plus grosses Tortues de nos rivières ou de nos étangs, 
LesTryonyx, plus aquatiques que lesEmydes, sont aussi d'un 
plus fort volume, et, parmi ces dernières, les Chélydres, plus 
aquatiquesquelesvraiesÉmydes,les surpassent en grandeur; 

(1) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Recherches zoologiques et physiologiques 
sur les variations de la taille chez les animaux et da^is les races humaines, 
Paris, 1831, in-4. — Voyez aussi mon mémoire sur les Relations naturelles 
entre les animaux et les éléments, etc., ci-dessus, sect. IX, note, et A. von 
Befold, Untersuchungi^n Uber ilie Verlheilung van Wasser, organischer 
Materie und anorganischen Verbindungen im Thierreichc {Zcitschrift fur 
wiss. ZooL, 1857, vol. VIII, p. 487). 



I 



LE VOLUME ET LES MILIEUX. 75 



à leur tour, celles-ci l'emportent sur les Cîemmys ou les 
Cistudes, qui sont plus terrestres. C'est dans la mer que la 
classe des Poissons a ses représentants les plus énormes ; les 
Poissons d'eau douce sont de vrais nains en comparaison 
de leurs représentants marins, et les plus gros d'entre eux, 
comme les Esturgeons et les Saumons, vont à la mer. Même 
chose se voit chez les Crustacés ; pour s'en convaincre, il 
suffît de comparer l'Écrevisse au Homard, l'Apus à la Li- 
mule, etc. Chez les Vers, les Vers de terre et les Sangsues 
fournissent encore un vaste champ de comparaison et con- 
trastent avec les types marins. Les Gastéropodes et les Acé- 
phales n'offrent pas de moins nombreux exemples : les Am- 
puUariées elles Anodontées les plus gigantesques sont petites 
en comparaison de cevlàins Fusiis , VohUa,Trit07iinm, Cassis, 
Strombus ou du Tridacne. Les Rayonnes eux-mêmes, qui 
sont tous marins, à l'exception du seul genre Hydra, ne font 
pas exception à la règle, car les Hydroïdes d'eau douce sont 
au nombre des plus petits Acaléphes connus. 

Cette coïncidence, sur une échelle aussi considérable, sem- 
ble devoir venir à l'appui de l'opinion qui attribue aux élé- 
ments une influence modificatrice immédiate sur les animaux. 
Malgré cela, je considère ce fait comme une des preuves les 
plus frappantes qu'il n'y a entre les deux choses aucun rap- 
port de causante. Pour que j'eusse tort, il faudrait que les 
représentants, terrestres ou aquaticjues, d'une même famille 
ne présentassent pas la très-grande similitude qu'ils ont tous 
dans tous leurs caractères essentiels, lesquels n'ont véri- 
tablement aucune connexion quelconque avec les éléments. 
Ce qui de l'Ours polaire fait un ours, ce n'est pas son appro- 
priation à un genre de vie aquatique. Ce qui fait de la Ba- 
leine un mammifère n'a aucun rapport avec la mer. Ce qui 
réunit dans la même classe les Vers de terre, les Sangsues et 
les Eunices n'a pas plus de lien avec leur habitat que n'en 
ont les particularités de structure auxquelles l'homme, le 
Singe, la Chauve-souris, le Lion, le Phoque, le Castor, le Rat 
et la Baleine doivent de ne former qu'une seule classe. De 
plus, entre des animaux de type différent qui vivent dans le 



76 DE l'espèce. 

même élûment, il n'y a, quanta la grandeur, aucune analo- 
gie. Les Insectes aquatiques, les Mollusques aquatiques se 
trouvent, sous ce rapport, dans la moyenne de leur classe, 
aussi bien que les Reptiles, les Oiseaux ou les Mammifères 
aquatiques. Il n'y a pas une moyenne commune, soit pour 
les animaux terrestres, soit pour les animaux aquatiques, pris 
ensemble, des différentes classes, et en cela réside la preuve 
que les êtres organisés sont indépendants des milieux dans 
lesquels ils vivent, pour ce qui concerne leur origine; quoi- 
qu'il soit d'ailleurs très-clair que, au jour de la création, ils 
ont dû être adaptés à l'élément dans lequel ils étaient placés. 
Pour moi, je vois dans ces faits que les phénomèmes de la 
vie se manifestent au sein du monde physique, et non pas 
qu'ils en dépendent ou en émanent; que les êtres organisés 
sont faits pour conquérir et s'assimiler les matériaux du 
monde inorganique, et qu'ils conservent leurs caractères ori- 
ginels en dépit de l'action incessante des agents physiques 
sur eux. Et j'avoue que je ne peux pas comprendre comment 
des êtres entièrement indépendants de ces forces auraient 
pu être produits par elles. 

XV 

Fixité des particularités spécifiques dans tous les êtres 
organisés. 

La science fit un grand pas en avant le jour où elle s'as- 
sura que les espèces ont des caractères fixes et ne changent 
point dans le cours du temps. Mais ce fait, dont on doit 
la démonstration à G. Cuvier (1), a acquis une impor- 
tance plus grande encore depuis qu'il a été également établi 
que les changements, même les plus extraordinaires, dans le 
mode d'existence d'un animal et dans les conditions où il est 
placé, n'ont pas plus d'influence sur ses caractères essentiels 
que le cours du temps. 

(1) G. Cuvier, Recherches sur les ossements /'ossï/cs, e/c, nouvelle édition, j 
Paris, 1821, 5 vol. in-A, figures, vol. 1, sur VIbis, p. CXLI. 



PÏXITÈ DES PARTICULAKITÉS SPÈCIPlOtJES. 77 

Les fails relatifs à ces deux propositions sont trop bien 
connus pour qu'il soit nécessaire d'en faire un exposé spécial. 
J'en rappellerai cependant quelques-uns pour qu'on ne puisse 
pas se méprendre sur ce que je veux dire. Les animaux des 
diverses périodes géologiques diffèrent spécifiquement, en 
masse, de ceux des formations qui précèdent ou qui suivent; 
c'est là un fait suffisamment démontré. Entre deux pé- 
riodes géologiques successives, des changements ont donc 
eu lieu parmi les animaux et les plantes. Mais aucune de ces 
formes primordiales de la vie, appelées espèces par les natu- 
ralistes, n'a, que l'on sache, changé pendant la durée d'une 
de ces périodes. A la vérité, quelques zoologistes supposent 
que les espèces des périodes diverses consécutives dérivent 
les unes des autres, les caractères distinctifs des plus récentes 
découlant de modifications subies par celles des âges pré- 
cédents. Mais c'est là une pure supposition, qui ne repose 
ni sur le témoignage de la physiologie, ni sur celui de la 
géologie, et l'assertion que les animaux et les plantes peu- 
vent changer d'une semblable manière, pendant la durée 
d'une seule et même période, est également gratuite. On sait, 
au contraire, par les preuves que nous ont conservées les 
monuments de l'Egypte et par la comparaison minutieuse 
qu'on a pu faire des animaux trouvés dans les sépultures 
égyptiennes avec les spécimens vivants de la même espèce 
et du même pays, qu'il n'y a pas ombre de différence entre 
les uns et les autres, au bout d'une période de cinq mille 
ans. Cette comparaison, faite pour la première fois par 
Cuvier, a prouvé que, aussi loin que nous puissions porter 
nos recherches en arrière, nous ne découvrons pas môme 
un léger indice pouvant porter à croire que les espèces se 
modifient dans le cours des siècles, tant que nous bornons 
nos comparaisons à une seule et môme grande époque 
cosmique. La géologie montre seulement que, à des pcrio- 

t différentes (l), il a existé des espèces difl'érentes; mais 

(1) Personne ne se trompera sur le sens du mot période employé ici jiour 
désigner des ères différentes, des époque;* distinctes, d'une longue durée, dont 



78 DE l'espèce. 

nulle part on n'a découvert d'intermédiaires entre celles d'une 
époque et celles d'une autre époque consécutive. D'ailleurs 
la question dont il s'agit n'est pas celle de l'origine des dif- 
férences observées dans l'ensemble des espèces qui appar- 
tiennent à deux périodes géologiques distinctes. La question 
débattue dans ce paragraphe est uniquement celle de la fixité 
ou non-fixité des espèces durant une seule et même époque, 
une seule et même ère, une seule et même période de l'his- 
toire du globe. Or, rien ne fournit même l'argument le plus 
faible en faveur de la mutabilité. Au contraire toutes les 



chacune est caractérisée par des animaux différents. Il faudrait une ignorance 
complète des faits dont il s'agit pour considérer la diversité qui apparaît entre 
ces animaux comme étant, par elle-même, la preuve que les espèces se modi- 
fient. La véritable question est celle-ci : Une modification quelconque a-t-elle 
eu lieu pendant la durée d'une ou de plusieurs de ces périodes? On ne saurait 
croire avec quelle légèreté certaines personnes auxquelles manque la con- 
naissance des faits discutent ce point, tout en ayant l'air de raisonner logique- 
ment. Un physicien distingué s'est récemment occupé de ce sujet de l'immu- 
tabilité des espèces, et il a mis en doute la logique de ceux qui la tiennent 
pour démontrée. Je vais résumer son argumentation aussi brièvement que 
possible, et je montrerai, je l'espère, qu'il n'est pas à la question. «D'une 
période géologique à l'autre, on observe des changements. Des espèces n'exis- 
tant pas à une période antérieure se rencontrent à une période postérieure, 
tandis que celles de la première époque ont disparu. Or, bien que chaque 
espèce ait pu posséder, durant un certain laps de temps, des particularités in- 
variables, le fait que, lorsqu'on embrasse des périodes assez étendues, toutes 
les espèces d'une première époque sont, à une autre époque, remplacées par 
des espèces nouvelles, prouve qu'en définitive l'espèce change pour peu qu'on 
envisage une période suffisamment longue. » Les faits sont bien posés et je 
n'ai pas d'objection à faire à cet égard ; mais je soutiens que la conclusion 
n'est pas logique. Il est vrai que l'espèce est limitée à une période géologique 
donnée ; il est également vrai que, dans toutes les formations géologiques, 
les espèces des périodes successives diffèrent les unes des autres. Mais parce 
qu'elles diffèrent, s'ensuit-il qu'elles se sont modifiées? N'ont-elles pas été sub- 
stituées, remplacées par d'autres ? L'espace de temps nécessaire à l'opération ne 
fait rien à la chose. Qu'on accorde, pour chaque période, des myriades d'an- 
nées, que ce soit plus, que ce soit moins, la question reste toujours simple- 
ment celle-ci : Quand un changement a eu lieu, a-t-il eu lieu spontanément, 
sous l'action des forces physiques et suivant la loi de ces forces, ou bien a-t-il 
été produit par l'intervention d'un agent dont l'activité, avant comme après, 
ne s'exerçait point sur cet objet ? Une comparaison rendra ma pensée plus 
clarie. Je su[)pose qu'un amateur de peinture visite un musée où les toiles sont 
classées systématiquement et où les tableaux d'écoles différentes sont placés 
dans l'ordre chronologique. En passant d'un salon à un autre, il observe des 
changements aussi graifds que ceux notés par les paléontologistes quand ils 
passent d'un système de roches à un autre. Mais parce que ces œuvres ont une 
grande ressemblance, puisqu'elles appartiennent à telle ou telle école ou sont 



FIXITÉ DES PAUTIGDLAIUTÉS SPÉCIFIQUES. 79 

recherches modernes (1) n'ont fait que confirmer les résul- 
tats obtenus d'abord par Guvier, et les vues de ce grand 
maître sur la fixité de l'espèce. 

C'est quelque chose que de pouvoir démontrer, par le 
témoignage des monuments et par la comparaison directe, 
que les animaux et les plantes n'ont point changé dans l'espace 
d'environ cinq mille années (2). Ce résultat a eu la plus 
heureuse intluence sur les progrès de la science, spéciale- 
ment pour ce qui est des conséquences à tirer du fait que, 
à chaque époque et dans toute la série des formations géolo- 
giques, on rencontre une variété d'êtres organisés aussi 
considérable que celle dont nous sommes actuellement 
témoins (3). C'est par là qu'on a été amené à la conviction, 
aujourd'hui universelle parmi les naturalistes dignes de ce 

d'époques très-rapprochées, le critique aura-t-il raison de supposer que des 
tableaux anciens se sont métamorphosés pour devenir tableaux modernes, et de 
nier que les uns et les autres soient l'œuvre d'artistes qui vivaient et agissaient 
au moment où ces toiles ont été peintes ? La question de l'immutabilité des 
espèces est absolument la même que celle de ce cas supposé. Ce n'est pas 
parce que les espèces ont eu une durée plus ou moins longue aux âges passés 
que le naturaliste les considère comme immuables. C'est parce que, dans la 
série tout entière des temps géologiques, et pendant la durée des siècles qui 
se. sont écoulés depuis l'introduction première en ce monde des animaux et des 
plantes, il n'apparaît pas le plus |)elit indice qu'une espèce se soit transformée 
en une autre. Nous savons seulement qu'une différence existe à des époques 
différentes, ainsi qu'il arrive aux tableaux de différents siècles et d'écoles 
diverses. Mais tant que nous n'aurons sur ce point que les données fournies de 
nos jours par la géologie, il sera contre la philosophie et contre la logique de 
supposer, à cause de ces différences, que les espèces changent ou ont changé, 
se transforment ou se sont transformées. C'est tout comme si l'on supposait 
que les tableaux se sont transformés dans le cours du temps. Nous ignorons 
quelle a été l'origine des êtres organisés, cela est vrai. Pas un naturaliste ne 
saurait rendre compte de leur apparition au commencement, pas plus que de 
leur différence aux période» différentes. Nous en savons assez toutefois pour 
repousser l'hypothèse de la transmutation. Outre que cette hypothèse n'explique 
pas les faits, elle rend d'avance inutile toute tentative ultérieure de recherches 
à cet égard. (Voy. Baden Powell's Essays, etc., cité ci-dessus, p. Û12 et suiv., 
et le 3* Eisai en général.) 

(1) Kunth, liecherches iur les plantes trouvées dans les tombeaux égyp- 
tiens {Annales des sciences naturelles, vol. VIII, 1826, p. 411). 

(2) Il ne m'appartient pas de discuter jusqu'à quel i)oinl est fondée en réa- 
lité la chronologie égyptienne ; mais, quoi qu'il en soit, il reste toujours que 
depuis l'époque la plus reculée qu'on connaisse, les animaux n'ont pas cessé 
d'être ce qu'ils sont de nos jours. 

(3) Voyez mon mémoire sur The primitive Diversity, etc., cité plus haul, 
sect. Vil, note. 



80 r)E i/espëce. 

nom, que la terre existe depuis un nombre incalculable de 
siècles, et que le laps de temps écoulé depuis l'apparition de 
)a vie à sa surface ne peut pas être évalué en années. La date 
même de la période à laquelle nous appartenons est encore 
un problème, en dépit de la précision avec laquelle certains 
systèmes de chronologie prétendent fixer l'époque de la 
création de l'homme (1). Plusieurs circonstances, en effet, 
indiquent que les animaux actuellement vivants habitent^ 
la terre depuis un temps infiniment plus long qu'on ne le 
suppose généralement. Il a été possible de déterminer le 
mode de formation des récifs de coraux, nommément de ceux 
de la Floride (2), avec une rigueur qui permet d'affirmer que 
huit mille ans environ sont nécessaires pour qu'un de ces 
bancs s'élève du fond de l'Océan au niveau de sa surface. 
Or, la pointe la plus méridionale de la Floride est entourée 
par {juatre de ces bancs, concentriquement disposés les uns 
en dehors des autres et dont on peut démontrer que la for- 
mation a été successive. Gela fait remonter l'origine pre- 
mière de ces récifs à plus de trente mille ans, et cependant 
les coraux qui les ont construits sont partout de la même 
espèce identique. Voilà donc un fait qui fournit, aussi di- 
rectement qu'on la puisse obtenir dans n'importe quelle 
branche des recherches physiques, la preuve que quelques- 
unes, au moins, des espèces animales actuellement vivantes 
remontent à plus de trente mille ans (3), et n'ont pas dans tout 
le cours de cette période (4) subi la plus légère modifica- 

(1) Nolt et Gliddon, Types of Mankind, p. 653. 

(2) Voyez mon mémoire sur les Récifs de la Floride, publié dans « Reports 
of the Uiiilcd Slates Coast Survey », et dont il a été d'abord publié des extraits 
dans le rapport pour l'aimée 1851, p. 145. Un nouvel examen des récifs de la 
Floride m'a convaincu que celte estimation tombe au-dessous de la réalité. Le 
temps moyen du développement des coraux déterminé par l'observation directe 
n'est pas de moitié aussi rapide que je l'avais supposé d'abord. 

(3) Je suis maintenant convaincu qu'on peut, sans exagération, porter l'âge 
de ce récif à cent mille ans, tant sont lentes les opérations de la nature. 

(/i) A ceux qui seraient tentés d'attribuer à l'influence modificatrice des 
agents physiques les diflérences qui existent entre les espèces de périodes géo- 
logiques diverses ; à ceux-là aussi qui considèrent les changements qui se pro- 
duisent actuellement parmi les êtres vivants comme une preuve de leur sys- 
tème ; à ceux pour lesquels les faits que je viens de mentionner ne seraient pas 



i 

WBP FIXITÉ DES PARTICULARITÉS SPÉCIFIQUES. 81 

ion. Et encore, ces quatre récifs concentriques sont seule - 
nent les plus distincts de cette contrée; il y en a, un peu 
)lus au nord, d'autres moins bien étudiés jusqu'ici ! De 
ait, la presqu'île tcut entière de la Floride est simplement 
brmée de bancs de coraux agglomérés, réunis les uns aux 
lutres dans le cours des siècles et qui ne contiennent que 
les débris de coraux, de coquilles ou d'autres animaux, 
dentiques avec ceux qui vivent actuellement sur les côtes de 
îette Péninsule. En admettant donc qu'une étendue de cinq 
nilles géographiques soit le terme moyen du développement 
l'un banc de coraux, dans les circonstances où l'on voit se 
luccéder les récifs concentriques de la Floride, et que la 
uccession régulière des bancs se prolonge jusqu'au lac 
geechobee, sur deux degrés de latitude, on aurait environ 
eux cent mille ans pour la période de temps nécessaire à 
aire émerger de l'Océan la partie de la péninsule de la 
loride située au sud du lac Ogeechobee, dans ses limites 
ictuelles; et, durant celte immense période, aucune modi- 
ication n'aurait eu lieu dans les caractères des animaux du 
olfe du Mexique (1). 
C'est nuire aux intérêts les plus respectables de la science 
ue de confondre des questions qui sont entièrement dif- 
érentes, dans le seul but de justifier une théorie. C'est ce 
u'on fait cependant toutes les fois qu'il s'agit de la fixité 
es espèces. De plus longues observations sur ce point ne 
eront donc pas déplacées ici. 
Je ne veux pas entrer dans la question de savoir s'il n'y 
pas quelque espèce qui se retrouve, identiquement la 
nême, dans deux formations successives. J'ai déjà ample- 
ent traité ce sujet dans d'autres ouvrages (2). D'ailleurs, 

ne démonstration suffisante de l'immutabilité des espèces et qui croient que 
e «jui n'a pas pu se faire dans respace de trente mille ans se fera dans une 
ériodc plus longue, qu'il me soit permis de rappeler la charmante chanson de 
ihamisso, intitulée « Tragische Geschichle n qui commence ainsi : 's war Einor 
em's zu lier zen ging. 

(1) Comme on l'a vu par une note précédente, c'est le double de ce temps 
u moins qu'il faudrait dire. 

(2) L. Agassiz, CoquiUex tertiaires réputées idenliques avec lf;s espèces 

AGASSIZ. 



82 i)E l'espèce. 

quand, en définitive, cela s'observefciit \ine fois ou l'autre, 
cela ne dioiinuerait en rien la valeur de rfla thèse. Il est 
évident, en effet, que si cette identité était démontrée, cela 
prouverait d'une manière encore plus concluante combien 
tenaces sont les caractères de l'espècç, puisqu'ils peuveni 
persister malgré tous les changements physiques qui ont 
lieu d'une période géologique à celle qui la suit. De plus, 
cette identité une fois établie, \\ y aurait encore à mettre en 
doute que les représentants de l'espèce, à ces deux périodes 
consécutives, fussent descendus les uns des autres; car on 
a déjà un témoignage d'un grand poids en faveur ô,e l'ori- 
gine distincte de représentants d'une mênie espèce, qui 
vivent dans des aires géographiques séparées et distantes (1), 
Le cas d'espèces voisines mais différentes se rencontrant dans 
deux formations consécutives, chacune bornée d'ailleurs ? 
son étage respectif, est, dans le sens de la durée, le paral- 
lèle de celui qui, dans le sens de l'espace, nous montre des 
espèces étroitement alliées — celles que j'appelle représen- 
tatives — occupant des aires distinctes. Or, dans ce dernie^ 
cas, il n'est pas un naturaliste judicieux qui fasse clériver le; 
unes, des antres. H n'y a pas pins de r?iison pour supposeï 
que des espèces alliées au même titre descendent les unes 
des avjtres, parce qu'elles se sont succédé dans le temps. Toui 
ce qui a été dit, dans les paragraphes qui précèdent, tou- 
chant les differences observées entre les espèces qu'on ren- 
contre en des circonscriptions géographiques différentes, 
s'applique avec une force égale aux espèces qui se sont 
succédé les unes aux autres dans le cours du temps. 

Quand on met en avant nos animaux domestiques et nos 
plantes cultivées comme fournissant la preuve de la mut£^- 
bilité des espèces, il est une circonstance qu'on méconnaîl 

vivantas {Nouv. Mém- cjc la Sjoc. helvélique des Sciences nalurelles). Neuf 
châtel, 1845, vol. VII, in-4, figures. — Éludes critiques sur les Mollusquci 
fossiles. Neufchâtel, 1831-45, in-4, usures. — Monographies d'Échinodermei 
vivants et fossiles. Neufchâtel, 1838-42, 4 numéros in-4, figures. — Rechev 
chçii sur les poissons fossiles. Neufchâtel, 1833-44, 5 vol. in-4, allas in- 
folio. 

(1) Voyez, seotitin X, où l'on envisage le cas des espèces représentatives. 



FIXITÉ DES PARTICULARITÉS SPÉCIFIQUES, 88 

•nstamment ou qu'on passe sous silence. Pour autoriser 
l'argument qu'on en tire contre la fixité, un premier point 
3n efibt devrait être établi : il faudrait démontrer que tous 
es animaux que nous désignons par un même nom sont 
§sus d'un tronc commun. Or, loin que ce soit \e cas, c'est 
îhûse nettement contredite par la connaissance positive où 
^pus sommes que les variétés de plusieurs d'entre eux, tout 
\u moins, proviennent d'un mélange complet de différentes 
îspèces (Ij . Les monuments de l'Égypie font d'ailleurs voir 
me plusieurs de ces soi-disant variétés, qu'on suppose être 
^ produit du temps, sont aussi anciennes que n'importe 
|[uel autre animal contemporain des hommes ; en tous cas, 
[pus ne possédons ni tradition, ni monument de l'existence 
'un animal sauvage, plus anciens que ceux qui nous repré- 
enlent les animaux domestiques avec les mêmes différences 
u'ils ont de nos jours (2). 11 est tlonc fort possible que les 
iflérentes races d'animaux domestiques aient été originel- 
îment des espèces distinctes, dont le mélange est, de nos 
)urs, plus ou moins complet comme celui des différentes races 
uinaiiies. Enfin, ni les animaux domestiques, ni les plantes 
ultivées, ni les races bumaines, ne sont des obj ets sur lesquels 
uisse porter l'étude de la fixité ou dp la non-fixité de l'espèce. 
!n ne peut en effet les introduire dans le débat sans trancher 

l'avance, dans les prémisses, ce qui est précisément en 
uestion. U'ailleurs, à l'égard des différentes races de nos 
niraaux domestiques que nous savons avoir été produites 
e main d'homme, aussi bien que pour certaines variétés 
e plantes cultivées, il importe de les bien distinguer des 
ices permanentes que rien ne nous autorise à ne pas con- 
dérer comme primitives. Les premières sont le résultat des 
uns constants de l'homme; soit ! elles sont donc le produit 
3 l'influence bornée, du faible contrôle que Yeaprit hu- 
lain peut exercer sur les êtres organisés ; elles ne sont pas 
produit arbitraire de la pure «clivilé des causes physiques, 

(1) Nos volailles, par exemple. 

(2) NoU et GliiUlon, Types of Mankind, y. 38G. 



84 * DE l'espèce. 

Il est prouvé, par conséquent, que même les modification 
les moins importantes qui puissent avoir lieu pendant li 
durée d'une seule période cosmique, chez les animaux e 
les plantes, sont déterminées par une puissance intelligent 
et ne résultent pas de l'action immédiate des forces brutes 

Ainsi donc, loin de manifester les effets des causes phy- 
siques, les modifications quelconques ayant eu lieu, dans 1( 
cours du temps, chez les êtres organisés, apparaissent commi 
le résultat de l'action d'une Puissance intelligente. Elle 
donnent, par conséquent, une base matérielle au jugemen 
qui, dans les différences observées chez ces êtres finis, voi 
une institution de l'Intelligence suprême et non le produi 
des causes physiques. Ce jugement acquiert une force nou 
velle quand on considère que les différences existant entr 
nos diverses races d'animaux domestiques, ou entre no 
plantes cultivées, et encore celles observées entre les race 
humaines, persistent et se conservent sous les influence 
climatériques les plus diverses. C'est là un fait dont les mi 
gralions si étendues des peuples civilisés fournissent chaqu 
jour plus largement la preuve, et qui est en contradictio 
directe avec la supposition que les influences dont il s'agi 
aient pu produire ces variétés. 

Quand, du reste,' on parle de la domestication des espèce 
en particulier, on ne devrait pas oublier que chaque rac 
d'hommes a ses espèces propres d'animaux domestiques c 
de plantes cultivées, et que ces espèces sont d'autant plu 
pauvres en variétés que la race qui les possède n'a eu qu 
peu ou point de commerce avec d'autres races. C'est 1 
contraire pour les animaux domestiques des peuples qui s 
sont formés par le mélange de plusieurs tribus. 

On affirme souvent que les philosophes de l'antiquité oi 
résolu, d'une façon satisfaisante, toutes les grandes question 
qui intéressent l'humanité, et que les investigations des me 
dernes, tout en embrassant avec une vigueur nouvelle, toi 
en éclairant d'un jour nouveau les phénomènes de l'ordr 
matériel, n'ont cependant que peu ou point agrandi l 
champ du progrès intellectuel. Est-ce vrai? 11 n'y a pa 



LES ÊTRES ORGANISÉS ET LEURS MOEURS. 85 

une question d'un intérêt plus pfrand pour l'hommô que 
celle de sa propre origine et de l'origine des choses. Et ce- 
pendant l'antiquité est restée là-dessus d'une ignorance 
absolue. L'antiquité croyait que tout avait existé de toute 
éternité ou que tout avait été créé à la fois. La science mo- 
derne, au contraire, peut prouver de la manière la plus 
satisfaisante que tous les êtres finis ont fait apparition suc- 
cessivement et à de longs intervalles, que chaque espèce 
d'êtres organisés ayant vécu aux époques antérieures n'a 
existé que pendant une période définie, et que celles qui 
^xistent aujourd'hui ont une origine relativement récente. 
m même temps, l'ordre dans lequel elles se sont succédé, 
ieur immutabilité dans le cours de chaque période cosmique, 
lu lieu d'indiquer un Ifen de causalité avec les forces phy- 
iques et quelque chose qui rentre dans la sphère d'activité 
laturelle de ces agents, témoignent au contraire de l'inter- 
vention réitérée du Créateur. Il est vraiment singulier que 
;ette intervention admise par tout le monde, les seuls maté- 
ialistes exceptés, dans l'établissement des lois qui gouver- 
nent le monde inorganique, soit niée, malgré cela, par 
juelques physiciens dès qu'il s'agit d'expliquer l'introduc- 
ion des Aires organisés aux différentes périodes nui se sont 
uccédé dans l'histoire de la terre. Au heu d'être une 
>reuve que le monde organique est le produit de forces 
)rutes, cela ne dénoterait-il pas simplement que ces obser- 
vateurs ont une connaissance fort imparfaite des conditions 
lans lesquelles la vie se manifeste, et de la différence essen- 
ielle existant entre les phénomènes du monde organique et 
;eux du monde physique? 

XVI 

Relation des êtres organisés avec le monde ambiant. 

Tous les animaux, tous les végétaux, sont dans un certain 
rapport défini avec le monde ambiant. Quelques-uns d'entre 
3UX, comme les animaux domestiques elles plantes cultivées, 



86 bE l'espèce. 

sont à la vérité susceptibles de s'adapter plus aisément que 
les autres à des conditioiis diverses ; mais cette flexibilité 
même est un trait caractéristique. Ce rapport est de la plus 
haute importance, pour peu qu'on se place à lirt point de 
vue systématique, et mérite de la part des naturalistes Tat- 
tentiort la plus scrupuleuse. Or, la direction qu'ont prise 
les études zoologiques depuis que l'anatomie comparée et 
l'embryologie se sont presque entièrement emparées de 
l'attention des observateurs , a été très-défavorable aux re- 
cherches sur les mœurs des animaux. C'est cependant par 
les mœurs que se manifestent plus spécialement leurs rela- 
tions entre eux et celles qu'ils oiit avec les circonstances ali 
sein desquelles ils vivent. Il faut aller chercher dans les 
auteurs du siècle dernier (1) les notions vraiment inté- 
ressantes sur les mœurs des animaux, car bien petit est le 
nombre des écrivains modernes qui se sont occupés princi- 
palement de ce sujet (2). On y attache de nos jours si peu 
d'importance que les hommes qui étudient cette branche 
de l'histoire naturelle sont difficilement reconnus comme 
des égaux par les naturalistes leurs confrères, anatomistes, 
physiologistes et classificateurs. Pourtant, sans une connais.- 
sance approfondie des mœurs des animaux il sera toujours 
impossible de déterminer, avec un suffisant degré de préci- 
sion, les limites vraies de toutes ces espèces que la Zoologie 
descriptive a admises de notre temps avec une si grande coii- 



(1) R. Ant. de Réaumuf, Mémoires pour servir à Vhistolre des Insectes. 
Paris, 1834-42, 6 vol. in-4, figures. — A. J. Rosel, Insectenbelusligungen. 
Nuremberg, 1746-61, 4 vol. iri-4, figures. - G. G. Leclerc de BufToii, 
Histoire naturelle générale et particulière. Paris. 1739, 41 vol. in-l, 
figures. 

(2) J. J. Audubon, Ornithological Biography, or an account of the 
habits of the Birds of the United States of America. Edimbourg, 1831-49, 
5 vol. in-4. — W. Kirby et W. Spence, An Introduction to Entomology, 
Londres, 1818-26, 4 vol. in-8, figures. — H. 0. Lenz, Gemeinniilzige Natur- 
geschichte. Gotha, 1835, 4 vol. in-8. — J. Th. Ch. Ratzenburg, Die For si- 
Insekten. Berlin, 1837-44, 3 vol. in-4, figures et suppléments. — T. W. 
Harris, Report on the Insects injurious to vegetation. Cambridge, 1841, 
1 vol. in-8, l'ouvrage le plus important sur les insectes de l'Amérique. — 
A Treatise on some of the Insects of New-England which arc injurious to Végé- 
tation. Boaion^ 1852, in-8. 



LES ÊTBES ORGANISÉS ET LEURS MCŒIURS. S't 

fiance en elle-mêttle. En définitive, qu'inlfiortè à là, sciéricé 
que mille espèces de plus dtl de moins âoiëht décrites et 
introduites darts nos systèmes, si nous ne sarons rien âtif 
leur compte ? Un défaut, trop commun darts tous lés ouvragée 
relatifs aux mœurs des animaux, a sarts doiite contribué à ert 
diminuer la valeur et à détourner l'attention darts line direc- 
tion autre ; c'est le caràëlère purement artecdotique de tous 
ces travaux ou la circonstance que, trop souvent, ils ont serti 
de prétexte au récit d'aventures personnelles. Néanmoins^ 
l'importarice de cette sorte d'études pourrait difficilemerit 
être surfaite, et il est hautement à souhaiter que lés natu- 
ralistes rentrent dans cette voie, aujourd'hui que l'artatomië 
comparée, la physiologie et l'embryologie peuvent leur sug- 
gérer tant d'idées nouveUes et que les progrès de la géogra- 
phie physique fournissent une large base aux recherches de 
cô genre. On pourrait alors savoir si, véritablement, les 
espèces décrites sur des spécirtiens isolés sont fondées dans 
la nature, ou si elles ne sont pas plutôt un certain degré de 
développement d'autres espèces. On pourrait connaître ce 
qu'on connaît encore si mal, jusqu'où va l'amphtude des 
variations chez les animaux, quand on les observe à l'état 
sauvage, ou plutôt ce qu'il y a d'individuel dahs tous les 
êtres vivants et dans chacun en particuher. L'individualité 
est, en effet, si prononcée dans certaines familles — et cehe 
des tortues en offre un exemple très-frappant — qu'une 
description rigoureuse des espèces iie peut guère être faite 
sur des spécimens isolés, et c'est pourtant ce qu'on essaye 
toujours de faire. J'ai vu des centaines d'exemplaires de 
certains de nos Chôloniens sans en rencontrer deux d'abso- 
lument identiques. A vrai dire, les limites de cette variabi- 
lité constituent un des plus importants caractères dé quelques 
espèces. Sans une connaissance précise du point exact où 
elle cesse pour chaque genre, il serait impossible d'obtenir 
jamais une base solide pour la distinction des espèces. 
Quelques-unes des questions les plus indécises de la Zoologie 
et de la Paléontologie auraient pu être fixées depuis long- 
temps, si l'on avait eu des notions précises sur ce point et 



88 DE l'espèce. 

si l'on savait mieux quelle inégalité présentent, à cet égard, 
les différents groupes du règne animal, quand on les com- 
pare les uns aux autres. Tandis que les individus de certaines 
espèces semblent tous différents et pourraient être décrits 
comme espèces distinctes, si on les voyait séparément ou si 
on les avait recueillis dans des contrées différentes, ceux 
d'autres espèces paraissent avoir été coulés tous dans un 
moule unique. On doit donc voir tout de suite combien divers 
peuvent être les résultats de la comparaison entre deux 
faunes, pour peu que les espèces de l'une aient été l'objet 
de longues et minutieuses études de la part des naturalistes 
du pays, et que celles de l'autre soient seulement connues 
par des échantillons ramassés au hasard par des voyageurs, 
ou encore lorsque des fossiles, représentants de certaines 
espèces à une période donnée, sont rapprochés des animaux 
actuellement vivants, sans que les deux faunes aient été 
révisées d'abord d'après un type commun (1). 

Une autre lacune dans la plupart des ouvrages relatifs 
aux mœurs des animaux, c'est l'absence de vues générales et 
de comparaisons. Ils ne nous font pas connaître à quel degré 
des animaux rapprochés par leur structure se ressemblent 
par les habitudes, ni si les mœurs sont l'expression de la 
structure. Chaque espèce est décrite comme si elle était 
unique au monde; ses particularités sont le plus souvent 
exagérées comme pour la faire ressortir davantage au milieu 
des autres. Quel intérêt cependant n'offrirait pas l'étude 
comparative de la manière de vivre d'espèces étroitement 
alliées ! Combien serait instructive la peinture de la ressem- 

(I) A cet égard, je ferai remarquer que, dans la plupart des cas où l'iden- 
tité spécifique a été affirmée entre des espèces fossiles et des espèces 
vivantes, ou bien entre des espèces fossiles de périodes diverses, les familles 
auxquelles ces cas sont empruntés offrent ou une très-grande similitude ou, au 
contraire, une variabilité excessive, et, par conséquent, il est très-difficile de 
fixer les limites de l'espèce. Ces sortes de cas devraient être absolument lais- 
sés de côté dans la discussion des questions générales où sont engagés des 
principes fondamentaux, comme on fait pour les observations qui ne méritent pas 
créance dans les autres branclifs de la science. Cf. d'ailleurs mon mémoire sur 
la diversité et le nombre des anmumx, cité précédemment, et où ce point est 
envisagé d'une manière spéciale. 



LES ÊTRES ORGANISÉS ET LEURS MŒURS. 89 

blance qu'offrent, sous ce rapport, des espèces du même 
genre ou de la même famille ! Plus j'étudie ce sujet et plus 
je suis frappé de la similitude qui existe dans les mouve- 
ments, les habitudes générales et môme l'intonation de voix 
chez des animaux appartenant à une même famille, c'est- 
à-dire chez des animaux qui ont, essentiellement, une 
grande conformité de figure, de stature, de structure et de 
mode de développement. Une étude minutieuse des mœurs, 
des mouvements, de la voix des animaux, ne peut manquer, 
par conséquent, de jeter plus de clarté sur leurs affinités 
naturelles. 

En même temps que je constate la très-grande importance 
de ce genre d'études, au point de vue delà coordination sys- 
tématique des animaux, je ne puis m'empêcher de regretter 
profondément qu'on n'en comprenne pas mieux la valeur 
au point de vue des notions que ces recherches peuvent 
fournir sur les animaux eux-mêmes, toute question de sys- 
tème écartée. Combien ne reste-t-il pas à apprendre sur 
chaque espèce après qu'on l'a nommée et classée ! Personne 
ne peut lire V Histoire Naturelle des Oiseaux de l'Allemagne^ 
par Naumann, sans faire la réflexion que l'histoire naturelle 
serait bien plus avancée si les mœurs de tous les autres ani- 
maux avaient été aussi soigneusement étudiées et aussi minu- 
tieusement décrites. Et cependant, ce livre ne contient 
presque rien qui ait de l'importance sous le rapport de la 
distribution systématique des oiseaux. Nous ne possédons 
que les données les plus élémentaires pour la discussion, sur 
une base scientifique, de la question des instincts, ou en 
général des facultés des animaux comparés soit entre eux, 
soit avec l'homme (1 ) . Cela tient non-seulement à ce que peu 
d'animaux ont été étudiés à fond, mais à ce qu'un bien 
plus petit nombre encore ont été observés durant les pre- 
mières phases de la vie, alors que les facultés commencent 

(1) p. Scheitlin, Vcr<^uch einer voUstlindifien Tliierseelenkwide, Stult- 
gardt et Tiibingen, IS^iO, 2 vol. in-8. — Fréd. Cuvier, Résumé analytique 
des nbservalious sur l'instinct et l'intelligence des animaux, par R. Flourcns 
{Annales des Sciences naturelles, 2* série, vol. XII). 



90 DE l'espèce. 

à se développer. Et pourtant combien il est atttayant, com- 
bien il est instructif cet âgé du développement, dans tout 
être qui vit ! Qui pourrait, par exemple, continuer un in- 
stant de plus à croire que les mœurs des animaux sont, à 
un degré quelconque, déterminées par les circonstances darts 
lesquelles ils vivent, après avoir vu la petite tortue du genre 
Chelydro, encore enfermée dans l'œuf dont elle occupe à 
peine la partie raoyennej le sac du jaunej aussi volumineux 
qu'elle, pendant sous la face inférieure du corps enveloppé 
par l'amnios et l'allantoïde, les yeux clos, happer avec au- 
tant de force que si elle pouvait mordre sans se tuer elle- 
même (1)? Qui a pu voir le aSwi^shn {Pomotis vubjaris) 
se balançant sur ses teufs et les protégeant peiidant des se^ 
maines, ou le chat marin {Pimelodus Catus) se mettant ei 
mouvement avec ses petits, comme une poule avec ses pous- 
sinsj sans demeurer convaincu que le sentiment qui les 
guide dans ces actes est de même nature que celui qui at- 
tache la vache à son nourrisson ou la mère à l'enfant? Qub( 
est l'observateur qui^ après aVoir constaté cette analogiî 
entre certaines facultés de l'homme et certaines facultés deij 
animaux supérieurs^ peut, dans l'état actuel de nos conhais' 
sances, se dire prêt à tracer la limite où cesse ce qu'il y a del 
naturellement commun à l'un et aux autres? Assurément 
pour parvenir à déterminer Texact caractère de toutes ces fa- 
cultés il n'y a qii'une voie ouverte : c'est l'étude des mœurs 
des animaux et la comparaison entre ces êtres et l'homme 
aux premières phases de son développement; J'aVoue que 
je ne saurais dire en quoi les facultés mentales d'un enfant 
diffèrent de celles d'un jeune chimpailzé. 

Aujourd'hui que nous avons des cartes physiques de pres- 
que toutes les contrées du globo (2), indiquant la tempéra- 
ture moyenne de l'année et celle de chaque saison sur les 

(1) Voy. L. Agassiz, Contributions lo the Natural History of the United 
Slates of America (l''" monographie, t. II, partie III, consacrée à l'Embryo- 
logie des Tortues). Boston, 1857, in-4, figures. 

(2) l^ergh-dns, Physikalisclier Allas. Gotha, J838ètsuiv., in-folio. — Alexis 
Keith Johnston, l'hysical Atlas of natural Phenomena. Édimhourg, 1848, 
in-folio. 



LES ÊTRES ORGANISÉS ET LE MONDE AMBIANT. 91 

coiitinetils et stlr les mers; aujourd'hui que l'élévation 
moyenne des terres au-dessus du niveau des océans et leurs 
particularités caractéristiques, vallées, plaines, plateaux, 
systèmes orographiques, sont suffisamment connues ; au- 
jourd'hui que la distribution de l'humidité dans l'atmos- 
phère, les limites des bassins, la directioti dominante des 
vents, le setts des courants océaniques, sont non-seulement 
déterminés, mais encore figurés sur les cartes, même dans 
les atlas des écohers; aujourd'hui que la structure géologi- 
(jue de presque toutes les parties du globe a été établie avec 
un degré passable de précision, les zoologistes ont devant 
etix le champ le plus vaste, la base la plus exacte qu'ils 
puissent souhaiter, pour la détermination de tous les rap- 
ports existant entre les animaux et le monde ambiant. 

Nous nous sommes uniquement occupé jusqu'ici, de la 
' part qu'auraient pu avoir les forces physiques à la venue au 
monde des êtres organisés, et nous nous sommes convaincu 
qu'elles ne sont point la cause de l'existence de ces êtres. 
ïi nous faut maintenant examiner plus particulièrement les 
relations qui ont Heu entre le monde organique et le monde 
physique, mais simplement comme fait existant, comme con- 
ditions auxquelles, à l'heure de la création, plantes et ani- 
maux furent assujettis, dans des limites définies d'action et 
de réaction réciproques. Si les êtres animés ne sont pas le 
produit de l'activité du monde physique, il n'en est pas 
nioiris vfai qu'ils Vivetit au sein dé ce hionde ; ils y sont nés, 
ils s'y développent, ils s'y multiplient, ils se l'assimilent et 
s'en nourrissent, ils exercent même sur lui une influence 
modificatrice, dans celte même mesure où, de son tôté, il 
favorise les manifestations de la vie. La description de ces 
rapports ne peut donc pas manquer d'être profondément in- 
structive et intéressante, même en laissant de côté la ques- 
tion de savoir comment ils ont été établis. Or, c'est là la 
sphère d'investigation qu'embrasse l'étude des mœurs des ani- 
maux. La manière d'être de chaque espèce vis-à-vis de ses 
co-existants et par rapport aux conditions dans lesquelles 
elle vit, voilà un champ de recherches aussi vaste que riche 



92 DE l'espèce. 

en détails, et de l'intérêt le plus haut. En le cultivant pour 
lui-même, et sans sortir de la sphère qui imprime plus par- 
ticulièrement à chaque espèce animale ou végétale ses ca- 
ractères essentiels, on y trouvera vraisemblablement la 
preuve la plus directe et la plus inattendue de l'indépen- 
dance mutuelle des forces physiques et des organismes; à 
moins que je ne me trompe sur la valeur des faits que j'ai 
moi-même pu recueillir. Que peut-il y avoir déplus caracté- 
ristique pour les différentes espèces d'animaux que leurs 
mouvements, leurs jeux, leurs affections, leurs amours, les 
soins de leur progéniture, la dépendance des jeunes à l'é- 
gard des parents, leurs instincts, etc., etc. ? Or, rien de tout 
cela n'est subordonné, au plus petit degré, à la nature ou à 
l'action des circonstances physiques dans lesquelles les ani- 
maux vivent. Les fonctions organiques elles-mêmes sont 
indépendantes, à un degré dont on n'a pas l'idée, de ces 
circonstances, bien que ce soit là le côté de l'existence qui 
m ontre les connexions les plus étroites avec le monde envi- 
ronnant. 

Trop longtemps les fonctions ont été considérées comme 
le critérium du caractère des organes. C'était presque deve- 
nu un axiome, en anatomic comparée et en physiologie, que 
des fonctions identiques supposent des organes identiques. 
La plupart de nos traités généraux d'Anatomie comparée 
ont leurs divisions fondées sur ce principe. Or, jamais prin- 
cipe plus faux et produisant des conséquences plus désas- 
treuses n'a été aussi généralement admis. C'est chose sur- 
prenante que les naturalistes ne l'aient pas depuis longtemps 
répudié ; il n'est pas un d'entre eux qui ne doive s'apercevoir, 
de plus en plus, combien il est mal fondé. Les organes de la 
circulation et de la respiration chez les Poissons en sont un 
exemple remarquable. Pendant combien de temps n'a-t-on 
pas regardé les branchies de ces animaux comme les équi- 
valents des poumons des Vertébrés supérieurs, simplement 
parce qu'elles sont des organes respiratoires. Cependant les 
branchies sont formées d'une tout autre manière que les 
poumons; elles ont avec le système vasculaire des rapports 



LES ÊTRES ORGANISÉS ET LE iMONDE AMBIANT. 93 

tout différents, et l'on sait aujourd'hui qu'elles peuvent exis- 
ter en même temps que les poumons, comme cela se voit sur 
quelques Batraciens adultes et, aux phases premières de la 
vie embryonnaire, sur tous les Vertébrés. Il ne peut plus y 
avoir aujourd'hui aucun doute que ce ne soient là des 
organes essentiellement divers, dont les fonctions ne sont 
point un indice certain de leur nature et ne fournissent 
aucun argument en faveur de leur identité. On en peut dire 
autant du système vasculaire des Poissons. Cuvier (1) fait du 
cœur de ces animaux le représentant de l'oreillette et du 
ventricule droits, par cette raison qu'il pousse dans les bran- 
chies le sang qu'il contient, de la même manière que le ven- 
tricule droit lance le sang dans les poumons des animaux à 
sang chaud. Mais l'embryologie nous a appris que celte com- 
paraison, basée sur les relations spéciales du cœur des pois- 
sons, est injustifiable. Les sacs à air de certaines Araignées 
ont aussi été considérés comme des poumons parce qu'ils 
remplissent des fonctions respiratoires analogues; ce ne sont 
toutefois que des trachées modifiées (2) construites sur un 
plan si particulier et ayant, avec l'espèce de sang propre aux 
Articulés (3) , des rapports si différents, qu'aucune homologie 
ne peut être signalée entre eux et les poumons des Vertébrés. 
Ils n'en ont pas davantage avec les soi-disant poumons des 
Mollusques à respiration aérienne, chez lesquels les cavités 
respiratoires aériennes sont simplement une modification des 
branchies, d'un genre spécial, qu'on trouve chez les autres 
Mollusques. Il serait facile de multiplier les exemples. Je 
me bornerai à indiquer encore le canal alimentaire des In- 
sectes et des Crustacés avec ses appendices glandulaires, qui 
est formé d'une tout autre façon que celui des Vertébrés, des 
Mollusques ou des Rayonnes ; de môme les membres, les 

(1) fi. Ciivier, Règne animal, 'i'^édit., vol. H, p. 122. 

(2) Lcuckanlt, Ueber den Bau und die Bedeulanrj des sogenannten Lungen 
hei dim Aracltuidcn, dans Siebold et KolUker [Zeitschrift filr tviss. Zoologie, 
184», I, p. IMi). 

(3) Ém. Blanchard, De la circulalion dans les insectes {Comptes rendus, 
\Sfi7, vol. XXIV, p. S 70). — L Agassiz, On Ihe Circulation of the Fluids 
m Insects [l'roceeding of the American Association for 1849, p. 140). 



9Zi DE l'espèce. 

ailes, etc., elc. J'ajouterai que ce qu'on appelle le pied chez 
les Mollusques n'a rien qui puisse permettre cle conserver 
l'idée de l'analogie qu'implique ce nom, entre l'appareil 
locomoteur des Mollusques et celui des Vertébrés ou des Ar- 
ticulés. L'emploi de telles dénominations ne peut manquer 
de tromper les débutants, et cependant il y a encore des ; 
maîtres qui ne savent pas s'atlranchir de l extravagance des 
comparaisons de ce genre, surtout quand il s'agit des parties 
solides de la structure des animaux inférieurs (1) . 

On avait identifié les fonctions et les organes, par une con- 
séquence naturelle des idées qui prévalaient quant à la pré- 
tendue intluence exercée par les forces physiques sur les êtres 
organisés. Mais, dès qu'on a eu compris que des organes peu- 
vent être très-dillêrents tout en accomplissant les mêmes 
fonctions, l'organisation s'est trouvée placée vis-à-vis des 
agents physiques dans une situation telle qu'il est devenu 
impossible de persister à voir entre eux un hen génésique. 
Un Poisson, un Crabe, une Moule, qui vivent dans les mêmes 
eaux, respirent à la même source, devraient avoir les mêmes 
organes respiratoires, si les éléments dans lesquels ils vivept 
avaient quelque chose à voir avec les détails de leuy orga- 
nisation. Je ne suppose personne d'assez borné pour ima- 
giner que les mêmes puissances physiques, agissant sur des 
animaux de type différent, doivent produire, pour chacun, 
des organes particuliers, sans s'apercevoir tout de suite 
qu'une semblable supposition implique l'existence préalable 
de ces animaux, indépendamment de l'action des puissances 
physiques. Mais cette erreur est si constamment reproduite 
dans les discussions sur ce sujet, ou sur des sujets sembla- 
bles, que, à cause de sa fréquence même, il faut la réfuter (2). 
Au contraire, si l'on reconnaît qu'une conception intellec- 



(1) G. G. Carus, Von den Ur-Theilen des- Knochen und Schalengeriisles^ 
Leipzig, 1828, 1 vol. in-lolio, p. 61-89. 

(2j Le jour n'est pas loin, je l'espère, où botanistes et zoologistes se défen- 
dront également de partager les doctrines physicistes qui prevalent plus ou 
moins, actuellement, sur l'origine et l'existence des êtres organisés. Quand il 
viendrait un moment où la lutte que je soutiens aujourd'hui contre ces doc- 



RAPPORTS ENTRE LES INDIVIDUS. 95 

luelle a été le point de départ de l'existence, non-seulement 
(Jes êtres organisés mais de toutes les choses de la nature, 
quoi de plus naturel que de trouver, en même temps, la va- 
riété introduite dans le plan, dans la complication, dans les 
détails de la structure des animaux et la variété établie éga- 
lement dans leurs rapports avec le monde ambiant en sorte 
qu'une même fonction puisse être accomplie par des ap- 
pareils très-différents ! 

XVII 

Rapports entre les individus. 

Les rapports entre individus de la même espèce ne sont 
pas moins fixes et déterminés, chez les animaux, que ceux 
des espèces avec les milieux ambiants, dont nous nous 
sommes occupé jusqu'ici. Les rapports d'individu à indi- 
yidu sont d'un caractère tel, qu'on aurait dû y voir une 
preuve suffisante de l'intervention directe d'un esprit ré- 
fléchi ayant, à l'exclusion de toute autre cause, appelé les 
êtres organisés à l'existence. On peut jusqu'à un certain point 
concevoir que les agents physiques aient pu produire quelque 
chose d'analogue au corps des animaux inférieurs ou des 
plantes les plus simples. Ils auraient pu aussi, toutes cir- 
constances demeurant égales, reproduire la môme chose 
qu'ils avaient déjà produite et cela indéfiniment, par la 
répétition des mêmes procédés. Mais ce que je suis inca- 
pable de comprendre, c'est que, après une analyse plus pro- 
fonde des possibilités que comporte un pareil cas, on n'a- 
perçoive pas du premier coup combien il est choquant de 
pousser la supposition plus loin, et d'admettre que ces agenls 



trines ferait l'effet d'une bataille contre des moulins à vent, je ne regretterai 
jamais d'avoir pris tant de peinp pour maintenir mes compagnons de travail 
dans la bonne direction. D'un autre çôlc, je proleste et je protesterai toujours 
contre la bigoterie de certaines secles qui voudraient imposer à la science des 
doctrines ne découlant point immédiatement de prémisses scientifiques, et en 
entraver la marche et la liberté. 



96 DE l'espèce. 

ont pu déléguer le pouvoir de reproduire ce qu'ils venaient 
de mettre au monde aux objets mêmes de leur création; cela] 
avec des limitations telles que ces objets ne pussent jamais 
reproduire que des êtres en tout semblables à eux-mêmes! 
On ne saurait non plus supposer que, partant de la struc- 
ture la plus simple, ce même mode d'activité ait pu s'élever 
peu à peu à la production d'une structure plus parfaite ; car 
chaque degré intermédiaire implique l'introduction de nou- 
velles possibilités qui ne sont même pas contenues dans 
l'hypothèse originelle. Déléguer un pouvoir de cette nature 
ne peut être qu'un acte d'intelligence. En effet, entre la 
production d'un nombre indéfini d'êtres organisés comme 
résultat final de l'action des lois physiques et la reproduc- 
tion de ces mêmes êtres par eux-mêmes, il n'y a aucun lien 
nécessaire. Les générations successives d'une plante ou d'un 
animal ne peuvent avoir, en ce qui concerne leur origine, 
aucun rapport de causalité avec les agents physiques, à moins 
que ceux-ci n'aient la faculté de déléguer leur propre activité, 
avec la pleine et entière vertu qu'elle possédait lorsque cette 
plante ou cet animal ont été produits pour la première fois. 
C'est en effet une loi physique que la résultante est égale à la 
somme des forces appliquées dans le même sens. Si quelque 
être nouveau avaitjamais été le résultat de l'action des forces 
brutes, comment les générations successives provenant de cet 
être pourraient-elles, à l'instant de leur naissance, se mettre, 
à l'égard de ces forces, dans les mêmes rapports où étaient 
leurs ancêtres, à moins d'avoir en elles-mêmes la faculté de 
maintenir leurs caractères en dépit des forces productrices? 
Pourquoi, de plus, les animaux et les plantes commence- 
raient-ils à se décomposer, dès que la vie cesse, sous l'ac- 
tion des forces mêmes qui furent nécessaires au maintien 
de la vie, si celle-ci avait été limitée ou déterminée par ces 
agents physiques ? 

Il existe entre individus de la même espèce des rapports 
beaucoup plus complexes que ceux auxquels il vient d'être 
fait allusion. Ils établissent encore mieux l'impossibilité 
d'une subordination causale des êtres organisés aux forces 



RAPPORTS ENTRE LES INDIVIDUS. 97 

physiques. Les rapports sur lesquels est fondée la conser- 
vation de l'espèce résultent, dans tout le règne animal, de 
l'universel antagonisme des sexes, et leur infinie diversité 
dans les différents types n'a réellement "rien à voir avec les 
conditions extérieures de l'existence. Ce sont seulement des 
rapports d'individu à individu, en dehors des connexions 
[ju'ont ces êtres avec le monde matériel dans lequel ils 
vivent. Comment, donc, ces rapports pourraient-ils être un 
3roduit des causes physiques, quand nous savons que les 
igenls de cette nature ont une sphère d'action spécifique 
jui n'a rien de commun avec cette autre sphère de phéno- 
nènes? 

Il est hors de doute que les rapports d'individu à individu 
;ont, en très-grande partie, de nature organique et doi- 
vent être, comme tels, examinés au même point de vue que 
out autre trait général de l'organisation ; mais il y a aussi 
m eux quelque chose qui participe du caractère psycholo- 
gique, en prenant ce mot dans sa plus large acception. 

Quand les animaux se battent, quand ils s'associent pour 
]n but commun, quand ils s'avertissent l'un l'autre du 
langer, quand ils viennent au secours l'un de l'autre, quand 
Is montrent de la tristesse ou de la joie, ils manifestent des 
nouvements de même espèce que ceux qu'on met au 
lombre des attributs moraux de l'homme. Leurs passions 
ont aussi fortes et aussi nombreuses que celles de l'âme 
mmaino, et il m'est impossible d'apercevoir une diHerence 
le nature entre les unes et les autres, encore qu'elles puis- 
;ent différer beaucoup dans le degré et dans l'expression. La 
gradation des facultés morales, dans les animaux supérieurs 
;t dans l'homme, est tellement imperceptible que, pour dé- 
lier aux premiers un certain sens de responsabilité ol de 
;oiiscience, [i faut exagérer outre mesure la différence qu'il 
f a entre eux et l'homme. Il existe, en outre, chez les ani- 
naux, dans la mesure de leurs capacités respectives, tout 
uitant d'individualité qu'il en existe chez l'homme. C'est 
à un fait dont peut témoigner tout chasseur, tout dompteur, 
,out éleveur ou tout fermier possédant une longue expé- 



98 DE l'espèce. 

rience des animaux, soit sauvages, soit dressés ou domesti- 
qués (1). 

Cela dépose Ibrtement en faveur de l'existence, dans tou 
animal, d'un principe immatériel semblable à celui qui, pai 
son excellence et la supériorité de ses dons, place l'homme s 
fort au-dessus des animaux (2). Ce principe existe sans aU' 

(1) Voy. divers ouvrages de J. E. Ridinger consacrés à la chasse, et qui on 
paru sous différents titres, à Augsbourg, de 1729 à 1778. — Geoffroy Saint 
Hilaire et Fr. Cuvier, Histoire naturelle des Mammifères. Paris, 1820-35 
3 vol. in-folio, — H. 0. Lenz, Genieinnutsige Naturgeschichte. Gotha 
1835, Il vol. in-8. — W. Bingley, Animal Biography. Londres, 1803 
3 vol. in-8. 

(2) Il est facile de démontrer que les opinions, généralement reçues, qu 
exagèrent la différence existant entre le singe et l'homme, proviennent A 
l'ignorance oîi étalent les anciens, et spécialement les Grecs auxquels nou 
sommes redevables de notre culture intellectuelle, de l'existence des Orangs 
Outansetde Cliimpanzés. Les animaux les plus voisins de l'homme que con 
nussent les Grecs étaient le Patas, xreo? ; le Babouin, xuvojcîoaAoç, et 1 
Magot commun, 7rtGr;x;oj. Une traduction moderne d'Aristote lui fait dire, il es 
vrai, que les Singes forment la transition entre l'homme et les quadrupède 
(Aristoleles, Naturgeschichte der Thierc, trad, du docteur F. Strack, Franc 
fort-sur-le-Mein, 1816, p. 65) ; mais l'original ne dit rien de semblable. Dan 
l'Histoire des animaux, liv. Il, chap. V, on lit simplement : é'viac ^i twv 'C&ko 
Ê7ra;j.cpoTsp!!^£i -ï)v cpuatv tm t£ àvôpMTT^ xal toi; TcTf aTrooiv. Il y a une grand- 
différence entre « participent à la fois de la nature de l'homme et de celle de 
quadrupèdes », et «forment la transition entre l'homme et les quadrupèdes « 
Le chapitre tout entier est consacré à l'énumération des analogies de struc 
ture que ces trois singes présentent avec l'homme ; mais l'idée d'une étroit 
affinité n'est pas même exprimée, et moins encore celle d'une transitioi 
entre l'iiomme et les quadrupèdes. L'écrivain, au contraire, insiste très-forte 
ment sur les différences marquées qu'il y a entre eux, et il sait, aussi parfaite 
ment que n'importe quel anatomiste moderne, que les singes ont quatre mains 
sx,ei à^i y-y-l /Spaxtova;, ôWirep àvÔpWTTo;,.... i^icui ^ï tcÙ; noScui' iiai "fàp oîo 
j^eTpEç ii.i-^cUkoLi. Kal oi «î'âjtTuXoi waTrep c[ twv /^stpciv, o [t-efc/.c jy-axpoTaTo;' y.y.l t 

jcaôaTTEp 3i^c/.f. Toûto <î'à ÈTv'àxpou dJcXYipoTspov, xaxwç xai àp.U(ypwç [j;i{aoÛ(aevo 
7rT£pvr,v. 

Il est étrange que ces distinctions claires et précises fussent si complétcmen 
tombées en oubli, au temps de Linné, que ce grand réformateur de l'Histoir 
naturelle dût avouer, en 17/i6, qu'il ne connaissait pas de caractère par lequc 
on pût distinguer l'Homme du Singe [Fauna Suecica, prœfatio, p. 2) : « Nul 
lum characterem adhuc eruere potui, unde homo a simia internoscatur. » Mai 
ce n'est pas seulement du point de vue des analogies et des différences de h 
structure que les rapports entre les animaux et l'homme doivent être envisa^ 
gés. L'histoire psychologique des animaux montre que, si l'homme se rap 
proche d'eux par le plan de sa structure, à leur tour les animaux se rapprochen 
de l'homme par le caractère de leurs facultés ; seulement, chez l'homme, cellcs-c 
sont tellement transcendantes qu'elles indiquent d'abord la nécessité de rejeté 
toute idée d'une parenté quelconque entre lui et le règne animal. L'Ilistoin 



L'Ami DES BÊTES. 99 

îun doute; el qu'on l'appelle âme, raison ou instinct, il pré- 
sente dans toute la chaîne des êtres organisés une série de 
phénomènes étroitement liés les uns aux autres. Il est le 
fondement non-seulement des plus hautes manifestations de 
['esprit, mais encore de la permanence des différences spé- 
cifiques qui caractérisent chaque organisme. La plupart des 

naturelle des animaux n'est donc pas complète tant qu'on se borne à étudier, 

aussi profondément que ce soit, la partie corporelle de leur nature. Il y a 

)Ositivement en eux une individualité psychologique qu'on n'a guère étudiée 

usqu'ici, mais qui n'en est pas moins le lien qui les rattache à l'homme. 

Malgré cela, je ne partajje pas l'opinion des auteurs qui voudraient séparer 

'/Ompi.étement l'humanité du' règne animal et instituer pour l'homme seul un 

•ègne distinct, conmie l'a fait Ehrenberg {Das Natnrreich des Menschen, Lerliu, 

1835, in-folio) et, après lui, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire [Histoire naturelle 

jénérale. Paris, 1856, t. 1, part. Il, p. 167). Cf.^ d'ailleurs, le chap. II de ce 

ivre où il est montré, pour chaque sorte de groupes du règne animal, que la 

iomme des différences, qu'il y a de l'un à l'autre, ne suffit pas pour autoriser à 

în rejeter un seul dans une autre catégorie. Quiconque étudiera le chien avec 

ittention pourra se convaincre que les impulsions auxquelles cède cet animal 

iont analogues à celles qui meuvent l'homme. Elles sont réglées de manière à 

neltre en évidence des facultés psychiques à tout égard de la même nature 

jue celles de l'homme. Le chien exprime par la voix ses émotions et ses 

ienlimonts, avec une précision qui les rend aussi intelligibles à l'homme que le 

angage articulé d'un de ses frères. Sa mémoire a une puissance retentive qui 

iépasse celle de la mémoire humaine. Sans doute, toutes ces facultés sont loin 

ie faire du chien un philosophe *, mais certainement elles le mettent au niveau 

l'une portion considérable de la pauvre humanité. Que la voix des animaux 

>e fasse comprendre des uns aux antres et que toutes leurs actions se rappor- 

enl, à ces appels, c'est là encore un puissant argument en faveur de leurs 

acuités de perception et de leur aptitude à agir, spontanément et logiquement, 

l'après ces perceptions. Il y a un vaste champ ouvert à l'élude, dans le» rela- 

ions qui existent entre la voix et les actions des animaux. Un sujet de rccher- 

lies plus intéressantes encore est offert ])ar ce qu'il y a de commun dans les 

ycles particuliers d'intonations que chaque espèce animale d'une même 

mille est capable d'émettre. Autant que j'en puis juger, il y a entre ces 

ycles les mômes rapports qu'entre ce qu'on appelle les différentes familles de 

ngues. — Fr. Schlegel, Ueber die Sprache unil Weisheil der Indier. Heidel- 

erg, 1808, 1 vol. i(i-8. — W. v. Humboldt, Ueber die Kawi-Sprache, auf 

!«r Insel Java. Berlin, 1836-39, 3 vol. in-Zi {Abh. Akad. d. Wissenschaft). — 

l. Steinthal, Grammatik, Logik und Psychologie. Berlin, 1855, 1 vol. in-8. 

- Tous les Canitis aboient ; le hurlement du loup, l'aboiement du chien, le 

lapissement du renard, ne sont que différeuts modes de l'aboiement, compara- 

les entre eux, sous le même rapport que peuvent l'être les monosyllabes, les 

oljsyllabes et les inllexions du langage humain. Les /VWcs miaulent ; le ru- 

issement du lion n'est qu'une forme du miaulement de nos chats et des autres 

spèces de la famille. Les Équins hennissent ou braient ; le cheval, l'hémione, 

zèbre, le dauw, out une gamme peu différente. Notre bétail et les diverses 

spèces de taureaux sauvages ont des intonations d'une très-grande analogie ; 

ïur l)euglemeut n'est pas de nature diverse, mais seulement diversement 



100 DE l'espèce. 

arguments de la pliilosophie, en faveur de l'immortalité de 
l'âme humaine, s'appliquent également à la persistance d. 
ce principe chez les autres êtres animés. Pourquoi n'ajou- 
terais-je pas qu'une vie future dans laquelle l'homme 
serait privé de cette inépuisable source de plaisir et de 
progrès moral et intellectuel, qu'il trouve dans la con- 
templation des harmonies du monde organique, serait tris- 
tement amoindrie? Ne devons-nous pas regarder ce concert 
spirituel que forme la combinaison des mondes et de tous 
leurs habitants en présence du Créateur, comme la plus 
haute conception possible d'un paradis? 

XVIII 

Dualisme sexuel. 

Les études les plus approfondies de la structure des ani- 
maux, celles qui constituent le triomphe de la science, nous 
ont appris à reconnaître parmi ces êtres certains traits 
communs. C'est ce que l'on appelle des affinités si l'on com- 
pare entre eux des animaux différant dans la totalité, et des 
homologies si l'on constate la correspondance des parties 
entre elles, soit dans le même individu, soit chez deux indi- 
vidus d'espèce différente. Il suffit de nommer ces deux 
vastes domaines de la Zoologie pour présenter immédiate- 
ment à l'esprit le tableau, plus complet chaque jour, des 
enchaînements qui font du règne animal tout entier un sys- 
tème étroitement Hé dans ses parties. Il faut ensuite rappe- 
ler ce qui a été dit sur les rapports des individus, entre eux 
et avec le monde ambiant, comme caractère de l'espèce; ce 
que l'on sait des rapports de structure, base de la distinction 
des genres; il faut mettre en évidence ces diversités de la 

poussé. Les oiseaux, à cet égard, sont peut-être plus remarquables encore. 
Quel est l'homme qui ne sait pas distinguer la note d'une grive, d'un oiseau 
chanteur, d'un canard, d'un oiseau de basse-cour, etc., et même celle qui est 
particulière à chacune de leurs espèces, si nombreuses soient-elles ? Qui pour- 
rait méconnaître les affinités de la voix de ces animaux ? Et tout cela n'indi- 
querait pas une analogie semblable entre leurs facultés mentales?... 



DUALISME SEXUEL. 401 

orme produisant la famille, énumérer ces complications de 
a structure d'où naissent le rang, l'ordre dans toutes les 
liasses, retracer les plans nettement distincts et ces modes 
l'exécution divers, point de départ des divisions les plus 
générales de nos systèmes; il faut rappeler tout cela, pour 
endre sensible à quel point l'esprit humain s'est identifié 
Lvec la création, et combien de rapports,jadis inconnus, ont 
ité par lui saisis et exactement appréciés. Même ainsi l'im- 
>res sion serait incomplète, si à tout cela l'on ne joignait 
tncore ce que l'on connaît de l'organisation intérieure des 
inimaux, de leur mode de développement, de leur successive 
apparition sur la terre à différentes époques, de leur distri- 
»ution actuelle à la surface du globe. Or, à cette infinie diver- 
iité de rapports quelque chose s'ajoute qui ressort davan- 
age et avec plus d'indépendance, imprimant à tout le monde 
organisé une physionomie spéciale; ce sont les caractères 
exuels. 

Toutes les fois qu'il s'agit de pénétrer la signification de 
3hénomènes complexes, il est inutile, sinon dangereux, de 
'attacher minutieusement aux faits de détail. La simple 
bservation de la tendance générale de l'ensemble conduit 
lien plus directement à la vérité. Maintes fois, je me suis 
emandé quelle était l'importance de cette différence pre- 
lière, manifestée aussi bien par le règne végétal quo par 
! règne animal, à laquelle on donne le nom de sexualité, 
ai vainement cherché une interprétation plausible des faits 
n étudiant la série des différences et la série des ressem- 
lances que l'on observe, chez les individus de sexe diffé- 
ent, d'une part dans les traits extérieurs les plus généraux, 
'autre part dans les particularités d'organisation des appa- 
eils reproducteurs. Celte étude ne conduit guère (pi'à In 
onnaissance de voies et moyens plus ou moins comi)li(iu('s 
boutissant tous constamment à un but unique, la perpé- 
aalion et la permanence de l'espèce. 

Il y a cependant quelque chose de plus dans ces phéno- 
lèncs, quelque chose qui affecte également les deux règnes 
e la nature et partage en quelque sorte le monde orga- 



102 DE l'espèce. 

nique en deux; si bien que, d'un côté, on pourrait placer 
une moitié du règne animal et, de l'autre, lui opposer l'autre 
moitié, sans avoir aucunement égard aux différences pré- 
cédemment analysées constituant les embranchements, les 
classes, les ordres, etc. D'un côté se trouveraient les mâles, 
de l'autre les femelles, tant le dualisme de ce genre est 
universel. Car, bien qu'il y ait des hermaphrodites et que 
les sexes ne soient pas également répartis, il n'en est pas 
moins vrai que les différences sexuelles constituent une 
distinction fondamentale, qui se retrouve partout et semble 
l'emporter sur toutes les autres catégories de l'organisation. 
Ce trait de structure est bien plus considérable que les dif- 
férences spécifiques. En effet, les individus d'une même 
espèce, bien que se ressemblant par tout ce qui constitue 
les caractères spécifiques, présentent néanmoins des diffé- 
rences sexuelles plus ou moins saillantes, lesquelles vien- 
nent se surajouter, si l'on peut dire, à ces caractères, à une 
époque plus ou moins avancée de la vie. Les individus d'une 
même espèce ont déjà vécu une fraction plus ou moins 
grande, parfois même la plus grande, de leur existence 
lorsqu'ils atteignent à ce degré de maturité qui précède et 
accompagne la reproduction, et c'est dans cette dernière 
phase de la vie que s'accentuent les traits, souvent si mar- 
qués, qui forment les différences sexuelles. Ces traits l'em- 
portent également sur les caractères de genre, de famille, 
de classe, etc. En effet, à quelque degré de la coordination 
des caractères que l'on envisage la structure des animaux, 
et si profonde que soit la valeur des systèmes d'organes 
dont les rapports servent de base à ces groupes de la classi- 
fication, toujours la sexualité marque son empreinte. Le 
développement cérébral, la charpente solide, les masses 
musculaires, l'amplitude de la respiration et de la circulation, 
l'énergie des appareils digestifs et sécréteurs, tout est mo- 
difié par cette influence mystérieuse dominant tous les 
organismes et imprimant à chacun d'eux le type mâle ou le 
type femelle. 

Il est impossible de ne pas reconnaître, dans cette corrc- 



DUALISME SEXUEL. 103 

hilion entre la sexualité et les catégories de la structure des 
animaux en général, quelque chose de hautement indépen- 
dant des influences extérieures désignées sous le nom d'in- 
jtluences cosmiques ou physiques. Ici, il ne s'agit plus que 
de relations d'individu à individu, de rapports indifférents 
pour la vie individuelle, mais d'où résulte pour les deux 
êtres réunis une vie commune. Pour peu qu'on médite sur 
les conditions indispensables à l'établissement d'un pareil 
ordre de choses, il est évident que cela suppose la prescience 
de ces rapports, l'appréciation de leurs dépendances mu- 
tuelles et la capacité de les mettre en harmonie avec l'en- 
semble des circonstances extérieures ou étrangères. En au- 
cune manière cela ne peut être le produit fatal de forces 
brutes et inconscientes. 

De tout temps, en tout lieu, à toute heure, les animaux 
de sexe différent se recherchent, et, dans leur rencontre, 
mettent en pleine évidence les traits saillants de leur 
être, manifestant en quelque sorte le pourquoi du dualisme 
qui partage tout le monde organique. La nature entière 
semble proclamer non-seulement que le but final de la 
création a été de placer au sommet de l'édifice un être su- 
périeur, l'Homme; mais, en outre, que le seul fait capable, 
dans le plan donné, d'assurer le maintien et la continuité 
du Tout, ce sont justement ces rapports étroits d'individu à 
individu qui, culminant dans l'union de l'Homme et de la 
Femme, deviennent l'origine de la famille et le fondement 
des sociétés humaines. 

Il n'est pas hors de propos d'examiner les traits les plus 
généraux de ces rapports d'individu à individu, dont le but 
est le maintien de l'espèce. Tout ce qu'il y a de caractéris- 
tique dans l'organisation animale est alors rais en relief; 
les détails de la symétrie du corps ressortent dans toute leur 
beauté, et ce qu'il y a de plus intime, soit dans leur har- 
monie, soit dans leur coatrastc, s'accuse et se prononce. 
Envisagé indépendamment de l'idée de sexe et pris comme 
représentant du Règne animal tout entier, l'Homme nous 
montre ces particularités caractéristiques de la structure qui 



104 DE l'espèce. 

font de la tête le centre de tout l'organisme et établissent 
entre les deux extrémités de la colonne vertébrale une op- 
position si remarquable; en lui se manifeste à un haut degré 
l'antagonisme entre le côté droit et le côté gauche d'où ré- 
sulte, par la convergence de parties identiques opposées 
l'une à l'autre, une symétrie si parfaite ; en lui éclatent 
encore ces différences entre la région dorsale et la région 
ventrale;... mais ce serait écrire un traité d'anatomie phi- 
losophique que de pousser plus loin ces considérations. Or, 
comme représentant de la même espèce, la femme repro- 
duit identiquement tous ces traits de la structure de l'homme. 
Au contraire, lors du rapprochement de ces deux êtres tout 
est changé. 

Déjà quand l'homme rencontre son semblable, il l'aborde 
de front. Cet antagonisme absolu devient précisément le 
point de départ du rapprochement le plus intime. L'homme 
en présence de l'homme oppose face à face; les dos se 
tournent à l'inverse; le côté droit se place vis-à-vis du 
gauche ; les mains qui se cherchent traversent obliquement 
et à l'opposite le plan médian; tous les traits de la configu- 
ration, qui, dans une comparaison homologique, présentent 
un parallélisme rigoureux, se trouvent ici ramenés à des 
situations d'un antagonisme également absolu. Un mouve- 
ment d'assentiment ou d'antipathie, un salut, un coup de 
tête, décrivent un arc dont la courbe est, chez les deux indi- 
vidus en présence, en sens inverse; les regards se croisent, 
les paroles arrivent aux oreilles sous des angles opposés; 
l'appel des deux voix amies se fait en direction contraire; 
la flexion de toutes les articulations se produit avec une 
obhquité inverse ; toutes les saiUies du corps de l'un s'op- 
posent à celles de l'autre et sont contrastées ; les genoux 
s'abaissent et se rapprochent, les talons se soulèvent et 
s'éloignent, les pointes des pieds convergent; le sourire, 
qui est toujours plus accentué à droite qu'à gauche, se 
dessine en sens contraire. Ces traits, qui s'annoncent comme 
les indices des rapports généraux d'individu à individu, 
s'accentuent avec une intensité que rien n'égale dans la na- 



DUALISME SEXUEL. 105 

lure lors da rapprochement des sexes. Ainsi, plus les rapports 
de cet ordre acquièrent de supériorité, plus complète est 
l'inlimité de l'union qu'ils établissent, et plus aussi le con- 
traste et l'antagonisme des individus de sexe différent se 
prononcent et deviennent marqués ! 

Or, n'est-il pas singulier de voir tout cela annoncé dans 
les temps géologiques les plus anciens, par la structure 
même de certains représentants du type des Vertébrés dont 
les débris sont parvenus jusqu'à nous? Tous les Sélaciens, 
dont l'existence remonte aux époques géologiques les plus 
reculées, présentent cette sorte de différences sexuelles qui 
fait du rapprochement face à face une nécessité de l'orga- 
nisation. Le fait que des animaux de cette classe ainsi orga- 
nisés sexuellement existaient dans les terrains siluriens, et 
cet autre fait, déjà reconnu comme axiome scientifique par 
Léonard de Vinci : Venerem supinam solum homini con- 
venire, n'indiquent-ils pas que les rapports les plus intimes 
de l'homme à la femme, le mode d'union de l'homme 
avec sa compagne sont annoncés, dans l'histoire des temps, 
dès la première apparition des Vertébrés. Ainsi, encore, de 
toutes les manifestations de l'amour la plus élevée, la plus 
noble et la plus pure, le baiser, par quoi l'union peut être par- 
faite sans rien perdre de sa chasteté et de son innocence, se 
trouve comme prévu, annoncé, préparé dès l'apparition sur 
la terre de Vertébrés incomplets et dégradés, précurseurs 
déjà de l'expression ultime à laquelle doit s'élever le type, 
lors du couronnement de la série. D'autre part, ce qu'il y 
a de plus haut, de plus immatériel et de plus grand dans 
l'homme, la liberté, la dignité, l'individualité, ce qui n'est 
en définitive que l'opposition du moi humain à un autre moi, 
s'exprime ainsi d'une manière purement physique, purement 
matérielle, dans l'opposition de la structure à la structure, 
de la forme à la forme. 

Et ce n'est pas tout ! 11 n'est pas dans l'immense clavier de 
la passion humaine une gamme, une note, un ton, qui ne se 
trouvent exprimés, isolément et à la plus haute puissance, 
dans la spécialité des rapports sexuels de quelque type eu 



106 DE l'espèce. 

particulier. Seul un Gœthe pourrait écrire avec toutes sesj 
nuances ce chant de l'amour que l'ensemble de la créatiol 
répète à toute heure ! 

Il serait inutile d'entrer ici dans les détails relatifs aux| 
rapports sexuels des êtres qui composent les embranche- 
ments inférieurs; mais il n'est pas hors de propos de rappe- 
ler que, même chez les Rayonnes et les Vers, on a observé 
des manifestations de sentiment de la part de la mère pour 
sa progéniture, bien que l'on n'ait encore constaté aucun 
fait indiquant dans le rapprochement des sexes quelque 
chose de plus que l'impulsion organique. Ces rapports de- 
viennent déjà très-variés et souvent très-intimes chez les 
Crustacés et les Insectes ; et quiconque a eu Toccasion d'ob- 
server les amours des Limaçons ne saurait mettre en doute 
la séduction déployée dans les mouvements et les allures 
qui préparent et accomplissent le double embrassement de 
ces Hermaphrodites. Parmi les Vertébrés, l'instinct qui rap- 
proche les sexes peut être réduit à une poursuite lointaine, 
n'aboutissant pas même à la présence simultanée du "mâle 
et de la femelle sur le lieu où les œufs sont déposés. Tel est 
le cas de certains Poissons; d'autres se recherchent de plus 
près, s'accostent, se heurtent même pour s'éloigner aussi- 
tôt l'un de l'autre. Il en est qui déploient toutes leurs 
grâces, tout l'éclat de leurs couleurs, toute l'énergie de leur 
empressement par les girations qu'ils accompUssent autour 
de leur femelle ; d'autres témoignent leur dévouement par 
la vigilance avec laquelle ils rôdent autour d'elle pour écar- 
ter tout rival. Le nombre des poissons proprement dits qui 
s'accouplent réellement est très-limité, et le rapprochement 
est superficiel et rapide comme chez les Oiseaux. Il serait 
oiseux de passer en revue toutes les formes qu'affectent les 
relations des sexes; mais l'homme intelligent ne saurait de- 
meurer spectateur indifférent ou même insensible, en voyant 
la douceur, la tendresse, le charme prévenant des atten- 
tions de la colombe, ou la noble et fière expression, l'im- 
périeuse exigence, la violence furieuse et cependant pleine 
d'égards de l'étalon ; l'implacable férocité du chat qui lacère 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 107 

et dévore sa femelle, la lourdeur stupide du porc qui s'en- 
dort et s'appesantit-, la luxure etl'ignoble lubricité du singe ; 
la voracité traîtresse de l'araignée, la brutale et impassible 
concupiscence des biches attendant froidement l'approche 
d'un vainqueur, etc. 

D'où tout cela vient-il? Qui donc affirmera que des ex- 
pressions si diverses, des manifestations si richement variées 
d'un sentiment unique et d'un instinct, au fond toujours le 
même, résultent simplement d'un fait d'organisation phy- 
sique, d'une spécialité de structure impossible d'ailleurs à 
concevoir, si l'on écarte l'idée d'un plan méthodiquement 
exécuté, prémédité à l'avance, où partout se révèle l'inten- 
tion antérieure à la réalité. 

XIX 

Métamorphoses des animaïix. 

L'étude de l'embryologie ne date que de nos jours. Les 
naturalistes du siècle passé, au lieu de scruter les phéno- 
mènes qui accompagnent la formation et le développement 
primitifs des animaux, se contentaient de vagues théories 
sur la reproduction (1). Il est vrai que les métamorphoses 
des Insectes étaient devenues de bonne heure le sujet des 
observations les plus remarquables (2); mais on se doutait 
si peu alors que tous les animaux, depuis la première phase 
de la vie jusqu'à parfait développement, eussent à subir des 
changements considérables, qu'on fit de la métamorphose 
un caractère distinctif des Insectes. Et comme il y a, à cet 
cet égard, même entre les Insectes, des différences très-pro- 
noncées, on élabUt une distinction entre ceux qui subissent 



(1) G. L. Leclerc de Buffon, Discours sur la nature des animaux. Ccncve, 
4754, in-12, et aussi les OEuvres complètes. Paris, 177ifii-180/l, 36 vol. iii-4. 

(2) J. Swammerdam, Biblia nalurœ, sive Historia inscclarum, etc. Leyde, 
1737-38, 3 vol. in-folio, figures. — 11. Arit. de Reaumur, Mémoires pour 
servir à VUisloire des Insectes, Paris, 1734-/52, li vol. in-4, figures. — A. J. 
riœsel voii Uosenhof, Inscclenbclusligungen. Nuremberg, 17 4G-61, 4 vol. in-4, 
figures. 



108 DE l'espèce. 

une mélamorphose complète, c'est-à-dire qui passent suc- 
cessivement par les trois formes de larve, de chrysalide et 
d'animal parfait, et ceux chez lesquels la transformation est 
moins complète, c'est-à-dire dont la larve diffère peu de l'in- 
secte parfait. Il est, du reste, quelques Insectes chez lesquels 
ces changements vont si peu loin qu'ils y sont parfois beau- 
coup moindres que chez certains représentants d'autres 
classes. On est fondé, par conséquent, à employer l'expression 
de «métamorphose» pour désigner tous les changements, 
grands ou petits, que les animaux éprouvent, en succession 
dirccle et immédiate (1), durant la croissance, pourvu qu'ils 
soient convenablement déterminés pour chaque type. 

L'étude de l'embryologie, d'abord limitée à la recherche 
des changements que subit le poulet dans l'œuf, s'est gra- 
duellement étendue à tousles types du règne animal. On y 
a apporté un soin extrême et atteint à une grande perfection. 
En effet, le premier qui se hasarda à explorer largement 
dans toutes ses parties ce nouveau terrain, C. E. von Baer, 
parvint à présenter le sujet sous un jour si net, traça les 
conclusions avec une ampleur et un soin tels, que ceux 
qui ont depuis marché sur ses traces peuvent être regardés 
comme ayant simplement développé les faits signalés par lui 
dés le principe et les conséquences qu'il en avait déduites (2). 



(1) Je dis avec intention en succession directe et immédiate, car les phéno- 
mènes de la génération alternante ne sont pas compris dans la métamorphose, 
et consistent surtout dans la production de nouveaux germes qui ont leurs mé- 
tamorphoses propres. La métamorphose proprement dite s'entend seulement des 
changements successifs d'un seul et même germe. 

(2) Sans rappeler ici les ouvrages des anciens auteurs, tels que de Graaf, 
Malpighi, Haller, Wolf, Meckel, Tiedemann, etc., qui sont tous énumérés avec 
quelques autres à l'article « Entwickelungsgeschichte » de Bischoff, dans le 
« Hand war ter buch der Physiologie » de Wagner, vol. I, p. 860, je mentionne 
ci-dessous les travaux publiés depui.'* que, sous l'influence de Dollinger, l'em- 
bryologie a pris un nouveau caractère : C. E. v. Baer, Ueber Entwickelungs- 
geschichte der Thiere, Kœnigsberg, 1728-37, 2 vol. in-li, figures, l'œuvre la 
plus importante qu'on ait encore publiée. La préface est un modèle de candeur et 
de sincérité et fait ressortir le mérite de Dôllinger sous un jour aussi vrai 
qu'éclatant. Comme traités généraux, je citerai : — C. F. Burdach, Die Phy- 
siologie als Erfahrungswissenchaft, Leipzig, 1829-'i0, 6 vol. in-8; en fran- 
çais, Paris, 1837-âi, 9 vol. in-8. — J. Muller, Handbuch der Physiologie 
des Aknsvhen, Coblentz_, 1843, 2 vol. in-8, 4* édition; en français, Paris, 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 109 

Ce fut lui qui jeta les bases d'une généralisation plus com- 
prehensive, à l'égard du mode de formation des animaux. 
Ce fut lui, en effet, qui, le premier, en 1827, découvrit l'œuf 
ovarien des Mammifères et, pour la première fois, démontra 
qu'il n'y a, essentiellement, aucune différence entre les ani- 
maux ovipares et les soi-disant vivipares, l'homme même se 
développant de la même manière que les animaux. L'exis- 
tence des œufs chez tous les animaux, universellement, et 
l'unité de leur structure, qui fut presque aussitôt établie avec 
certitude, voilà, dans mon opinion, la plus grande décou- 
verte des temps modernes, dans les sciences naturelles (1) . 

Et, vraiment, c'était faire un pas de géant que de démon- 
trer une identité aussi remarquable dans le point de départ 
matériel du développement chez tous les animaux, quand 
déjà on savait que la structure anatomique des adultes 
révèle des plans aussi radicalement divers. Dès lors, la ma- 
nière dont le germe se forme d'abord dans l'œuf et dont 
les organes sortent graduellement d'une masse homogène, 
les changements, les complications, les rapports, les fonc- 
tions qui s'établissent à chaque phase nouvelle, la façon dont, 
finalement, le jeune animal revêt sa forme et sa structure 
définitive et devient un être nouveau et indépendant, tout 

4851, 2 vol. in-8 (plusieurs éditions depuis). — R. Wagner, Lehrbuch 
dcr Physiologie, Leipzig. 1839-42, 2 vol. in-8. — G. Valentin, Ilandbuch 
der Enlwickelungsgeschichte, etc. Berlin, 1835, 1 vol. in-8. — Lehrbuch der 
Physiologie des Menschen. Rrua&wick, 1843, 2 vol. in-8. — F. A. Longet, 
Trailé de physiologie. Paris, 1850, 2 vol. in-8. — Alb. Kolliker, Microsco- 
pische Anatomio des Menschen. Leipzig, 1840-54, 2 vol. in 8, figures. — 
Voy. encore Owen's Lectures, etc. ; Siebold et Stannius, Lehrbuch; et Carus, 
Morphologie, etc., cités aux pages 24 et 38 ci-dessus. Je pourrais ajouter 
quelques autres traités de physiologie ; mais la plupart d'entre eux sont si évi- 
demment de pures compilations ne dénotant aucune connaissance personnelle 
du sujet, que j'omets à dessein de mentionner davantage les ouvrages élémen- 
taires. 

(1) G. E. V. Baer, De ovi Mammalium et Hominis genesi. Konigsberg, 
1827, in-4, figures. — .1. E. Purkinje, Symbolœ ad ovi avium historiam 
ante incubaliunem. Leipzig, 1830, in-4, figures. — R. Wagner, Prodromus 
Hisloriœ generalionis Ilominis algue Animalium, etc. Leipzig, 1836, 1 vol. 
in-folio, ligures. — Icônes physiologicœ. Leipzig, 1839, iu-4, figures. — 
Voyez aussi A. Valenciennes et Fremy, Recherches sur la compoiilion des œufs 
dans la série drs animaux {Comp. remL, 1854, vol. XXXIX, p. 409, 525 et 
570). 



110 DE l'espèce. 

cela devait être un sujet d'études des plus intéressants. La 
détermination de toutes ces choses, dans le plus grand 
nombre d'animaux possible et dans les types les plus diffé- 
rents du règne animal, devint immédiatement le but prin- 
cipal de tous les travaux sur l'embryologie. On peut dire 
avec vérité que peu de sciences ont marché avec une rapidité 
aussi surprenante et donné des résultats aussi satisfaisants. 

On n'a encore pubUé aucun traité général résumant les 
observations les plus récentes sur les phases constantes du 
mode de développement propre aux divers types du règne 
animal. Il me faut donc renvoyer aux ouvrages spéciaux sur 
ce sujet (1). Je suppose, d'ailleurs, qu'avant de fornjer un. 
jugement définitif sur les comparaisons, que je vais faire; 
ci-après, entre les phases du développement des jeunes et: 
les gradations de la structure chez les adultes ou avec l'ordre ; 
de succession des fossiles qui caractérisent chaque période 
géologique, je suppose, dis-je, que mes lecteurs auront ac- 
quis, sur ces changements, les lumières nécessaires et se 
seront rendu familier tout ce qui se rattache à ces phéno- 
mènes. 

L'embryologie des Polypes a été fort peu étudiée jusqu'ici; 
tout récemment M. Lacaze-Duthiers a fait de forts beaux 



(1) Le peu d'attention accorde, en Amérique, à l'étude de l'embryologie m'a 
engagé à énumérer les travaux relatifs à cette branche de la science plus com- 
plètement que tous les autres. J'espère faire naître ainsi le goût de ce genre 
de recherches. Il existe sur ce continent un grand nombre de types d'animaux 
dont la connaissance, au point de vue de l'embryologie, ajouterait considéra- 
blement aux richesses de la science; tels sont l'Opossum^ les Batraciens 
ichthyoïdes, le Lépidostée, l'Amie, etc. Je ne parle pas des circonstances favo- 
rables qu'un littoral de IGOO kilomètres, partout facilement accessible, offre 
aux investigations embryologiques, depuis le cercle polaire jusqu'au tropique. 
Inséparable de l'embryologie, la question de l'individualité se présente tout 
naturellement. Voy. à cet égard : — Rud. Leuckardt, Ueber den Polymorphis- 
mus der Individuen odcr die Erscheinung der Arbeilstheilung in der Natur. 
Giessen, 1851, in-4. — G. B. Reichert, Die monogene Forlpjlanzung. 
Dorpat, 1852. — Th. H. Huxley, Upon Animal Individuality {Ann. et Mag. 

Nat. History, 2« série, 1852, IX, 507) Ed. Forbes, On the supposed 

analogy between the Life of an Individual and the Duration of a Species 
{Ann. and Mag. Nat. History, 2" série, 1852, X, 59). — Al. Braun, Des 
Individuum der Pflanze, cité ci-dessus. — Bertrachlungen uber die Erschei- 
nung der Verjungvng in der Natur. Fribourg, 18/19, in-4, ligures. 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 111 

travaux sur cette classe. Ce qu'on sait du développement 
embryonnaire de ces animaux a trait principalement à la fa- 
mille des Actinoïdes (1). Immédiatement après l'éclosion, le 
jeune a l'aspect d'un petit corps claviforme ou piriforme ; il 
ne tarde pas à revêtir toute l'apparence d'un adulte et n'en 
diffère alors que parce qu'il a un moins grand nombre de 
tentacules. Quant au mode de ramification et à la multipli- 
cation par bourgeons, ils ont été soigneusement et minu- 
tieusement étudiés dans cette classe (2). Les Acalèphes pré- 
sentent des phénomènes tellement particuliers que j'en 
renvoie la discussion à plus tard, dans une section spéciale. 
Tantôt leurs jeunes (3) sont semblables à des polypes, d'au- 



(1) M. Sars, Beskrivelser og Jagttagelser over nogle maerkelige eller nye 
i Havet ved den Bergenske Kyst levende Dyr, etc. Bergen, 1835, in-4. — 
Fauna UUoralis Norvegiœ. Christiania, 1846, in-fol., figures. — H. Rathke, 
dans la Physiologie de Burdach, vol. II, 2^ édition, p. 215. — Zwr Morpho- 
logie, Heisebemerkungen aus Taurien. Riga et Leipzig, 1837, in-4, figures. 

— L. Agassiz, Twelve Lectures, etc., cité plus haut. — J. Haime, Mémoire 
sur le Lérianlhe {Ann. se. nat., li" sér. 1854, I). — Noie sur le développement 
des Actinies (Comp. rend., 1854, XXXIX, 437, 595). 

(2) Dana, Zoophytes ; Uilno Edwards et Haime, flec/ierc/tes, eic, cité plus 
haut, etc., p. 44, note 2. 

(3) C. Th. E. V. Siebold, BeitrUge sur Nalurgeschichte der wirbellosen 
Thiere, Neuesle Schriflen der Nalurforsch. Gesellschaft in Danzig. Dantzig, 
1839, in-4, p. 1-35. — S. L. Loven, Beilrag zur Kennlniss der Gatlungen 
Campanularia und Syncoryne; Wiegrnan's Archiv, 1837, p. 249, 321; en 
français. Annales des sciences naturelles, 2* série, XV, 157. — M. Sars, 
Beskrivelser, précédemment cité. — Fauna litloralis, id. — Einige Worle 
uter die Enlwickelung der Medusen {Arch. f. Naturg., 1857, I, 117j. — 
Al. V. Nordmann, Sur les changements que Vûge apporte dans la manière 
d'être des Campanulaires, C.-U., 1834, p. 709. — J. Steenstrup, Ueber 
den Generations-Wechsel oder die Forlpflanzung und Entwickelung durch 
abivechselnde Generationen , tibers. von Lorenzen. Copenhague, 1842, 
in-8, fr^ures; en anglais, par G. Busk (Bay Society). Londres, 1845, in-8- 

— P. J. Van Beneden, Mémoire sur les Campanulaires de la côte d'Os- 
lende, etc. {Mémoires de l'Académie de Bruxelles, 1843, XVII, in-4, figure»). 

— Recherchai sur l'embryogénie des tabulaires. Ma.., 1844. — Fél. Dujanlin. 
Observations sur un nouveau genre de Médusaircs (Cladonema) provenant de 
la metamorphose des Syncorynes {Annales des sciences naturelles, 2" série, 
1843, XX, 370). — Mémoire sur le développement des Médusaircs et des 
Polypes hydraires {Annales des sciences naturelles, 3*^ série, 1845, IV, 257). 

— J. G. Fr. Will, Horœ tergestinœ. Leipzig, 1844, in-4, figures. — H. 
Frey et R. Lcuckardt, BeitrUge sur kennlniss wirbelloscr Tliiere. Bruns- 
wick, 1847, in-4, figures. — Sir J. G. Dalyell, Rare and Remarkable 
Animals of Scotland, etc., Londres, 1847, in-4, figures. — Ed. Forbes, 
Monography of the British Naked-eyed Medusœ. Londres, 1847, in-folio, 



112 DE l'espèce. 

très fois ils ont avec le type de leur classe une ressemblance 
plus immédiate. Pour un petit nombre seulement la multi- 
plication a lieu par développement direct et progressif. Quant 
aux Échinodermes, ils ont pendant longtemps échappé à 

figures (Uay Society). — On the Morphology of the Reproductive System 
of Sertulavian Zoophytes, etc. {Ann. and Mag. Nat. Hist., ISlifi, XIV, 385). 
— F. Leydig, Einige Bemerkungen iiber den Bau der Hydren {Muller's Arch, , 
1854, p. 270). — A. Ecker, Zur Lehre vom Bau und Leben der Kontraktilen 
Subslanz der niedersten Thiere. Bale, 18i!i8, in-4 ; et dans Zeilschr. f. w. Zool., 
18/i9, vol. I, p. 218. — Rouget, Mémoires sur VHydrc. — L. Agassiz, 
Twelve Lectures, etc. — Ed. Desor, Lettre sur la génération médiisipare 
des polypes hydraires {Ann. se. nat., 3« sér., 1849, vol. XII, p. 204). — 
A. Krohn, Bemerkungen iiber die Geschlechtsverhciltnisse der Serlularinen 
{Muller's Arch., 1843, p. 174). — Ueberdie Brut des Cladodema radiatum und 
deren Entwickelung zum Stauridium {Miillcr's Arch., 1853, p. Ii20).—Ueber 
Podocoryne carnea, Sars und die Fortpflanzungsweise ihrer medusenartigen ■ 
SprOsslinge {Wiegm. Arch., 1851, I, p. 263). — Ueber einige niedere Thiere 
{MUller's Arch., 1853, p. 137). — Ueber die fruheslen Entwickelungsslufen 
der Pelagia noctiluca {Miiller's Arch., 1855, p. 491). — A. KoUiker, Die 
Schuiimmpolypen , etc., cité plus haut. — W. Busch, Beobachtungen ûber 
Analomie und Entwickelungsgeschichte einige wirbelloser Seethiere. Berlin, 
1851, in-4, fig. pp. I, 25 et 30. — Gegenbauer, Kollikerund Millier, Bericht 
iiber einige im Herbsle 1852 in Messina angestelUe anatomische Untersuch- 
ungen {Zeitschr. f. wiss. Zool., vol. IV, p. 299). — G. Gegenbauer, Ueber 
die Entwickelung von Doliolum, der Scheibenquallen und von Sagitta {Zeitschr. 
f. wiss. Zool., 1853, p. 13). — Beitriige su niihern Kenntnissder Schwimm- 
polypen {Siphonophoren) {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1853, vol. V, p. 285). — 
Ueber Diphyes turgida, etc. {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1853;, vol. V, p. 442). — 
Ueber den Enlwickelungscyclus von Doliolum, etc. {Zeitschr. f. wiss. Zool., 
1855, vol. VII, p. 283). — Bemerkungen ilber die Randkorper der Medusen 
{Miiller's Arcli., 1856, p. 230). — Studien ilber Organisation und Syslematik 
der Ctenophoren {Arch. f. Nais., 1856, 1, p. 163). — Al. v. Frantzius, Ueber 
dieJungen der Ceptiea {Zeitschr. f. iviss. Zool., vol. IV, p. 118). — J.Miiller, 
Ueber eine eigenthiimliche Méduse des Millelmeercs und ihren Jugendzusland 
{Miiller''s Arch., 1851, p. 272). — M. Scliultze, Ueber die mannlichen Ge- 
schleschtstheile der Campanularia geniculata {Miiller's Arch., 1850, p. 53). — 
Th. Hincks, Notes on the Reproduction of the Campanulariadae, etc. {Ann. and 
Mag. Nat. Hist., 2' sér,, 1852, vol. X, p. 81). — Further No*es on British 
Zoophytes {Ann. and Mag. Nat. Hist., 1853, vol. XV, p. 127). — O.J. Allman, 
On Hydroids {Rep. Brit. Ass. Adv. Sc, 1852, p. 50). — On the Structure of 
Hydratiridis {Proc. Brit. Ass., 1853, p. 64). — A. Derbes, Note sur les 
organes reproducteurs et l'embryogénie du Cyanea chrysaora {Ann. sc.nal., 
3" sér., 1850, vol. XIII, p. 377). — C. Vogl, Ueberdie Siphonophoren {Zeitschr. 
f. wiss. Zool., 1852, vol. III, p. 522). — Untersuchungen iibcr Thierstaaten. 
Frankfurt, 1851, in-8. — Siphonophores de Nice, cité plus haut. — Th. II. 
Huxley, On the Analomy and A/finities of the Family of the MeJusœ {Philos. 
Trans. Roy. Soc, 1849, II, p. 413). — An Account of Researches into the 
Analomy of the Hydrostatic Acalephœ {Proc. Brit. Ass. Adv. Soc, 1851, 
p. 78). — R. Leuckart, Zoologische Untersuchungen. Giessen, 1853-54, 
in-4, fig., 1^''" fasc. — Zur nahern Kenntniss der Siphonophoren von Nizza 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 113 

'attention des embryologisles ; mais enfin J. Millier publia 
5ur cette classe (1) une série d'études très-importantes, et 
[it connaître la merveilleuse diversité du mode de déve- 
loppement, diversité qui existe non-seulement dans les or- 

[Wiegm. Arch., 1854, p. 249). — Medusen von Nisza, cité section ix. — 
*iV. Stimpson, Synopsis of the Marine Inverlebrata of Grand Manan {Smithson. 
Contrit., 1853, in-4, fig.). — Jos. Leidy, Contributions towards a Knowledge 
of the Marine Invertebrate Fauna, etc. (Journ. Acad. Nat. Se. Philad., 2" sér., 
1855, vol. Ill, in-4, fig.) — Voy. plus loin, sect. xx. — Th. H. Gosse, Natu- 
ralist's Rambles on the Devonshire coast. London, 1853, in-8. — A. de 
Jjuatrefages, Mémoire sur l'organisation des Physales {Ann. se. nat., Il" sér., 
11854, vol. II). — Max. Schultze, Ueber der Bau der Gallertscheibe der Medusen 
[Milller's Arch., 1856, p. 311). — J. M'Crady, Description of Oceania nu- 
.ricula and the embryological History of a singular Medusan larva found in 
'.he cavity of its bell {Proceed. Elliott Society, Charleston, S. C, 1857). — 
r. S. Wright, On Hydractinia echinata (jEJdtn^. new. Phil. Journ., nouv. sér., 
1857). — Observations on Bri'ish Zoophytes (ibid.). — Observations on 
British Zoophytes : Laomedea acuminata, Trichydra pudica, and Tubularia in 
livisa {Edinb. new Phil- Journ., nouv. sér., 1858). — On the Reproduction of 
jydippe pomiformis (Edinb. new Philos. Journ., nouv. sér., -1856, vol. IV, 
3. 85j. — C. W. Peach, Notice of a curious Metamorphosis in a Zoophyte-like 
immal {Edinb. new Philos. Journ., nouv sér., 1856, vol. IV, p. 162. 

(1) Beskrivelser, etc., p. 37. — Ueber die Entwickelung der Seesterne 
Wiegm. Arch., 1844, t. I, p. 169, fig.). — Fauna liltoralis, etc., p. 47. — 
[. Miiller, Ueber die Larven u. die Metamorphose der Ophiuren undSeeigel {A kad. 
i. Wiss., Berlin, 1848). — Ueber die Larven u. die Metamorphose der Echino- 
iermen [2" khh. ,Akad. d. Wiss. Berlin, 1849). — Ueber die Larven und die 
Metamorphose der Hololhurien und Aslerien {Akad. d. Wiss, , Berlin, 1850) . — 
Ueber die Larven u. die Metamorphose der Echinodermen (4'= Ahh.,Ak.d. Wiss., 
îerlin,1852). — Ueber die Ophiurenlar vendes Adrialischcn Meeres{Ak.d. wiss., 
îerlin, 1852;. — Ueber den allgemelnen Plan in der Entwickelung der Echino- 
iermen {Ak.d. Wiss., Berlin, 1853). — Ueber die Gattungen der Seeigellarven 
7* Abh., Akad. d. Wiss., 1855). — Ueber den Canal in den Eiern der Holo- 
hurien {MUller's Arch., 1854, p. 60). — Fortsetzung der Beobachtungen 
iber die Metamorphose der Echinodermen {MUller's Arch., 1855, p. 67). — 
Des extraits, en langue française, en ont été publiés dans Ann. se. nat., 
I" sér., 1852-53, vol. XVII, XIX et XX; 4« sér., 1854, vol. I, par C. Dareste). 

— Keren et Danieissen, Nyt Magazin for Natvrvid., Christiania, 1847, vol. V, 
I. 253 (/Inn. se. *ia(., p. 347).' — Voy. aussi Fauna litloralis Norvegiiif,\i\'. 11. 

— L. Agassiz, Twelve Lectures, etc., p. 13. — A. Derbès, Sur la formation 
!e l'embryon chez l'Oursin comestible {Ann. se nat., 3" sér., vol. VIII, 
I. 80). — W. Bush, Beobachtungen, etc., — Ueber die Larve der Conia- 
ula {Muller's Arch., 1849, p. 400). — A. Krohn, Ueber die Entwickelung 
er Seeslern und Hololhurien {MUller's Arch., 1853, p. 317). — Ueber 

e Entwickelung eincr kbendig gebahrenden Ophiur {Millier s Arch., 1851, 
, 338). — Ueber die Larve des Echinus brevispinosus (Mullet's Arch., 1853, 
361). — Beobachtungen Uber Echinodermenlarven (MUller's Arch., 1854, 
. 208). — Ueber einen neuen Enlwivkelungsmodus der Op)iiuron {MUller's 
rch., 1857, p. 369). — M. Schultze, Uabrr die Entwickelung von Opliiolcpis 
quamala [MUller's Arch., 1852, p. 37). — R. H. Cosse, Tenby, a seaside 
ioliday. London, 1856, in-8. 

AGASSI/.. 8 



lia DE l'espèce. 

dres, mais encore dans les genres d'une même famille. Les 
larves de quelques-uns de ces Rayonnes ressemblent éton- 
namment à des Gténophores très-petits, et pourraient être 
rapportées à ce type des Acaléphes. Tout récemment, le? 
recherches demon fils ont dévoilé, entre tous ces types d 
développement en apparence si divers, une unité remar- 
quable qui avait échappé à J. Mùller. C'est avec bonheur 
que j'inscris son travail parmi les plus importants sur cetlo 
classe. 

Comme j'aurai désormais à citer fréquemment les prin- 
cipales divisions du Règne animal, je dois bien établir ici 
que je n'adopte pas certains changements dernièrement 
proposés dans la délimitation des classes, malgré la faveur 
avec laquelle on les a presque partout accueillis. Le type 
indivis des Rayonnes me paraît constituer un des embran- 
chements les plus naturels du Règne, et je considère la 
division en Cœlentérés et Echinodermes comme une exa- 
gération des différences anatomiques observées parmi ce 
animaux (1). En ce qui concerne le plan, leur structure 
ne diffère en aucune façon et elle est partout homologue. 
Je ne reconnais dans cet embranchement que trois classes : 
les Polypes, les Acaléphes et les Echinodermes. La diffé- 
rence entre les deux premières repose principalement sur 
ce que les cloisons rayonnées de la cavité principale des 
Polypes supportent les organes reproducteurs. De plus, la 
cavité digestive consiste, dans cette classe, en un refou- 
lement intérieur, par l'orifice externe, du sac qui forme la 
masse du corps. Or, chez les Acaléphes, il y a, au moins à 
l'état médusiforme, des tubes rayonnes qui s'étendent jus- 
qu'à la périphérie du corps où ils s'anastomosent et c'est 
dans la masse gélatineuse de celui-ci qu'est creusée la cavité 
digestive. C'est ce qui a lieu également chez les Hydroïdes, 
les Méduses propres et les Gténophores; mais rien de pareil 
ne se remarque chez les Polypes. Les Siphonophores, soit 

(1) Je ne vois pas sans surprise que J. Miiller soit favorable à l'idco d'w. 
affinité étroite entre les Polypes et les Acaléphes, et surtout qu'il incline à rap- 
porter les Bryozoaires au type des Rayonnes. 



I 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 115 



que leur lignée médusaire devienne libre ou non, et les 
Hydroïdes ont cela de commun que, à l'état médusiforme, 
ils possèdent de simples tubes rayonnes réunis en un seul 
cordon qui entoure le bord du disque campanulaire. Ces 
deux groupes constituent ensemble un ordre naturel, par 
opposition aux Méduses stécophthalmes , dont les tubes 
rayonnes se ramifient vers le bord du corps et forment 
un réseau compliqué d'anastomoses. Au point de vue mor- 
phologique, les Acalèphes à l'état polypoïde sont aussi 
bien des Acalèphes que quand ils sont à l'état médusi- 
forme (l); qu'ils se séparent ou restent unis, les rapports 
résultant de la structure sont toujours les mêmes. Une com- 
paraison de l'Hydractinie, qui est l'Hydroïde le plus commun 
et le plus polymorphe, avec notre Physalie {Physalia) peut 
du premier coup d'œil faire apercevoir l'homologie des in- 
dividus les plus multiformes (2). 

L'embryologie des Mollusques a été l'objet d'études très- 
étendues, et quelques-uns de ces animaux sont des mieux 
sonnus du Règne. Les limites naturelles de l'embranche- 
ment paraissent encore, cependant, un peu indécises. Je 
3rois qu'elles doivent renfermer les Bryozoaires (3), qui 

(1) Cela a été développé dans le 3'^ volume de mes Contributions à Vhisloire 
laturcUe des États-Unis. — Voy. encore mon Mémoire sur la structure et les 
iomologies des Rayonnes, cité précédemment. 

(2) Ainsi que je l'ai déjà établi plus haut, les Millépores ne sont pas de 
Tais Polypes, mais des Hydroïdes que leur structure et leur polymorphisme 
approchent étroitement des Hydractinies, 

(3) G. J. Allman, On the present Slate of our Knowledge of the fresh 
oaier Polyzoa {Proceed. Brit. Assoc. Adv. Sc, 20" meet., Edinburgh, 1850, 
I. ;(05).— Proceed. Irish Ac, 1850, vol. IV, p. ^70.— Ibid., 1853, vol. V, 
». 11. — Monograph of the fresh water Polyzoa {Hay Sac). — P. J, van 
Jeiiedeii, Recherches sur Vanntomie, la physiologie et le développement des 
bryozoaires qui habitent la côle d' Ostende {Nouv. Mém. Acad. Brux., 18/15, 
'ol. XVIII). — B. C. Dumortier et P. J. van Beneden, Histoire nalurelle des 
^olypes composes d'eau douce (Mém. Acad. Brux., 1850, vol. XVI, in-4, fig.). 
— Th. Hincks, Noies on British Zoophytes, with Descriptions of some new 
îpecies {Ann. and Mag. Nat. Hist., 2" sér., 1851, vol. Vill, p. :553). — C. G. 
Ihrenberg, Die Jnfusionslhiere als vollkommcne Organismen. Leipzi^^, 1838, 
Ivdl. in-fol., fig. — F, Stein, Infusionsthiere auf ihre Enlwiekelungsgeschichte 
mti'^rsutch. Leipzig, 185/i, 1 vol. in-i, fig. — Ai. v, Frantzius, Analecla ad 
)phrydii vcrsalilis historiam naturalem. Breslan, 1849. — C. F. J. Lachmann, 
Jeber die Organization der Infusorien, besonders der Vorticellen (Muller's 
irch., 1856, p. 340), et tous les travaux sur les Infusoires dans lesquels il est 
[uestion des VorticelJidés. 



116 OF. l'espkce. 

mènent graduellement, en passant parles Brachiopodes (1), 
aux Acéphales ordinaires. De plus, je me suis assuré qu'il 
convient de réunir les Vorticellidés aux Bryozoaires. D'un 
autre côté, les Céphalopodes ne peuvent pas être séparés 
des Mollusques propres comme embranchement distinct. La 
segmentation partielle du jaune, chez ces animaux, n'est 
pas davantage un motif de les séparer des autres Mollusques, 
que la segmentation totale du jaune chez les Mammifères 
ne serait une raison de séparer ceux-ci des autres Vertébrés. 
Enfin, les Céphalopodes sont, dans tous les détails de leur 
structure, homologues avec les autres Mollusques. Les 
Tuniciers sont particulièrement intéressants; d'autant que 
les Ascidiens simples ont des jeunes pédoncules qui offrent 
la ressemblance la plus frappante avec les Bolténies, et for- 
ment en même temps un anneau de la chaîne à laquelle 
appartiennent les Ascidiens composés (2). Le développement 
des Lamellibranches semble tout à fait uniforme; toutefois 
il y a dans la ponte de grandes différences. Les uns émettent 
leurs œufs avant que le germe soit formé; d'autres con- 
tinuent à les porter sur leurs branchies, jusqu'à parfait 
achèvement du jeune (3) . C'est ce qui s'observe particuliè- 

(1) Je vois d'après une courte remarque de Leuchardt, Zeitsehrift fur iciss. 
Zoologie, \o\. VU suppl., p. 115, qu'il a, lui aussi, aperçu l'étroite alliance des 
Brachiopodes et des Bryozoaires. Voy, aussi Alb. Hancock, On the Organization 
of tlie Brachiopoda [Proceed. Royal Society, London, 1857, p. 463). 

(2) J. G. Savigny, Mémoires sur les animaux san:i vertèbres, etc., op. cit. — 
Ad. V. Chamisso, De animalibus quibusdam e classe Vermium Linnœana, fasc. ï. 
— De Salpa. Berlin, 1819, in-4, fig.— F. J. Meyen, Beitrage zur Zoologie, etc., 
l'''"Abth., Veber Salpen [Nova Acta nal. cur., 1832, vol. XVI). —H. Milne- 
Edwards, Observations sur les Ascidies composées des côtes de la Manche. 
Paris, 1841, in-4, fig. — M. Bars, Beskrivelser, etc. — Fauna litt., etc. — 
P. J. van Beneden, Recherches sur r embryogénie, l'analomie et la physiologie 
des Ascidies simples [Mém. Acad. Brux., 1847, vol. XX). — A. Krohn, Ueber 
die Entwickelung der Ascidien (MUller's Arch., 1852, p. 312). — A. Kôlliker 
et Lowig, De la composition et de la structure des enveloppes des Tuniciers 
{Ann. se. nat., S'^ sér., vol. V, p. 193). — Th. H. Huxley, Observations upon 
the Anatomy and Physiology of Salpa and Pyrosoma {Philos. Trans. R. Soc, 
1851, t. II, p. 567). — D. F. Eschricht, Anatomisk-physiologiske Udersogelser 
over Salperne.Coi>enh., 1840, fig. — J.Steenstrup, Ueber den Gcneralionswech- 
sd, op. cit. — C. Vogt, Bilder aus dem Thierleben. Francfort-s.-M., 1852, in-8. 
— H. Midler, Ueber Salpen {Zeitschr. f. wiss. Zool., vol. IV, p. 329). — 
R. Leuckart, Zoologische Untersuchungen. Giessen, 1853-54, in-4, fig., 2*= fasr. 

• — C. Gegenbaucr, Ueber die Entivickelung von Doliolum, etc, op. cit., p. 104. 
(3) C. C. Carus, Entwickelung sge^chichle unserer Flussmuschel. Leipzig, 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 117 

, rement chez les Naïades, dont quelques-unes lâchent leurs 
' œufs de très-bonne heure, tandis que d'autres les gardent 
I pendant plus ou moins longtemps, dans une poche spéciale 
\ de la branchie externe, qui présente les formes les plus 
1 variées dans les différents genres de cette famille. On 
1 sait encore peu de chose sur le développement des Brachio- 
; podes. Les faits observés jusqu'à ce jour semblent mon- 
j trer, entre ce type et celui des Bryozoaires, plus d'affinité 
I qu'entre lui et les Acéphales proprement dits, auxquels 
I les conchyologistes les ont réunis à cause de leur coquille 
bivalve. Les Gastéropodes (1) présentent, à cet égard, une 

1832, in-li, fig. —Arm. de Quatrefages, Sur Vembryogcnie des Tarets {Ann. 
se. nat,, 3*= sér., 1849^ vol. II, p. 202). — Sur la vie interbranchiale des 
petites Anodontes {Ann. se. nat., 2" sér., vol. V, p. 321). — S. L. Loven, Om 
Ulvecklingen of MoUusca acephala {Overs. Vet. Akad. Fërhandl., Stockholm, 
18i49). — En allemand dans les i4r(;h. de Mviller, 1848, p. 531, etde Wiegmann, 
1849, p. 312. — J. L. Prévost, Delà génération chez la Moule des peintres 
{Mém. Soc. phys., Genève^ 1825, vol. III, p. 121), — C. Vogt, Bilder aus 
dem Thierleben. Frankfurt, 1852, in-8. — 0. Schmidt, Ueber die Entwicke- 
lurig von Cyclas calyculata (Drap.) (Mui/er's Arch., 1854, p. 428). —F. 
Leydig, £/e6e>- Cyclas cornea (iWw/ier's ^rc/t., 1855,p, 47). — H. Lacaze-Duthiers, 
Recherches snr les organes génitaux des Acéphales lamellibranches {Ann. se. 
nat., 4* sér., 1854, vol. II). — Mémoire sur l'organe de Bojanus des Acé- 
phales lamellibranches {Ann. se. tiat,, 4" sér., 1855, vol. IVj. — Observations 
sur l'hermaphrodisme des Anodontes {Ann. se. nat., à" sér., 1855, vol. IV). 

— Mémoire sur le développement des branchies des Mollusques acéphales 
lamellibranches (Ann. se. nat., 4" sér., 185G, vol. V). — Histoire de l'organi- 
sation et du développement du Dentale {Ann. se. nat., 4° sér., 1856, vol. VI). 

— Davaisne, lieproduction de l'Huître {Mém. de la Soc. de biol.). 

(1) C. G. Cams, Von den âussern Lebensberlingungen der weiss-und kall- 
bl'dtigen Thiere. Leipzig, 1824, in-4, fig. — J. L. Prévost, De la génération 
chez la Limnée {Mém. Soc. phys. Genève, vol. V, p. 119). — M. Sars, Zur 
Entwickelungsgeschichle der MoUusken und Zoophylen [Wicgm. Arch., 1837, 
t. I, p. 402 ; 1840, t. I, p. 196). — ïusiitze zu der von mir gegebenen Dart- 
steltung der Entwickelung der Nudibranchten {Wiegm. Arch., 1845, t. I, 
p. 4). — Arm. de Quatrefages, Mémoire sur l'embryogénie des Planorbes et 
des Limnées {Ann. se. nat., 2" sér., vol. H, p. 107). — P. J. van Beneden, 
Recherches sur le développement des Aplysies {Ann. se. nat., 2® sér., vol. XV, 
p. 123).. — P. J. van Beneden etCh. Windischman, Recherches sur l'embryo- 
génie des Limaces {Mém. Acad. Brux., 1841). — Em. Jacquemin, Sur le 
développement des Planorbes {Ann. se. nat., vol. V, p. 117; Nova Acta nat. 
cur., vol. WHI). — B, C. Dumortier, Mémoire sur les évolutions de l'embryon 
dans les Mollusques gastéropodes {Mém. Acad. Brux., 1836, vol. X). — 
J. L. M. Laurent, Observations sur le développement de l'œuf des fAmaca 
I (Ann. se. nat., vol. IV^ p. 248). — F. A. Pouchct, Sur le développement de 
I l'embryon des Limnées (Ann. se. nat., 2" sér., vol. X, p. 63). — C. Vo;,'t, 
! Recherches sur l'emljnjulogie de l'Aclœon {Ann. se. nat., 3" sér., 1846, 
vul. VI, J). 5). — licilrog zur L'ntwickelungsgcschichle cines Ccphalophoren 



118 DE l'espèce. 

diversité beaucoup plus grande que les Lamellibranches. 
Même parmi^ les Pulmonés, terrestres et aquatiques, il y a 
des différences frappantes. Quelques Pectinibranches sont 
remarquables par ce fait curieux, que les œufs éclosent, et 
que le jeune parvient à un degré avancé de croissance, avant 
d'être mis bas. Le Pyrula et le Strombus sont les exemples 
les plus extraordinaires de cette nidification organique. 

[leilschr. f. wiss. Zool., 1855, vol. VII, p. 162). — M. Schultze, Ueber die 
Enlwickelung des Tergipes lacinulatus [Wiegm. Arch., 1849, vol. I,p. 268). 

— N. A. Warneck, Ueber die Bildung und Entwichelung des Embryo bet 
Gasleropoden (Bull. Soc. imp. Moscou, 1850, vol. XXIII, I, p. 90). — 
0. Schmidt, Ueber die Entwiclielung von Limax agrestis (Muller's Arch., 1851, 
p. 278). — F. Leydig, Ueber Paludiiia vivipara, cin Beitrag sur ndhern Kenn- 
tniss dieses Thieres in embryologischer, analomischer und histologischer 
Beziehung (leilschr. f. wiss. Zool., 1850, vol. II, p. 125). — A. Kôlliker, op. 
cit. {leilschr. f. iviss. looL, vol. IV, p. 333-369). — J. Muller, Ueber vers- 
chiedene Formen von Seethieren {Muller's Arch., 1854, p. 69). — Ueber 
Synapta digitata inid uber die Erzeugung von Schnecken in Hololhurien. 
Berlin, 1852, in-4, lîg. Il y a, pour ce cas remarquable, une explication à la- 
quelle Muller n'a pas songé. On sait que des Poissons {Ophidium) s'introduisent 
dans le crps des llolothuries par l'orifice postérieur (De Bosset, Notice, etc., in 
Mém.Soc.sc. nal. iVeucft., 1839, vol. II, in-4).— J'aiobservélefait moi-même, 
dans la Floride. VEuloconcha mirafeiiis ressemble beaucoup à la coquille em- 
bryonnaire de plusieurs espèces de Littorines, entre autres à celle de la Lacune 
vincta, dont j'ai eu occasion d'étudier le développement. Il est fort possible que 
plusieurs espèces de cette Camille, dans laquelle il y en a beaucoup de très- 
petites, fassent choix des Synapla pour y déposer leurs œufs et les y aban- 
donner après la ponte. Les œufs auraient alors avec le Synapla une connexior 
analogue n celle du Gui ou de l'Orobanche avec les plantes qui les supportent 

— G. Gegenbauer, Beitrfige sur Entwickelungsgeschichte der Landgaste 
ropoden {Zéitschr. f. wiss. Zool., 1852, vol. III, p. 371). — Untersuchun 
gen Uber Pleropoden und Heteropoden. Leipzig, 1855, vol. I, in-4, flg. — 
J. Koren et D. G. Danielssen, Bitrag til Peclinibranchiernes Udviklingshistorie 
Bergen, 1851, in-4. (^wn. sc.nat., 1852, vol. XVIII, p. 257 et 1853, vol. XIX 
p. 89 ; [Viegm. Arch., 1853, p. 173; voyez aussi Fauna littoralis Norvegiœ 
livr. II). — Al. V. Nordmann, Versuch einer Monographie vonTergipes Edwardsii 
Saint-Pétersbourg. 1844, in-4. — R. Leuckart. Zoologische Untersuchun g en 
Giessen, 1853-54, in-4, fig., 3« fasc. — Tli. H. Huxley, On the Morphologi 
of the Cephalous MoUusca. etc. {PMI. Trans. R. Soc, 1853, vol. I., p. 29) 

— Jabez Hogg, On the Development and Growth of the Watersnail {Quart 
Micr. Journ., 1854, p. 91). — J. Reid, On the Development of the Ova o 
Ihe Nudibranchiate MoUusca {Ann. and Mag. Nat. Hist., 1846, vol. XVII 
p. 377)/ — W. B. Carpenter, On the Development of Ihe Embryo of Purpun 
lapillus {Quarterly Micr. Journ., 1845, p. 17). — S. Lorenz, Ueber dii 
Entwickeiung von Chlon {Arch, vat., 1856, vol. I, p. 206). — A. Krohn 
Ueber einer neuen mit Wimpersegeln versehenen Gasleropoden {Arch. f. Nat. 
1853, p 223). — Beobachlungen aus der Euttcickelungsgeschichte der Plero 
poden, Heteropoden, Echinodermen {Muller's Arch., 1856, p. 515, et 1857 
p. 459). — J. D. Macdonald, Remarks on the Anatomy of Macgillivrayj 
pelagica and Cheletropis Haselzi {Trans. Roy. Sac, London, 1855, vol. II 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 119 

L'embryologie des Céphalopodes a été magistralement trai- 
tée par KoUiker (1). 

Les naturalistes ne sont pas non plus d'accord sur les li- 
mites de l'embranchement des Articulés . Quelques-uns 
d'entre eux inchnent à faire des Arthropodes et des Vers deux 
embranchements distincts ; d'autres, au contraire, les réu- 
nissent en un seul. J'avoue que je ne vois pas de motif aune 
séparation des deux types. L'état vermiforme, qui est celui 
des larves de la majorité des Arthropodes, et î'homologie 
parfaite de ces larves avec les véritables Vers, ne permettent 
pas de douter, ce me semble, que tous ces animaux ne 
soient construits sur un seul et même plan, et n'appartien- 
nent en conséquence à un seul embranchement. Celui-ci, 
si les principes exposés dans le second chapitre de ce livre 
sont exacts, ne doit renfermer que trois classes, celle des 
Vers, celle des Crustacés, celle des Insectes. Quant aux 



). 289). — Further Observations, etc., p. 295. — Ed. Claparède, Anatomie 
md Enlwickelungsgeschichle der Neritina fluvialilis {MiiUer's Arch., 1857, 
). 109). — Beitrag fur Anatomie des Cyclostoma elegans {Muller's Arch., 
1858, j). 1). — C. Semper, Beilrtlge fur Anatomie und Physiologie der Pul- 
nonaleu {Zeitschr. f. w. Zool., 1856, vol. VIII, p. 340). — A. Schneider, Ueber 
lie Entwickelung der Phyllirhoe bucephalum {MiiUer's Arch., 1858, p. 35). 
(1) Alb. KoUiker, Entwickelungsgeschichte der Cephalopoden. Zurich, 1844, 
n-4, (ig. — P. J. van Beneden, Recherches sur l'embryogénie des Sépioles {Nouv. 
)lérn. Acad. Brux., 1841, vol. XIV). — Z. Coldstream, On the Ova of Sepia 
Limd. and Edinb. Phil. Mag., oct. 1833). — Ant. Dugès, Sur le développement 
le l'embryon chez les Mollusques céphalopodes {Ann. se. nal., vol. VIII, p. 107). 

— H. Ralhke, Perothis, ein neues genus der Cephalopoden {Mém. Akad. Saint- 
\-tersbourg, 1834, vol. II, p. 149). C'est le jeune de quelque Céphalopode loli- 
foide. — H. Milne-Edwards, Observations sur les spermatophores ries Mollusques 
Céphalopodes, etc. {Ann. se. nat., 2" sér., vol. Ill, p. 193). — A. KoUiker, 
iectocotyltis Argonautae (Délie Chiaje), und H. Tremoctopodis (K.), die Mitnnchen 
}on Argonauta Argo und Tremoctopus violaceus {Ber. Zool. Anst., Wiirzburg, 
1849, p. 69). — H. Mûller, Ueber das Mtxnnchen von Argonauta Argo und di$ 
'iectocolylen {Zeiischr. f. wiss. Zool., vol. IV, p. 1). — J. B. Verany etC. Vogt, 
Hémoire sur les Heclocolyles et les mâles de quelques Céphalopodes {Ann. se. 
laL, 3^ sér., 1852, vol. XVII, p. 147). — F. D. lioulin. De la connaissance 
fu'ont eue les anciens du bras copulateur chez certains Céphalopodes {Ann. se, 
lat., 3« sér., 1852, vol. XVII, p. 188). — R. Leuckart, Zool. Unters., op. cit. 

- J. Steenstrup, Die Hectocotylenbildung bei Argonauta und Tremoctopus, etc. 
Arch. f. Nat., 1856, vol. i, p. 211). — F. il.Troschel, Bemerkungen uberdie 
'Cephalopoden von Messina {Arch.f. Nat., 1857, vol. I, p. 41). — J. van der 
ioeven, Beitrag zur Anatomie i;on Nautilus Pompilius, L.jbesondersdesMdnn- 
ichen Thieres {Arch. f. Nat., 1857, vol. I, p. 77). 



120 DE l'espèce. 

Protozoaires, je ne partage pas les idées généralement 
admises sur leur nature. Je me suis assuré que les Col- 
podes et les Paramécies sont les larves des Planaires, que 
les Opalins sont celles des Dislomes, et je ne vois pas 
pourquoi les autres Infusoires dont Ehrenberg a fait sa 
division des Entérodèles (1) ne seraient pas, de la même 
façon, les larves de quelques Vers inférieurs dont le mode 
de développement nous aurait échappé jusqu'ici. En outre, 
une comparaison des premières phases de l'évolution chez 
les Entomostracés et chez les Rotifères suffirait à faire voir 
ce que Burmeister, Dana et Leydig ont prouvé d'une autre 
manière, c'est-à-dire que les Rotifères sont de vrais Crus- 
tacés et non pas des Vers (2). Le caractère végétal des Anen- 
térés est bien étabh. Je n'ai pas encore pu arriver à un ré- 
sultat définitif pour les Rhizopodes; mais ils pourraient 
représenter, dans le type des Mollusques, la phase de seg- 
mentation du jaune chez les Gastéropodes (3). De toutes ces 
remarques on doit conclure que je ne considère pas les Pro- 
tozoaires comme un embranchement distinct, pas plus que 
les Infusoires comme une classe naturelle (h). 

(1) Il a été déjà établi précédemment que les Vorticellidés sont des Bryo- 
zoaires. 

(2) Tout récemment l'histoire des Infusoires s'est enrichie de beaux travaui 
dus à MM. Balbiani, Claparède et Lachmann. 

(3) Les travaux de Schultze et de Kolliker sur ce type les présenteni 
sous un jour tout différent. — Voy. chap. Ill, section I. 

(Il) M. Schultze, Beitrdge zur Naturgeschichte den Turbellarien. Greifs- 
wald, 1851, in-4, fig. — Zoologische Skizzen {Zeitschr. f. wiss. Y.ool., 1852, 
vol. IV, p. 178). — J. Millier, Ueber eine eigenlhilniliche Wurmlarve, etc. 
{Archiv., 1850, p. Û85). — E. Desor, On the Embryology of Nemertes, with 
an Appendix on the embryonic Development of Polynoe {Boston Journ. 
Nat. Hist., 1850, vol. VI, p. 1 ; Muller's Arch., 1848, p. 511). — L. Agassiz, 
Colpoda and Paramecium are larvœ of Planariœ {Proceed. Ann. Assoc. Adv. 
Sc. Cambridge, 1849, p. 439). — Ch. Girard, Embryonic Development o/'Pla- 
nocera elliptica {Journ. Acad. Nat. Sc. Phil., 2" sér., 1854, vol. II, p. 307), 
— C. G. Ehrenberg, Die Infusionsthierchen, etc., op. at. — Microgeologie ; dai 
Erder und Felsenschaffende Wirken des unsichtbaren Ideinen selbststandigen 
Lebens auf der Erde. Leipzig, 1854, in-folio. — Ueber den Griinsand una 
seine ErUiulerung des organischen Lebens {Akad. d. Wiss., Berlin, 1855, 
in-4). — F. T. Kutzing, IJebcr die Verwandlung der Infusorien in nisdert 
Algenformen. Nordhausen, 1844, in-4, fig. — A. KoUikcr, Das Sonnenthier- 
chen, Actiiiophrys sol {Zeilschr. f. wiss. ZooL, 1849, t. I, p. 198). — Ed. 
Claparède, Ueber Actiuophrys Eichomii {Milller's Arch. y 1854, p. 398). — . 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 121 

A prendre la classe des Vers dans sa plus large extension, 
elle embrasserait les Helminthes, les Turhellariés et les 
Annélides (1). L'embryologie de ces animaux a besoin d'être 
encore étudiée avec soin, malgré les recherches nombreuses 
dont ils ont été l'objet. Les Vers intestinaux continuent 
à dérouter les naturalistes, même aujourd'hui que les 

C. Th. E. von Sicbold, Ueber einzeUige Pflanzen und Thiere {Zeitschr. wlss. 
Zool., 1849, vol. 1, p. 270). — C. Naegeli, Galliongen einzelliger Algen. 
Zurich, 1849, in-4, fig. — A. Braun, Algarum unicellularium genera nova 
el minus cognita. Leipzig, 1845, in-4 fig. — Ueber Chitridium, eine Galtun- 
gein Zellifer Schmarolzergeorachse auf Algen und Infusorien (Akad. d. wiss., 
Berlin, 1855). — F. Cohn, Untersuchungen iiber die Enlwickelungsgeschichte 
der microscopischen Algen (Nova Acta Acad. nat. cur., 1854, vol. XXIV, 
p. 101). — Beitriige zur Enlwickelungsgeschichte der Infusoren {Zeitschr. f. 
wiss. Zool., 1851, vol. III, p. 257). — Beitriige zur Kenntniss der Infusorien 
{Zeitschr. f. wiss. Zool., 1854, vol. V, p. 420). — Ueber Encystiruug von 
Amphiieptus fasciola (ibid., p. 434). — Observation sur l'organisation et la 
propagation des Volvocinées {Compl. rend., 1856, vol. XLIII, p. 1054). — 
Ueber Forlpflanzung von Nassula elegans {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1857, 
vol. IX, p. 143). — M. Schultze, Ueber den organismus der Polythalamien. 
Leipzig, 1854, 1 vol., fig. — Beobachtungen iiber die Forlpflanzung der 
Polythalamien {Millier' s Arch.., i^^Q, p. 165). — Vie. d'Archiac, et J. Haine, 
Description des animaux fossiles du groupe nummulitique de l'Inde. Paris, 
1853, in-4. — H. J. Carier, Description of some of the larger Forms of 
fossilized Foraminifera in Scinde {Ann. and Mag. Nat. Hist., 1853, 
p. 161). — W. B. Carpenter, Researches on the Foraminifera (Trans. Roy. 
Soc, London, 1850, I, p. 181; II, p. 547). — Th. H. Huxley, Zoological 
Notes and Observations made on board H. M. S. Rattlesnake, upon Thalassi- 
cola, a new Zoophyte (Ann. and Mag. Nat. Hist., 2" sér., 1851, voL VIII, 
p. 433). — J. Millier, Ueber Sphœrozoum und Thalassicola (Ber. Akad. d. 
WISS., Berlin, 1855, p. 229) . — Ueber die im Hafen von Messin'i beobachleten 
Polycysttmen (ibid., p. 671). -■ Ueber die Thalassicolen, Polycystinen und 
Acanthomeiren des Miitelmeeres (Ber. Akad. d. wi.ys., Berlin, 1856, p. 474). 
— L. Auerbach, Ueber die Einzelligkeil der Amoeben {Zeitschr f. wiss. Zool., 
1855, vol. VII, p. 365). — Ueber Encystirung von Oxytricha pellionella 
(Zeitschr. f.wis. Zool., 1854, vol. V. p. 430). — Cienkowsky, Ueber cyslen- 
Uldunrj bei Infusorien {Zeitschr. wiss. Zool., 1855, vol. VI, p. 301). — 
N. Lieberkuhn, Ueber Protozoen (Zeitschr. f. wiss. Zool., 1856, vol. VIII, 
p. 30). — Beilriigo zur Enlwickelungsgeschichte der Spongillen (MuHer's 
Arch., 1856, p. 1). — Ziir Enlwickelungsgeschichte der Spongillen, Nachlrog. 
{Mailer's Arch., 1856, p. 399). — Zusiitze sur Enlwickelungsgeschichte 
der Spongillen (Miiller's Arch., 1856, p. 490). — Beitriige zur Anatomic 
der Spongien {Miiller's Arch., 1857, p. 376). — Beitriige zur Anatomie der 
Infusorien (MuUer's .irch., 185i), p. 20). — A. Schneider, Beitriige sur Na- 
turgeschichte der Infusorien {MuUer's Arch., 1854, p. 191). — Max. Perty, 
Zur Kenntniss K/eiusler Lebensformen ^ nach Uau, Function^ Systematik, 
Berne, 1852. 

(1) E. Blanchard, Recherches sur l'organisation des Vers. Paris, in-4. — 
Yotjage en Sicile, par Milne Edwards, de Qualrefages et Blanchard. 



122 DE l'espèce. 

traits généraux de leur développement sont déterminés. Les 
Nématoïdes ont une évolution très-simple, sans générations 
alternantes, et, comme quelques-uns sont vivipares, leurs 
changements peuvent être facilement décrits (1). Les Ces- 
toïdes et les Cystiques ont été longtemps considérés comme 
des ordres d'Helminthes distincts; mais on sait maintenant 
qu'il y a entre eux un rapport génésique direct, les Cys- 
tiques n'étant qu'une forme provisoire des Cestoïdes (*2). On 

(1) F. Stein, Beilrllge zur Enlwickelungsgeschichte der Eingeweidewûr- 
mer {Zeitschr. fur wiss. ZooL, 1852, vol. IV, p. 196). — H. Nelson, On the 
Reproduction of the Ascaris niystax [Philos. Trans. R. Soe., 1852, H, p. 563). 

— Allen Thompson, Ueber die SamenkOrperchen, die Eier und die Befruchlung 
der Ascaris mystax {Zeitschr. f. wiss. ZooL, 1856, vol. VIII, p. 425). — 
E. Grube, Ueber einige Anguillulen und die E ntivickelung von Gordius aquaticus 
[IViegmann's Arch., 1849, I, 358). — C. Th. E. von Siebold, Ueber die 
Wanderung der Gordiaceen {Uebers. d. Arb. und Ver. schles. Ges. f. vaterl. 
KuUur, 1850, p. 38). — G. Meissner, Beitrag zur Anatotnie und Physio- 
logie von Mermis albicans (Zeitschr. f. wiss. ZooL, 1853, vol. V, p. 207). 

— Beobachlungen ûber das Eindringen der Saamenelemenle in den Dolter 
(Zeitschr. fur. wiss. ZooL, 1855, vol. VI, p. 208 et 272). — Beitrdge zur 
Anatomic uni Physiologie der Gordiaceen (Zeitschr. fur wiss. ZooL, 1855, 
vol. VII, p. 1). — A. Kôlliker, Beilr&ge zur Enlwickelungsgeschichte wir- 
belloser Thierc (MUller's Arch., 1843, p. 68). — H, Bagge, Dissertatio 
inaug. de evolutione Strongyli auricularis et Ascaridis acuminatae. Erlangen, 
1841, in-4, fig. — Jos. Leidy, .1 Flora and Fauna within living Animals 
(Smithson. Contrit., 1853, in-4, fig.). — H. Luschka, Zur Naturgeschischte 
der Trichina spiralis (Zeitschr. f. %viss. ZooL, 1851, vol. Ill, p. 69). — Th. 
Bischoff, Ueber und Samenbildung und Befruchtung bei Ascaris mystax (Zeitschr. 
f. loiss. ZooL, 1865, vol, VI, p. 377). — Wiederlegung des von Dr Keber 
bei den Najaden und Dr. Nelson bei den Ascariden behaupteten Eindringens 
der Spermalozoiden in das Ei. Giessen, 1854, in-4, fig. — Bestdligung des 
von Dr. Newport bei den Batrachiern und Dr. Barry bei den Kaninchen behaup- 
teten Eindringens der Spermalozoiden in das Ei. Giessen, 1854, in-4. — 
G. Davaine, Sur la maladie du blé connue sous le nom de nielle, et sur les 
Helminthes qui occasionnent celte maladio (Compt. rend., 1855, vol. XLI, 
p. 435). — Ed. Claparède, Ueber Eibildung und Befruchtung bel den Nema- 
toden [Zeilschr. f. wiss. ZooL, 1857, vol. IX, p. 106). —G. Walter, Bei- 
trilge zur Anatomie und Physiologie von Organis ornata {Zeitschr. f.wiss. 
ZooL, 1856, vol. VIII, p. 163),— G. R.Wagner, Ueber Dicyema, Koll. (Miiller's 
Arch.. 1857, p. 354. — N. Lieberkiihn, Beitrdge zur Anatomic der Nemato- 
den (Mailer's Arch., 1855, p. 314). 

(2) P. J. van Beneden, Les Helminthes, Cestoïdes, etc. (Bull. Acad. Belg., 
vol. XVI et suiv..; Mém. Acad. Brux., 1850, vol. XVII et suiv.). — Sur les 
Cœnures (Compt. rend., 1854, vol. XXXIX, p. 46). — A. Kôlliker, Bei- 
trdge, etc., op. cit., p. 81. — G. Th. E. von Siebold, Ueber den Generations- 
wechseider Cestoden, etc. (Zeitschr. wiss. ZooL, 1850, vol. II, p. 198). — 
Ueber die Umwandlung von Blasenwurmer in Bandwurmer (Uebers. d. Arb. 
und Ver. d. schles. Ges. f. vaterl. Kultur, 1852, p. 48). — Ueber die Ver- 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 123 

observe chez les Trématodes les phénomènes de génération 
illernante les plus compliqués ; mais, comme aucune espèce 
3ncore n'a été suivie à travers toutes les phases successives 
ie ses transformations, il reste des doutes sur l'enchaîne- 
rnent génésique de quelques-unes des formes qui paraissent 
faire partie du même cycle organique (1). C'est, de même, 
une question de savoir si les Grégarines et les Psorosper- 
mies sont ou non des formes embryonnaires, quoique des 



'vandlung des Cysticercus pisiformis in Tœnia serrata (Zeîfscftr. f. wiss. Zool., 
1853^ vol. IV, p. liQQ). — Ueber die Verwandlung der Echinococcus-Brut in 
Tcenien {ibid., 1853, p. 409). — Ueber die Band und BlasemvUrtner, nebst 
Hner Einleitung Ubcr die Entstehung der Eingeiueidewûrmer. Leipzig, 1854, 
:n-8, fig. (traduit dans les Ann. se. nat., i'' sér., 1855, vol. IV). — Th. H. 
Huxley, Ort f/ie Anatomy and Deveiopwienf ofEchinococcus veterinorum {Ann, 
2nd Mag. Nat. IHsl., 2" sér., vol. XIV, p. 379). — Fr. Kucheinmeister, 
Ueber die Umwandlung der Finnen (Cysticerci) in Bandwiirmer (Taeniae) 
{Prag. Vierteljahrsschr. , 1852, p. 106). — Extrait d'une lettre sur des expé- 
riences relatives à la transmission des Vers intestinaux chez Vespèce humaine 
[Ann. se. nat., li^ sér., 1855, vol. III). — Cas de transformation ds Cysti- 
^erques cellulaires en Taenia solium dans l'organisme humain {Compt. rend., 
1854, vol. 39, p. 1180). — R. G. Wagener, Die Entwickelung der Cestoden. 
Bonn, 1855, 1 vol. in-4, fig. — Helminlhologische Bemerliungen {Zeitschr. f. 
wi.is. Zool., 1857, vol. IX, p. 73). — G. ^eissner, Zur Entwickelungsges- 
chtchlc und Anatoniie der Bandwiirmer {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1854, vol. V, 
p. 380). — R. Leuckart, Erziehung des Cysticercus fasciolaris ous den Eiern 
ier Taenia crassicollis {Zeitschr f. wiss. Zool., 1854, vol. VF, p. 139). — 
Milne Edwards, Nouvelles expériences sur la transmission et les métamor- 
phoses de Vers inteslinaux, et A. Valenciennes, Remarques au sujet de la 
précédente communication {Compt. rend., 1855, vol. XL, p. 997). — Lettre 
relative à de nouvelles expériences sur le développement des Vers intestinaux, 
(Ann. se. nat., 4* sér., 1855, vol. III). — Die Blasenbandwiirmer und ihre 
Entwickelung {Zeitschr. im Beilrag. ztir Kennlniss der Cysticercus leber.) 
Giossen, 1856, in-4. — H. Aubert, Ueber Gryporhynclius pusillus, eine freie 
Cestoden Amme {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1856, vol. VIII, p. 274). 

(1) Al. von ISordmann, Micrographische Beilrilge sur Naturgeschischte der 
wirbellosen Thierc. Berlin, 1832, in-4, fig. — L. Bojanus, Zerkarien und ihr 
Fv,ndorl{lsis, 1818, vol. IV, p. 129).— Enthelminthica{lsis, 1821, p. 162). 
— Carus, Beubachlungen iiber einen merkwUrdigen Eingeweidewurni, Leuco- 
chioridium paradoxum (IVoi;a Acta Acad. nat. cur., vol. XVII, j). 85). — 
C. Th. E. von Siebold, Helminlhologische BeiLriige {Wiegman's Arch., 1835, 
vol. 1, p. 45). —Ueber die Conjugation des Diplozoon paradoxum, etc. {Zeitschr. 
f. wiss. Zool., 1851, vol. III, p. 62). — Gyrodactylus, ein ammendes Wesen 
{Zeitschr. f. wiss. Zool., 1849, vol. I, p. 347j. — J. Steenstrup, Generations- 
wechsel, etc., op. cit. — Th. Bilharz, Ein Beitrag zur Ilelminlhographiahnmana 
{Z^jilschr. f. iviss. Zool., 1852, vol. IV, p. 59). — L. Agassiz, Zoological 
Notes, elc. {Amer. Journ. Se. and Arls, 1852, vol. XIII, p. 425). — K.E. von 
^aer, Bcitrdge zur Kennlniss der niederen Thiere {Nova Acta nat. cur.,iS27 , 
voi XIII). — H. Auber, Ueber dus VVassergefass-system, die GcschleclUsverhdl- 



124 DE l'espèce. 

recherches récentes rendent probable l'affirmative (1). Le 
développement des Annélides, tels qu'on les circonscrit de 
nos jours, présente une grande variété (2). Quelques-uns, 
dans leurs métamorphoses, ressemblent davantage aux Né- 
matoïdes ; d'autres, au contraire, les Sangsues par exemple, 
se rapprochent plus du type des Trématodes. Les Siponcu- 

nisse, die Eibildung und die Enlwickelung von Aspidogaster conchicola 
{Zeitschrf. wiss. ZooL, 1855, vol. VI, p. 349). — Jos. Leidy, Description ofhvo 
neiv Species of Distoma, ivHh the partial History of one of them (Journ. Acad. 
Nal. Sc. Phil., 1850", vol. 1, p. 301, fig.}. — A. de Lavalette, Symbolœ ad 
Trematodum evolutionis hisloriam (diss, inaiig.) Berolirii, 1855, in-li. — 
Th. de Philippi, Mémoire pour servir à l'histoire génétique des Trématodes 
{Ann. sc. nat., 4* sér., 1854, vol. II). — Quelques nouvelles observations 
sur les larves des Trématodes {Ann. sc. nat., W sér., 1856, vol. VIj. — 
Ed. Claparède, Ueber die Kalkkôrperchen der Trematoden uni die Galtung 
Telracotyle ( Zeilschr. f. wiss. ZooL, 1857, vol. IX, p. 99). 

(1) J. Millier, Ueber eine eigenthiiraliche krankhafte parasitische Bildung, 
etc. {Muller's Arclt., 1841, p. 477). — Ueber parasitische Bildungen, etc. 
{MUller's Arch., 1842, p. 193). — L. Dufcur, Note sur la Grégarine, etc. 
{Ann. sc. nat, 1828, vol. XIII, p. 366, fig. ; — ibid., 2' sér., 1837, vol. VII, 
p. 10). — G. Th.ïEd. von Siebold, Beitrdge, etc., op. cit., 56-71. — C. Ed. 
Hammerschmidt,7^etam//io/ofl'isc/)e Beitra^'e (/sis, 1838, p. 351). — A. KôUiker, 
Die Lehre von der thierischen Zelle, etc. [Zeitschr, wiss. Botanik, 1845, vol. I, 
p. 46 et 97). — Beitrijge zur Kennlniss niederer Thiere {Zeitschr. f. wiss. 
ZooL, 1848, vol. I, p. 1). — J. Henle {Ueber die Gattung Gregarina {Muller's 
Arch., 1845, p. 369). — Al. v. Frantzius, Observationes quœdam de Grega- 
rinis. Berolini, 1846. — F. Steln, Ueber die Natur der Gregarinen {MUller's 
Arch., 1848, p. 182, lig.). — C. Bruch, Einige Bemerkungen iiber die Gre- 
garinen {Zeitschr. f. wiss. ZooL, 1850, vol. II, p. 110). — F. Leydig, Ueber 
Psorospermien und Gregarinen {Muller's Arch., 1851, p. 221). — Jos. Leidy, 
On the Organization of the genus Gregarina {Trans. Amer, Phil. Soc, 1851, 
vol. X, p. 233). — Some Observations on Nematoidea imperfecta and Descrip- 
tions of three parasitic Infusoria {Trans. Amer. Phil. Soc, 1851, vol, X, 
p. 241). — N. Lieberkiihn Ueber die Psorospermien {MUller's Arch., 1854, 
p. j). — A. Schmidt, Beitrag zur Kenntniss der Gregarinen {Abh. Leuk. 
Gesell., 1854). — Ueber parasitische Schliiuche auf einigen insektenlarven 
{Muller's Arch., 1856, p. 494. — Gump., note 1, p. 122). 

(2) E. H. Weber, Ueber die Entwickelung von Hirudo medicinalis {Meckel's 
Arch., 1828, p. 366, fig.). — Fil. de Filippi, Sopra I'anatomia e lo sviluppo 
delle Clepsine. Pavia, 1839,_in-8, fig. — J. Loven, Bcobachtungen iibcr die 
Metamorphose einer Annclide {K. Vet. Akad. HandL, 1840; — Wiegmann's 
Arch., 1842, vol. I, p 302). — A. S. Oersted, Ueber die Entwickelung der 
Jungen bei einer Annelide, etc. {Wiegmann's Arch., 1845, vol. I, p. 20). — 
M. Sars, Zur Entwickelung der Anneliden {Wiegmann's Arch., 1845, vol.1, 
p. 11). — A. Menge, Zur Hoth-Wurmer Galtung Euaxes {Wiegmamt's Arch., 
1845, vol. 1, p. 24). — A. E. Grube, Zur Anatomic und Entwickelung der 
Kiemenwurmer . Konigsberg,. 1838, in-4. — Actinien, Echinodcrmcn und 
Wurmer, etc. Konigsberg, J843, in-4, fig. — Untersuchungen iiber die 
Enlwickelung der Clepsine. Dorpat, 1844. — H. Milne Edwards, Observations 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 125 

loïdes montrent des rapports bien plus étroits avec les Anné- 
lides qu'avec les Holothuries (1). 

La classe des Crustacés, au contraire de la précédente, 
peut être regardée comme une des mieux connues, pour ce 
qui est de ses caractères zoologiques et de l'évolution em- 
bryonnaire. Le seul point qui soit encore en question, c'est 
s'il faut y rattacher les Rotifères (2). Dans leur mode de dé- 
sur le développement des Annélidss [Ann. se. nat., 3'- sér., 1845, vol. Ill, 
p. 145). — H. Koch, Einige Wôrle zur Enlwickelungsgeschichte der Eunice, 
mit einem Nachwarte von Kolliker {N.Denkschr. Schiv. GeselL, 1847, vol. VJIl, 
in-li, fig.). — A. de Quatrefages, Mémoire sur l'embryogénie des Annélides 
(Annales se. nat., 3« sér., 1848, vol. X, p. 153, fig.). — E. Desor, On the 
Embryology, etc., déjà cité. — Jos. Leidy, Descriptions of some American 
Annelida abranchia {Journ. Acad. Nal. Se. Phil, 1850, vol. II, p. 43, fig.). 
Le Lumbricillus contenait plusieurs milliers de gros Leucoplirys. — Le cas 
rapporté par Leidy me semble indiquer l'éclosion à'Opalina sortant des œufs 
des Lumbricillus, p\u[àl (lueld présence de Leucoplirys parasites. — M. Schultze, 
Ueber die Forlpflanzung durch Theilung bei Nais proboscidea {Wiegmann's 
Arch., 1849, vol. I, p. 293 ; — tbid., 1852, vol. I, p. 3). — Zoologiscfie Skizsen, 
Arenicola piscalorum (Zei(sc/t'-. f. wiss. ZooL, 1852, vol. IV, p. 192). — Abh. 
nat. Gesellsch. zu Halle, vol. IV. — W. Busch, Beob. iiber Anat. und Enlw., 
déjà cité p. 55. — M. Muller, Observaliones analomicœ de Vermibus quibusdam 
maritimis. Berlin, 1852, in-4 {MUller's Arch-, 1855, p. 323). — Ueber die 
weilere Enlwickelung von Mesotrocha sexoculata {MUller's Arch., 1855, p. 1). 

— Ueber Sacconercis helgolandica [MUller's Arch., 1855, p. 13). — A. Krohn, 
Ueber die Erscheinungp.n bei der Forlpflanzung von Syllis {Wiegmann's 
Arch., 1852, voL I, p. 66). — Ueber die Sprosslinge von Autolytus prolifer, 
Gr. {MUller's Arch., 1855, p. 489j. — R. Leuckart, Ueber die ungeschlecht- 
liche Vermehrung bei Nais proboscidea {Wiegmann's Arch., 1851, p. 134). 

— Ueber die Jugendzustiinde einiger AnneUden {Wiegmann's Arch., 1855, 
vol. 1, p. 63). — A. de Quatrefages, Mémoire sur la génération allernanle 
des syllis {Ann. se. nal., à" sér., 1854, vol. II). — Note sur le développement 
des spermatozoïdes chez la Torrea vitrea {Ann. se. nat., U^ sér., 1854, vol. II). 

— Ew. Bering, Zur Analomie und Physiologie der Generalions-organe des 
Rcgenswurms {Zeitschr. f. wiss. ZooL, 1856, vol. VIII, p. 400). — Ph. H. 
Gosse, Tenby, déjà cité. — J. d'Udekem, Nouvelle classificalion des Annélides 
Sétigènes abranches {Bull. Acad. Brux., 1855, vol. II, p. 533). 

(1) W. Peters, Ueber die Forlpjlanzungsorgane des Sipunculus {Miiller's 
Arch., 1850, p. 382). — M, Millier, Ueber eine den Sipunsuliden verwandie 
Wurmlarve {MUller's Arch., 1850, p. 439). — A. Kroha, Ueber die Larve des 
Sipunculus nudus, etc. {MUller's Arch., 1851, p. 368). — L. Schmarda, Zur 
Nalurqeschichle der Adria Bonellia viridis {Denkschr. Wien. Akad., 1852, 
vol. IV, p. 117, fig.). 

(2) C. J. Ehretiberg, Die Infusionsthiercheii,e[c., déjà cité. — J. Dalrymple, 
Description of an Infusory Animalcule allied to th'j genus Notomma {Philos. 
Trans., 1844, t. I, p. 331). — H. Naegeli, Beitrllge zur Enlwickelungs- 
geschichte der lUiderlhicre (dissert, inuug.). Zurich, 1852, in-8, fig. — 
Fr. Leidig, Ueber den Bau und die systematische Slellung der Baderihiere 
{Zeitschr. f. wiss. Zool. , i 854, vol. VI, p. 1) . — Zur Analomie und Fntwickelungs' 



126 DE l'espèce. I 

veloppement, les Lernéens, les Entomostracés propres et les 
Cirripèdes sont les uns avec les autres en pleine confor- 
mité, tandis qu'ils diffèrent des Crustacés su[»érieurs. Cette 
conformité (1) est un fait du plus haut intérêt, car la situa- 
tion inférieure qu'occupent les Entomostracés, dans la classe 
des Crustacés, est en concordance remarquable avec l'an- 
tériorité de leur apparition dans les temps géologiques. Au 
contraire, la forme des Cirripèdes adultes (2) el celle des 

geschichtederLacimûana.social\s{Zeitschr.f. wiss. Zool,, 1852, vol. Ill, p. 452). 

— Ueber Hydatina scata {Miiller's Arch., 1857, p. 404). — F. Cohn, Veber: 
die Fortpflanzung der Rliderthiere {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1855^ vol. Vil, 
p. 431). — Th. H. Huxley, Lacinularia socialis [Trans. M. Soc, Mkr. Journ., 
1852, p. 12). — W. C. Williamson, On the Anatomy of Medicerta ringens 
{Quart. Micr. Journ., 1852, p. 1). — H. Burmeister, Noch einige WOrteiiber 
die systematische Stellung der Rliderthiere [Zeitschr. f. wiss. Zoo/., 1856, 
vol. VIII, p. 152). - Th. H. Gosse, On the Structure, Functions and Homo- 
logies of the manducatory Organs in the class Rotifera [Phil. Trans. Roy. Soc, 
London, 1856, t. II, p. 419). 

(1) L. Jurine, Histoire des Monocles qui se trouvent aux environs de 
Genève. Paris, 1806, in-4, fig. — H. Milne Edwards, dans Cuvier, Règne animal, 
édition illustrée, Crustacés, figure du jeune Limulus. — E. G. Zaddach, De 
Apodis cancriformis anatomin el historia evolutionis. Bonn, J841, in-4, fig. 

— Al. von Nordmann, Microgr. Beilr., déjà cité. — Fr. Leydig, Ueber Argu- 
lus foliaceus, ein Beitrag zur Anatomie, Histologie und Enlwickelungs- 
geschichte dieses Thieres {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1850, vol. II, p. 323). — 
Ueber Artemia salina «nd Branchipus stagnalis [Zeitschr. f. wiss. Zool., 1851, 
vol. III, p. 280). — P. J. Van Beneden, Recherches sur quelques Crustacés 
inférieurs (Ann. se. nat., 3" sér., 1851, vol. XVI, p. 71). — Mémoire sur le 
développement el l'organisation des Nicothoés [Ann. se. nat., 3° sér., vol. XIII, 
p. 354). — C. Gegenbauer, Ueber die Entwickelung der Sagitta [Abh. d. na- 
turf. GeselJs. zu halle, 1856, in-4, vol. IV, p. 1). — A, Krohn, Anatomisch- 
physiologische Beobachtungen uber die Sagitta copunctata. Hambourg, 1844. 

— Nachtragliche Bemerkungen, etc. (Muller's Arch., 1853, p. 266). — 
Wilms, Observationes de Sagitta mare Germanicum circa insulam Helgoland 
incolente. Berlin, 1846, — Th. H. Huxley, Observations on the genus Sagitta 
{Rep. Brit. Ass., 1851, p. 77). — Ch. Tiarwin, Observations on the Structure and 
Propagation of the genus Sagitta [Ann. and. Mag. Nat. Hist., 1844, vol- XIII, 
p. 1). W. Busch, Beobachtungen, — déjà cité. — J. Barrande, Syst. sit., déjà 
cité (contient les premières observations sur les transformations des Trilobites). 

(2) W. V, Thompson, Zoological Researches and illustrations, or Natural 
History of nondescript or imperfectly known Animals. Cork, 1828-34, in-8, 
fig. — H. Burmeister, Beilrdge zur Nalurgeschichte der RankenfUsser (Cir- 
ripèdes). Berlin, 1834, 1 vol. in-4, fig. — J. Coldstream, art. Cirropoda, in 
Todd's Cyclopœdia. Londres, 1836, vol. I, p. 683. — H. D. S. Goodsir, On 
the Sexes, Organs of Reproduction, and Devslopmenl of Cirripeds {Edinb. new 
Phil. Journ, 1843, No. 35, p. 88, fig.). — G.J. Martin Saint-Angc, Mémoire sur 
l'organisation des Cirripèdes et sur leurs rapports naturels avec les animaux 
articulés {Ann. se. nat., 1831, p. 366, fig.). — Ch. Darwin, A Monograph of 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 127 

Lernéens ne permettraient guère de soupçonner leur proche 
parenté. Celle-ci a d'ailleurs été méconnue jusqu'à ce que 
l'embryologie eût révélé la véritable place de ces animaux 
parmi les Crustacés. Le rang plus élevé des Crustacés supé- 
rieurs (1) se manifeste pleinement dans leur développement; 
3t peu de types, dans leurs premières phases, montrent plus 
5ue les Brachyures une ressemblance directe avec les mem- 
bres inférieurs de la classe. 

Dans la classe des Insectes, je comprends les Myriopodes, 
[es Arachnoïdes et les vrais Insectes ; car, suivant les vues 
exprimées plus haut, ces groupes naturels ne sont que la 
même combinaison de systèmes organiques, à des degrés di- 
vers de complication. Ils doivent, par conséquent, être consi- 
iérés comme les ordres naturels d'une seule et même classe. 
Quoique parfaitement étudiée au point de vue zoologique et 
matomique, ainsi qu'à celui des mœurs de ses représentants, 
cette classe a besoin d'être encore beaucoup et patiem- 
ment observée. L'évolution embryonnaire y est en effet bien 
moins connue que les métamorphoses ultérieures (2). Le 



Ihe suh class Cirripedia, with Figures of all the Species. Londres, 1851, 
2 vol. in-8 [Ray Society). — Spence Bate, On the Development of the Cir- 
ripedia{Ann. and Mag. Nat. Hist., 2- sér., vol. VIII, p. 324). — Th. H. Gosse, 
Tenby, déjà cité. 

(1) H. Rathke, Untersuchungen iiber dieBildung und Enlwickelung des 
Flusslcrebses. Leipzig, 1829, 1 vol. in-fol., fig. — Beitrage sur Fauna Nor- 
vegica {Nova Acta Acad. Leop. Cass., vol. XX). — Beitrage zur vergleichenden 
Anatomie und Physiologie, Reisebemerkungen aus Skandinavien. Dantzig,18''i2, 
in-/j. — Zur Morphologie, Reisebemerlungen aus Taurien. Riga et Leipzig, 
1837, in-li, fig. — Ueber die Enlwickelung der Decapoden [MUller's Arch., 
1836, p. 187; Wiegmann's Arch., 1840, t. I, p. 241). — Beobachtungen 
und Belrachtungen iiber die Entivickelung der Mysis vulgaris ( Wiegmann's 
Arch., 1839, p. 195, fig.). — M. P. Erdl, Enlicickelung des Hummereies. 
Munich, 1843, in-4, fig. — H. Milm; Edwards, Sur la génération des Crustacés 
{Ann. se. nat., 1829). — Observations sur les changements de forme que 
divers Crustacés éprouvent dans le jeune âge {Ann. se. nat., 2^ sér., vol. Ill, 
p. 321). — L. Agassiz, Zoo/oç;icai Notes, etc. {Amer. Journ. Se. and Arts, 
1852, p. 42G). — Recent Researches, etc. {Amer. Journ. Se. and Arts, 1852, 
vol. XVI, p. 130). — Sp. Baie, On ihe British Edriophtiialma {Report Urit. 
Assoc, 1855, p. 18). — Lercboullet, Résumé, etc. {Ann. se. nat., 4" sér., 1854, 
vol. I. — Th. Grosse, Tenby, déjà cité. 

(2) M. Herold, EnHrickelungsgcschirhte der Schmetterlinge, etc. Cassel et 
Marbourg, 1815, in-4, fig. — Disquisitiones de animaliuni vertebris carentium 
in oro formatione. Fr.'mcfort s.-M., 1835, in-fol., fig.). — H. Rathke, Enliricke- 



128 DE l'espèce. 

type des Arachnoïdes comprend deux groupes : celui des 
Acares et celui des Arachnoïdes propres, qui, dans leur classe, 
correspondent respectivement aux Entomostracés et aux 
Crustacés supérieurs. L'embryon des Acares ressemble un 
peu à celui des Entomostracés, tandis que celui des vraies 
Araignées (1) rappelle la métamorphose des Crustacés supé- 

lungsgeschichte der Blatta germanica {Meckel's Arch., 1832). — Zur Eniwicke- 
lungsgeschichle der Maulwurfsgrille (Gryllotalpa vulgaris) {Muller''s Arch., 
1844, p. 27). — A. KôUiker, Observationes de prima Insectorum genesi. 
Zurich, 1842, in-4, fig. — G. Zaddach, Die Entnickelung des Phryganiden 
Eies. Berlin, 1854, 1 vol. in-4. — R. Leuckart, Ueber die Micropyle und den 
feinern Bau der Schalenhaut bel den Insekteneiern {MUUer''s Arch., 1855, 
p. 90). — G. Newport, On the Organs of Heproduclion and Ike Development 
of Myriapoda {Phil. Trans. R. Soc, 1842, U II, p. 99). — On the Anatomy 
and Development of Meloe {Ann. and Mag. Nat. Hist., 1848, vol. I, p. 377; 
vol. II, p. 145). — Fr. Stein, Vergleichende Anatomic und Physiologie der 
Insect en ; Isle Monogr., Die tveiblichen Geschlechtsorgane der Kafer. Berlin, 
1847, in-fol., fig.). — C. Th. E. von Siebold, Ueber die Fortpflanzung von 
Psyche {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1848, vol. I, p. 93). — Wahre Partheno- 
genesis bei Schmetterlingen und Bienen {Ein Beilrag zur Forlpflanzungsges- 
chichte der Thiere). Leipzig, 1856, in-8 ; voy. aussi Ann. sc. nat., 4^ sér., 
1856, vol. VI). — Fr. Leydig, Einige Bemerkungen ilber die Entwickelung 
der Blatllnuse {Zeitschr. f. iciss. Zool.., 1850, vol. II, p. 62). — H. Meyer, 
Ueber die Eniwickelung des Fettkdrpers, der Trachéen und der keimbereilenden 
Geschlechtslheile bei den Lepidopteren {Zeitschr. f. tviss. Zool., 1849, vol. I). — 
W, I. Burnett Researches on the Development of viviparous Aphides {Amer. 
Journ. Sc. and Arts, 1854, vol. XVII, p. 62 et 261). — Fabre, Rechercha 
sur I'analomie des organes reproducteurs et sur le développement des Myria- 
podes {Ann. sc. nat., à" sér., 1855, vol. III). — Étude sur l'inslinct et let 
métamorphoses des Sphégiens {Ann. sc. nat., 4" sér., 1856, vol. VI). — 
Henry de Saussure, Nouvelles Considérations sur la nidification des Guêpa 
{Ann. sc. nat., 4" sér., 1855, vol. III). — C. Semper, Ueber die Bildung dei 
Flugel, Schuppen und Haare bei den Lepidopteren {Zeitschr, f. iviss. Zool., 
1856, vol. VIII, p. 326). — R. Leuckart, Die Fortpflanzung und Entwicke- 
lung der Pupiparen {Abh. d. nalurf. Gesellsch. zu Halle, 1858, vol, IV, p. 145). 
Voyez, pour les métamorphoses des Insectes après réclosion de la larve, les 
travaux de Reaumur et de Rœsel, et les traités généraux d'entomologie. Les 
métamorphoses des Insectes des États-Unis sont minutieusement décrites 
dans Harris's Report, cité précédemment. 

(1) M. Herold, De generatione Aranearum in ovo. Marburgi, 1824, in-fol., 
fig. — H. Rathke, Ueber die Enttvickelung des Scorpions {Zur Morphologie, 
déjà cité). — P. J. van Beneden, Recherches sur l'histoire naturelle et h 
développement de i'Atax ypsilophora {Méni. Acad. Brux., 1850, vol. XXIV. 
p. 444). — W. H. von Witlich, Observationes quœdam de Aranearum ex ovc 
evolutione (diss, inaug.). Halœ Saxonum, 1845. — Die Entstehung des Arach- 
nideneies im Eierstock {Miiller's Arch., 1849, p. 113). — J. V. Carus, Uebei 
die Entirickelung des Spinneneies {Zeitschr. f. iviss. Zool., 1850, vol. II, 
p. 97). — F. Dujardin, Mémoire sur des Acariens sans bouche, dont on c 
fait le genre Hypopus, et qui sont le premier âge des Gamases {Ann. sc. nat.. 



1^ 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 129 



ieurs. En se fondant sur cette analogie des jeunes, on a 
ernièrement rapporté au groupe des Arachnoïdes quelques 
nimaux qu'on considérait autrefois comme des Vers (1); 
lais la limite entre les Mites aquatiques et les Pycnogonuras 
l'a pas encore été bien définie. 

Toutes les classes de l'embranchement des Vertébrés ont 
té largement étudiées, et, en ce qui concerne les types prin- 
ipaux, les particularités générales du développement sont 
ssez bien connues. Il reste encore beaucoup à faire, cepen- 
lant, pour déterminer les moindres modifications qui puis- 
ent caractériser des familles différentes. Il pourrait même 
irriver que des investigations ultérieures modifiassent gran- 
lement la classification générale de tout cet embranchement, 
^a classe des Poissons (2) peut exiger une subdivision, car 



849, vol. XII, p. 243 et 259). — E. Blanchard, Observations relatives à la 
wnération des Arachnides {Comptes rendus, 1857, vol. XLIV, p. 741). — 
i. Scheuter, Einige^ Hier Millen {Arch. f. Naturg., 1857, vol. I, p. 104). 

(i) Jos. Kaufmann, Ueber die Entwickelung und zoologische Stellung der 
Tardigraden {Zcitschr. f. ivisss. Zool., 1851, vol. Ill, p. 220). — P. J. van 
ïeneden, Recherches sur Vorganisation el le développement des Lingualules 
Pentastoma) {Mcm. Acad. Brux., vol. XV, I, p. 188), — T. D. Schubert, 
Ueber Entnnchelung von Peiitastomum tœnioides {Zeilschr. f. toiss. Zool., 
1852, vol. II, p. 117). — E. Wilson, Researches into the Structure and Deve- 
opment of a newly discovered Parasitic Animalcule of the Human Skin {Phil. 
Trans. R. Soc 1844, p. 305). — C. Semper, Zur Analomie und Ealwicke- 
'ungsgeschichle der Galtung My zostoma {Zeiischr. f.wiss. Zool., 1857, \o\. 
IX, p. 48). 

(2) G. Forchammer, De Dlennii vivipari formatione et evolutione ohserva- 
Uones. Kiel, 1819, in-4. — J. L. Prévost, De la génération chez le Séchot 
iCottus Gobio) {Mcni. Soc. Phys. et Hisl. Nat. Genève, vol. IV, 1828, in-4).— 
k. Rathke, Bcitmge zur Geschichte der Thierirelt. Halle, 1820-27, 4 vol. 
Ito, fig. — Ahhandlungen sur Bildungs und Enlwickelungsgeschichte des 
]ienschen und der Thiere. Leipzig, 1832-33, 2 vol. in-4, fig. — Ueber das 
"?» einiger Laçhsarlen {Meckel. Archiv., 1832, p. 392). — K. E. v. Baer, 
Uniersuchungen iiber die Enlwickelungsgeschichte der Fische. Leipzig, 1835, 
n-4. — Enlw. der Thiere, déjà cité, vol. II. — J. Davy, On the development 
)f the Torpedo {Philos. Trans. R. Soc, 183i}. — Some observations on the 
wa on the Salmon, in relation to the distribution of species {Trans. Roy. Soc, 
jondon, 185(3, I, p. 21). — Fil. de Filippi, Memoria sullo sviluppo del Gobius 
Imiatilis (^nnaL medic, Milano, 1841, in-8, fi|?.). — M. Rusconi, Sopra 
a fccondatione arlificialc nei pesci {Giorn. dclle sc. med.-chir. Pavia, vol. IX). 
— Lettre] sur les changements que les œufs de Poissons éprouvent avant 
ju'ils aient pris la forme d'embryon {Ann. sc. nal,, 2*^ série, vol. V. — 
... Agassiz, Histoire naturelle des Poissons d'eau douce de l'Europe centrale, 
io\. I. Embryologie des Salmonés, par C. Vogt. Neuchâtel. 1842, in-8, atlas, 

AGASSIZ. 9 



130 DE l'espèce. 

le développement des Plagioslomes diffère grandement de 
celui des poissons ordinaires; la différence qui distingue 
les Ganoïdes de ces derniers me paraît être aussi d'un 
ordre supérieur à celui qu'on lui a assigné jusqu'à présent. 
Telle qu'elle est établie aujourd'hui dans nos systèmes, 
la classe des Poissons est certainement la plus hétérogène 
de tout l'embranchement. Les divergences des auteurs, quant 
aux Hmites et à la valeur respective des ordres et des fa- 
milles de cette classe, peuvent être attribuées, en partie, à ce 
que la classe elle-même n'est pas naturellement circon- 

in-fol. Ces recherches ayant été faites sous ma direction et ma surveillance, 
comparez la préface de cet ouvrage avec la lettre publiée dans Zeitschr. f. iviss. 
ZooL, 1855, vol. VII, p. 328. — J. Millier, Uebor den glaiten Hai des Aristo-- 
teles, uud iiber die Verschiedenheiten unter den Haifischen und Bochen in der 
Entwickelung des Eies, Berlin, 1842, in-fol., fig. — F. S. Leuckart, Untersuch- 
ungen iiber die Hussern Kiemen der Embryonen von Rochen und Haien. 
Stuttgard, 1836, in-8, fig. — Fr. Leydig, Beilriige sur microscoplschen Ana- 
tomie und Enlwickelungsgeschichle der Rochen und Haie. Leipzig, 1852, 
1 vol. in-8, fig. — C. G. Carus, Erlàuterungstafeln, etc.,n°3. Leipzig, 1831, 
in-fol., fig. — J. Shaw, Account of some Experiments and Observations on the 
Parr, etc. {Edinb. New Phil. Journ., vol. XXI, p. 99). — On the Develop- 
ment and Growlh of the Fry of the Salmon, etc., ibid., vol. XXIV, p. 165. 
{Ann. Nat. Hist., I, p. 75, et IV, p. 352.)— W. Yarrel, Growth of the 
Salmon in Fresh Water {Ann. and Mag. Nat. Hist., IV, p. 334).- G.L. Du- 
vernoy, Observations pour servir à la connaissance du développement de la 
Pécilie de Surinam {Ann. se. nat., 1844, 3' sér., I., p. 313, fig.). — P. Coste, 
Histoire générale et particulière du développement des corps organisés. Pans, 
1847-53, in-4., ail., 2"= fasc, Épinoche. — Arm. de Quatrefages, Mémoire 
sur les Embryons des Syngnathes {Ann. se. nat., 2"^ sér., vol. XVIII, p. 193, 
fig.). — Sur le développement embryonnaire des Blennies, etc. {Comptes 
rendus, vol. XVII, p. 32). — A. Valenciennes, Anableps in Cuvier et Valen- 
ciennes, Histoire naturelle des Poissons. Paris, 1846, vol. XVIII, p. 245. — 
J. Wyman, Observations on the Development of Anableps Gronovii {Journ. 
Bost. Nat. Hiit., 1854, vol. VI, fig.). — On some peculiar modes of gestation 
observed in certain animals of Guiana {Proc. Bost. Nat. Hist., 1857). — 
L. Agassiz, Extraordinary Fishes from California, constituting a new family 
{Amer. Journ. Sc. and ^4., 1853^ vol. XVI^p. 380). — Embryology o/'Lophius 
Americanus (Pj'oc. Am. Ac. 1855). — A. Lereboullet, Recherches sur I'Ana- 
tomie des organes génitaux des animaux vertébrés {N. Act. Ac. Nat. Cur., 
vol. XXIII, p. 1). — Resume d'un travail d'embryologie comparée sur le déve- 
loppement du Brochet, de la Perche et de l'Écrevissc (Ann. sc. nat., 4* sér., 
1854, vol. I). — H. Aubert, Beitriige zur Entivickelungsgeschichle derFische 
{Zeitschr. f. wiss. ZooL, 1853, vol. V, p. 94, 1855, vol Vil).— G. Valentin, 
Zur Entwickelungsgeschichie der Fische {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1850, vol. II, 
p. 267). — R. Leuckart, Ueber die allmahlige Bildung der Korpergestalt 
bei den Rochen {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1850, vol. II, p. 258). — E. Ilaeckel, 
Ueber die Eier der Scomberesoces {Milller's Arch., 1856, p. 23), — A. Retzius, 




MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 131 

crite (1). Depuis quelques années, je m'occupe d'une ma- 
ière suivie des métamorphoses des poissons, en vue de pré- 
iser leurs affinités, et déjà j'ai recueilli sur ce sujet une 
lasse considérable de faits. Mais, comme je ne les ai point 
ncore publiés, je me borne ici à mentionner un résultai 
énéral : c'est que, comme certains Batraciens, les poissons 
sseux subissent des métamorphoses très-considérables. Non* 
eulement la forme et la disposition des nageoires se modi- 
ient, mais aussi la forme générale du corps et la configuration 
u crâne et des mâchoires, sans parler des transformations 
es organes intérieurs. Quant aux Reptiles, il est dorénavant 
ertain que les Amphibies et les Reptiles propres, si long- 

'eber den grossen Fetlropfen In den Eiern der Fische {Muller's Arch., 1855, 
. 34). — C. Bruch, Ueber die Micropyle der Fische {Zeitschr. f. wiss. Zool., 

855, vol. Vil, p. 172). — K. B. Beichert, Ueber die Micropyle der Fisch- 
ler, etc. (Miiller's Arch., 185G, p. 83). — Ueber die Millier- Wolff schen Kur ■ 
er bel Fischembryonen, etc. {MiiUer's Arch., 1856, p. 125). — Der Narh' 
ngsdoUer des Ilechleies eine contractile Substanz 'Mïdlefs Arch., 1857, 
,46). — B. Dowler, Discovery of a Viviparous Fish in Louisiana {Amer.Journ. 
c. and Arts, 1855, vol. XIX, p. 133, remarques de L. Agassiz, p. 136). — 
I. Schultze, Note siir le développement des Vétromyzons {Comptes rendus, 

856, p. 336, Ann. and Mag. Nat. Hist. 2'= sér., 1856, vol. XVII, p. 443). 
-A. Millier, Ueber die Entwickelung der Nnunaugcn {Millier'' s Arch., 1856, 
. 303 ou dans Ann. se. nal., 4® sér., 1856, vol. V. Les faits singuliers 
ignalés dans ce mémoire portent à croire que YAmphioxus représente l'état 
rinriitif de quelque Cyclostome marin). — Du Fossé, De V hermaphrodisme 
fiez certains vertébrés {Ann. se. nat., 4" sér., 1856, vol. V). 

(1) Ce n'est pas dans la petitesse des œufs et dans la connexion intime 
jntractée avec la mère par l'embryon de quelques-uns d'entre eux, que 
insistent les particularités principales du développement des plagiostomes ; 
est bien plutôt dans le mode de développement lui-même. Malgré l'absence 
amnios et d'allantoïde, ce mode est, dans les premières phases, très-analogue à 
lui des vrais reptiles et des poissons, surtout en ce qui concerne la formation 
1 système vasculaire, la présence d'un sinus terminalis., etc. De plus, il y a 
itre les plagiostomes et les poissons osseux les différences anatomiques les 
us sensibles, et, enfin, il f<iut remarquer que, chez les raies et les requins, comme 
lez les vertébrés supérieurs, l'ovaire est séparé de l'oviducte et les œufs sont 
lisis par une large trompe de Fallope. Il est donc dilTlcile de re;,'arder les 
stomcs simplement comme un ordre de la classe des poissons; c'est ce 
le prouve déj i le fait qu'ils ne forment point avec les autres espèces de cette 
asse une série naturelle. Je propose, par conséquent, le nom de Sélaciens 
>ur une nouvelle classe distincte qui comprendra les Bequins, les Raies et les 
limères. Des investigations récentes sur les cycloslomcs montrent qu'eux aussi 
ffcrent considérablement des poissons proprement dits et devraient en être 
parés, comme formant ime clasîc à part à laquelle conviendrait fort bien le 
m de Myzontes. 



132 DE l'espèce. 

temps réunis en une classe unique, constituent positivement 
deux classes distinctes. Essentiellement, l'évolution des Rep- 
tiles vrais est en étroite conformité avec celle des Oiseaux (1) , 
tandis que l'évolution des Amphibies ressemble davantage à 
celle des Poissons proprement dits (2). Dans aucune classe, 
des recherches embryologiques s'étendant à une certaine 
variété de familles ne sont plus nécessaires que dans la classe 



(1) G. W. Volkmann, De Colubris natricis generatione. Lipsiœ, 1834, in4. 
— H. Rathke, Enlwickelungsgeschichte der iVa»er (Coluber natrix), Kônigsberg, 
1839, in-ii, fig. — Untersuchungen iiber die Aortenwurfeln {Denkschr. Ak. 
Wiss. Wien, 1857, vol. XIII). — D. Weinland, Ueher den Eizahn der Ringel- 
matter [Wurt. Nal. Hist. Jahreshefte, 1855). — F. Tiedmann, Ueber das Ei 
und den Fœtus der Schildkrôle. Heidelberg, 1828, in-4, fig. — K. E. v. Baer, 
Beitrcige zur Entwickelungsgeschichte der SchildkrOlen {Muller's Archiv., 
1834, p. blià). — H. Rathke, Ueber die Entwickelung der Schildkrôten. 
Brunswick, 1848, in-4, fig. 

(2) A. J. Rosel V. Rosenhof, Historia naturalis Ranarum noslralium, etc. 
Norimb., 1758, in-fol., fig. — A. F. Funk, De Salamandrœ terrestris vita, 
evolutione, formalione, etc. Berlin, 1826, in-fol. ,|fig. — H. Ralhke, Diss, de Sa- 
lamandrarum corporibus adiposis eorumque evolutione. Berlin, 1818. — Ueber 
die Entstehung und Entwickelung der Geschlechtstheile bei den Urodelen (N. 
Schr.Dantz Naturf. Ges. ,1820). — L. Steinheim, Die Entwickelung der Frôsche. 
Hambourg, 1820, in-8, fig. — J. Conr. van Hasselt, Dissert, exhibens Obser- 
vationes de metamorphosi quarumdam partium Ranœ lemporariœ. Gœttingue, 
1820, in-8. — J. L. Prévost et Lebert, Mémoire sur la formation des organes 
de la circulation et du sang dans les Batraciens {Ann. se. nat., 3' sér., vol. I, 
p. 193). — M. Rusconi, Développement de la Grenouille commune, depuis le 
moment de sa naissance jusqu' à son état parfait. Milan, 1828, in-4, fig. — 
Amour sdes Salamandres aquatiques et développement du Têtard de ces Sala- 
mandres, etc. Milan, in-Zi, fig. — K. E. v. Baer, Die Metamorphose des Etes 
der Batrachier vor der Erscheinung des Embryo, etc. {Miiller's Archiv, 
1834, p. 481). — Eiitivickelungsgeschichte, etc., yo\. Il, p. 280. — K. B. Rei- 
chevt, bas Entwickelungsleben im Wirbellhierreich. Berlin, 1840, in-4, fig. 
— Vergleichende Entwickelungsgeschichte des Kopfes der nackten Amphi- 
bien, etc. Kônigsberg, 1838, in-4, fig. — Ueber den Furchungsprocess der 
Batrachier-Eier {Muller's Archiv, 1841, p. 523. — C, Vogt, Untersuchungen 
iiber die Entwickelungsgeschite der GeburshelferkrOte. Soleure, 1841, in-4, 
fig. — Quelques observations sur l'embryologie des Batraciens {Ann. se. «., 
Z" sér., vol. II, p. 45). — R. Remak, Untersuchungen iiber die Entwickelung 
der Wirbelthiere. Berlin, 1855, in-fol. — G. Newport, On the Impregnation 
of the Oviuminlhe Amphibia {Philos. Trans. R. Soc. 1851, 1, p. 109; 1853, 
II, p. 233; 1854, II, p. 229). — W. H. v. Wittich, Beitrdge zur morpho- 
logischen undhislologischen Entwickelung der Ham und Geschlechtswerkzeuge 
der nackten Amphibien {Zeilschr. f. wiss. ZooL, 1852, vol. IV, p. 125). — 
D. Weinland, Ueber den Beutellrosch {Muller's Archiv, 1854, p. 449). — 
J. Wyman, Observations on IHpa Americana(Am. Jour. Sc. and Arts, 2"^ sér., 
1854, vol. XVII, p. 369). — A. Thomas, Note sur la génération du Pélodyle 
ponctue {Ann. sc. nat.,li^ sér., vol. 1). 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 135 

des Oiseaux, quoique révolution de ces animaux soit peut- 
être mieux connue que celle d'aucun autre type (1). Il n'est 
pas surprenant que les progrés récents de l'embryologie aient 
suggéré des classifications, essentiellement basées sur l'étude 
des phases du développement, dans lesquelles l'appréciation 
des caractères de structure occupe une place subordonnée. 
Il y a longtemps que j'ai fait remarquer comment, au point 
de vue de leur développement, les Batraciens se rapprochent 
des Poissons plus que des Reptiles écailleux. L'absence d'ara- 
nios et d'allantoïde est le trait commun qui les réunit, comme 
l'existence de ces enveloppes fœtales rapproche des Oiseaux les 
Reptiles proprement dits. Assignant à ces caractères une valeur 
classique, M. Huxley a divisé récemment le type des Vertébrés 
en trois classes seulement : Mammifères, — Oiseaux et Rep- 
tiles, — Batraciens et Poissons. La classe des Mammifères (2) 

(1) Chr. H. Pander, Diss, sistens hisloriam melamorpJioscos quam ovum 
incubatum prioribus quinque cUebus subit. Wirceb., 1817, in-8, — BeilrUge 
zur Entwickelungsgeschichte des Huhnchens im Exe. Wiirzb., 1817, iii-fol., 
fig-. — K. Ë. V. Baer, Entwickelungsgeschichte, etc., vol. I. — H. Dulrochet, 
Histoire de l'œuf des Oiseaux avant la ponte {Bull. Soc. philom., 1819, 
p. 38). — John Hunter, Observations on Animal Development, edited, and 
his Illustrations of that process in the Bird, described by R. Owen. F^ondon, 
1841, in-fol., fig. — J. L. Prévost, Mémoire sur le développement du poulet 
dans l'œuf {Ann. se. nat., 1827, vol. XII, "p. 415). — J. L. Prévost et Lebert, 
Mimoires sur la formation des organes de la circulation et du sang dans 
Vembryon du poulet {Ann. se. nat., 3" sér., t. I, p. 205; t, II, p. 222, fig.; 
t. III, p. 9(5). — A. Baudrimont et G. J. Martin Saint-Ange, Recherches ana- 
tomiques cl physiologiques sur le développement du fœtus. Paris, 1850, in-4. 
— H. Meckel v. Hemsbach, Die Bildung der fur partielle Furchung beslimmten 
Eier der VOgel, etc. {Zeitschr. f. wiss. Zool., 1855, vol. III, p. 420). — 
C. Dareste, Mémoire sur l'influence qu'exerce sur le développement du poulet 
l'application partielle d'un vernis sur la coquille de l'œuf {Ann, se. nat., 
4'' sér., 1855, vol. IV). — D. Weinland, On the Armature of the Lower Bill 
of the Hatching Tringa Pusilla, Wils. {Proceed- Essex Institute, Salem, vol. II, 
p. 33). — H. Hoyer, Ueber die Eifollikel der Vogel [Midler's Arch., 1857, 
p. 52). — F. \\. Horner, On some discoveries relative to the Chick in ovo, 
and its liberation from the shell {Proceed. Brit. Assoc, 1853, p. 68). 

(2) Consultez, pour les mémoires relatifs aux enveloppes fœtales et au pla- 
centa, aux différents systèmes d'organes, à un organe spécial et en général à 
l'embryologie humaine, l'article « Entwickelungsgeschichte n , dans R. Wagner, 
Handworierbuch der Physiologie, p. 867, où tout ce qui a été publié sur ce 
sujet avant 1843 est énuméré. Pour les recherches plus récentes, voy. Millier, 
Archives, Wiegman, Archives, Siebold ctKolliker, Zeitschrift fUr Zoologie, Milnc 
Edwards, Annales des Sciences naturelles, et les Revues d'histoire nalurclle. 



134 Dii l'espèce. 

a eu dans Bischoff l'invesligateur le plus heureux et le plus 
complet (1). 

Mais le but de l'embryologie n'est pas seulement de dé- 
crire le développement individuel des animaux, la construc- 
tion graduelle du corps, la formation des organes et tous les 
changements que subissent la structure et la forme. Elle doit 
encore comparer ces formes et les phases successives de 
toutes ces transformations dans tous les types du règne ani- 
mal, de façon à pouvoir indiquer définitivement le rang à as- 
signer à chacun d'eux, leurs aflinilés et les corrélations des 
organes et de toutes leurs parties. Les embryologistes ont 
jusqu'ici étudié trop exclusivement la métamorphose de l'œuf 
en un animal parfait; il leur reste encore un vaste champ à 
parcourir. 11 faut qu'ils déterminent les différents degrés 
d'analogie qui existent : — entre les formes successives que 
revêt un animal avant de compléter sa croissance et les formes 
diverses que présentent, à l'état adulte, les autres animaux 
du même type ; — entre les divers états de complication par où 

(1) Th. L.W. Bischoff, Eniwickelungsgeschkhle des Kaninchen Etes. Bruns- 
vick, 1842, in-4, fig. — Eiilwickelungsgeuhichle des Hunde-Eies. Brunswick, 
*8/i5, in 4, fig. — Entivickelungsgeschichle des Mecrschweinchens. Giessen, 
\.852, in-iî, fig. — Eniwickclungsgeschlchte des lielies. Giessen, 1854, in-/l, 
fig. — J. L. Prévost et J. A. Dumas, De la généralion chez les Mammifères, etc. 
{Ann. sc.nat., 1824, vol. Ill, p. 113, lîg.). — L. Bojanus, Observatio ana- 
tomica de fœtu canino 24 dierum, etc. {Ad. Acad. Nal. Cur., vol. X, p. 139, 
fig.). — P. Cosle, Embryogénie comparée, Paris, 1837, in-8, atlas in-4. — 
Histoire particulière el générale du développement des corps organisés, déjà 
cité. — Recherches sur la généralion des Mammifères el le développement de 
labrebis {Ann, se, nat., 1835, vol. Ill, p. 78). — Recherches sur la généra- 
tion des Mammifères, Paris, 1834, in-4, fig. — G. A. Bernhardt, Symbolœ 
ad Oct Mammalium historiam ante pregnalionem, Vralisl., in-4 {Miiller's 
Arch., 1835, p. 228). — M. Barry, liesearclies in Embryology {Phil. Trans. 
Hoy. Soc, 1838, p. 301 ; 1839, p. 307; 1840, p. 229; 1841, p. 195). — 
K. E. V. Baer, dé]à. cité. — R. Owen, On the Ona of the Ornithorhynclius 
paradoxus {Phil. Trans., 1834, p. 555). — On the Young of the Ornithorhyn- 
clius paradoxus {Trails. Zool. Soc, vol. I, p. 221 ; Proceed, 'loot. Soc, vol. II, 
p. 43; .inn. sc. nat., 2" scr., vol. II, p. 303; vol. Ill, p. 299). — On the 
generation of the Marsupial Animals, elc. {Phil. Trans,, 1824, p. 333). — 
On the Placenlaof the Elephant {Proceed, Hoy. Soc, Londres, 1857, p. 471). 
— Cli. Meigs, Observations on the Reproductive Organs and on the Fœtus of 
Dclphinus Nesarnak [Juurn. Acad. i\at. Sc. Phil., nouv. sér., 1849, voJ. I, 
p. 267). — J. Wyraan, On the- conniclion between the Uterus and the Chorion 
in Pigs {Proceed. Bost. Nat. Hist. Soc, 1858), 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 13$ 

passe la structure d'un être, et la structure définitive d'êtres 
voisins ; — entre les phases successives de la formation de 
toutes les parties et le plus ou moins de perfection acquis par 
ces parties, en d'autres groupes ; — entre le cours normal 
de l'entière évolution d'un type et ce même cours dans un 
autre type; — enfin, entre les plus petites variations que, 
dans la formation des tissus, présentent jusqu'à un certain 
point tous les animaux. Sans doute, des matériaux importants 
ont déjà été élaborés pour toutes ces parties de l'œuvre, 
mais je puis apprécier combien il reste à faire par le peu 
que j'ai pu recueillir moi-même, au moyen d'une recherche 
systématique dans cette direction. 

Je suis depuis longtemps convaincu que l'embryologie 
fournit la mesure la plus exacte pour déterminer le rang 
des animaux entre eux. Une comparaison attentive des 
phases de l'évolution chez les Batraciens supérieurs donne, 
peut-être, l'exemple le plus frappant de l'importance d'un 
semblable examen. A l'état initial, les Têtards rappellent, 
par la structure et par la forme, ces Ichthyoïdes, dépourvus 
de membres ou n'en ayant que d'incomplets, qui tantôt 
possèdent, tantôt ne possèdent pas de branchies extérieures; 
bientôt ils revêtent une forme qui fait songer davantage aux 
Tritons et aux Salamandres, puis leur structure est finale- 
ment celle des Grenouilles ou des Crapauds (l). La confron- 
tation de ces deux dernières familles prouverait d'ailleurs 
que les Crapauds sont supérieurs aux Grenouilles, non- 
seulement parce qu'ils ont un genre de vie moins aquatique 
(voy. section XVI) , mais encore parce que la membrane em- 
bryonnaire qui, dans une certaine étendue, persiste entre 
les doigts des Grenouilles, disparaît entièrement chez les 
Crapauds, et peut-être aussi à cause des glandes développées 
dans rinlérieur de la peau de ceux-ci et qui n'existent pas 
chez celles-là. Un examen analogue des changements que 
subit une nouvelle Comatule, découverte dans la baie de 
Charleston (Caroline du Sud) par le Pr. Holmes, m'a mon- 

(1) L. Agassiz, Twelve Lectures, etc., p. 8, 



436 DE l'espèce. 

tré quel rapport il y a entre ces états successifs et les types 
divers de Crinoïdes des époques passées. J'ai trouvé là un 
étalon de mesure pour la détermination du rang respectif de 
ces derniers. On ne peut douter, en effet, que les premières 
phases de l'évolution d'un animal ne présentent les condi- 
tions d'une infériorité relative, quand on les compare avec ce 
que sera Tanimal adulte après son entier développement et 
avant qu'il ne soit entré dans cette autre phase, appelée le 
vieil âge, oii l'on observe chez certains parasites des méta- 
morphoses rétrogrades fort curieuses. 

Il existe chez la jeune Comatule une tige par laquelle le 
petit animal adhère soit à des algues marines, soit aux cirres 
de la mère. La tige est d'abord simple et dépourvue de cir- 
res; elle supporte une tête globulaire sur laquelle ce qu'on 
appelle les bras se développent bientôt et se complètent peu 
à peu en se bifurquant. En même temps, sur la tige elle- 
même apparaissent quelques cirres et graduellement le 
nombre en augmente, jusqu'à ce qu'ils forment une cou- 
ronne entre la tige et les bras. En dernier lieu, cette cou- 
ronne ayant revêtu tous les caractères d'une Comatule de 
petite dimension se détache, se sépare de la lige, et la Co- 
matule devenue un animal indépendant se meut libre- 
ment (1). 

La classe des Crustacés et celle des Insectes sont particu- 
lièrement instructives à cet égard (2). Rathke et Fritz Mid- 
ler ont décrit les transformations d'un si grand nombre de 
Crustacés que je ne puis mieux faire que de renvoyer à leurs 
nombreux mémoires sur ce sujet (3), pour le détail des 
changements que subissent ces animaux durant les premières 
phases de la croissance. J'ajouterai seulement que l'em- 

(1) Récemment Thomson et Carpenter ont public des détails très-intéres- 
sants sur les phases du développement des comatules d'Europe. Voyez aussi 
E. Forbes, History of tlio Driiisli Slar fishes, -i). 10, et le S^ volume de mes 
Confrihutions à l'histoire naturelle des États-Unis. 

(2) L. Agassiz, Twelve Lectures, p. 62, et Classification of Insects, etc., 
cité plus haut. J'ai l'espoir que l'embryologie fournira les moyens d'assigner à 
chaque famille sa place relative. 

(3) Voy. ci-dessus, p. 127, note 1. 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 187 

bryon des Crustacés tout à fait supérieurs, les Brachyures, 
ressemble par la forme et la structure aux types inférieurs 
de la classe, aux Entomostracés et aux Isopodes; après quoi, 
il prend la forme de ceux d'un ordre plus élevé, l'ordre 
des Macroures, et revêt enfin tous les caractères des Bra- 
chyures. 

L'embryologie donne ainsi la mesure exacte des affinités 
vraies existant entre les animaux. Je ne prétends pas dire que 
les alTinités ne peuvent être déterminées que par l'étude des 
embryons; l'histoire de la Zoologie est là pour prouver, au 
contraire, que, avant que l'étude de la formation et de l'évo- 
lution des animaux fût devenue une branche spéciale de la 
physiologie, les rapports généraux des animaux entre eux 
avaient été, pour la plupart, fixés avec un degré remarquable 
de certitude par le seul examen anatomique. Il n'est pas 
moins vrai que, dans quelques cas curieux, la connaissance 
des changements embryonnaires de certaines animaux a 
seule mis sur la voie de leurs affinités véritables. Dans d'au- 
tres cas, elle a très à propos fourni la confirmation d'une 
parenté qui pouvait bien paraître probable, mais qui ne lais- 
sait pas d'être fort problématique. Guvier lui-niême regar- 
dait les Anatifes comme une classe distincte qu'il rangeait 
parmi les Mollusques, sous le nom de Girripèdes. Mais 
Thomson (1) démontra, et bientôt Burmeister, Martin Saint- 
Ange, d'autres encore, confirmèrent que le jeune Anatife est, 
pour la forme et la structure, identique avec quelques-uns 
des Entomostracés les plus communs. Dés lors, leur véritable 
place dans le système des animaux put être marquée, et on 
les reporta dans la classe des Crustacés, parmi les Articulés. 
Même chose est arrivée pour les Lernéens, que Cuvier pla- 
çait à côté des Vers. Nordmann a prouvé, par le témoignage 
de l'embryologie, qu'ils appartiennent aussi à la classe des 
Crustacés (2). Lamarck associait les Crinoïdes aux Polypes, 

(1) Thomson, Zool. Researches, etc. — Burmeister, Beilrllge, etc. — 
Martin Saint-Ange, Mém. sur l'organisalion, etc., cites plus haut, p. 12ô, 
note 2. 

(2) Nordmann, Micrographischc Beitrdge, déjà cité. 



H% DE l'espèce. 

et quoique Cuvier les eût reportés clans la classe des Échi- 
nodermes, avant qu'on ne connût les métamorphoses de la 
Comatule (l), la découverte des jeunes pédoncules a, seule, 
fourni la preuve directe que c'était bien là leur véritable 
place. 

L'embryologie donne en outre un critérium pour la dis- 
tinction dos analogies et des homologies. Elle fait voir que 
les vraies homologies ne franchissent pas les limites natu- 
relles des grands embranchements du règne animal. 

La distinction entre les homologies et les analogies, sur 
laquelle les naturalistes anglais insistèrent les premiers (2), a 
jeté une très-vive lumière sur les afTinités réelles des animaux. 
11 aurait été bien difficile auparavant de les apprécier d'une 
façon aussi nette. Grâce à cette distinction, nous avons appris à 
discerner l'affinité réelle, fondée sur la conformité de struc- 
ture, de la similarité basée seulement sur la ressemblance exté- 
rieure de la forme et des fonctions. Mais, même après que cette 
confusion eut été bien clairement démêlée, il restait à fixer 
dans quelles limites les homologies pouvaient être recher- 
chées. Les œuvres d'Oken, de Spix, de Geoffroy, de Carus (3) 
montrent à quelles comparaisons extravagantes pouvait en- 
traîner le préjugé de l'unité. Il fallut que Baer prouvât que le 
mode de développement dans les quatre embranchements 
du règne animal est essentiellement différent, pour qu'on (h) 
en vînt à soupçonner que des organes accomplissant des 
fonctions identiques pouvaient différer beaucoup quant à 
leurs rapports essentiels, les uns à l'égard des autres. Il 
fallut que Ralhke (5) démontrât que, chez les Articulés, le 
jaune communique avec la cavité principale, par une ouver- 
ture située à la face dorsale du corps, et non à la face ven- 
trale comme chez les Vertébrés, pour qu'on sût enfin sur 

(1) Thomson et Forbes, cités p. 126 et 127. 

(2) Swainson, Geography and Classification, etc. — Voyez aussi section V. 

(3) Voy. ci-dessus, section iv, notes. 

(4) Baer, Enlwkkelungsgeschichte, vol. I, p. 100 et 224. L'étendue du 
savoir de Baer et le champ immense embrassé par ses vues n'apparaissent 
nulle part d'une façon plus remarquable que dans cet ouvrage. 

(5) Rathke, Unters. uber Bild, etc., cité p. 127, note 1. 



MÉTAMORPHOSES DES ANIMAUX. 130 

quoi établir solidement les limites naturelles de l'homologie 
véritable. A chaque pas fait par l'embryologie dans la voie 
du progrès, il devient de plus en plus évident que les homo- 
logies de la structure ne dépassent pas les bornes de chacun 
des grands embranchements du règne, et que l'homologie 
générale, rigoureusement démontrée, prouve l'identité d'em- 
branchement, de même que l'homologie spéciale prouve 
l'identité de classe. 

Les résultats de toutes les investigations modernes sur 
l'embryologie s'accordent à prouver, sur une échelle de plus 
en plus grande, que le développement des animaux est en- 
tièrement indépendant des causes extérieures. L'identité des 
métamorphoses, par lesquelles passent les animaux ovipares 
ou vivipares appartenant au mome type général, en est la 
preuve la plus convaincante (1). On a supposé récemment 
que l'embryon pouvait être affecté directement par les in- 
fluences extérieures, à un point suffisant pour que les mon- 
struosités, par exemple, fussent atlribuables à ces actions 
tlu dehors. L'observation directe a fait voir que ces accidents 
sont dus à certaines particularités qui se produisent au cours 

(1) C'est sans doute ici roccasion la plus opportune de faire remarquer que 
la distinction établie entre les animaux ovipares et les animaux vivipares est 
mal fondée. Eu égard à l'origine première des animaux dans l'œuf, cette distinc- 
tion e&t insoutenable. Elle est, de plus, anti-physiologique si elle a pour but 
d'exprimer Tidée d'une certaine afTinité ou analogie basée sur l'un ou l'autre 
do ces modes de développement. Les poissons montrent, plus nettement que 
toute autre classe, que des animaux dont l'évolution se fait d'une manière 
identique, dans tous ses traits gônéraux, sont les uns vivipares et les autres 
ovipares. La différence résulte des connexions de l'œuf durant cette évolution 
et non delà façon dont celle-ci a lieu. En outre, des animaux vivipares ou ovi- 
puies ont, dans des classes différentes, un mode d'évolution très-divers ; il n'y 
a de commun entre eux que ce seul point : la mise bas de petits vivants pour 
les uns ; la ponte d'œufs, pour les autres. Le seul trait essentiel sur lequel 
une généralisation de quelque valeur puisse être établie est uniquement le 
mode d'évolution du germe. Sous ce rapport, on remarque que les Sélaciens, 
dont les uns sont vivipares, les autres ovipares, ont entre eux une grande 
conformité ; c'est aussi le cas des poissons osseux et des reptiles, qu'ils soient 
ovipares ou non. Entre les mammifères môme, placentaires ou aplacentaires, 
il y a conformité pour tout ce qui est essentiel dans leur mode de déve- 
loppement. On a accordé jusqu'ici trop d'importance aux connexions qu'a 
le germe durant son évolution, et trop peu aux traits généraux de son déve- 
loppement. 



140 DE l'espèce. 

de l'évolution embryonnaire (1). Tous les Mammifères ont, 
dans le sein de leur mère où ils subissent leurs premières 
transformations, une couche si bien close et si parfaitement 
protégée contre l'influence immédiate des agents extérieurs, 
qu'il suffit de rappeler cette circonstance pour montrer 
combien, chez ces animaux, le développement est indépen- 
dant des conditions dans lesquelles la mère est placée. Cela 
est également vrai de tous les animaux vivipares, comme 
certains Serpents, certains Squales et les Poissons vivipares. 
Ajoutez que l'uniformité de la température dans les nids 
des Oiseaux, les précautions prises, contre tout ce qui 
pourrait atteindre les œufs ou les petits, dans les con- 
structions si variées que les animaux établissent pour 
protéger leur progéniture (2), montrent bien visiblement 
que l'instinct les pousse à tenir à l'écart les agents phy- 
siques, ou à faire servir ces agents à leurs fins, comme 
c'est le cas pour les Huîtres. Les Reptiles et les Mollusques 
terrestres enterrent leurs œufs pour les soustraire à toute 
action variable. Les Poissons les déposent dans les endroits 
où les circonstances sont le moins changeantes. Les Insectes 
ont mille manières de préserver les leurs. jBeaucoup d'a- 
nimaux marins qui vivent sous des climats extrêmes pon- 
dent en hiver, quand les variations extérieures sont réduites 
à leur minimum. Partout on trouve la preuve que les phé- 
nomènes de la vie, manifestés au milieu des influences 
physiques les plus diverses, en sont rendus indépendants 
au plus haut degré. Les procédés les plus variés sont mis 
en œuvre par les animaux, soit pour se préserver eux- 
mêmes, soit pour défendre leur progéniture de l'action des 
causes physiques qui sont inutiles ou fâcheuses. 



(1) Th. L. W. Bischoff; dans R. Wagner, u HandwOrterbuch der Physio- 
logie », article Entwickelungsgeschichte, p. 885. 

(2) Burdach, Physiologie, 2" éd., vol. II, sect. 334-8. — Kibby, etc., dcj; 
cité. — Spence, Introduction, etc., cité plus haut. 



DURÉE DE LA VIE. iM 

XX 

Diirée de la vie. 

La durée moyenne de la vie présente chez les différentes 
espèces d'animaux et de plantes l'inégalité la plus étonnante. 
Il en est qui croissent, se reproduisent et meurent dans le 
court espace d'une saison, d'un jour même ; il en est qui 
semblent braver l'action du temps (1). 

Qui donc a mesuré à chacun des êtres organisés sa part de 
vie? Pour répondre à cette question, il faut d'abord exa- 
miner les fails. En premier lieu, il n'y a point de rapport 
entre la durée de la vie et la stature, la structure, ou l'habi- 
tat des animaux. Bien plus, le système suivant lequel sont 
réglés les changements qui se produisent durant chaque 
période, diffère presque pour chaque espèce. C'est à peine 
s'il y a un faible degré d'uniformité chez les représentants 
des différentes classes, et cela dans certaines limites. 

Pour beaucoup de Poissons et de Reptiles propres, par 
exemple, l'accroissement est tout à fait graduel et uniforme, 
et le développement se poursuit pendant toute la vie, si bien 
que la taille croît d'une manière continue avec l'âge. 

Chez d'autres animaux, les Oiseaux entre autres, l'accrois- 
sement est rapide pendant une première époque ; après quoi 
l'animal a atteint sa stature définitive et entre dans une 
période d'équilibre qui dure plus ou moins, suivant les 
espèces. D'autres encore acquièrent ainsi, dans une limite 
définie, une grosseur définitive; tels sont les Mammifères. 
L'accroissement est, chez eux, plus lent dans les premiers 
temps et la maturité n'est atteinte, comme chez l'Homme, 
qu'à un âge qui forme une fraction considérable de la durée 
totale de la vie. 

Pour les Insectes, au contraire, la période de maturité est 

(1 ) G. Schiibler, Beobachlungen iiber jiihrliche periodische wiederkehrende 
Erscheinurigen im Thier-und-P(lanzenreich. Tiibingen, 1831, in-8. — A. Qué- 
telet, Phénomènes périodiques [Acad. de Brux.), 



I 



I ai OE l'espèce. 

généralement la plus courte. La croissance de la larve est 
parfois très-lente, ou, au moins, la phase avant-dernière de 
l'évolution dure beaucoup plus longtemps que la vie de 
l'être parlait. Il n'y en a pas d'exemple plus frappant que le 
mode particulier de croissance de la cigale de dix-sept ans 
{Cicada septima décima) , si bien décrit par Miss M. H. 
Morris {\). 

Tandis que tous les animaux doués de longévité prolon- 
gent, pour ainsi dire, leur existence à travers une série 
d'années, sous l'action variable des saisons qui se succèdent, 
il en est d'autres qui n'apparaissent que périodiquement. 
C'est le cas de la plupart des Insectes (2), et les Méduses en 
fournissent un exemple encore plus remarquable (3). 

Mais rien n'est plus intéressant à cet égard que les chan- 
gements de caractères qui ont lieu aux différentes phases de 
l'accroissement d'un seul et môme animal. Ni les Vertébrés, 
ni les Mollusques, ni même les Rayonnes ne montrent, dans 
les modifications diverses qu'un individu peut subir, quelque 
chose d'aussi étonnant que ce qui s'observe chez les Insectes; 
en particulier chez ceux qu'on appelle à métamorphose 
complète. Le jeune (la larve) est souvent un être actif, ver- 
miforme, vorace, carnivore môme; à l'dge moyen (la chry- 
salide), il devient semblable à une momie; c'est une sorte de 
ver presque destitué de mouvement, incapable de prendre 
aucune nourriture; à la fin de la vie, c'est un insecte actif 
et pourvu d'ailes. Quelquefois la larve est aquatique et Irès- 
vorace et l'insecte parfait est aérien et ne mange pas {h). 

Y a-l-il, dans les lois qui règlent la durée de la vie des 
animaux, rien qui puisse rappeler l'action des forces physi- 
ques? Est-ce que, au contraire, ce fait que certains animaux 
sont périodiques et liés au retour des saisons, tandis que 



(1) V. Harris, Insects iv jurions, etc., 2" édit., p. 180. 

(2) E. Herold, Teutschcr Raupen-Kalender. Nordhausen, 18/45. 

(3) L. Agassiz, Acalephs of North- America, p. 228. 

(4) Bunneister, Handbucli der Entomologie, etc. — Lacordaire, Introduc- 
tion à l'entomologie, etc. — Kirby et Spence, Inlrod. lo Entomology, déjà 
cité, où sont décrites les mœurs des insectes pendant leurs métamorphoses. 



■B génération ALTERNANTi:. 4Ô8 

I'aulres traversent toutes les phases de l'année sans en dé- 
)endre, n'indique pas bien que les uns et les autres sont 
ndépendanls de toutes ces influences désignées par l'expres- 
;ion commune de causes physiques? Cela n'esl-il pas rendu 
ivident encore, et de la façon la plus remarquable, par les 
;hangements extraordinaires qu'on vient d'indiquer et que 
ubit un même animal aux périodes diverses de sa vie? 
fest-cepas la preuve directe de l'intervention immédiate 
l'une puissance assez forte pour contrarier toutes les in- 
luences extérieures, régler le cours de la vie de chaque 
!lre, l'établir sur une base immuable et tracer le cercle des 
nétamorphoses de re?péce, sans que l'action ininterrompue 
les agents physiques puisse en rien déranger l'ordre régu- 
ier de ces phases naturelles? 

Il y a, toutefois, une autre conclusion encore à tirer de 
es faits. Ils révèlent une notion distincte du temps et de 
'espace, une appréciation de la valeur relative de laps de 
emps inégaux, une répartition inégale de périodes inégales, 
es unes courtes, les autres longues, qui ne peuvent être que 
'attribut d'un Être Pensant. 



XXI 

Génération alternante. 

Nombre d'animaux vont se développant graduellement, 
iepuisla formation première du germe jusqu'au terme natu- 
el de leur vie, et mettent au monde, chaque génération après 
autre, une progéniture qui, à son tour, reproduit avec une 
nvariable régularité les mêmes phénomènes. Mais il en est 
['autres qui se multiplient par des procédés divers, tantôt 
lar division ou bourgeonnement (1), tantôt par une série 

( l) Les zoologistes pourraient très-utilement consulter le mémoire de Braun, 
rccédemment cité, sur le bourgeonnemenl des plantes. Ils ont trop souvent 
onl'ondu le procédé de la multiplication par bourgeonnement ou par scission 
vec celui de la reproduction sexuelle, et cette confusion a déjà été cause de 
interprétation très-erronée de faits d'ailleurs bien connus. 



ikk DE l'espèce. 

étrange de générations dont chacune diffère de la précédente, 
et qui ne reviennent qu'indirectement au type initial. 

Chamisso et Sars furent les premiers à observer les faits 
qui ont conduit à la connaissance de ces phénomènes, au- 
jourd'hui désignés sous le nom de « génération alternante » . 
Après eux, Steenstrup en fit connaître, dans son célèbre 
mémoire sur ce sujet (1), l'enchaînement méthodique. Il 
n'y a pas de traité de Physiologie qui n'en contienne au 
moins un court résumé ; je n'ai donc pas besoin de les 
reproduire ici et je puis renvoyer tout simplement aux 
observations originales, dans lesquelles on trouvera tous les 
détails connus sur ce point (2). Voici ce qu'il y a à conclure 
de ces faits : En premier lieu, tel individu né d'un œuf peut 
différer de celui qui a pondu l'œuf et atteindre le terme de 
son existence, sans s'être modifié de manière à devenir 
un être semblable à celui qui l'a engendré (3). En second 
lieu, le produit issu d'un œuf peut croître et, en se mul- 
tipliant , donner naissance à une troisième génération , 
dont les individus sont tous semblables entre eux (Synco- 
ryne), ou sont de deux sortes (Campanulaires), ou même de 
plusieurs sortes et diffèrent tous considérablement l'un de 
l'autre (Hydractinie), sans que, dans aucun de ces cas, la 

(1) J. steenstrup, ouvrage cité p. 111, note 3. 

(2) Voyez les ouvrages cités plus haut, p. 111, note 3, et p. 113, note 1 ; 
voyez aussi, V. Carus, Zur ncihern Kennh^iss des Gencralionswechsels. Leipzig, 
18^9, in-8. — Einige Worle ilter Metamorphose uiid Generationsicechscl 
{Zeilschr. f. wiss. Zool., 1851, vol. UI, p. 359). — R. Owen, On Partheno- 
genesis, or the Successive Production of Procreating Individuals from a single 
Ovum. London, iShd, in-8. — On Metamorphosis and Metagenesis {Ann. 
and. Mag. Nat. Hist., 2^ sér., vol. VIII, 1857, p. 59). — V. Prosch, On Par- 
thenogenesis og Gcneralionsvexel et Bidrag til Generationslœren. Copenhague, 
1851. — R. Leuckart, Ueber Metamorphose, vngeschlechtliche Vermehrung, 
Generalionswechsel (Zeitschr. f. wiss. Zool., vol. Ill, 1851). — J. D. Dana, 
On the Analogy between the Mode of lieproduction in Plants and the'''- Alter- 
nation of Generations " observed in some Radiala {Amer. Journ. Sc. and Arts, 
2- sér., vol.X, p. 341). — C. G. Ehrenberg, Ueber die Formenbestdndighed 
und den Entivickelungskreis der organischen Forrnen {Monalsber . der Akad., 
Berlin, 1852, in-8). 

(3) Le polymorphisme chez des individus d'une même espèce ne s'observe 
pas seulement parmi les Acalèphes. Il se voit encore chez les Polypes vrais, les 
madrépores par exemple ; chez les Bryozoaires, les Ascidiens, les Vers, les 
Crustacés CLupea) et même chez les Insectes (abeilles). 



I 



GÉNÉRATION ALTERNAN rii. IZio 



gnée nouvelle ressemble à l'auteur commun. Aucun de ces 
idiYÎdus nouveaux n'a d'organes reproducteurs distincts, 
as plus du reste que le produit, né d'un œuf, dont ils 
érivent. Leur multiplication a lieu principalement par un 
rocédé de bourgeonnement. Les bourgeons conservent, en 
énéral, un lien avec le premier individu né d'un œuf, et fer- 
lent, en conséquence, des sociétés qui ressemblent à celles 
e certains polypiers. A leur tour, et dans certaines saisons, 
uelques-uns de ces bourgeons en produisent d'autres, 
l'une espèce entièrement différente, qui généralement se 
éparent de la souche mère, dès les premières phases de 
eur développement (les Syncorynes, les Campanulaires, etc. , 
». ex.). Ces derniers venus subissent une série de modifi- 
ialions, au bout de laquelle ils revêlent les caractères de 
'animal qui a originellement pondu l'œuf. Les organes de 
a reproduction se développent, ou mâles, ou femelles. Dés 
ors, parvenus à la maturité, ces êtres émettent de nouveaux 
eufs. D'autres fois, les bourgeons de cette espèce (Hydrac- 
inies) ne se séparent pas de leur souche, mais se flétrissent 
ur elle après avoir accompli toutes leurs transformations et 
troduit, en temps opportun, un certain nombre d'œufs (1) . 

Dans le cas des Méduses propres (2), le parent pond des 
eufs, d'où sortent des individus qui ressemblent à des Po- 
ypes. Ceux-ci ne lardent pas à se diviser, par une série 

étranglements en travers, en un certain nombre de 
isques, qui, après plusieurs changements successifs, fi- 
issent par former autant d'individus nouveaux, identiques 
vec le parent, sexués, mâles ou femelles, et capables à leur 
3ur de donner des œufs. Toutefois, les individus polypi- 
)rraes nés d'un œuf peuvent encore se multiplier par 
es bourgeons, chez lesquels s'opèrent les transformations 

(1) J'ai observé plusieurs combinaisons d'un caractère analogue chez les 
rdr jïdes médusoires et je les ai décrites ailleurs. Il m'est impossible d'en 
rler ici, c;ir je ne pourrais le faire sans recourir au dessin. Le cas de l'hydrac- 
lie n'est pas représenté avec une exaclilude absolue dans les ouvrages où cet 
imal a clé décrit. Quant aux physalics el aux autres siphonophores, voyez les 
vraj;es cités précédemment p. 111, note 3. 

(2) Voyez Siebold et Sars, ouvrages cités, p. IM, note 3. 
AGASSIZ. i 



IkQ DE l'espèce. 

qu'on vient de décrire. La souche elle-même ne meurt 
point et peut, elle aussi, se développer et passer par la répé- 
tition des mêmes phases. 

D'autres phénomènes du même genre et susceptibles de la 
même explication ont été observés dans d'autres classes. 
J. Millier (])a très-bien décrit la génération alternante des 
Echinodermes; Chamisso, Steenstrup, Eschricht, Krohn 
et Sars, celle des Salpes (2); Von Siebold, Steenstrup et 
d'autres, celles de certains Vers intestinaux (3). Le travail 
le plus important qui ait paru sur les métamorphoses des 
Acalèphes est celui de Haekel, sur la famille des Géryonides. 
Les monographies embryologiques publiées par mon fils 
sur tous les ordres des Echinodermes ont jeté un jour tout 
nouveau sur l'organisation et les affinités de ces animaux. 
J'en dirai autant de ses travaux et de ceux de Claparède sur 
les Annélides. 

La génération alternante diffère essentiellement de la 
métamorphose, et c'est en vain que plusieurs auteurs ont 
essayé d'identifier les deux choses. Dans la métamorphose 
comme on l'observe chez les Insectes, l'être né d'un œuf 
subit une transformation après l'autre, en succession directe 
et immédiate, jusqu'à ce qu'il acquière la forme définitive ; 
mais, si différent qu'il se montre aux diverses époques de 
sa vie, c'est toujours et constamment le même individu. 
Dans la génération alternante, l'animal né de l'œuf, au Ueu 
de parvenir par des changements successifs à revêtir le ca- 
ractère de son auteur, produit, au contraire, par bourgeon- 
nement externe ou interne, ou bien par scission, un certain 
nombre, parfois même un grand nombre d'individus nou- 
veaux, et c'est cette seconde lignée, entre l'œuf et laquelle 
il y a une génération, qui, en se développant, récupère les 
caractères du producteur de l'œuf. 

Il y a réellement une différence essentielle entre la repro- 
duction sexuelle propre au plus grand nombre des animaux 

(1) J. Millier, Uber den allgemeinen Plax, etc., cité p. 113, note \. 

(2) Voyez les ouvrages cités p. IIG, note 2. 

(3) Voyez les ouvrages cités aux pages 122, note 2, et 123, note 1. 




GÉNÉRATION ALTERNANTE. ikl 

t la multiplication des individus par d'autres procédés, 
ans la reproduction sexuelle ordinaire, chaque être nou- 
sau sort d'un œuf et acquiert par une suite régulière 
e modifications les caractères de ses parents. Mais, quoi- 
ue toutes les espèces animales se reproduisent par des 
îufs, et quoique dans chacune d'elles il y ait au moins un 
3rtain nombre d'individus, sinon tous, qui soient issus 
'un œuf, ce mode de reproduction n'est pas le seul. Nous 
enons de voir comment des individus nouveaux pouvaient 
rovenir de bourgeons et produire à leur tour des êtres 
îxués ; nous avons vu encore comment, par scission, des 
nimaux peuvent en produire d'autres qui diflérent d'eux 
ussi complètement que les êtres sexués dont il vient d'être 
uestion diiïèrent des bourgeons qui en lurent la souche. 
e ne sont pas là les seules combinaisons qui existent. Dans 
ss Polypes, par exemple, chaque bourgeon, qu'il se soit ou 
on détaché de la souche maternelle, se développe de suite 
our devenir un nouvel individu sexué, et, chez quelques 
5pèces qui se multiplient par scission, chaque être ainsi pro- 
uii, acquiert directement les caractères de ceux qui provien- 
ent immédiatement d'un œuf (1). Il y a, enfin, un mode de 
^production particulier à certains Insectes et suivant lequel 
lusieurs générations de femelles fécondes se succèdent l'une 
[l'autre avant que des mâles soient procréés (2). 

A quelle étonnante ampleur de vues peuvent donc at- 

indre les forces physiques? Quelle puissance de combinai- 
m doivent-elles avoir pour être ainsi capables d'enter une 
ussi grande complexité de modes de reproduction sur des 

ructures déjà si compliquées elles-mêmes !... Mais laissons 
ces vaines imaginations et envisageons sous tous leurs 

pecis les phénomènes merveilleux dont il vient d'être 

(1) Milne Edwards, Rech. anat. cl zool. faites pendant un voyage sur les 
les de Sicile, 3 vol. in-i, fig. 

(2] Cil. Donnct, Traité d'Jnseclologic. Paris^ 1745. — Owcn, Parlheno- 
ne is, déjà cité, et Siebold, Walirc Parthenogenesis, cité flan.s la section pré- 
deiite. — Les phénomènes partiiénogénésiques ont été étudiés avec beaucoup 
soin dans ces derniers temps. Les travaux les plus importants sont dus à 
A. Siebold, Lcuckart et Huxley. 



IZlS DE L'ESPËCE. 

question. De quelle lumière n'éclairent-ils pas le problème 
de l'influence des forces brutes sur les êtres organisés! 
Voilà des animaux doués de la faculté de se multiplier par 
les moyens les plus extraordinaires; chaque espèce produi- 
sant de nouveaux individus de sa propre espèce qui diffè- 
rent au plus haut degré de leurs parents. Ne semblerait-il 
pas, à première vue, que nous ayons sous les yeux une 
représentation parfaite des procédés au moyen desquels les 
diverses espèces d'animaux ont pu sortir les unes des autres 
et accroître le nombre des types existant à l'origine?-.. 
Non, sous l'arbitraire apparent de ces transformations, que 
révèlent les faits en définitive? Ceci : tous ces changements 
sont les termes intermédiaires d'un cycle qui se clôt, finale- 
ment, à un instant précis, aussi rigoureusement que dans le 
cas où le produit ressemble, de suite et pour toujours, à ses 
parents, dans toutes les générations qui se succèdent. Ici 
donc, comme partout dans le règne organique, ces variations 
ne sont que les phases successives d'un cycle rigoureuse- 
ment déterminé et qui revient toujours au type d'où il est 
parti. 

XXII 

Succession des animaux et des plantes dans les temps 
géologiques. 

Il ne semble pas que les géologues apprécient bien et 
dans toute leur étendue les rapports compliqués, existant 
entre les animaux ou les plantes dont on retrouve lesresto 
aux divers étages des formations géologiques. Loin de moi 
la pensée de dire que les travaux consacrés à l'examen des 
caractères botaniques ou zoologiques de ces restes ne sont 
pas remarquables, par l'exactitude autant que par l'ingé- 
niosité. Tant s'en faut; j'ai moi-môme dévoué la meilleure 
partie de ma vie à l'étude des fossiles et j'ai appris de bonne 
heure, par la difficulté même inhérente à celte étude, à a[)- 
précier hautement l'habileté merveilleuse, les puissante- 



SÉRIE DANS LE TEMPS. 149 

acuités inleliecluellcs et l'érudition vaste déployées par 
luvier et ses continuateurs, dans leurs recherches sur les 
iunes et les flores des temps passés (1). Je ne peux cepen- 
ant pas cacher l'étonnement où me jette la puérilité des 
iscussions auxquelles certains géologues se laissent encore 
nlraîner, en présence de cette immense collection de faits 
ien établis que possède la science moderne. C'est à peine 
ils ont appris à reconnaître qu'il existe, dans la succession 
es espèces innombrables aujourd'hui éteintes, un ordre 
éfini. Quant au reste, il semblerait en vérité qu'ils n'aient 
imais ouï dire un mot des rapports qu'il y a entre cette 
radation et les autres traits généraux du règne animal, ni 
e ce grand fait que le développement de la vie est le trait 
roéminent de l'histoire de notre globe (2). Peut-être pen- 
înt-ils que ce n'est là qu'une spéculation vague, plausible 
gut-être, à coup sûr peu digne de l'attention du savant qui 
en tient à sa fonction. 

Comme science, il est vrai, la Paléontologie date d'hier. 
Ile a eu à tracer sa voie en luttant contre l'opposition infa- 



(1) G. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles des quadrupèdes, etc. 
iris, 1812, 4 vol, in-4; nouv. édit., 1821-23, 5 vol. in-li; 4« édit., lOvol, 
-8,- etc., 2 vol., jil. in-4. — James Sowerby, The Minerai Conchology of 
real Britain. Londres, 1812-19, 6 vol. in-8, fig. — E. F. v. Schlottheim. 
le Pctrefaclenkunde, etc. Gotha, 1820, in-8, fig. — J. B. de Lamarck, 
én.oires sur les fossiles des environs de Paris. Paris, 1823, in-/), fig. — 

A. Goldfuss, Petrefacla Germaniœ. Diisseldorf, 1826-33, in-fol., fig. — 
ispar, M. Gr. v. Slernberf, Versuch einer geognostisch-botanischen Darstel- 
ng der Flora der Vorwelt. Leipzig und Prag, 1820-38, in-fol., fig. — 
\. Brongniart, Prodrome d'une histoire des végétaux fossiles. Paris, 1818, 
voL in-8. — Histoire des végétaux fossiles. Paris, 1 828-43, 2 vol. in-h, 
;. — i. Lindley and W. Hutton, The Fossil Flora of Great Britain. Londres, 
131-37, 3 vol. "in- 8. — H. R. Gôppert, Systema Filicum fossilium. Vratisl. 
Boiina), 1836, in-4, fig. — Die Gattungen der fossilen Pflanzen, verglichen 
it denen der Jelztwelt, etc. Bonn, 1841-48^ in-/i, fig. — Monographie der 
mien Coniferen. Dusseldorf, 1850, in-4, fig. — Pour la description des 
pèces, voyez H. G. Bronn, Index palœontologicus. Stuttgart, 1848-49, 
vol. in-8. — Chr. Kcferstcin, Geschichto nnd Literatur der Geognosie. 
die, 1840, 1 vol. in-8. — Vie. d'Archiac, Histoire des progrés de la géologie, 
xh, 1847 et suiv., 4 vol. in-8-, et les Bulletins, Revues, Mémoires des 
ciétcs géologiques de Londres, Paris, Berlin, Vienne, les journaux de 
iOnhard, de Bronn, etc. 

(2) L. Agassiz, Geological Times, déjà cité. — Dana, AdrCss to the Amer. 
îsoc. for Adv. Se, 8* réunion tenue à Providence, 1855. 



150 DE l'espèce. 

tigable et incessante de l'ignorance et des préjugés. Ce qu'il 
a fallu de travail et de patience pour faire admettre ce seul 
fait que les fossiles sont bien positivement les restes d'ani- 
maux ou de plantes ayant réellement vécu autrefois (1) 
sur la terre; ceux-là seuls le savent à qui l'histoire de la 
science est familière. Il fallut prouver ensuite que ce n'é- 
taient pas les ruines ou les débris laissés par le déluge de 
Moïse, car pendant quelque temps cette opinion prévalul 
parmi les savants eux-mêmes (2). Enfin Cuvier démontra, de 
manière à ne laisser aucun doute, que ces débris provenaieni 
d'animaux depuis longtemps disparus. De ce jour-là, la Pa- 
léontologie acquit une base solide. Mais quel effrayant labeui 
fut ensuite nécessaire pour déterminer, sur des preuves di- 
rectes, soit le mode de distribution de ces restes dans l'épais- 
seur de l'écorce solide du globe, soit les différences qu'ils 
présentent dans des formations, successives (3), ou leur dis- 

(1) Ag. Scilla, La vana spectdazione dezingannata dal senso. Naples, 1670 
in-4, fig. 

(2) J. J. Scheuchzer, Homo diluvii testis et ©coracn-o?. Zurich, 1726, iii-4.-i 
W. Buckland, Reliquiœ Diluvianœ, ou Observations on the organic Bemam 
attesting the Action of an Universal Deluge. Londres, 1826, in-i, lig, 

(3) Pour les fossiles des formations les plus anciennes, voyez les ouvrage 
cités section VII, et F. Me. Coy, Synopsis of the silurian Fossils of Ireland 
Dublin, 18^6, in-i, fig. — H. D. Geinitz, Die Versteinerungen der Grauwac 
kenformation. Leipzig, 1850-53, in-4. — Pour les renseignemenls sur li 
géologie locale, voyez la liste complète des Mémoires sur la géologie de l'Union 
donnée par J. Marcou dans son Résumé explicatif d'une carte géologique da 
Étals-Unis (Bull. Soc. géol. de France, Paris, 1855, 2' sér., vol. XII). - 
Pour le sj/s/cme dévonien, voy. J. Phillips, Figures and Descriptions of th 
Pahfosoic Fossils of Cornwall, Devon, and West Somerset, etc. Londres 
18^1, in-8. — Vic. d'Archiac et Ed. de Verneuil, Mémoires on the Fossils a 
the Older Deposits in the Rhenish Provinces. Paris, 1842, in-/i, fig. — G. et Fr 
Sandberger, Systematische Beschreibung und Abbildung der Versteinermuic^ 
des Rheiiiischen Schichtensy stems in Nassau. Wiesbaden, 1850-5i,-in-/i, 
— Pour la période carbonifère : i. Phillips, Illustralions of the Geoloii] 
Yorkshire. Londres, 1836, 2 vol. in-û, fig. — L. de Koninck, Description 
animaux fossiles qui se trouvent dans le terrain houiller de la Belgi:, 
Liège, 18/42, 2 vol. in-i, fig., suppl., etc. — Fr. McKoy, Synodsis of th 
Carboniferous Fossils of Ireland. Dublin, 1844, in-4, fig. — E. Fr. Genimr 
Die Versteinerungen des Steinhohlengebirges. Halle, 1844-53, in-fol., fig. 
H. B. Geinitz, i)!e Versteinerungen dor Sleinhohlenformation . Leipzig, is 
ia-fol., fig. — Pour le système permien : A. Quenstedt, Ueber die Idenian 
der Petriflcate des Thunngiscken und Englischen ZechUeins {Wiegmann' 
Arch., 1835, t. I, p. 75). — H. B. Geinitz et A. Gutbier, Die Versteinerung& 



SÉRIE DANS LE TEMPS. 151 

tribution géographique; ceux-là seuls peuvent s'en faire 
une idée exacte qui ont mis la main à l'œuvre (1) ! Et 
pourtant, aujourd'hui encore/^combien de questions restent 
sans réponse ! 

des Zechsteingebirges, etc. Dresden, 1849, in-4, fig. — W. King, Monograph 
of the Permian Fossils of England IPalœont. Soc). Londres, 1850, in-4, fig. 

— J. C. Swalow ct F. Hawn, The Rocks of Kansas, with Descriptions of New 
Permian Fossi's, par J. C. Swallow (Trans. Ac. Sc., Saint-Louis, 1858). — 
Pour le trias : Fr. v. Albert!, Beilrag zur einer Monographie des bunlen 
Sandsleins, Mushelkalks, und Keupers. Stuttgart et Tubingen, 1834, iu-8. — 
Pour le système jurassique : J. Phillips, Illustrations of the Geology of York- 
shire. York, 1829, vol. I, in-4, fig. — G. G. Pusch, Polens Palœonlologie, etc. 
Stuttgart, 183G, in-/i, fig. — Fr. A. Riimer, Die Versteinerungen des Nord- 
deutschen Oolithen Gebirges. Hanovre, 1836, in-4, fig. — C. H. v. Zieten, Die 
Versteinerungen TFiirfemfcerôfS. Stuttgart, 1830-34, in-fol., fig. — Ale. d'Orbi- 
gny. Paléontologie française. Paris, 1840-53, in-8, fig. — J. Morris, ct 
J. Lycett, MoUusca from the Great Oolite (Paieront. Soc). Londres, 1850-55, 
in-4, fig. — Pour la période crétacée : S. G, Morton, Synopsis of the Remains 
of the Cretaceous Group of the United Slates. Philadelphia, 1834, in-8, fig. 

— Ale. d'Orbigny, Paléontologie française. — H. Br. Geinitz, Charakleristik 
der Schichten und Petrefakien des Kreidegebirges. Dresden, 1839-42, in-4, 
fig. — F. J. Pictet et W. Roux, Description des fossiles qui se trouvent dans 
les grès verts des environs de Genève (Mém. Soc. Phys., e/c, Genève, 1847-52, 
Vil. XII et XIII). — F. A. Romer, Die Versteinerungen des norddeulschen 
K/eidegebirges. Hanovre, 1841, in-4, fig. — Die Kreidebildungen von Texas. 
Bonn, 1852, in-4, fig. — A. E. Reuss, Die Versteinerungen der bOhmischen 
Kreide formation. Stuttgart, 1845-46, in-4, fig. — Jos. Millier, Monographie 
der Petrefacten der Aachener Kreideformation. Bonn, 1851, in-4, fig. — 
D. Sharpe, Fossil Remains of Mollusca found in the Chalk of England (Pa- 
hvont, Soc). Londres, 1854, in-4, fig. — James Hall el F. B. Meek, Descrip- 
Ihms of Neio Species of fossils from the Cretaceous Formations of Nebraska 
(Mem. Amer. Akad., 1856, vol. V). — Pour le «era'aire : G. B. Brocchi, 
Conchiologia fossile subappenniua. etc. Milan, 1814,-43, 2 vol. in-4, fig. — ■ 
G. P. Deshayes, Descriptton des coquilles fossiles des environs de Paris, 1824-37, 
3 vol. in-4, atl. — H. G. Bronn, Italiens Tertifirgebilde. Heidelberg, 1831, 
in-8. — I. Len, Contributions to Geology. Philadelphia, 1833, in-8, fig. — 
T. A. Conrad, Fossil Shells of the Tertiary Formations of North America. 
Philadelphia, 1832-36, in-8, fig. — Dr. Grateloup, Conchyliologie fossile du 
bassin de l'Adour,ctc Bordeaux, 1838, in-S, fig. — Ph. Matheron, Catalogue 
méthodique et descriptif des corps organisés fossiles, etc. Marseille, 1842, in-8. 
— G. c. Berendt, Organische Reste im Bernstein. Berlin, 1845-54, in-fol., 
fig.— S. V. Wood, Monograph of the Crag Mollusks (Palii'ont. Soc), 1848-50, 
ir;-4, fig. — F. E. Edwards, Eocene Mollusca (PaUronl. Soc). Londres, 
1849-52, in-4, fig. — M. Hdrness, Die Fossilen Mollusken des Terliilr-Beckens 
von Wien. Vienne, 1851, in-4, fig. — E. Beyrich, Die Conchylien des nord- 
dtutschen Tertilir gebirges. Berlin, 1854-57, in-8, fig. — M. Tuomey et 
Fr. S. Holmes, Fossils of South Carolina, Charleston, 1855-57, in-4, fig. 

(1) L. v. Buch, Pétrifications recueillies en Amérique, par M. Alex, de 
Humboldt et par M. Ch. Degenhard. Berlin, 1838, in-fol., fig. — Aie. d'Orbi- 
gny, Voyage dans l'Amérique méridionale, etc. Paris, 1834-43, 7 vol, in-8, 



152 DE l'espèce. 

Un point, cependant, est irrévocablement acqnis. A chaque 
grande ère géologique (1), il a existé un certain ensemble 
d'animaux et de plantes, et cet ensemble a présenté des dif- 
férences essentielles à chaque période. Par période, j'en- 
tends les plus petites subdivisions reconnaissables dans les 
couches successives d'assises et de roches qui constituent 
l'écorce stratifiée de notre globe ; le nombre s'en accroît 
chaque jour, à mesure que les investigations gagnent en 
précision et en étendue (2). Ce qu'il reste à déterminer 
avec une rigueur de plus en plus grande, ce sont les affi- 
nités vraies de ces êtres passés avec les plantes ou les ani- 
maux actuels et les rapports que ceux d'une période donnée 
avaient, soit entre eux, soit avec ceux des époques conliguës ; 
ce sont les limites exactes de ces grandes ères du dévelop- 
pement de la vie, le caractère des changements successifs 
subis par le Règne animal, l'ordre spécial de succession des 
représentants de chaque classe (3); c'est, enfin, leur com- 

atl. in-li. — Vie. d'Archiac, et J. Haime, Descriplion des animaux fossiles du 
groupe nummulilique de l'Inde. Paris, 1853, in-à, fig. — F. S. Leuckart, 
Ueber die Verbreitung der ubriggebliebenen lieste einer vorweltlichen Schop- 
fung. Fribourg, 1835, in-li. 

(1) Traites de géologie : Sir H. T. De la Bêche, Geological Manual. Londres, 
1833, i vol. in-8, Irad. franc, par Brochant de Villers. — The Geological 
Observer. London, 1851, in-8. — Sir G. Lyell, Mammal of Elementary Geo- 
logy. Londres, 1851, 1 vol. in-8. — Principes of Geology, etc. Londres, 
1830, 2 vol. in-8; 8'= edit., 1850, 1 voL in-8. — C. Fr. Neumann, Lehrbuch 
der Geognosie. Leipzig, 1850-54, 2 vol. in-8, atl. in-4. — C. Vogt, Lehrbmh 
der Géologie und Petrefaklenkundc. Braunschweig, 185.'t, in-8, 2 vol., 
26 edit. — Traités sur les fossiles : H. G. Bronn, Lethœa Gcognostica. Stutt- 
gart, 1835-37, 2 vol. in-8, atL in-fol., 3" édit. avec Fr. Rocmer, 1846. — 
F. J. Pictet, ■ Traite' élémentaire de paléontologie, etc. Paris, 1844-45, 4 vol. 
in-8, fig; 2« édit., 1853, in-8, atlas in-4. —Aie. d'Orbigny, Cours élémen- 
taire de paléontologie. Paris, 1852, 3 voL in-12. — E. G. Giebel, Fau7ia der 
Vorwelt. Leipzig, 1852, 2 vol. in-8. — Allr/emeine Pala'onlologie. Leipzig, 
1852, 1 vol. in-8. — F. A. Quenstedt, llandbuch der PetrefaLtenhunde. 
Tiibingen, 1852,iii-8, fig. 

(2) On n'a d'abord distingue que trois grandes périodes : primaire, secon- 
daire, tertiaire; ensuite on en a reconnu six ou sept (De la Bêche); |ilus 
tard on en a admis dix ou douze. Aujourd'hui le nombre en est à peu prés 
indéfini ; il reste indéterminé dans l'état actuel de nos connaissances, et quel- 
ques géologues voudraient ne considérer que comme des subdivisions d'une 
longue période ce que les paléoaitologistes tendent à regarder counnc des pv 
riodes distinctes. 

(3) Los principales monographies relatives à des classes spéciales ou à di 



I 



SÉRIE DANS LE TIMPS. 



binaison en faunes distinctes durant chaque période, sans 
parler des causes ou tout au moins des circonstances sous 
lesquelles ces changements ont pu se produire. 



familles sont les suivantes : Polypes et Infusoires, — H. Michelin, Iconographie 
zoophylologiqus, Paris, 1841-Ï5, in-4, fig. — H. Milne Edwards etJ. Hainie, 
Recherches, etc. — Polypiers fossiles des terrains paléozoïques (Arch. Mus., 
vol. V). — Monograph of the Brilish Fossil Corals [Palœont. Soc, London, 
4850-55, in-4, lig.). — W. Lonsdale, On the Corals from the Tertiary For- 
mations of North America [Juurn. Geol. Soc, t. I, p. 495; SilL. Journ., 
2"^ sér., t. IV., p. 357). — Fr. Mc Coy, Contributions to lirilish Pahcontology. 
Cambridge, 1854, 1 vol. in-8, fig. — C. G. Elirenberg, Mikrogcologie. Leipzig, 
1854, in-t'ol. fig. — Échinodermes. — J. C. Miller, A Natural History of 
the Crinoidea. Bristol, 1821, in-Zi, fig. — Ale. d'Orbigny, Histoire naturelle 
generate et particulière des Crinoïdes vivants et fossiles. Paris, 1840, in-4, lig. 

— Th. and Th. Austin Jr., Monograph of liecent and Fossil Crinoidea. Bristol, 
iii-4, lig. (sans date). — J. Hall, Pahconl. of New-York. — G. A. Goldfuss, 
Pelrcf. Germ., déjà cité. — L. De Koninck et H. Lehon, Recherches sur tes 
Crinoides, etc. Bruxelles, 1854, in-4, fig. — D. D. Owen, and B. F. Shumard, 
Vescription of new Species of Crinoidea {Journ. Ac. Nat. So., Philad., 1850, 
in-4, fig.). — E. Sismonda, Monographia degli Echinidi fossili del Piemonte. 
Torino, 1840, in-4, fig. — C. Des Moulins, Éludes sur les Échinides. Bor- 
deaux, 1835-37, in-8, fig. — L. Agassiz, Monogr. Echin., déjà cité. — 
Catalogue raisonné, etc., déjà cité. — Je cite ce mémoire sous mon nom seul; 
le nom de M. Desor, qui a été ajouté au mien, l'a été sans aucun droit. M. Desor 
lit cette addition après que j'eus quitté l'Europe, non-seulement sans mon au- 
torisation, mais môme sans m'en prévenir, et je ne l'appris qu'une année après. 
Les genres Gon«oc(daîîs, Mespilia, liclelia, Lenila, Gualtcria, Lovenia, Brey- 
nla, qui portent son nom, devraient porter le mien, car c'est moi qui les ai établis 
et nommés pendant que M. Desor voyageait en Suède. Il se les est appropriés, 
sans le moindre droit, par un simple trait de plume, en portant mon manuscrit à 
l'nnpresfiion. Combien d'espèces il s'est attribuées de la même façon, c'est ce 
que je ne puis dire. Comme l'ouvrage imprimé et un mémoire présenté par moi 
à l'Académie des Sciences de Paris, en 184(5, fournissent à quiconque est familier 
avec la nomenclature zoologiquc la preuve intrinsèque de ce que j'avance, — par 
exem|)le, mon nom conservé comme autorité pour les espèces des genres Mespilia, 
Lsnila, Gualtcria et Ureynia, tandis que ces genres portent le nom de M. Desor, 

— je n'ai pas besoin d'insister sur ce sujet. C'est un des cas de plagiat le plus 
cxtraoïdinaires que je connaisse. — E. Desor, Synopsis des Echinides fossiles. 
(Paris, 1854-5G, in-8; fig., en partie tiré de mon catalogue, avec additions et 
figures). — L. v. lîuch, Ueber dis Cystidcea. ISerlin, 1844, in-4, fig. (^Ifc. d. 
Wiss.). — J. Millier, Ueber den liau der Echinodermen. Berlin, 1854, in-4, 

%. — F. Bocmcr, L'e'xr Slephanocrinvs, etc. [Wiegm. Arc. 1850, p. 3(35). 

— Monographie der fossilen Crinoidenfamilie der Hlastoidecn, etc. {Wiegm. 
Arch., 1851, p. 323. — Ed. Forbes, Echinodermala of Die British Tcrliaries 
(PaUcont. Soc. 1852, in-4, fig.). — Mcm. of the Geol. Surv. of the Unit. 
Kingdom (London, 1849, in-8, fig. Dec. 1, 3, 4). — Mollusques. — G. P. Des 
H.iyes, Traité élémentaire de Conchyliologie, etc. Paris, 1835-39. 2 vol., in-8, 
fig. — Description des cuqmlles airactérisliques des terrains, Paris, 1831, in-8, 
fig. — S. P. Woodward, A Manual of the MoUusca, etc. London, 1851-54, 
in-r2, fig. — F. V. llagcnow. Die Uryozoen der Maastrichter Kreideforma- 



154 DE l'espèce. 

Avant de pouvoir établir une comparaison entre l'ordre 
de succession des animaux des âges anciens et certains traits 

lion. Cassel,1851, in-h, fig. — C. Des Moulins, Essai sur les Sphéruîiles {Bull. 
Soc. Lin,, Bordeaux, 1827). — 0. R. du Roquan, Dcscripiion des Coquilles 
fossiles de la famille des Rudisles, etc. Carcassonne, 1841, in-4, fig. — 
Fr. W. Hoeningaus, Monographie der gallung Crania. Dusseldorf, 1828, in-Zi, 
fig. — L. V. Buch, Ueber Terebraleln, etc. Berlin, 1834, in-4, fig. {Akad. d. 
Wiss). — Ueber Produclus iind Leptœna. Berlin, 1842, in-4, fig. {Akad. d. 
Wiss). — Th. Davidson, Brilish Brachiopcda [Palœont. Soc, London, 1851-50, 
in-4, fig.j. — L. de Koninck, Recherches sur les animaux fossiles. Liège, 1847, 
in-4, fig. — L. Agassiz, Etudes crit., déjà citées. — A. Favre, Observations sur 
les Diceratos. Genève, 1843, in-4, fig. — L. Bellardi et G.Michellolti, Saggio 
urillografico sulla classe del Gasteropodi fossiU. Torino, 1840, in-4, fig. — 
W.de Haan, Monographiœ Ammonileorum et Goniatileorum Specimen (Lug- 
duni Batav., 1825, in-8. — M. v. Buch, Ueber Ammonîien, uber ihre Son- 
derung in Familien, etc. Berlin, 1832, in-4, fig. (Ak. d. Wiss). — Ueber 
Goniolilen und Clymenien in Schlesien. Berlin, 1839, in-4, fig. {Ak. d. Wiss). 

— Gr. V. Munster, Ueber Gonialilen und PlanuUten im Uebergangkalk, etc. 
Baireuth, 1832, in-4, fig. —Pli. L. Voltz, Observations sur les Bétemniles, Paris, 
1830, in-4, fig. — F. A. Quenstedt, De Notis Naulilorum primariis, etc. Berlin, 
1834, in-8. — Crustacés : Al. Brongniart et A. G. Desmarest, Histoire naturelle 
des Trilobites, etc. Paris, 1822, in-4, fig. — J. \V. Dalman, Ueber die Palœaden 
oder die sogenannten Trilobiten {a d. Schwed., Niirnberg, 1828, in-4, fig. 

— J. Green, A Monograph of the Trilobites of North America, etc. Philadel- 
phia, 1833, in-8, fig. — H. F. Emmerich, De Trilobitis. Berlin, 1839, in-8, 
fig. — Zur Nalurqeschichte der Trilobiten, Meiningen, 1844, in-4. — 
H. HurmeÀsier, Die Organisation der Trilobiten. Berlin, 1843, in-4, fig. (/{ay. 
Society). — E. Beyrich, Ueber einige bohmische Trilobiten. Berlin, 1845, in-4, 
2*= part., 1846, in-4. — A. J. C. Corda et Ig. Hawle, Prodrom einer Mono- 
graphie der bithmii^chen Trilobiten. Prag., 1848, in-8. fig. — J. Barrande, 
Siisl. Sil., déjà cité. — .J, V/. Salter, in Mem. Geol. Surv., etc., Dec. 2. — 
Gr. (i. V. Munster, Beitrdge zur Pelrefaldenkunde. Beyrouth, 1839, in-4, 2" 
fasc, fig. — H. V. Meyer, Neue Gattungen fossiler Krebse, etc. Stutlgard, 
1840, iii-4, fig. — L. de Koninck, Mémoire sur les Crustacés fossiles de Bel- 
gique. Liège, 1841, in-4, fig. — J. Cornuel, Description des Enlomostrac, s 
fossiles, etc. {Mém. Soc. gcol. de France, 2" sér. , vol. I, part. 2*^, Paiis, 
1846, in-4, fig.). — Bosquet, Descr/p'ion des Enloinoilracés fossiles de la craie 
de Maeslricht {Mém. Soc. Roy. de Liège, 1847, in-8). — T. R. Jones, The 
Enlomostraca of the Cretaceous Formation of England {Palœont. Soc, London, 
1848, in-4, fig.). ■ — Ch. Darwin, Fossd Cirripedia {Palœont. Soc), Londres, 
1851-54, in-4, fig. — b>sectes : P. B. Brodie, History of the Fossil Insects of 
the Secondary Rocks of England. London, 1845, in-8. — O.Heer, Die Insekten- 
fauna der Tertiiirgebilde von Oeningen und von Radeboy. Leipzig, 1853, in-4, 
fig. — 0. Heer et A. Escher v. der Linlli, Zwei geologische Vorlriige, etc. 
(A'. Denk., Helv. Geselsch, Zurich, 1852, in-4). — Poissons : L. Agassiz, 
Rech. s. les poiss. foss., déjà cité. — Sir Phil. Egerion, A systematic and, 
Stratigraphical Catalogue of the Fossil Fishes, eic. London, 1837, in-4, 2 edit. 
— On some new Ganoid Fishes {Proc. Geol. Soc. , London, IV, p. 183). — 
On some New Species of Chimœroid Fishes (Ibid., p. 153 et 211), voyez aussi ; 
Trans. Geol. Soc. Lond. , Journ. Geol. Soc. ; Ann. and Mag. Nat. Hist., et 
Memoirs of the Geol. Sur. of the United Kingdom). — F. J. Piclet, Poissons 



SÉRIE DANS LE TEMPS. 155 

saillants du règne animal, j'ai, sur ce point, encore quelques 
remarques à faire. Heureusement, je puis être court. Nous 

fossiles du mont Liban. Genève, 1850, in-li, fig. — J. J. Heckel, Beilrlige zur 
Kennlnis derfossilen Fische Oeslerreichs. Wien, 1849, iu-4, fig. — R. W. Gibbes, 
Monograph of the Fossil Squalidœ of the Uniied Slates {Journ. Acad. Nat. 
■S'c, Philadelphia, I8à8-lid, in-4, fig-.). — Keiv Species of Myliobates (Ibid., 
1849, p. 299. — F. McCoy, in Sedgwick and McCoy's British Palmoz. Rocks, 
déjà cité. — J. S. Newberry, Fishes of the Carbonif, Deposits of Ohio {Proc. 
Ac. Nat. Sc, Philadelphia, 1856). — Reptiles .• G. Cuvier, Rech. Oss. foss. 
— G. Fr. Jaeger, Ueber die fossilen Reptilien wolche in Wurtemberg auf- 
gefunden worden sind. Stuttgart, 1828, in-4, fig. — Et. Geoffroy Saint-Hilaire, 
Recherches sur les grands Sauriens, etc. Paris, 1831, in-4, fig. — Eud. Des- 
longchamps, Mém. sur le Poecilopleuron Bucklœndi. Caen, 1837, in-/i, fig. — 
H. G. Bronnund J. .1. Kaiip, Abhandlungen iiber die Gavialariigen Reptilien. 
Stuttgart, 1842, in- fol., fig. — A. Goldfuss, Der Schtidelbau des Mosasaurus 
{N.Âct. Ac. Nat. Cur., 1H44, ia-4. fig.). — E. d'Alton und H. Burmeister, Dec 
fossile Gavial von Roll. Halle, 1854, in-fol. , fig. — H. Burmeisler, Die 
Labyriiithodonten, Berlin, 1850, in-4, fig. — A. Quenstedt, Die Mastodon- 
saurier sind Batrachier. Tubingen, 1850, in-4, fig. — R. W. Gibbes, A Memoir 
on Mosasaurus and three new Genera, etc. Smilhson, Conlrib., 1851, in-4, 
fig. — H. V. Meyer, Zur Fauna der Voncelt. DieSaurier des Muschelkalkes, etc. 
Frankfurt a M., 1845-52, in-fol. — H. v. Meyer und Th. Plieninger, Beitrcige 
zur Paléontologie Wurlembergs. Stuttgart, 1844, in-4, fig. — R. Owen, 
Report on British Fossil Reptiles {Brit. Ass., 1839, p. 43; 1841, p. 60). — 
Fossil Replilia of the London Clay (Palœont.Soc. , London, 1849, in-4, iig.). — 
Fossil Replilia of the Cretaceous Formation {Pakcontol. Soc, London, 1851, 
in-4, fig.). — Fossil Replilia of the Wealden Formation {Palœont. Soc, London, 
1852-55, in-4, fig.). — I. Lea, Una Fossil Saurian of the New Red Sand- 
stone, etc. Philadelphia, 1852, in-4, fig. — Jos. Leidy, Description of Extmct 
Mammalia and Chelonia [ram Nebraska Territory, in D. D. Owen, Giol. Surv. 
of Wisconsin, Iowa, Minesota, etc. Philadelphia, 1852, in-4, fig. — On 
Bathygnathusborealis, an extinct Saurian (Journ. Ac. Nat.Sc. Philad., 1854, 
in-4, fig.). — Description of a Neiv Species of Crocodile, etc. (Ibid., 1851). — 
Jeffr. Wyman, On some remains of Batrachian Reptiles discovered in the Coal 
Formation of Ohio {Anwr. .lourn., 1858, vol. XXV, p. 158). — - Oiseaux ; 
Pi. Owen, History of British fossil Mammalia and Birds. London, 1844-46. 
1 vol. in- 8, fig. — Fossil Birds from the Wealden {Journ. Geol. Soc, H, 
]). 96). — Memoir on the Dinornis (Trans. Zool. Soc, vol. Ill, p. 3, London, 
1844, iii-4, fig.). — Mammifères : G. Cuvier, Oss. foss. — W. Ikickland, Rel. 
Diiuv. — -Ducr. de Blainville, Ostéogr. ou Descr. iconographique comparée du 
squelette, etc Paris, 1841 et suiv., in-4, atlas in-fol. — J. J. Kaup, Descrip- 
tions d'ossements fossiles de Mammifères inconnus. Darrnstaiit, 1832-39, in-4, 
jig. — K. Owen, Odontography, or a Treatise on the Comparative Anatomy 
of the Teeth. London, 1840-41, 3 vol. in-8, fig. —Brit. foss. {Mam. and 
Rirds, déjà cilc). — The Fossil Mammalia of the Voyage of II. M. S. Beagle. 
London, 1838, in-4, fig. — Description of the Skeleton of an extinct gigantic 
Sloth, Mylodon robustus. London, 1842, in-4, fig., et divers mémoires dans 
les revues spéciales. — P. C. Schmerling, Recherches sur les ossements fossiles 
des cavernes de Liège. Liège, 1833-36, 2 vol. in-4, fig. — Croizet et Jobert, 
Recherches sur les ossemenls fossiles du département du Puy-de-Dôme. Paris, 
1828, in-fol., fig. — H. v, Meyer, Zitr Fauna, etc. — Die fossilen Zaluieund 



156 DE l'espèce. 

possédons en effet un Traité de Paléontologie (1), dispose 
suivant l'ordre zoologique, et dans lequel on peut voir, d'un 
coup d'œil, comment les représentants de chaque classe du 
règne animal sont distribués dans les formations géologiques 
qui se succèdent. Ce coup d'œil rapide suffit pour qu'on 
s'aperçoive que certains types dominent pendant quelques 
périodes et disparaissent entièrement dans d'autres. La dé- 
limitation est remarquable et s'étend à des classes entières 
parmi les Vertébrés. Dans les autres embranchements, elle 
n'atteint guère que les ordres ou les familles, si même elle 
ne s'arrête pas aux genres et aux espèces. Mais quelle que 
soit l'étendue qu'ils embrassent, dans le temps, on doit 
reconnaître maintenant que, pour tous ces types, il y a un 
parallélisme très-rigoureux entre leur ordre de succession 
et le rang relatif à assigner aux animaux du même type, 
actuellement vivants; — entre cet ordre et les phases du 
développement embryonnaire de ces mêmes types à l'heure 
présente; — et même entre cet ordre et le mode actuel de 
distribution à la surface du globe. Quelques exemples 
rendront les choses plus claires. Parmi les Echinodcrnies, 
les Crinoïdes sont, pendant une longue suite de périodes, 
les seuls représentants de leur classe ; après eux viennent 
les Astéries, puis les Oursins dont les plus anciens appartien- 
nent aux types Cidaris et Echinus; plus tard, les Clypeas- 
Iroïdes et les Spatangoïdes. On n'a pas encore trouvé la 
preuve de l'existence des Holothuries. Pour la classe des 
Crustacés, on peut comparer l'admirable travail de Bar- 

Knochen, in der Gegend von Georgensgniiind. Francfiirt a. M., 1834^ in-i, 
fig. — G. F. Jaeger, Die fossilen Saugethicre Wurlembcrgx. Sluttgard, 1835- 
39, in-fol. fig. — H Falconer and P. T. Cautley, Fauna anliqua Sivalensis, etc. 
London, 1846, in-fol., fig. — P. Gervais, Zoologie el Paléontologie françaises, 
Paris, 18/18-52, in-4, fig. — J. Miiller, Ueber die fossilen Re<te der Zeuglo- 
donlen, etc. Berlin, 1849, in~fol., fig. — J. Loconte, On Platigonus compres- 
sus {Mem. Amer. Acad. Arts and Se, 1848, in-4, fig.), — J. Wyman, Notice 
of the Geological Position o/' Castoroide Ohioensis, by J, Hall, and an Ana- 
tomical Description of the same (Boston, Journ. Nat. Hist., 18/|7, vol. V. 
p. 385, in-S, fig.}. — J. G. Warrcn, Description of a Skeleton of the Masloilon 
giganteus. Boston, 1852, in-4, fol. — J. Leidy, The Ancient Fauna of Ne- 
braska {Smilhson. Cont., Washington, 1852, in-i^ fig.). — Voy. sec. 22. 
(1) Le Traité élémentaire de Pictet, déjà cité. 



SÉRIE DANS LE TEMPS. 157 

rande (1) sur le système Silurien de la Bohême avec le mé- 
moire du comte Munster sur les Crustacés de Solenhofen (2) 
et l'ouvrage de Dcsmarcst sur les Crabes fossiles (3) ; on voit 
immédiatement que les Trilobites sont les seuls crustacés 
des roches paléozoïques les plus anciennes, tandis qu'il y a, 
à la période jurassique, une faune carcinologique entière- 
ment composée de Macroures, à laquelle furent adjoints les 
Brachyures, durant la période tertiaire. Les formations 
intermédiaires entre les roches paléozoïques les plus an- 
ciennes et le Jura contiennent des restes d'autres Ento- 
mostracés, et les plus récentes celles de quelques Macroures 
aussi. Dans ces deux classes, la succession des représentants 
dans les périodes diverses est en conformité avec leur rang- 
respectif tel qu'il est déterminé par les gradations de la 
structure. 

Parmi les Végétaux, les Fougères et les Lycopodiacées 
prédominent à la période carbonifère (4); à la période tria- 
sique, les Equisétacées (5) et les Conifères prévalent. Ce 
sont les Cycadées (0) et les Monocotylédonées qui l'empor- 
tent, dans les dépôts jurassiques; plus tard seulement les 
Dicotylédonées prennent le dessus. La représentation icono- 
graphique de la végétation des anciens âges a, dans ces der- 
niers temps, dépassé de beaucoup en exactitude toutes les 
tentatives faites pour représenter les traits caractéristiques 
du monde animal, aux différentes périodes géologiques (7). 

Sans qu'il soit nécessaire de donner ici les caractères de 

(1) Barrande, Sysième silurien, déjà cilé. 

(2) G. V. Munster, Beilrtlge 2. Pelr-efact., cité plus haut. 

(3) Desmarest et Brongniart, Hist, nalur. des Trilobites et des Cruslaccs, 
citée plus haut. 

(Zl) Voyez ci-dessus page làd, noie 1. 

(5) P. W. Schimper et A. Mougeot, Monographie des plantes fossiles du grès 
bigarre de la chaîne des Vosges. Strasbourg et Paris, 1840-43. in-ti, fig. 

(G) \V. BuUand, Onlhe Cycadeoidœ, a Family of Plants found in Oolite, etc. 
(Trans. Geol. Soc. Land., 2« sér., p. 395). — F. L'nger, CMoris protogœa, 
lieitriige zur Flora der Vorwell. Leipzig, 1841, io-4, fig. — 0. Heer, Flora 
ttrliaria Helvetia: Wiiiterlhur, 1855, in-fol. (îg. 

(7) Fr. linger, dans Die Vorwell in ihrcn verschiedenen Bildungsperiodén. — 
Vienne, in-folio, sans date, — donne des paysages des dilférentes périodes géo- 
logiques. Ce sont des représentations idéales de la végétation des âges passés. 



158 DE l'espèce. 

l'ordre Je succession géologique des êtres, on peut, dès 
maintenant, tirer des faits mentionnés la conclusion sui- 
vante : Tandis que le monde matériel est toujours le même, 
à toutes les époques, dans toutes ses combinaisons et aussi 
loin que nous puissions retrouver en arrière, par l'investi- 
gation directe, les traces de son existence, au contraire, 
les êtres organisés transforment sans cesse ces éléments tou- 
jours les mêmes en des formes nouvelles et en de nouvelles 
combinaisons. Le carbonate de chaux de n'importe quelle 
époque n'est jamais que du carbonate de chaux ; forme et 
composition, rien ne change, tant qu'il demeure soumis à la 
seule action des forces physiques. Mais que la vie soit intro- 
duite sur la terre, et de ce carbonate de chaux un Polype 
bâtira son corail ; chaque famille, chaque genre, chaque 
espèce en aura un différent, qui variera encore à chaque 
époque géologique nouvelle. Le Phosphate de chaux des 
roches paléozoïques est le même que celui que l'homme 
prépare artificiellement; mais un Poisson en fait ses épines 
et chaque poisson fait les siennes à sa manière; la Tortue en 
construit sa carapace, l'Oiseau ses ailes, le Quadrupède ses 
membres, et l'Homme, semblable en cela à tous les Verté- 
brés, l'entière charpente de son squelette. Et, à chaque pé- 
riode qui se suit dans l'histoire du globe, toutes ces con- 
structions sont différentes pour des espèces différentes. 
Où est l'analogie entre tous ces fails? Ne décèlent-ils pas 
l'action de forces distinctes et qui s'excluent l'une l'autre? 
Non, en vérité, la noble forme humaine ne doit pas son 
origine aux mêmes forces qui se combinent pour donner à 
un cristal sa figure définitive! Or, ce qui est vrai du carbo- 
nate de chaux est également vrai de toutes les substances 
inorganiques; toutes présentent, à tous les âges passés, les 
mêmes caractères qu'elles possèdent de nos jours. 

Envisageons ce même sujet à un autre point de vue et 
nous verrons qu'il en est de même quant à l'influence de 
toutes les causes ph^^sicjues. Parmi ces agents, le plus puis- 
sant est sans contredit l'électricité. C'est le seul d'entre tous 
auquel, bien qu'à tort, on n'ait pas craint d'attribuer la for- 



TYPES SPÉCIAUX A DES LOCALITÉS PARTICULIÈRES. 159 

rnation directe d'èlres vivants. Les effets que l'électricité 
produit de nos jours, elle les a produits de tout temps et 
elle les produisait de la même manière. Elle a réduit les 
composés métalliques et quelques minerais et les a précipités 
sous forme cristalline, ou en filons, à toutes les périodes 
géologiques; elle a transporté telle ou telle substance d'un 
point à un autre point, aux âges passés, comme elle le fait 
aujourd'hui dans nos laboratoires, quand nous recourons à 
elle. De même, l'évaporation qui a lieu à la surface de la 
terre. Aux époques antérieures comme de nos jours, elle a 
toujours produit dans l'atmosphère des nuages qui, après 
s'être accumulés, se condensaient pour retomber en pluie. 
Les empreintes de gouttes de pluie, dans les roches tria- 
siques ou carbonifères, ont apporté jusqu'à nous le témoi- 
gnage que les opérations des agents physiques étaient autre- 
fois identiques avec ce qu'elles sont encore. Elles attestent 
que ces agents font aujourd'hui ce qu'ils faisaient déjà aux 
époques géologiques les plus reculées, et ce qu'ils ont fait 
dans tous les temps. Gela bien constaté, comment imaginer 
un rapport de causalité entre deux catégories de phénomènes 
si dissemblables : les uns obéissant toujours aux mêmes lois, 
tandis que les autres, à chaque période nouvelle, mettent en 
évidence des relations et des combinaisons nouvelles, dont la 
gradation toujours changeante aboutit, comme dernier 
terme de la série, à l'apparition de l'Homme ? Qui ne voit au 
contraire que l'identité constante, à n'importe quelle époque, 
des produits de l'action des causes physiques témoigne éner- 
giquement contre toute influence de leur part sur la forma- 
tion d'êtres perpétuellement changés, et sur l'origine de ce 
monde organique dont l'ensemble déroule à nos yeux, de la 
fa«;on la plus sensible, un enchaînement de pensées ! 

XXIII 

Localisation des types aux âges passés. 

L'élude de la distribution géographique des animaux ac- 
tuels nous a appris que chaque esjxMo, animale ou végétale, 



160 DE l'lspëce, 

a un habitat déterminé, et même que certains types particu- 
liers sont circonscrits dans des limites définies de la surface 
du globe. Récemment, et depuis que les investigations des 
géologues ont pu atteindre les parties de la terre les plus 
éloignées, on a pu se convaincre que cette localisation spé- 
ciale avait eu également lieu aux âges passés. 

Le premier, Lund, signala ce fait ; il montra que, au Brésil, 
la faune (i), aujourd'hui éteinte, de la dernière période des 
anciens âges se composait de représentants différents des 
mêmes types qui prédominent, à cette heure, dans cette 
immense région. Owen a observé un rapport analogue entre 
la faune éteinte de l'Australie (2) et les types qui vivent ac- 
tuellement sur ce continent. 

S'il reste encore un naturaliste pour croire que la faune 
d'un continent puisse être venue d'une autre partie du globe, 
l'étude de ces faits, sous toutes leurs faces, doit le convaincre 
de son erreur. 

On sait à quel point les Édentés caractérisent la faune 
moderne du Brésil. Ce pays est la patrie des Paresseux 
(Bradypus), des Tatous (Dasypus), des Fourmihers (Myrme- 
cophaga). Or, c'est aussi dans ce pays qu'on a trouvé les 
genres éteints, si extraordinaires, qui tous appartiennent à 
ce même ordre des Édentés : le Megatherium, le Mylodon, le 
Megalonyx, le Glyptodon et quelques autres décrits par le 
docteur Lund et le professeur Owen. Quelques-uns de ces 
genres éteints d'Edentés ont eu aussi, à la même période 
géologique (3), des représentants dans l'Amérique du Nord ; 
ce qui montre que, tout en étant confinée dans le même ter- 
ritoire, la distribution de ce type a été différemment limitée 
à des époques différentes. 



(1) T)^ Lund, lilik paa Braziliens Dyrcverden for sichte Jordomvœllning. 
{K. Dan!:ke vidensk selsk. Afhandl VIII, Copenhague, 18il, in-/î, p. 61, etc.). 

(2) R. Owen, On the geographical DislrihiUion of exlincl Mammalia {Anu. 
Mag. Nat. Hist., 1846, XVII, p. 197. 

(3) Jos. Leidy, A Memoir on tlie extinct sloth tribe of North America {Simith- 
son, Contrib., 1855. — J. Wyman, Notice on fossils Bones {Arnet: Jour. Sc. 
el Art., 2'' sér., 1850, X) — R. Owen, On the Megatherium {Trans, fi. Soc. 
1855, 11, p. 359 ; 1856, II, p. 571). 




TYPES SPÉCIAUX A DES LOCALITÉS PARTICULIÈRES. 161 

L'Australie, aujourd'hui le séjour presque exclusii' des 
Marsupiaux, a fourni aussi un très- grand nombre d'espèces 
ion moins remarquables de ce type et deux genres éteints. 
Les uns et les autres ont été décrits par Owen dans le 
îomple rendu adressé, en IShli, à l'Association Britannique 
ii dans les « Expéditions de Mitchell dans ï intérieur de 
V Australie ». Ces descriptions ont été complétées depuis. 

Jusqu'à quel point des faits analogues peuvent-ils se ren- 
contrer dans d'autres classes, c'est ce qu'il reste à savoir. 
Notre connaissance de la distribution des fossiles est encore 
trop fragmentaire pour qu'on en puisse tirer des données 
plus complètes sur ce sujet. 11 est toutefois digne de remarque 
que plusieurs familles de poissons, représentées sur une 
grande étendue dans le système dévonien de l'ancien conti- 
nent, n'ont point été trouvées, en Amérique, parmi les fossiles 
de cette période : les Céphalaspides, par exemple, les Dip- 
tères, les Acanthodes. De plus, certains Reptiles gigantesques 
de la période triasique et de l'oolithique ne se rencontrent 
nulle part ailleurs qu'en lîurope. Or, il n'est guère pos- 
sible d'attribuer le fait à ce que ces formations sont plus 
restreintes dans les autres parties du monde, puisque d'autres 
ifossiles de ces mêmes formations ont été retrouvés dans les 
autres continents. 11 est plus vraisemblable que quelques-uns 
de ces fossiles, au moins, étaient particuliers à une aire 
limitée de la surface du globe ; car, même en Europe, leur 
distribution est très-circonscrite. Cependant, les types des 
périodes géologiques les plus anciennes sont distribués sur 
une étendue beaucoup plus grande que celle embrassée, 
aujourd'hui, par des familles très-récentes. 

Sans donc insister sur un point qui peut prêter à la dis- 
cussion, il demeure évident que certains types particuliers 
d'animaux étaient déjà, avant l'établissement de l'état de 
choses actuel, renfermés dans des aires définies. Ils ont con- 
tinué à occuper le même terrain ou un territoire analogue, à 
'époque présente, encore bien qu'aucun lien gcnésique ne 
)uisse être supposé entre les animaux des deux périodes 
consécutives. En effet, les représentants de ces types, dans les 

■ ASSIZ. 11 



162 DE l'espèce. 

formations différentes, n'appartiennent pas nécessairement 
à un genre commun. De semblables faits sont en contradic- 
tion la plus directe avec toute hypothèse qui, d'une manière 
quelconque, prétendrait en rapporter l'origine aux agents 
physiques. A première vue, la circonscription de ces animaux 
dans des aires géographiquemcnt constantes paraît favorable 
à une interprétation de ce genre; mais il ne faut pas oublier 
que les êtres ainsi localisés vivent ou ont vécu dans la so- 
ciété d'autres types occupant des surfaces beaucoup plus 
considérables. Chose plus significative encore, ils appar- 
tiennent à des périodes géologiques différentes, de l'une 
à l'autre desquelles de grands changements physiques ont eu 
lieu indubitablement. Ainsi donc ces faits indiquent précisé- 
ment le contraire de ce que suppose la théorie. Ils prouvent 
que la ressemblance se continue entre des êtres organisés, 
durant une suite de périodes géologiques, et en dépit des 
changements considérables que les circonstances physiques 
prédominantes ont subis, à ces diverses époques, dans les pays 
habités par ces êtres. Par quelque côté qu'on prenne la théo- 
rie qui attribue à l'influence des agents physiques l'origine 
des êtres organisés, cette théorie ne supporte ni l'examen, 
ni la critique. Seule, l'intervention délibérée d'une Intelli- 
gence, agissant continuellement suivant un plan unique, 
peut rendre compte des phénomènes de ce genre. 

XXIV 

Limitation de certaines espèces à des périodes géologiques 
particulières. 

Sans discuter ici dans quelles limites précises le fait est 
vrai, il ne peut plus faire doute que les espèces, — et non 
pas seulement les espèces, mais tous les autres groupes des 
règnes organiques, — ont, tout comme les individus (1), 
une durée limitée. Le terme de la durée de l'espèce coïncide 

(i) Voyez section xx. 



I 



ESPÈCES SMCIALES A DÈS PÉRIODES PARTICULIÈRES. 163 



généralement avec de grands changements dans les condi- 
tions physiques de la surface du globe (1). Malgré cela, chose 
étrange à dire, parmi les observateurs qui prétendent rap- 
porter l'origine de l'organisation à l'influence des forces 
physiques, le plus grand nombre n'en soutient pas moins 
que les espèces peuvent passer d'une période à l'autre; ce 
qui impHque cependant qu'elles ne sont pas affectées par 
les modifications survenues dans les forces (2). 

Lorsqu'il s'agit de la limitation de certaines es{)èces à des 
périodes géologiques parlicuhères, on peut, sans inconvé- 
nient, négliger la question de savoir s'il y a eu simultanéité 
entre l'apparition d'une faune et la disparition de la faune 
précédente. Cela n'affecte en rien le résultat des recher- 
ches, puisqu'il est universellement admis qu'aucune espèce 
connue, parmi les fossiles, n'a prolongé son existence à tra- 
vers une suite indétinie de formations. Du reste, le nombre 
des espèces regardées comme demeurant identiques pendant 
plusieurs périodes successives va en diminuant, à mesure 
que la comparaison en est faite avec plus de rigueur et plus 
de soin. J'ai déjà prouvé, il y a longtemps, combien diffèrent 
profondément des espèces actuelles (3) certaines espèces 
tertiaires, qu'on avait toujours réputées identiques avec les 
animaux de nos jours. J'ai montré combien les espèces d'une 
même famille peuvent se ressembler peu dans les subdivi- 
sions successives d'une même grande formation géolo- 
gique (h). Hall est parvenu à la même conclusion par l'exa- 
men des fossiles de l'état de New-York (5). Toute monogra- 
phie nouvelle réduit le nombre de ces ressemblances dans 



(1) Élie de Reaumont, Recherches sur quelques-unes des révolutions de la 
surface du globe. Paris, 1830, in-8. 

(2) Voy. H, G. Bronn, Index palœontologicus. Stultgardt, 1848-49, 3 vol. 
in-8. — Aie. d'Orljigriy, Prodrome de paléontologie straligraphic/ue univer- 
selle. Paris, 1850, 2 vol. in-12. — J. Morris, Catalogue of ihe lirilitfh Fomls. 
Londres, 1854, 2'' edit., in-8. 

(3) L. A'çassiz, CoqwUes tertiaires rtpuires identiques avec les espèces 
vimntes. Neufcliâ(el, 1847, in-4, (ig. 

(U) L. Agassiz, Élxides critiques sur tes mollusques fossiles. Neufchâlel, 
1845-40, in-4, fig. 

(5) J. Hall, Palœonlology of the State of New-York. 



164 DE l'espèce. 

chaque formation. Ainsi, Barrande, qui a consacré tant d'an- 
nées aux plus minutieuses reciierches sur les Trilobites de 
la Bohême (i), est arrivé à la conclusion que leurs espèces 
ne passent pas d'une formation à l'autre. D'Orbigny (2) et 
Pictet (3) ont été conduits au même résultat pour les fos- 
siles de toutes les classes. On peut bien le dire, à mesure 
que les débris fossiles sont plus soigneusement étudiés au 
point de vue zoologique, la prétendue identité des espèces, 
dans des formations géologiques différentes, s'évanouit gra- 
duellement et de plus en plus. Si bien que la hmitation de 
l'espèce dans le temps, déjà reconnue d'une manière géné- 
rale dès les premières recherches faites sur les fossiles de 
formations successives, se resserre pas à pas dans des pé- 
riodes moins longues, mieux définies et plus uniformes. L'es- 
pèce est véritablement bornée dans le temps comme elle est, 
à la surface de la terre, bornée dans l'espace. Ce que révè- 
lent les faits, ce n'est pas la disparition graduelle d'un pe- 
tit nombre d'espèces et l'introduction également graduelle 
d'un nombre correspondant d'espèces nouvelles; c'est, au 
contraire, la création simultanée et la destruction simultanée 
de faunes entières et la coïncidence entre ces révolutions du 
monde organique et les grands changements physiques que 
la terre a subis. Il serait toutefois prématuré de vouloir 
déterminer quelle étendue géographique a été comprise dans 
ces changements, et l'on serait moins autorisé encore à affir- 
mer le synchronisme de ceux-ci sur toute la surface du globe, 
mers et continents. 

Il faut étudier très-attentivement les ouvrages d'Elie de 
Beaumont (/i), si l'on veut se faire une juste idée des grands 
changements physiques qu'a éprouvés la surface du globe, de 
la fréquence de ces modifications et de leur coïncidence avec 

(1) Barrande, Système silurien. — L. Agassiz, Monographies d'Echino- 
dermes. 

(2) D'Orbigny, Paléontologie française. 

(3) Pictet, Traité de paléontologie. 

(4) Élie de Beaumont, Xolice sur les systèmes de montagnes. Paris, 1852, 
3 vol. in-12. — Léop. de Buch, Ueber die geognostischen Système von Deut- 
schland {Leonard's Taschenb., 1824, t. 11^ p. 501). 



ESPÈCES SPÉCIALES A DES PÉIlIOUES PARTICULIÈRES. 165 

les mutations observées parmi les êtres organisés. Le pre- 
mier, ce géologue a tenté de déterminer l'âge relatif des 
dilïérents systèmes de montagnes; le premier encore, il a 
fait voir que les perturbations physiques, occasionnées par 
leurs soulèvements, coïncident avec la disparition de faunes 
entières et l'apparition de faunes nouvelles. Dans ses pre- 
miers Mémoires il admettait sept de ces convulsions du globe, 
puis il en porta le nombre à douze, ensuite à quinze et 
récemment il a fourni la preuve, plus ou moins complète, 
plus ou moins définitive, qu'il y en a eu au moins soixante, 
sinon cent. Or, tandis que la genèse et la généalogie des 
montagnes étaient ainsi expliquées, les Paléontologistes 
étendaient, avec un soin minutieux, aux couches succes- 
sives d'une même grande formation géologique leurs com- 
paraisons entre les fossiles des formations diverses. Ils ob- 
servaient, entre les espèces, des différences de plus en plus 
marquées et acquéraient la conviction que les faunes, elles 
uussi, ont été plus fréquemment renouvelées qu'on ne l'avait 
supposé d'abord. De sorte que les résultats généraux de la 
Géologie proprement dite et de la Paléontologie concourent 
à fournir cette conclusion essentielle : A des intervalles 
réitérés, fréquents même, bien que séparés les uns des 
autres par des périodes immensément longues, le globe a 
été bouleversé et bouleversé encore jusqu'à ce qu'enfin il 
s'arrêtât à sa condition actuelle; de même, les animaux et 
les plantes tour à tour se sont éteints et ont été remplacés 
par des êtres nouveaux, jusqu'à ce que fussent enfin appelés 
à l'existence ceux qui vivent de nos jours, et l'homme à 
leur tête. Les observations ne sont pas toujours suffisam- 
ment complètes pour démontrer que, partout, la rénova- 
tion du monde organique ait coïncidé avec les grandes 
révolutions physiques qui ont altéré l'aspect général du 
globe. Toutefois, elles portent déjà sur des faits assez 
nombreux, pour montrer fréquemment le synchronisme et 
la corrélation de ces deux ordres de phénomènes. On peut 
donc s'y attendre, l'avenir fournira la preuve complète de 
leur mutuelle dépendance, non pas comme cause et comme 



166 DE l'espèce. f 

effet, mais comme degrés correspondants du développement 
progressif d'un plan commun, qui embrasse, à la fois, le 
inonde physique et le monde organique. 

Il importe de ne pas se méprendre sur la valeur des faits, 
et de ne pas revenir à l'idée que les révolutions physiques 
ont pu être la cause des différences observées entre les fos- 
siles de différentes périodes. Qu'on le comprenne donc bien, 
les êtres organisés présentent, à travers toutes les formations 
géologiques, un ordre régulier de succession dont le carac- 
tère sera indiqué ci-après; mais cette succession a été, de 
temps en temps, interrompue violemment par des pertur- 
bations physiques, sans que le caractère progressif de la 
série en ait été le moindrement modifié. Là, certes, est la 
preuve que le point essentiel, l'intérêt tout entier du grand 
drame, c'est le développement de la Vie (1), à la réalisation 
de laquelle le monde matériel ne fait que fournir des élé- 
ments. La disparition simultanée de faunes entières, Tappa- 
rilion simultanée qui s'ensuit d'autres faunes présentant, 
dans toutes les formations, une grande variété de types (2); 
la combinaison d'animaux et de végétaux en associations 
naturelles que relient constamment des rapports définis; 
voilà de nouvelles preuves que l'origine des êtres organisés 
ne peut pas être attribuée à l'action bornée, monotone, 
invariable des forces physiques. Ainsi donc encore, l'inter- 
vention d'un Créateur se manifeste d'une façon frappante, à 
chaque page de l'histoire du monde. 



XXV 

Parallélisme entre la succession géologique des animaux 
et des plantes et le rang qu'ils occupent de nos jours. 

Les représentants les plus élevés du Règne animal mail 
quent absolument dans les plus anciens dépôts qui fasseï 

(1) Dana, Adress, etc., cité plus haut, p. 149, note 2. 

(2) Agassiz, Geological Times, etc., déjà cité. 



SÉRIE CHRONOLOGIQUE ET SÉRIE ORDINALE. 167 

partie de récorce terrestre. De là est née la croyance géné- 
rale que les animaux contemporains de ces premières 
périodes étaient inférieurs à ceux qui vivent de nos jours, 
et qu'il existe une gradation naturelle, des animaux les plus 
anciens et les plus inférieurs aux animaux les plus élevés 
de l'époque actuelle (1). Jusqu'à un certain point cette 
opinion est fondée; mais, certainement, il n'est pas vrai 
que tous les animaux forment une série simple, depuis les 
temps primitifs, où les types inférieurs étaient seuls re- 
présentés, jusqu'à la dernière période, à laquelle l'Homme 
est venu couronner la création animale (2). On a déjà fait 
voir (Section vu) que tous les grands types du Règne animal 
ont leurs représentants, dès les premiers jours de la création 
des êtres organisés. Ce n'est donc pas dans l'apparition 
successive des grands embrancliements qu'on peut s'at- 
tendre à découvrir un parallélisme entre la succession des 
animaux, à travers les âges géologiques, et le rang qu'ils 
occupent entre eux, de nos jours. Il est tout aussi im- 
possible de prendre pour terme de comparaison. Tordre 
d'apparition des classes, au moins en ce qui concerne les 
Rayonnes, les Mollusques et les Articulés. Les classes de 
ces embranchements semblent en effet avoir été introduites 
simultanément sur le globe, à la seule exception peut-être 
des Insectes, qu'on n'a pas retrouvés antérieurement à la 
période Carbonifère. Toutefois on remarque, parmi les 
Vertébrés, une certaine coïncidence, même dans la limite 
des classes, entre le moment de leur introduction et le rang 
assignable à leurs représentants. Je reviendrai sur ce point. 
C'est seulement dans la limite des ordres de chaque classe 
que le parallélisme s'accentue nettement, entre la succession 
de leurs représentants aux âges passés et leur hiérarchie 
à la période moderne. Mais si cela est vrai, on doit voir 
immédiatement combien la constatation de cette correspon- 
dance dépend du degré de science où nous sommes quant 



(1) Voyez les noies de la section xxii. 

(2) Agassiz, Twelve Leclui-es, etc., p. 68 et 128. 



168 DE l'espèce. 

aux véritables affinités et à la gradation naturelle des ani- 
maux vivants. Jusqu'à ce que nos classifications soient 
devenues l'expression exacte de ces rapports naturels, on 
pourra fort bien ne pas apercevoir la coïncidence, même la 
plus frappante, entre ces mêmes rapports et la succession 
des animaux aux époques écoulées. Il y aurait donc pré- 
somption, de ma part, à vouloir, pour développer ma thèse 
actuelle, em.brasser dans mon argumentation le règne ani- 
mal tout entier. Ce serait prétendre que j'en connais toutes 
les relations et que, là où existe une discordance entre la 
classification et l'ordre de succession des animaux, je puis 
décider si la classification se trompe ou si, au contraire, les 
rapports des fossiles ont été mal appréciés. Je dois me borner 
cà une comparaison générale. Elle pourra d'ailleurs suffire à 
démontrer que les perfectionnements, introduits dans nos 
systèmes par des motifs purement zoologiques, ont eu, en 
outre, pour résultat, de faire ressortir davantage la coïnci- 
dence existant entre le rang hiérarchique des animaux 
actuels et l'ordre de succession de leurs représentants dans 
la série des âges passés. J'ai récemment essayé de faire voir 
que, dans la classe des Polypes, l'ordre des llalcyonoïdes, est 
supérieur à celui des Actinoïdes (1); que fassociation et la 
communauté y constituent un degré de développement 
supérieur, si on les compare aux caractères et au mode 
d'existence des polypes simples, tels que les Actinies; que le 
bourgeonnement par l'extrémité est supérieur au bour- 
geonnement latéral ; et que le type des Madrépores, avec 
leur partie supérieure animale ou au moins avec un nombre 
défini et limité de tentacules, est plus élevé que celui de 
tousles autres Actinoïdes. Cela admis, la prédominance des 
Actinoïdes dans les formations géologiques anciennes, à 
l'exclusion des Halcyonoïdes; la prédominance des Halcyo- 
noïdes simples sur les massifs de coraux composés; posté- 
rieurement, celle des Astréoïdes et l'introduction très-tardive 

(1) Voyez les travaux de Dana, de Milne Edwards et Haime, cités précédem- 
ment, et Agassiz, Classifcalion of Polyps {l'roc, Ann. Acad. Se, and Art-^, 
1856, p. 187). 



SÉRIE CHRONOLOGIQUE ET SÉRIE ORDINALE. 169 

des Madrépores dénoteraient déjà une corrélation entre le 
rang des polypes vivants, et la succession des représentants 
de la classe dans la série des âges. Cependant il est bien diffi- 
cile de s'attendre à trouver une correspondance de ce genre, 
chez des animaux dont la structure est aussi simple. On ne 
connaît encore qu'un petit nombre de Méduses, proprement 
dites, à l'état fossile. Elles proviennent de couches juras- 
siques; mais depuis que j'ai démontré les affinités halcyo- 
noïdes des Millépores, il est digne de remarque que ces 
Coraliaires tabulés, dont les Rugosa sont très-proches voisins, 
constituent les plus nombreux représentants da type des 
Rayonnes dans les terrains les plus anciens (1). 

La gradation est parfaitement évidente dans les ordres des 
Echinodermes. Au bas de l'échelle sont les Crinoïdes; après 
viennent les Astérioïdes; au-dessus les Echinoïdes, et, au 
sommet, les Holothurioïdes. Depuis que cette classe a été 
circonscrite dans ses limites naturelles, cette échelle a tou- 
jours été regardée comme exprimant bien la hiérarchie 
naturelle de ces êtres; les investigations modernes, sur leur 
anatomie et leur embryologie, n'ont apporté ancun change- 
ment important à cette classification, en ce qui concerne le 
rang à assigner à chacun d'eux. Or, c'est là précisément 
l'ordre dans lequel les représentants de cette classe ont été 
successivement introduits sur la terre, aux âges géologiques 
antérieurs. Les formations les plus anciennes ne recèlent 
que des débris de Crinoïdes (2) pédoncules et cet ordre conti- 
nue à prédominer durant une longue suite de périodes; 
ensuite, ce sont les Crinoïdes libres et les Astérioïdes ; puis 
les Echinoïdes (3), dont l'apparition successive, depuis le 
Trias jusqu'à l'époque actuelle, s'accorde bien aveclagrada- 

(1) Voyez Milne Edwards et Haime, Op. cî7., et les notes des sections vi, 
p. 34, et XIX, p. 115. 

(2) Muller, d'Orbigny,J. Hall, Austin, Op. cit. 

(3) Voyez ouvrages cités p. 153 et encore J. Millier et F. H. Troschell, 
System der Asteriden, Brunswick, 1842, in-/j, lig. — J. Millier, Ucber den 
Hau der Echinodermen. Berlin, 1854, in-4. — Fr. Tiedeman, Anatomie der 
Hrihren-Holothurie, des Seeif/els, etc. Landsliut, 1817, in-fol., fig. — G. Valen- 
tin, Anatomie du genre Echinus. Neul'chàtel. 1842, in-4. 



170 DE l'espèce. 

tion des subdivisions déterminées d'après leur structure. Ce 
n'est qu'à la période moderne que les Echinodermes supé- 
rieurs, les Holothurioïdes, ont acquis la prédominance dans 
leur classe. 

Le rang à assignera chacun des représentants actuels de^ 
Acéphales ne soulève pas plus d'objections. Tous les zoolo^ 
gistes conviennent de l'infériorité des Bryozoaires et dejj 
Brachiopodes (1) par rapport aux Lamellibranches; et parmi 
ces derniers, l'infériorité des Monomyaires, relativement aux 
Dimyaires, serait difficilement niée. Or s'il y a, en Paléonto- 
logie, un fait bien établi, c'est l'apparition précoce et la 
prédominance des Bryozoaires et des Brachiopodes, dans les 
formations géologiques les plus anciennes ; c'est aussi leur 
extraordinaire développement, durant une longue suite d'é- 
poques, jusqu'à ce qu'enfin les Lamellibranches vinssent les 
reléguer à une importance secondaire et prissent l'ascen- 
dant qu'ils conservent, de nos jours, sur la plus large échelle. 
On pourrait pousser la comparaison jusqu'aux familles de 
ces ordres et montrer combien étroite est cette corrélation, 
à toutes les époques. 

Je n'ai rien à dire de spécial sur les Gastéropodes. Les 
paléontologistes ne l'ignorent pas, les restes de ces animaux 
n'ont donné lieu qu'à des observations plus incomplètes 
que celles dont les fossiles des autres classes ont été l'objet. 
On sait cependant que les Pulmonés sont d'origine plus 
récente que les Branchifères et que, parmi ces derniers, les 
Siphonostomés ont paru plus tard que les Holostomés. Ce 
fait dénote déjà une coïncidence générale entre leur succes- 
sion dans le temps et leur rang dans l'ensemble. 

(1) Aie. d'Orbigny, Bryozoaires {Ann. Se. Nat., S'^^sér,, 1851, vol. XVI, 
p. 292). — G. Busk, Catalogue of Marine Polyzoa in the collection of the 
British museum. Londres, 1854. — G. Cuvïer, Mém. sur l'animal delà Lingule 
(Ann. Mus., I, p. 69). — C. Vogt, Anatomic der Lingula analina (voyez 
mém. Soc. Helv., 18i3, VII, iii-â, lig.). — R. Owen, On the Anatomy of the 
Brachiopoda {Trans. Zool. Soc, I, in-4, p. 145). — On the Anatomy of the 
Terebratula, 1853, in-4 {PaUvont. Soc). — L. v. Buch, Ueher Terebraleln, 
cité plus haut. — Th. Davidson, Monographie, déjà citée. — X. Poli Teslacea 
ulriusque Siciliœ, eorumque Uisloria et Anatomia. Parme, 1791-93, ouvrage 
continué par Délie Chiaje. 



SÉRIE CHRONOLOGIQUE ET SÉRIE ORDINALE. 171 

Grâce aux beaux travaux dont la science est redevable à 
Owen (1), on connaît parfaitement l'anatomie du Nautile, et 
chacun peut se convaincre que, parmi les Céphalopodes, les 
Dihranches l'emportent sur les Tétrabranches. Or, on peut 
le dire sans exagération, un des premiers points que tout 
collectionneur de fossiles puisse affirmer, de lui-même, c'est 
la prédominance des représentants du second de ces types 
dans les formations anciennes et l'apparition postérieure, 
vers le Moycn-Aj^e géologique, des représentants du premier, 
qui, de nos jours, est le plus largement répandu (2). 

Il n'y a rien d'important à dire sur les Vers, quant à l'ob- 
jet de celte section; mais les Crustacés offrent un exemple 
remarquable de la coïncidence que nous recherchons. Sans 
descendre aux détails, il résulte de la classification de Milne 
Edwards que les Décapodes, les Stomapodes, les Amphi- 
podes etleslsopodes constituent les ordres les plus élevés de 
la classe, tandis que les Branchiopodes, les Entomostracés, 
les Trilobites et les types parasites en forment, avec les 
Limules, les ordres inférieurs (3). Dans la classification de 
Dana (/i), le premier type comprend les Décapodes et les Sto- 
mapodes, le second les Amphipodes et les Isopodes, le troi- 
sième les Entomostracés auxquels sont réunis les Branchio- 
podes, le quatrième les Cirripèdes, et le cinquième les Uoti- 
fères. Les deux auteurs reconnaissent évidemment la même 
gradation; toutefois ils diffèrent beaucoup dans la manière 
de combiner les groupes principaux; de plus, Milne Edwards 

(1) R. Owen, Memoir on Ihe Pearly Nautilus. Londres, 1832, in-'j, fig. — 
A. Valenciennes, Nouvelles Recherches analomiques sur le Naulde, (>. U. Paris, 
18/11, in-4. — J, D. Macdonald, On the Anatomy of Nautilus unibilicaUis, 
compared ivilh //jat «/■ Nautilus pompilius (Trans. Hoy. Soc, Londres, 1855, 
II p, 277),— J. Van der Hœven, Heitrag zur Anatomic von Nautilus Pompilius, 
Z,.', besonders des Mdnnlichen Thieres {Arch. f. Nat., 1857, F, p. 77).— 
G. Cuvier, Mem. pour servir à Vllisl. el à l'Anal, des Mollusques. Paris, 1817, 
in-ii, — H. Milne Edwards, Ar, de Quatrefagcs et Em. Blanchard, Voyage en 
Sicile. Paris, 3 vol. in-i, sans date. 

(2) Quelques Ammonites et spécialement le magnifique Crioceras de Bogota, 
déxrit par Valenciennes, montrent en plein la combinaison des caractères qu'on 
observe séparément dans le Nautile et dans l'Argonaute. 

(3) Milne Edwards, /i«s(. Nat. des Crustacés. Paris, 1834-^0, 3 vol. in-8. 

(4) Dana, Op. cit. 



172 DE l'espèce. 

exclut quelques types, comme les Rotifères, que Burmeister 
le premier, Dana ensuite et Leydig ont réuni, avec raison, 
selon moi, aux Crustacés (1). Cette gradation offre la coïnci- 
dence la plus parfaite avec l'ordre de succession des Crustacés 
aux âges géologiques passés, même quand on descend aux 
subdivisions en groupes plus petits. Les Trilobites et les Enlo- 
mostracés sont les seuls représentants de la classe, dans les 
roches paléozoïques ; aux temps géologiques moyens, appa- 
raît une variété de Crevette, et les Décapodes Macroures pré- 
dominent; plus tard seulement, prévalent les Brachyures qui, 
de nos jours, sont les plus nombreux. 

Nous ne possédons sur les Insectes fossiles que des lam- 
beaux de connaissances. Il faut donc renoncer à indiquer 
avec une précision suffisante les caractères de leur succession 
à travers la série des terrains, encore bien qu'on ait déjà 
recueilli des données importantes sur les faunes entomolo- 
giques de plusieurs périodes (2). 

Chez les Vertébrés, l'ordre de succession présente des par- 
ticularités qui le font, à certains égards, différer de celui des 
Articulés, des Mollusques et des Rayonnes. On constate que les 
classes de ces trois embranchements ont apparu simultané- 
ment, aux périodes les plus anciennes de l'histoire du globe. 
11 n'en a pas été de même pour les Vertébrés ; les Poissons 
seuls sont aussi anciens que n'importe quelle classe des 
autres embranchements; mais les Reptiles, les Oiseaux et les 
Mammifères n'ont été introduits que les uns après les autres, 
et suivant l'ordre des rangs qu'ils occupent dans le groupe. 
En outre, les premiers représentants de ces classes ne parais- 
sent pas avoir été toujours les types inférieurs de chacune 
d'elles. Au contraire, ce furent, dans une certaine mesure et 
dans un certain sens, les plus élevés. En effet, ils possèdent 
à la fois deux sortes de caractères. De ces caractères, les 



(1) Fr. Leydig, Rc'iderthiere, etc. (Zeitschr. f. 7viss. Zool., 1854, vol. VI, 
p. 1). — Dana, Crustacea, etc. — Burmeister, Noch einige Worte iiber die 
systematische Slellung der Raderlhiere {Zeitschr. f. Wiss. Zool., 1856, 
vol. VIII). — Gosse, Ou the Structure of the class Rotifera. 

(2)'Heer^ Op. cit. — Brodic, Op. cit. 



SÉRIE CHRONOLOGIQUE ET SÉRIE ORDINALE. 17?) 

uns, à une période subséquente, apparaîtront isolés, dans 
des classes supérieures (voy. section xxvii), tandis que les 
autres deviendront le cachet exclusif des classes inférieures. 
Par exemple, les plus anciens poissons connus participent 
des caractères qui, à une époque plus récente, sont exclusi- 
vement propres aux Reptiles, et n'appartiennent plus aux 
Poissons de notre temps. Peut-être fiiudrait-il dire que les 
premiers Poissons sont les plus anciens représentants de 
l'embranchement des Vertébrés, beaucoup plus que ceux de 
la seule classe des Poissons. Cette classe semble n'acquérir 
définitivement ses caractères spéciaux qu'après l'apparition 
des Reptiles. Une relation analogue peut être signalée entre 
les Reptiles et les classes des Oiseaux et des Mammifères 
qu'ils ont précédées. Je me borne à rappeler l'analogie des 
Ptérodactyles avec les Oiseaux, et celle des Ichthyosaures avec 
certains Cétacés. Mais, à travers cet enchevêtrement, de rap- 
ports, se fait jour une tendance à la production de types de 
plus en plus élevés, jusqu'à ce qu'enfin l'Homme vienne 
couronner la série. Contemplée de la distance où nous 
sommes, qui permet à l'esprit d'en embrasser l'ensemble et 
de saisir l'enchaînement des degrés successifs, sans se laisser 
distraire par les détails, cette série apparaît comme le déve- 
loppement d'une conception grandiose, exprimée avec une 
telle harmonie de proportions, que chaque partie semble 
nécessaire pour la complète intelligence du dessein général. 
Et cependant, chaque partie est si indépendante et si parfaite 
en elle-même, qu'on pourrait la prendre pour un tout com- 
plet ; elle est si bien liée aux termes de la série qui précèdent 
et qui suivent, qu'on pourrait la considérer comme produi- 
sant les uns et dérivant des autres ! Tout ce qui, de l'aveu 
universel, caractérise les conceptions du génie s'y trouve 
déployé avec une plénitude, une richesse, une magnificence, 
une ampleur, une perfection de détails, une complexité de 
rapports, qui déconcertent notre savoir et laissent nos efforts 
les plus tenaces impuissants à en apprécier les beautés. En 
présence d'une série aussi étonnante, de cette coïncidence 
remarquable sur une aussi vaste échelle, qui donc pourrait 



ilk toE L^ESPfeCK. 

ne pas lire les manifestations successives d'une Intelligence, 
exprimées en des temps divers par des formes toujours nou- 
velles, mais tendant continuellement à une même fin : la 
venue de l'Homme, prophétisée déjà par l'apparition des 
premiers poissons ! 

Le rang hiérarchique des Plantes a un caractère quelque 
peu différent de celui des animaux. Les grands types du 
règne végétal ne sont pas établis sur des plans de structure 
aussi nettement distincts. Il y a, par conséquent, une gra- 
dation plus uniforme des types inférieurs aux supérieurs. 
Ceux-ci ne sont pas résumés et personnifiés dans une plante 
unique, la plus élevée de toutes, comme les types animaux 
supérieurs le sont dans l'Homme. 

D'ailleurs, la Zoologie est plus avancée que la Dotaniiiue 
quant à la limitation des groupes généraux le plus com- 
préhensifs, tandis que la Botanique connaît mieux les li- 
mites et les caractères de la famille et du genre. Les Bo- 
tanistes s'entendent moins bien sur le nombre et le rang 
des divisions primaires du règne végétal que les Zoolo- 
gistes, relativement aux grands embranchennents du règne 
animal. La plupart des auteurs (1) s'accordent bien à- ad- 
mettre, sous un nom ou sous un autre, ces trois groupes 
primaires : Acotylédonées, Monocotylédonées, Dicotylédo- 
nées (1) ; mais il en est d'autres qui voudraient séparer les 
Gymnospermes des Dicotylédonées (3). 

A mon avis, c'est là un point de la classification botanique 
qui ne peut être bien éclairci qu'à l'aide d'une connaissance 
parfaite des fossiles et de leur mode de distribution dans les 
formations géologiques successives. Il y a là un exemple 
très-remarquable de l'influence que les classifications peu- 
vent exercer, sur notre manière d'apprécier la gradation des 
êtres organisés dans le temps. Lorsqu'on place les Gymno- 

(1) Goppert, op. cil. 

(2) Dans celte classification, les Conifères et les Cycadées, qui constituent 
l'embrancheraent des Gymnospermes, se trouvent réunies aux Dicotylédonées, 
et, par cela même, placées au-dessus des Monocotylédonées. 

(3) Brongniart^ op. cit. 



SÉRIE CHRONOLOGIQUE ET SÉRIE EMlîRVOLOGlQLE. 1?5 

spermes parmi les Dicolylédonées, il est impossible de décou- 
vrir une relation entre le rang hiérarchique des plantes 
vivantes et l'ordre de succession de leurs représentants dans 
les âges passés. Au contraire, si l'on apprécie à leur valeur 
les véritables affinités des Gymnospermes avec les Fou- 
gères, les Equisétacées et, spécialement, avec les Lyco- 
podiacées, on voit immédiatement que les végétaux ont 
été introduits sur la terre, suivant un ordre qui coïncide 
avec le rang de leurs divisions primaires dans l'échelle des 
complications de structure. Avec leur fleur imparfaite, 
avec leurs carpelles nus supportant sur l'axe des graines 
polyembryoniques, les Gymnospermes sont plus voisines 
des Acrophytes ananthérés, aux spores innombrables, que 
des Monocotylédonées ou des Dicotylédonées. Si donc, le 
règne végétal forme une série graduelle, commençant aux 
Cryptogames et se continuant par les Gymnospermes pour 
finir aux Monocotylédonées et aux Dicotylédonées, cette série 
n'offre-t-elle pas une coïncidence remarquable avec l'ordre 
de succession suivant : les Cryptogames, dans les plus an- 
ciennes formations, spécialement les Fougères, les Equisé- 
tacées et les Lycopodiacées de la période carbonifère; après 
cela, les Gymnospermes, dans le Trias et les terrains juras- 
siques; ensuite les Monocotylédonées de la même formation, 
et enfin les Dicotylédonées qui se développent plus tard? 
Ici donc, comme partout, il y a un ordre, un plan dans la 
nature. 

XXVI 

Parallélisme entre la succession des animaiix dans les âges 
géologiques et le développement embryonnaire de leurs 
représentants actuels. 

Plusieurs auteurs ont déjà signalé la ressemblance qui 
existe entre les jeunes de certains animaux actuels, et les 
représentants fossiles des mêmes familles {i). Mais jusqu'ici 

(i) L, Agassiz., op. cit. — Milne Edwards^ Considérations sur quelques 



176 DE 1,'ESPÈCE. 

ces comparaisons n'ont porté que sur des cas isolés. On n'est 
pas encore complètement sûr que le caractère delà succes- 
sion des êtres organisés dans les âges passés soit de nature à 
offrir, en général, une conformité remarquable avec le déve- 
loppement embryonnaire des animaux. C'est là, cependant, 
une conclusion justifiée par l'état actuel de nos connaissances 
en Embryologie et en Paléontologie. Déjà, dans le para- 
graphe qui précède, nous venons d'examiner, au point de 
vue de la corrélation existant entre l'ordre de succession 
des fossiles et le rang zoologique des animaux actuels, les 
faits qui ont le plus d'importance pour ce nouveau parallèle 
à établir. Dans l'examen suivant de la conformité offerte par 
la succession des êtres et les phases de l'évolution embryon- 
naire des animaux vivants, nous pourrons donc admettre 
que le lecteur se représente assez bien l'ordre d'apparition 
des fossiles pour que cet ordre fournisse à notre compa- 
raison une base suffisante. L'embryologie des coraux n'a 
pas été étudiée de manière à fournir à l'argumentation le 
secours de larges données; on sait fort bien, toutefois (1), 
que le jeune polype est un animal simple, indépendant; qu'il 
est ensuite enchâssé dans un calice, sécrété par le pied de 
l'embryon actinoïde et comparable à la paroi externe d'un 
coraliaire simple (2), et qu'il s'étend alors graduellement 
jusqu'à ce qu'il ait atteint son diamètre maximum ; après 
quoi, il bourgeonne ou se scinde. On sait aussi que, chez les 
anciens coraux, la phase d'extension semble s'être prolongée 
toute la vie, comme, par exemple, chez les Cyathophyl- 
loïdes (3). Aucun de ces anciens coraux ne forme ces vastes 
sociétés, composées de myriades d'individus réunis, qui 
caractérisent si bien nos récifs corallaires. Le caractère d'iso- 



principes relatifs à la classification naturelle des animaux {Ann. se. natur., 
3* série, 18^4, p. 65). 

(1) J'ai établi ces faits d'après l'observation de plusieurs Coraux des récifs 
de la Floride, spécialement des genres Porites, Astrœa et Maniciiia. 

(2) Milne Edwards et Haime, op. cil. 

(3) Depuis que je me suis assuré que les Tabulés sont des Hydroïdes et non 
des Polypes, j'ai eu des doutes sur les affinités réelles des liugoaa. La tendance 
des cloisons à un arrangement quadripartite dénote évidemment chez eux un 



SÈniE CHRONOLOGIQUE ET SÉRIE EMBRYOLOGIQUE. 177 

3ment plus grand, d'indépendance plus complète, qui est 
elui de l'individu chez les polypes des âges passés, oflVe une 
essemblance frappante avec l'état d'isolement des jeunes 
oraux de tous les types contemporains. Néanmoins, dans 
ucune classe il ne reste autant à apprendre que dans celle 
les Polypes, avant qu'on puisse apprécier exactement la 
orrélation des phases embryonnaires avec l'ordre de suc- 
ession dans le temps. A cet égard, j'en dois faire la re- 
oarque, on observe rarement que, parmi les animaux infé- 
ieurs, un type quelconque, même le plus élevé, représente, 
lans ses métamorphoses, tous les degrés d'organisation 
tarcourus, soit dans leur évolution, soit dans l'ordre de 
uccession, par les types placés au-dessous de lui. Fréquem- 
nent, il faut connaître l'embryologie de plusieurs types 
(ccupant dans l'échelle une place différente, pour parvenir 
i déterminer l'enchaînement de la série tout entière, soit 
lans le premier sens, soit dans le second. 

Sur la corrélation des changements embryonnaires d'un 
inimal avec l'ordre d'apparition des êtres qui le représen- 
aient aux époques antérieures, aucune classe ne fournit 
m témoignage plus complet et plus admirable que celle des 
ilchinodermes. C'est aux vastes et patientes investigations de 
L Millier, sur les métamorphoses de ces animaux, que nous 
m sommes redevables (1). Avant la publication de ses mé- 
noires, on ne connaissait que les métamorphoses de la 
]iomatule européenne (voy. sect, xix, p. 113). On y trouvait 
iéjà la preuve que les premières phases du développement 
le cet Echinoderme reproduisent le type des Crinoïdes pé- 
ionculés des anciens âges. Les belles monographies de 



ien plus étroit avec les Acalèphes qu'avec les Polypes. De plu?, leurs parois 
lorizontates élagécs diffèrent des parois interseptales correspondantes des vrais 
*olypes, et ressemblent à celles tics Tabulés, 11 se peut donc que les Rugosa 
lient plutôt de ralllnilé avec les Acalèphes qu'avec les Polypes, et que la famille 
les Lucernaires soit le représt-ntanl actuel de ce type, mais sans parties dures. 
Dans ce cas, la sécrétion du pied, chez les Actinoïdes, indiquerait seulement 
line ressemblance typique entre les Polypes et les Acalèphes, et ne prouverait 
rien quant à la place relative des deux types. 
(1) Millier, Mémoires cités, p, 113. 

AC.ASSIZ. 12 



178 DE l'espèck. 

Thompson et de Carpenter sont venues compléter ces données. 
J'ai moi-même vu, plus tard, que les phases successives du 
développement embryonnaire de la Comalule donnent, en 
quelque sorte, le type des principales formes de Crinoïdes 
qui caractérisent les formations géologiques successives. 
D'abord, elle rappelle les Cistoïdes des roches paléozoïques, 
et les représente par sa tête simple et sphéroïdale; plus lard, 
elle rappelle les Platycrinoïdes à un petit nombre de plaques 
de la période carbonifère; puis les Pentacrinoïdes du Lias 
et de rOolithe, avec leurs verticilles de cirres ; et, enfin, 
quand elle s'est affranchie de sa tige, c'est un (Irinoïde du 
degré le jdus élevé, du type proéminent de la famille, à l'é- 
poque actuelle. Les recherches de Miiller, sur les larves de 
toutes les familles d'Aslérioïdes et d'Échinoïdes, nous per- 
mettent d'étendre la comparaison, même aux Échinodermes 
supérieurs. La première chose qui frappe l'observateur, dans 
les faits dénîonlrés par Mûller, c'est la ressemblance extraor- 
dinaire de tant de larves, de ftunilles et d'ordres aussi diffé- 
rents que le sont les Ophiuroïdes et les Aslérioïdes, les Echi^ 
noïdes proprement dits et les Spatangoïdes, les Holothii- 
rioïdes même, qui toutes, en somme, finissent par reproduire 
les particularités de leur type spécial. Il est encore très- 
remarquable que, à l'état le plus avancé, la larve des Echi- 
noïdes et celle des Spatangoïdes continuent à montrer une 
si grande ressemblance, qu'un jeune Amphidelus se distingue 
avec peine d'un jeune Echinus (1). Enfin, car je ne veux 
pas pousser mes remarques trop loin, ces jeunes Echinoïdes 
(Spalange aussi bien qu'Echinus propre) ont, à cause de 
leurs grosses épines, une physionomie générale plus sem- 
blable à celle des Cidaris qu'à celle des vrais Echinus. Eli 
bien! ces faits sont en concordance rigoureuse avec ce que 
nous savons de l'ordre d'apparition des Echinoïdes aux ages 
passés (2j. Leurs représentants les plus anciens sont les 
genres Diadema et Cidaris; après quoi viennent les Echi- 
noïdes, et, beaucoup plus tard, les Spatangoïdes. Quand 

(1) Voyez Millier, Mémoires cités, page 1 13, planches III-VII du premier nu - 
moire, et planches VI et VII du quatrième. 

(2) L. Agassiz, Twelve lectures, etc. 



RÎECttRONOLOGlOUE ET SÊIÎIR EMBRYOLOGIQUE. 

îmbryologie des Clypeaslroïdes sera connue, elle fournira 
ns doule d'autres anneaux, qui rallacheront à la chaîne un 
us grand nombre de membres de cette série. 
L'embryologie imparfaitement connue des Acéphales, des 
astéropodes, et des Céphalopodes ne fournit que peu ou 
jin'i de données pour la comparaison que nous voulons 
ire. Il est, néanmoins, digne de remarque que les jeunes 
amellibranches, à l'état d'embryons, ressemblent, extérieu- 
îment du moins, aux Brachiopodes (1) plus qu'à leurs 
ropres parents, et que les jeunes coquilles de tous les Gas- 
iropodes (2) dont on connaît l'étal embryonnaire, bien que 
)ules holostomées , rappellent les types les plus anciens de 
îttc classe. Malheureusement, nous ne savons rien del'em- 
ryologie des Céphalopodes à coquille, les seuls qu'on ait 
'ouvés dans les formations géologiques anciennes, et rien 
on plus des changements que subit l'osselet des Dibranches. 
n sorte qu'aucune comparaison ne peut être établie entre 
ux et lesBélemnites, ou d'autres représentants de cet ordre 
ux périodes moyennes ou aux périodes plus récentes. 

Ce que nous connaissons de l'embryologie des Vers nous 
ionnût-il un terme de comparaison assez sûr, nous sa- 
ons trop peu de chose sur les Vers fossiles pour pouvoir 
priver à une conclusion. La classe des Crustacés, au con- 
'aire, est très-instructive sous ce rapport. Mais, pour pour- 
livre le parallèle à travers toute la série, il est nécessaire 
envisager simultanément l'évolution embryonnaire desEn- 
mioslracés les plus élevés, tels que les Limules, et celle des 
rdres supérieurs de la classe (3). On voit alors que les pre- 
iers rappellent au début de leur vie la forme et les carac- 
res des Trilobites ; de même que le jeune Crabe, en passant 
iccessivement par la forme des Isopodes et celle des Ma- 
oures Décapodes, avant de revêtir l'aspect de son propre 
pe de Brachyure, résume la succession bien connue des 

(1 ) Voyez la note 2 de la page 117. 

(2) Voyez la noie 2 de la page 117, en particulier la partie relative aux Nu- 
branches. 

(3) L. Agassiz, Twelve Lectures, etc. 



180 DE l'espèce. 

Crustacés, à travers les âges géologiques moyens et les 
périodes tertiaires, jusqu'à nos jours. Le travail remarquable 
de F. Millier sur l'embryologie des Crustacés, bien que conçu 
à un point de vue opposé au mien, n'en oiïre pas moins les 
données les plus précieuses pour la connaissance des rapports 
qui rattachent le développement de ces animaux à leur suc- 
cession géologique. L'apparition des Scorpions, avant les 
autres Insectes, à la période carbonifère, est probablement en- 
core un fait à signaler, si, comme j'ai tenté de le démontrer, 
les Arachnidiens peuvent être considérés comme la repré- 
sentation de la phase chrysalidique de l'évolution des In- 
sectes (1); mais, pour les raisons déjà énoncées (sec. xxiv), 
il est difficile de faire entrer les Insectes dans le débat qui 
fait l'objet de ce paragraphe. 

J'ai indiqué, à la fin de mes recherches sur les poissons 
fossiles (2), le caractère embryonnaire des poissons primi- 
tifs; mais il reste beaucoup à faire dans cette direction. Le 
seul fait important que j'aie constaté depuis, c'est que les 
jeunes du Lepidosteus, longtemps après qu'ils sont sortis de 
l'œuf, présentent, dans la forme de la queue, des caractères 
observés, jusqu'ici, dans les seuls poissons fossiles du système 
devonien (3). Il faut espérer que l'embryologie des Croco- 
diles jettera quelque lumière sur l'ordre de succession des 
reptiles gigantesques de l'époque géologique moyenne. J'ai 
démontré (ù) que l'embryologie des Tortues répand une 
certaine clarté sur les particularités offertes par les Ghélo- 
niens fossiles. Il est déjà certain que les changements em- 
bryonnaires des Batraciens présentent quelque coïncidence 
avec leur succession aux anciens âges, telle qu'on la con- 
naît (5). On sait trop peu de chose sur les Oiseaux fossiles, et 
les Mammifères fossiles (6) ne s'étendent pas dans une assez 

(1) Classif. of insects, cité page 136, note 2. 

(2) Poissons fossiles, cité plus haut. 

(3) L. Agassiz, Lake Superior, etc., p. 254. 

(4) Voyez Conlribulions, etc., déjà cité, p. 290, 303 et 386 du I'^'' vol. 

(5) Voyez la note 2 de la page 132. 

(6) Cuvier, Ossements fossiles. — L, Agassiz, Zoological Character ^'' 
Yotmg Mammalia {Proc. Am. Ass. adv. Se. Cambridge, 1849, p. 85). 



SÉRIE CHRONOLOGIQUE ET SÉRIE EMBRYOLOGIQUE. 181 

longue série de formations, pour qu'on y puisse trouver des 
termes de comparaison bien frappants. Cependant, les 
particularités caractéristiques des genres éteints indiquent 
universellement, entre ces genres et les jeunes des animaux 
qui les représentent de nos jours, plus de ressemblance 
[ju'il n'y en a entre ceux-ci et leurs progéniteurs. C'est ce 
que prouve fort bien un rapprochement fait avec soin du 
jeune éléphant avec le mastodonte, non-seulement quant 
aux particularités des dents, mais même quant aux propor- 
tions des membres, des doigts, etc. 

On peut donc regarder comme un fait général, de nature 
à être étabh de plus en plus solidement à mesure que les 
recherches embrasseront un plus vaste terrain, que les 
phases du développement embryogénique correspondent, 
3hez tous les animaux vivants, à l'ordre de succession des 
3tres qui furent leurs représentants aux époques géologiques 
écoulées. Aussi loin qu'on aille, les représentants primitifs 
ie chaque classe peuvent être regardés comme les types 
embryonnaires de leurs familles ou de leurs ordres respec- 
tifs existant de nos jours. Les Crinoïdes pédoncules sont le 
type embryonnaire de Comatuloïdes ; les anciens Echinoïdes 
jont les représentants embryonnaires des familles supé- 
rieures vivant à l'époque actuelle ; les Trilobites, le type em- 
bryonnaire des Entomostracés; les Décapodes de l'Oolithe, 
celui de nos Crabes; les Ganoïdes hétérocerques, celui des 
Lépidostés ; YAndrias Scheuchzeri est un prototype em- 
bryonnaire des Batraciens actuels; les Zeuglodontes sont des 
Sirénides embryonnaires; les Mastodontes, des Eléphants 
embryonnaires, etc. 

Pour apprécier, toutefois, complètement et exactement, 
tous ces rapports, il est nécessaire de bien distinguer : 1° les 
Ujpcs embryonnaires en général, qui figurent, dans l'en- 
semble de leur organisation, les degrés primitifs du déve- 
loppement chez des représentants plus élevés du même type; 
2° les traits embryonnaires, qui prédominent, plus ou 
moins fortement, dans les caractères de genres très-voisins, 
le Mastodonte et l'Éléphant par exemple; et, 3" ce que j'ap- 



182 DE l'espèci:. 

pellerai les types hijper-emhryonnaires. Dans ceux-ci, les 
traits embryonnaires s'exagèrent considérablement aux pé- 
riodes ultérieures de l'accroisseiiient. Ainsi, par exemple, 
les ailes des Chauves-souris ont tous les caractères embryon- 
naires d'une main palmée comme l'est à l'origine celle de 
tous les Mammifères 5 en continuant à se développer, cette 
main est devenue chez la Chauve-souris un organe propre 
au vol, de même que, dans d'autres familles (les Baleines, 
les Tortues de mer), elle prend la forme d'une nageoire 
parce que la liaison des doigts est poussée à l'extrême con- 
traire. 

Voilà assez de détails sur ce sujet, qui sera étudié plus au 
long dans un autre ouvrage. J'en ai dit suffisamment pour 
montrer que l'Intelligence Directrice, qui se révèle dans la 
succession des êtres organisés à travers les anciens âges, 
se manifeste encore, par des combinaisons nouvelles, dans 
les phases évolutives des représentants actuels des divers 
types. Cela dénote une fois de plus que le même Esprit 
créateur a agi dans toute la série des temps, et sur toute la 
surface actuelle du globe. 

XXVII 

Types prophétiques. 

On vient de voir, dans le précédent paragraphe, que,poui 
certains types, l'état embryonnaire des représentants supé- 
rieurs, appelés seulement plus tard à l'existence, était déj;i 
figuré essentiellement, en quelque sorte, dans les individus 
dp ces mêmes types qui vivaient à une époque antérieure. 
Maintenant que cette corrélation est suffisamment connue, 
on peut considérer les animaux divers d'une période anté- 
rieure comme manifestant, pour ainsi dire, le modèle sui 
lequel seront établies les phases de l'évolution d'autre: 
animaux à une période ultérieure. C'est, dans ces temp: 
reculés, comme la prophétie d'un ordre de choses impossible 
avec les combinaisons zoologiques prédominantes alors, mai: 



Hp^ TYPES PROPHÉTIQUES. 183 

iqui, réalisé plus tard, attestera d'une manière frappante, 
(jue, dans la gradation des animaux, chaque terme a été 
'préconçu. 

Et ce n'est pas là le seul cas, ce n'est pas même le cas 
fie plus remarquable d'un enchaînement prophétique entre 
deux faits de date différente. 

De récents travaux en Paléontologie ont fait découvrir, 
lenlre les animaux des âges passés et ceux de l'époque ac- 
tuelle, des rapports que n'avaient pas même soupçonnés les 
fondateurs de la science. J'ai eu l'occasion de dire précé- 
denim.ent que, dans certains types, qui sont d'ordinaire les 
plus remarquables parmi ceux des époques primitives, on 
trouve, associées dans une combinaison commune, des 
particularités de structure qui, à une époque postérieure, 
n'existent plus ((ue séparément et dans des types distincts. 
C'est ainsi qu'on rencontre les Poissons Sauroïdes avant les 
fteptiles, les Ptérodactyles avant les Oiseaux, les Ichthyo- 
■îaures avant les Dauphins, etc. 

} Presque dans chaque classe, il y a, parmi les animaux des 
emps anciens, des familles entières qui, arrivées à parfait 
léveloppement, rendent bien patente cette relation prophé- 
ique. Elles fournissent ainsi, dans les limites du règne 
inimal, au moins, la preuve la plus inattendue que le plan 
le la création tout entière a été mûrement délibéré et 
irrêté longtemps avant d'être mis à exécution. C'est là ce 
jue, depuis quelques années, je me suis accoutumé à appe- 
ler ii/pes prophétiques. Les Poissons Sauroïdes en sont un 
•ixemple (1). Ces Poissons, dont l'apparition a précédé celle 
'les Reptiles, réunissent les caractères propres au Poisson et 
•eux propres au Reptile, par une combinaison spéciale qu'on 
l'observe plus chez les êtres appartenant véritablement à 
'a classe des Poissons, telle qu'elle est constituée de nos 
fours. Les. Ptérodactyles ('2), qui ont précédé sur le globe 
ja classe des Oiseaux, et les Ichthyosaures (3), qui sont venus 

1(1) Agassiz, Poissons fossiles. 
(îi!) Cuvier, Ossements fossiles, vol. V, p. 2. 
(S) Cuvier, Ibid. 



184 DE L'espèce, 

avant les Cétacés, sont encore des types prophétiques. Ces 
exemples suffisent, pour le moment, à rendre sensible la 
différence qu'il y a entre les types embryonnaires et les types 
prophétiques. Les types embryonnaires sont, dans une cer- 
taine mesure, des types prophétiques; mais ils ne représen- 
tent que les particularités de développement des êtres qui 
devront plus tard exprimer les degrés supérieurs du même 
type général. Les types prophétiques, au contraire, sont h 
représentation anticipée de combinaisons structurales qui, 
plus tard, s'observeront dans deux ou plusieurs types dis- 
tincts. Ils n'ont pas d'ailleurs, nécessairement, le caractère 
embryonnaire (ainsi les Singes par rapport à l'Homme), bien 
qu'ils puissent, en certains cas, être à la fois embryonnaires 
et prophétiques comme on le voit chez les Carnivoreï 
(Phoques, Plantigrades et Digitigrades), ou mieux encon 
chez les Crinoïdes pédoncules (1). 

Une autre combinaison encore s'observe fréquemmeni 
chez les animaux. C'est celle d'une série dont les termes s( 
suivent de manière à former une gradation naturelle, maii 
sans rapport immédiat ou nécessaire, soit avec le dévelop- 
pement embryonnaire, soit avec la succession des types dans 
le temps; c'est le cas des Céphalopodes à coquilles, et c'esi 
ce que j'appelle des types progressifs (2). s> 

Enfin, il faut distinguer entre les types prophétiques e1 
ce que je nommerai les types synthétiques, quoique les uns 
et les autres soient plus ou moins confondus dans la nature. 
Les types prophétiques proprement dits sont ceux qui dans 
les complications de leur structure présagent d'autres com- 
binaisons qui seront réalisées plus tard. Les types synthé- 
tiques, au contraire, sont ceux qui combinent, avec une pon- 
dération savante, les traits de plusieurs types qui n'auront 
que plus tard une existence distincte. Les Poissons sau- 
roïdes et les Ichthyosaures sont plutôt des types synthéti- 
ques que des types prophétiques. Les Ptérodactyles ont à 

(1) Voyez section xxvi, 

(2) L. Agassiz, On the Difference helwcnn Progressive, Embryonic and 
Prophetic Types, etc. {Proc. Am, Ass. Adv. Se. Cambridge, 1849, p. 432). 



SÉRIE ORDINALE ET SÉRIE EMBRYOLOGIQUE. 



185 



plus haut degré le caractère prophétique; il en est de 
lême de l'Echinocrinus par rapport aux Echinus; des Pen- 
remites par rapport aux Astérioïdes, et du Pentacrinus par 
ipport aux Gomatules. De plus nombreux exemples sont 
mtefois nécessaires pour rendre évidente l'importance des 
)mparaisons de ce genre, et j'ai donné dans un autre 
ivrage de plus amples détails sur ce sujet (1). J'en ai dit 
5sez, je pense, pour faire voir que le caractère de cette 
)rle de rapports, entre les animaux des âges anciens et ceux 

périodes postérieures ou même de l'époque actuelle, fait 

îssortir, plus que tout autre grand trait du monde animal, 

lien intellectuel qui rattache tous les êtres vivants, à tra- 

îrs tous les âges, en un seul grand système étroitement 

ichaîné, du commencement jusqu'à la fin. 



XXVIII 

parallélisme entre la gradation de la structure et l'évolution 
embryonnaire. 

Rien ne frappe comme la ressemblance des jeunes des ani- 

aux supérieurs avec les adultes des types inférieurs. Aussi 

;ertains auteurs ont-ils admis que tous les animaux d'un 

ype plus élevé passent, durant les premiers temps de leur 

éveloppement, par des phases dont chacune correspond à 

a forme définitive d'un type moins élevé. Cette supposition, 

'ésultat d'une connaissance incomplète des faits, a même 

onné lieu à un système de Philosophie de la Nature, qui re- 

irésente tous les animaux comme des degrés divers du dé- 

feloppement d'un petit nombre de types primitifs (2). Ces 

es ont été naguère propagées dans un ouvrage anonyme 

ntitulé : Vestiges of Creation, qui a été trop répandu pour 

lu'il soit besoin de les reproduire ici. J'ai déjà, dans un 

(1) Voy. Contributions lo the Nat. Hist. of. U. S. 

(2) Lamarck, op. cit. — Teiliamed (De Maillet), Entretiens d'un philosophe 
ndien avec un missionnaire français. Amsterdam, 1748^ 2 vol. iii-8. — 
«or. Oken, Lehrbuch der Natur-Philosophie, p. 2^. — Vestiges of Creation, etc. 



186 DE l'espèce. 

précédent paragraphe (voy. sect, viii) fait voir que les 
animaux ne forment pas une série simple, comme cela 
devrait résulter d'un développement graduel et successif. 
Il me reste donc à montrer seulement dans quelles limites 
la gradation naturelle, qu'on- peut tracer parmi les différents 
types du règne animal (1), correspond aux changements 
qu'ils subissent, avant d'arriver à l'âge adulte. J'ai, en effet, 
examiné plus haut tpiel rapport existe entre ces métamor- 
phoses et l'ordre d'apparition des animaux sur la terre, ainsi 
qu'entre cet ordre et la gradation structurale ou le rang 
hiérarchique des animaux actuellement vivants. La compli- 
cation de la structure, chez tous les animaux, nous est assez 
connue pour (ju'il nous soit possible de choisir, dans toutes 
les classes où le développement embryonnaire a été sufTisam- 
ment étudié, les exemples de cette corrélation entre la gra- 
dation de la structure et l'évolution de l'embryon. Mais il 
importe qu'on apprécie combien les traits principaux du 
règne animal sont étroitement combinés, soit (|u'on envisage 
ou la complication de la structure, ou la succession des 
types dans le temps, ou l'évolution embryonnaire des types 
actuels. Je me reporterai donc, de préférence, aux mêmes 
types que j'ai précédemment choisis pour la démonetration 
des autres rapports. 

Chez les Échinodermes, nous trouvons, dans l'ordre des 
Crinoïdes, les types pédoncules au plus bas degré de l'é- 
chelle (2), les Comatules au plus haut, et nous savons que le 
jeune de la Comatule est un Crinoïde pédoncule qui ne 
devient libre qu'à un Age plus avancé (3). J. Millier a dé- 
montré que, parmi les Echinoïdes, les représenlanlsles plus 
parfaits, les Spatangoïdes, ne différent que légèrement, dans 
le jeune âge, des Echinoïdes, et pas un zoologiste ne met- 
tra en doute que ceux-ci ne soient inférieurs à ceux-là. A 
l'égard des Crustacés, Dana (li) a insisté particulièrement 

(1) Voyez ouvr. cités p. 108, 109, 133 et Milne Edwards, Considérations sur 
quelques principes relatifs à la classification. 

(2) J. Millier, Ueber Penlacrinus Capul Medusœ. Berlin, 1833, Akad. d. wiss. 

(3) Ed. Forbes, llist. of Brit. Slarlishes. Londres, 1851, p. 10. 

(4) Dana, op. cit. — Burmeister, Cimpèdes, note 2, p. 126. 



I 



SÉRIE ORDINALK ET SÉRIE EMBRYOLOGIQUE. 187 



r la gradation sériaire qu'on peut tracer entre les diffé- 
rents types de Décapodes. L'ordre naturel descend des Bra- 
chyures, en passant par les Anomoures, les Macroures, les 
ïétradécapodes, etc., jusqu'aux Enlomostracés. Or, le carac- 
tère macrourien de l'embryon des Crabes a été pleinement 
établi par Rathke (1), dans ses admirables recberches sur 
l'embryogénie des Crustacés. J'ai moi-même démontré que 
les jeunes des Macroures reproduisent les formes des En- 
toraoslracés, à ce point que certains d'entre eux ont été 
décrits comme des espèces de ce dernier ordre (2). J'ai com- 
plètement expliqué, dans un mémoire spécial (3), la corréla- 
tion existant entre la gradation des Insectes et leur évolution 
embryonnaire. Des parallèles de même nature ont été faits 
dans la classe des Poissons (i). Chez les Reptiles, les Batra- 
{ iens fournissent un exemple remarquable du fait (5) (voy, 
>ecl. xii). Parmi les Oiseaux (6), tous les jeunes ont les pieds 
uniformément palmés; c'est encore là une corrélation entre 
les petits des ordres supérieurs et les adultes, aux caractères 
permanents, des ordres inférieurs. Dans l'ordre des Car- 
nivores, les Pho(iues, les Plantigrades et les Digitigrades, 
montrent la même correspondance entre la hiérarchie des 
représentants de plus en plus élevés d'un même type, et les 
changements embryonnaires par lesquels passe successive- 
ment le représentant qui occupe le degré supérieur. 
I 11 serait superllu d'ajouter d'autres preuves pour faire voir 
e, dans tout le règne animal, il existe la plus étroite cor- 
lation entre la gradation des types et les changements em- 
yonnaires subis par leurs représentants. Et cependant, 
el rapport génési(|ue peut-il exister entre le Pentacrinus 
s Indes Occidentales el les Comalules ([ui sont de toutes les 
rs? Entre les embryons des Spalangoïdes et ceux des 
hinoïdes; entre les premiers et l'Echinus adulte ; entre la 

(1) llalhke, cilc p. 127, note J. 

(2) Tvjelve Lectures-, etc., p. 67. 

(3) Classtf. of Jmecls, etc. 

(4) Poissons fussiles, etc. 

(5) Twelve Lectures, etc., p. 8. 
(ti) Lake Superior, etc., p. 194. 



188 DE l'espèce. 



larve du Crabe et le Homard; entre la Chenille d'un Papil- 
lon et une Teigne adulte ou un Sphynx adulte; entre le Tê- 
tard d'un Crapaud et un Ménobranche ; entre un jeune 
Chien et un Phoque, si ce n'est la commune subordination 
à un plan arrêté par une Intelligence créatrice ? 



XXIX 

Rapports entre la structure, le développement embryonnaire, 
l'ordre de succession géologique et le mode de distribution 
géographique des animaux. 

Il faut embrasser, d'un coup d'œil, un champ immense 
et des faits innombrables, pour apercevoir l'ordre qui 
règne dans la distribution géographique des animaux. 
On ne doit donc pas s'étonner que cette branche de 
la Zoologie soit restée fort en arrière des autres divisions 
de la science. On ne doit pas non plus être surpris que 
la géographie des plantes soit beaucoup mieux connue 
que celle des animaux. Le tapis de végétation qui re- 
couvre la surface du globe forme un dessin vigoureuse- 
ment accusé, tandis que les combinaisons produites par le 
groupement des animaux ne sont guéres visibles. Malgré 
cela, peut-être, un jour, saisira-t-on plus aisément les rela- 
tions qu'il y a entre la distribution géographique et les autres 
grands rapports généraux du règne animal; car l'échelle des 
différences structurales est plus grande chez les animaux 
que chez les plantes. Dès aujourd'hui même, quelques coïn- 
cidences curieuses tendent à prouver que la distribution géo- 
graphique des animaux est en rapport direct avec le rang 
qu'ils occupent dans leurs classes respectives, avec leur ordre 
de succession aux âges passés, et aussi, bien que d'une façon 
moins immédiate, avec leur évolution embryonnaire. 

Presque toutes les classes possèdent des familles tropi- 
cales, et celles-ci ont généralement dans la classe un rang 
Irès-élevé. Quand, au contraire, elles sont situées sur un ni- 
veau évidemment inférieur, il y a, entre elles et les types qui 



SUCCESSION, RANG, DÉVELOPPEMENT, DISTRIBUTION. 189 

t prévalu aux temps passés, quelque rapport bien saillant, 
classe des Mammifères fournit des exemples remarquables 
e ces deux sortes de connexions. En premier lieu, les Qua- 
drumanes qui, après l'Homme, occupent le plus haut degré 
de la classe, sont tous des animaux des tropiques. Il est 
même digne de remarque que les deux types les plus élevés 
des Singes anthropomorphes, les Orangs-Outangs de l'Asie 
et les Chimpanzés de l'Afrique Occidentale, doivent à la co- 
loration de leur peau une ressemblance de plus avec les 
hommes des races qui habitent les mêmes régions. Les Orangs 
sont cuivrés comme les Malais, et les Chimpanzés noirâtres 
comme les Nègres. Les Pachydermes, au contraire, occupent 
un des rangs inférieurs de la classe, quoiqu'ils vivent prin- 
cipalement sous les tropiques; mais ils constituent un groupe 
qui a été prééminent parmi les plus anciens Mammifères des 
époques antérieures. Parmi les Chéiroptères, les grandes 
espèces frugivores sont essentiellement tropicales, tandis 
que celles qui sont plutôt omnivores se rencontrent partout. 
Parmi les Carnivores, les plus volumineux, les plus puissants 
(jui sont aussi du type le plus élevé, les Digitigrades, prédo- 
minent sous les tropiques; mais les Plantigrades les plus 
redoutables, les Ours, vivent dans la zone tempérée ou dans 
la zone arctique, et les Phoques, animaux du rang inférieur, 
sont des espèces marines des mers arctiques ou tempérées. 
Parmi les Ruminants, c'est dans les pays chauds que l'on 
prouve la Girafe et les Chameaux; les autres existent partout. 
Dans la classe des Oiseaux, la gradation n'est pas si évi- 
ente que dans les autres classes ; cependant, c'est dans les 
entrées tempérées ou froides que se confinent les représen- 
ants les plus volumineux du type aquatique, et ce type est 
resque le seul dans la zone arctique, tandis que les Oiseaux 
e haut pays, qui sont d'un rang plus élevé, prédominent 
ans les pays cliauds. 
Chez les Reptiles, les Crocodiliens appartiennent exclusi- 
rement à la zone tropicale, la seule aussi où l'on trouve les 
grosses Tortues de terre ; les Cheloniens aquatiques, qui 
tont évidemment inférieurs à leurs congénères terrestres, 



190 r>E l'espèck. 

s'étendent beaucoup plus haut vers le nord. Les Serpents à 
sonnettes et les Vipères remontent bien plus, en latitude ou en 
altitude, que les Boas et les Serpents non venimeux. La même 
cbose est vraie encore pour les Salamandres et les Tritons. 

Les Requins et les Raies offrent, sous les tropi(|ues, plus 
de variété qu'ailleurs. 

C'est également sous les tropiques qu'on trouve les Lépi- 
doptères diurnes les plus brillants; or, ils conslifuent l'ordre 
le plus élevé de la classe des Insectes. 

L'ordre le plus haut parmi les Crustacés, celui des Bra- 
chyures, a de très-nombreux représentants dans la zone tor- 
ride; mais Dana (1) a fait connaître ce fai% complètement 
inattendu, que les Bracbyures n'atteignent, néanmoins, leur 
plus haut degré de perfection que dans les contrées moyennes 
de la région tempérée. Les Anomoures et les Macroures, au 
contraire, sont presque également répartis crAve la zjne 
torride et la zone tempérée. Les Tétradécapodes, type infé- 
rieur, sont beaucoup plus nombreux sous les latitudes extra- 
tropicales qu'en dedans des tropiques. 

Les Céphalopodes sont plus variés dans cette dernière ré- 
gion, et le Nautile est une réminiscence des âges anciens. 
Parmi les Gastéropodes, les Stromboïdes appartiennent aux 
tropiques; mais parmi les Acéphales lamellibranches, les 
Naïades, qui me paraissent occuper un rang élevé dans leur 
classe, trouvent leur plus grand développement dans les 
eaux douces de l'Amérique du Nord. 

Les Échinodermes supérieurs, les Hololhuriens et les Spa- 
tangoïdes, sont plus variés sous les tropiques, et les Echinus, 
les Étoiles de mer, les Ophiures s'étendent jusqu'aux mers 
arctiques. La présence du Pentacrinus dans les Indes Occi- 
dentales se rattache, sans aucun doute, à la prédominance 
des Crinoïdes dans les anciens temps géologiques. Les Madré- 
pores, qui, de tous les Polypes Actinoïdes, sont les plus éle- 
vés, sont exclusivement tropicaux ; par contre, les Alcyo- 
noïdes du rang supérieur (Benilla, Veretillura, Pennatula) 

(1) Dana, Crustacés, etc., p. 1501. 



DÉPENDANCE MUTUELLE DES ANIMAUX ET DES PLANTES. 191 

fpassent les tropi(iues et s'étendent sur la zone fempérée. 
sUn autre rapport intéressant à signaler entre la distribu- 
tion géograpliifjue des animaux et leurs représentants aux 
âges antérieurs, c'est ral)sence de types embryonnaires dans 
les régions cbaudes. La zone torride ne possède aucun vrai 
représentant des périodes géologiques primitives; elle a le 
Pentacrinus, mais il ne se rencontre pas au-dessous du Lias; 
elle a le Nautile, parmi les Céphalopodes, mais rien qui res- 
emble à rOrlhocère; on y trouve les Limules, mais rien de 
pareil aux ïrilobites. 

L'étude des rapports entre le rang des animaux et leur 
'Hstribulion géographique rencontre une difficulté très- 
grande, de l'obscurité même, à certains égards, dans ce fait 
que des types tout entiers, caractérisés par une structure 
particulière, ont un habitat singulièrement circonscrit. Et 
cependant cela est une nouvelle preuve de l'intime corréla- 
tion qu'il y a entre les deux choses. Pourquoi l'Australie 
n'a-t-elle ni Singes, ni Carnivores, ni Rongeurs, ni Pachy- 
dermes, ni Edentés? C'est ce que je n'ai pas à expliquer; 
mais tout zoologiste sait qu'il en est ainsi ; il n'ignore pas que 
les Marsupiaux (1) de ce continent représentent en quelque 
sorte, par les modifications de leur structure spéciale, les 
autres ordres de Mammifères. L'Australie apparaît donc 
comme un continent qui aurait conservé les caractères des 
vieux âges géologiques. Dès lors il n'est personne qui ne 
comprenne de quel haut intérêt pour la classification sera 
une connaissance plus étendue de la distribution générale 
des animaux et des particularités de structure propres aux 
types localisés. 

XXX 

Mutuelle dépendance du règne animal et du règne végétal. 

On savait fort bien depuis longtemps, par les expériences 
(le De Saussure, que la respiration s'accomplit d'une manière 

(1) Voyez section ii. 



192 DE L'ESPÈCE. 

différente chez les animaux et chez les plantes, et que, si les 
premiers absorbent de l'air atmosphérique pour exhaler de 
l'acide carbonique, les secondes s'approprient le carbone et 
exhalent l'oxygène. Mais ce furent seulement les travaux de 
Dumas et Boussingault (1) qui, en appelant d'une façon par- 
ticulière l'attention des naturalistes sur ce sujet, firent bien 
comprendre la mutuelle dépendance où sont l'un de l'autre, 
à cet égard, le règne animal et le règne végétal. On sut 
que l'un produit ce que l'autre consomme et vice versa,, de 
manière à rétablir l'équilibre que chacun d'eux isolément 
ne manquerait pas de troubler, dans une certaine mesure. 
La pratique agricole usuelle de la fumure des terres montre, 
d'un autre côté, cette réciprocité d'action d'un règne sur 
l'autre. Les parties non digérées de l'aliment des animaux 
retournent au sol et le fertilisent pour une nouvelle pro- 
duction végétale (2). De plus, directement ou indirectement, 
le règne animal tout entier a un besoin absolu du règne 
végétal pour sa subsistance, car les Herbivores préparent 
l'aliment nécessaire aux Carnivores. Nous sommes bien loin 
du temps où l'on croyait que les Vers étaient engendré?- par 
la pourriture des fruits ou d'autres substances végétales, et 
il est inutile de répéter ici ce que l'on sait du mode de repro- 
duction de ces animaux. Il n'est pas non plus nécessaire de 
montrer la grande absurdité de l'hypothèse suivant laquelle 
les plantes auraient été produites, en premier lieu, par les 
agents physiques, pour donner ensuite, elles-mêmes, nais- 
sance aux animaux. Qui donc aurait inspiré aux agents phy- 
siques de rendre le monde animal tout entier dépendant du 
monde végétal?... 

Non ; des faits aussi généraux prouvent, plus directement 
qu'une masse de fails particuliers et sans liaison, l'établisse- 
ment d'un ordre de choses parfaitement réglé et dont toutes 
les dispositions ont été prévues et combinées à l'avance. Ils 
dénotent, en effet, des conditions d'existence savamment 

(1) Dumas, Leçons sur la slaiiquc chimique des êtres organisés [Ann. se. 
valur., 2" série, vol. VI, p. 33 ; vol. XVll, p. d22). 

(2) Liebig, Chimie agricole. — Chimie animale. 



PARASITISME. 193 

équilibrées, préparées de longue main et telles que, seul, un 
Être Intelligent a pu les ordonner. 



XXXI 

Animaux et Plantes parasites. 

Si indépendants que les animaux puissent paraître les uns 
des autres, il en est cependant qui, pour vivre, ont besoin 
d'être en connexion intime avec d'autres créatures animées, 
dont ils sont les parasites à l'intérieur ou à l'extérieur. Tels 
sont les Vers intestinaux et toute la vermine de la peau (1). 
Parmi les plantes, de nombreuses Orchidées, des Bromé- 
liacées, le Gui, rOrobranche, le Rafflesia, peuvent être cités 
comme d'autres exemples remarquables de parasitisme. 

Les parasites appartenant au règne animal présentent une 
viiiété très-grande. Il faudrait des volumes pour les dé- 
crire et en faire l'histoire, car leurs relations, avec les ani- 
maux ou les plantes dont leur existence dépend, sont aussi 
variées que leurs formes mêmes et leur structure. 

Or, un fait d'une importance extrême et à noter tout d'a- 
bord, c'est que, par eux-mêmes, ces parasites ne constituent 
pas une grande division du règne animal. Il y a des para- 
, sites dans tous les embranchements, il y en a dans presque 
) toutes les classes, et, dans aucune, ils ne constituent un 
} ordre naturel. De plus, le même tube intestinal est habité 
i! par des parasites différents. Ce sont là des faits significatifs. 
'-[ Ils prouvent que le parasitisme n'a point pour fondement 
ï telle ou telle combinaison particulière des traits essentiels 
de la structure des animaux, mais bien certaines corrélations 

(1) Voyez les noies bibliographiques de la section xix, et K. A. Rudolplii, 

. ; Entozoorum sive Vermium, etc. — J. G. Bremser, Ueber lebende Wûrmer im 

1 lebendcn Menschcn. Wien, 1819, in-4. — F. Dujardin, Hist. nat. des Ilel- 

' minthes, etc. — C. M. Diesing, Ilisloria Vermium, etc. — Fr. Kuchemneisler, 

Die in und an dcm Korper ries lebenden Menschcn vorlœmmenden Parasilon. 

• I-cipzig, in-8, 1855. — U. LeiK^kart, Parasiien in Paj-asitismus {Vierord's 

)Ârehiv, 1852). — Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui 

croi&îenl sur Vhomme cl sur les animaux vivants. Paris, 1853, in 8. 

Ai;\ssi/. 13 



194 DE l'espèce. 

d'un caractère principalement spécifique. Les parasites n 
sont pas non plus, à l'égard des autres êtres organisés qu 
les supportent, dans une dépendance toujours égalemen 
étroite. Pour quelques-uns, tout se borne à vivre aux dé 
pens d'un autre animal. Certains d'entre eux, au contraire 
ont, avec l'être sur lequel ils se développent et se multi 
plient, une connexion si intime qu'ils meurent bientôt si oi 
les transporte sur un individu d'une autre espèce. 11 n'y 
pas, non plus, une catégorie spéciale d'animaux servant d 
proie aux parasites; loin de là, chaque animal a les siens 

On compte bien peu de parasites, à proprement parler 
parmi les Vertébrés. 11 n'y en a aucun qui soit Mammifère 
Chez les Oiseaux, quelques espèces, peu nombreuses, dépen 
dent des autres pour faire couver et éclore leurs œufs; tel 
sont le Coucou d'Europe et le « Cowbird » de l'Amérique di 
Nord. Chez les Poissons, quelques petits Ophidiums (Fieras 
fers) pénètrent dans la cavité du corps des grosses Holo 
thuries et y font leur séjour (1). L'Echeneis s'attache ; 
d'autres Poissons, mais temporairement. 

Parmi les Articulés, le nombre des parasites est très-grand 
Il semble que ce soit le vrai caractère de cette classe, s 
remarquable par l'expansion extérieure de toute son organi 
sation, de contenir la variété la plus considérable de para 
sites. C'est en effet dans son sein que s'observent les combinai 
sons les plus extraordinaires de ce singulier mode d'existence 
Les Insectes, en général, sont bien plus étroitement que le 
grands Herbivores dans la dépendance des plantes qui le 
nourrissent. C'est à ce point que la plupart d'entre eux sont 
pendant toute leur existence, astreints à vivre sur une espèci 
végétale unique; par exemple les Pucerons, les Cochenilles 
les Gallinsectes (Gynips). Chez quelques autres, la larve seuli 
est réduite à s'alimenter d'une plante spéciale, et, chez d'autre: 
encore, comme les Œstres, les larves se développent sous U 
peau, ou dans l'intestin, ou à l'intérieur des cavités nasales d( 
certains animaux. Les Ichneumons déposent leurs œufs dam 

(1) Voyez ci-dessus page 119, note 1. 



PARASITISME. 195 

les larves d'autres Insectes, que leurs jeunes dévoreront jus- 
qu'à ce qu'ils se transforment. Parmi les Insectes parfaits, il 
y en a qui ne vivent qu'en communauté; tels sont les Four- 
mis, les Glavigères, les Clérus, les Abeilles. Quelques espèces 
de Fourmis vivent, toutefois, sinon comme des parasites les 
unes sur les autres, au moins les unes aux dépens d'autres 
réduites à une sorte d'esclavage. 11 y a enfin des Insectes qui 
vivent sur le corps des animaux à sang chaud, comme les 
Poux, les Puces, et de ceux-là le nom est légion. Quelques 
Hydracnées sont parasites de Mollusques aquatiques (1). 
, Parmi les Crustacés, il est des Crabes qui vivent dans la 
' coquille de certains Mollusques, par exemple les Pinno- 
theres de l'Huître et de la Moule. J'en ai trouvé une autre 
espèce sur des Oursins {Phmotheres Melitiœ, nouvelle espèce, 
, sur le Melitta quinqueforci). Les Pagures prennent la co- 
quille des Mollusques pour s'en faire un abri, et nombre 
•; d'Amphipodes vivent sur les Poissons, attachés aux branchies, 
= à la langue, à la peau, ou sur les Étoiles de mer (2). Le 
i ijamus Ceti vit sur la Baleine. Quelques Girripèdes sont 
[parasites des Baleines, d'autres le sont des Coraux. Dans la 
9, famille des Lernéens, les femelles vivent principalement en 
i- parasites sur les branchies, les nageoires ou le corps des 
Poissons, tandis que les mâles sont indépendants. 

Ce mode d'existence est encore plus fréquent chez les 
Vers. Tandis que quelques-uns d'entre eux se bornent à 
vivre au milieu des Coraux, il en est d'autres dont les familles 
< riiières ne sont formées que de véritables parasites. Ici, 
l'iicore, nous trouvons les relations les plus variées. Certains 
Veis, en effet, sont constamment parasites et d'autres ne le 

I) Clir. L. Nitzsch, Darstellung der Familien uiid Gallungen der Thicrin- 

'Ca. Halle, 1818, in-8. — G. v. Haydnn, Versuch eincr systemalischen 

dhedung der Acariden. Isis, 1826, ]>. 608. — J. S. C. Ratzenbiirg, Die 

' luieumoncn der ForalinselUen. Berlin, 18/1/1-52, 3 vol. in-/i,fig. — Rr. Clark, 

Minarvulioits ou llie Genus ùeslrus {Trans. Lin. Soc, III, p. 289, %.). — 

'. L. Kocli, Die Pjlansen-LUuse, Aphiden. Nùrnberg, 1846, in-8, fig. — 

ml. Dugès, liechenhcs sur l'ordre des Acariens {A7in. se. nat., 2* sér., 183/i, 

I'. 5, II, p. 18, lig.). 

'!) J'ai trouvé un nouveau i^'onic ilr «(Ile laiiiillc sur des Astéries Hélian- 
•oides. 



196 DE L LSPÈCE. 

sont que durant une certaine période de leur vie. Les jeune 
du Gordius sont des animaux indépendants; à un certaii 
moment, ils s'insinuent dans le corps d'un Insecte, puis il 
l'abandonnent quand l'heure de la propagation est venue. L 
jeune Distôme vit librement dans l'eau, à l'état de Cercaire 
puis il passe le reste de sa vie dans le corps d'un autre ani 
mal. Le Taenia, au contraire, ne cesse jamais d'être parasite 
et il n'y a que ses œufs qui circulent d'un animal à un autre 
mais chez lui, comme chez quelques autres Vers intestinaux 
il se passe un fait remarquable. Les premières transfer 
mations du parasite s'accomplissent dans le corps d'ui 
animal d'une certaine espèce, il ne pourra toutefois com 
pléler son développement que dans le corps d'un autre ani 
mal, d'espèce différente et supérieure à la première. Il fau 
qu'il soit avalé par ce second hôte, avec la chair de l'hôt 
précédent. C'est le cas de quelques Filaires, des Tœnias e 
des Bothriocéphales. Ils habitent d'abord le corps de Pois 
sons inférieurs qui sont avalés par des Requins ou des Oi 
seaux aquatiques, ou celui de Souris qui sont à leur tou 
dévorées par des Chats, et c'est dans l'intestin de son demie 
nourricier que le parasite subit sa transformation définitive 
Quelques Vers effectuent des migrations étendues, à traver 
les corps d'autres animaux, avant de rencontrer le miliei 
convenable à leur développement final (1). 

On compte peu de parasites parmi les Mollusques, s 
même il en est qu'on puisse véritablement appeler de ci 
nom. On pourrait citer, comme exemples, les mâles de quel 
ques Céphalopodes qui n'abandonnent jamais le corps di 
leurs femelles (2), les Gastéropodes qui se développent ai 
sein des Coraux (3), le Litholomus et une variété d'Arca 
trouvée dans les Coraux. 



(1) Voyez, outre les ouvrages déjà cités, notamment section xix, D. Wein 
land, The Plan adopted by nature for the Preservation of the various specie 
of Helminthes {Proc. Dost. nal. Hist. Soc., 1858). 

(2) Voy. ouvr. cit., sect. xix. 

(3) Ed. Ruppell, Mémoire sur ie Magil us anliquus (Trans. Soc, Strasb. 
1832, t. I, fig.). 



PAttASITISME. 197 

A proprement parler, il n'y a pas de Rayonnes parasites. 
On notera cependant que plusieurs d'entre eux s'attachent 
de préférence à certaines plantes et que les jeunes de quel- 
ques autres demeurent en continuité avec leur parent (tous 
les Coraux, par exemple, et même quelques Grinoïdes, 
comme la Comatule de Charleston). 

Dans tous ces divers cas, la probabilité que des êtres 

lussi singuliers soient, à un degré quelconque, le produit 

les forces physiques, est moindre encore que dans le cas 

d'animaux indépendants. Effectivement, ici, au fait de 

'existence des animaux eux-mêmes s'ajoutent toutes les con- 

litions si compliquées de leur manière de vivre et toute la 

"ariété de leurs rapports avec d'autres organismes. Or, si, 

Iles relations existant entre les êtres indépendants, on peut 

jléjà conclure que les circonstances extérieures n'ont pas 

l'U devenir la cause de leur existence, combien moins encore 

erait-on autorisé à attribuer aux parasites une origine 

ussi simple! On a supposé, il est vrai, qu'ils avaient pris 

aissance dans le corps des animaux aux dépens desquels 

s se nourrissent. Mais alors, que dire de ceux qui, comme 

îGordius, ne s'introduisent dans le corps de leur victime qu'à 

m degré déjà tant soit peu avancé de développement? Et 

îux qui ne vivent qu'à la surface du corps des autres ani- 

ïaux, comme les poux, sont-ils un produit de la peau? Et 

ÎUX qui ont à passer du corps d'un animal inférieur dans 

îlui d'un animal supérieur, pour accomplir leurs méta- 

lorphoses, et chez lesquels cette succession de gîtes est la 

igle?... Dira-t-on que cet arrangement a été imagine par 

. première victime, ou imposé par elle à la seconde, ou 

tventé pour toutes deux parles forces physiques? Enfin, 

^rsque les femelles seules sont parasites, les deux sexes 

araient-ils une origine diverse? Les mâles et les femelles 

raient-ils les produits de forces diverses?... 

J'ai beau faire ; je ne parviens pas à concevoir comment 

3rigine des parasites peut être rapportée aux forces phy- 

ques. A moins, toutefois, qu'on ne considère les animaux 

ax-mêmes comme des forces physiques, par rapport aux 



198 DE l'espèce. 

parasites qu'ils entretiennent. S'il en est ainsi, pourquoi la 
victime ne parvient-elle pas à s'en débarrasser aussi bien 
qu'à les produire? Car il n'est pas supposable que tout cela 
puisse avoir lieu sans qu'elle en ait conscience, puisque les 
parasites sont, quant à la structure, en corrélation si intime 
avec les types divers auxquels ils sont spéciaux. 

L'existence de parasites particuliers à des types si nom- 
breux et si variés, dans le rèprne animal aussi bien que dans 
le règne végétal, est un fait d'une signification profonde, 
que l'Homme lui-même ne saurait trop sérieusement mé- 
diter. Admirons ces merveilles, mais comprenons l'en- 
seignement qu'elles renferment et ne nous glorifions pas 
trop d'une indépendance, d'ailleurs réelle. Tous les rapports 
dans la nature sont réglés par une sagesse supérieure. 
Apprenons donc, enfin; à nous conformer, dans les limites 
de noire sphère propre, aux lois assignées à chaque race! 



XXXII 

Combinaison dans le temps et dans l'espace de divers rapports 
qui s'observent chez les animaux. 

Pour peu que la pensée se concentre sur les rapports mu- 
tuels ou le parallélisme que présentent, les uns à l'égard 
des autres, tous ces caractères du règne animal, tirés de la 
structure, de l'embryologie, de la géologie, de la géogra- 
phie, on est saisi par l'évidence de cette conclusion : toutes 
ces choses ont été établies j)ar un Esprit réfléchi ; elles 
constituent en même temps le côté de la nature le plus acces- 
sible à notre intelligence, dès que celle-ci s'efforce de péné- 
trer la relation des êtres finis avec leur cause. 

Les phénomènes du monde inorganique, comparés à ceux 
du monde organique, sont tous très-simples. Pas un des grands 
agents physiques, électricité, magnétisme, calorique, lu- 
mière, affinité chimique, ne présente, dans la sphère d'ac- 
tivité qui lui est propre, des phénomènes aussi compliqués 



COINCIDENCES ENTRE LE MONDE ORG. ET LE MONDE INORG. 199 

que ceux dont le dernier des êtres organisés nous rend té- 
moins. Au contraire, il n'est pas besoin de s'adresser au plus 
élevé de ces êtres pour retrouver, à côté des phénomènes 
exclusivement propres à la vie, les mêmes phénomènes 

; physiques qui se produisent dans le monde purement ma- 
tériel. Puis, donc, que le corps organisé renferme tout ce 
que contient le monde inanimé, plus une puissance qui lui 
est propre, comment aurait-il été produit par les agents 
physiques? Si les physiciens, familiers avec les lois du 

, monde inorganique, reconnaissent que ces lois doivent avoir 

jété établies au commencement des choses, comment nie- 

i . 

I raient-ils que, à fortiori, les lois infiniment complexes du 

. monde vivant ont dû être établies après les autres, suc- 
cessivement, et au fur et à mesure de la création des types 
végétaux et animaux. En effet, pendant une longue période 

'il n'y a pas trace, à la surface de la terre, de l'existence du 

■ monde organique. 

Jusqu'à présent, ce sont les contrastes existant entre le 
m(jnde organique et le monde inorganique (i) que nous 
avons toujours recherchés et examinés. Au point où nous 
en sommes venus, il n'est peut-être pas hors dé propos de 
jeler un coup d'œil sur leurs coïncidences. Quelques-unes 
prouvent directement que l'ordre, dans le monde physique, 
a Hé établi conformément à des lois qui atteignent aussi les 
èlres vivants. Ainsi, dans la sphère de chaque régne, or- 
ganique ou non, se découvre, avec une égale évidence, 
l'ouvre d'un Esprit réfléchi. Tout le monde sait que l'arran- 

,gemcnt des feuilles d'une plante (2) peut être représenté 
par une série très-simple de fractions qui, toutes, sont ou 
des approximations graduelles vers la moyenne arithmé- 
tique des quantités ^/2 et 1/3, ou cette moyenne elle-même. 

'Entre ces deux limites, maximum et minimum, varie l'écar- 
tement observé entre deux feuilles consécutives. La série 
normale exprimant les diverses combinaisons qu'on observe 

(1) Voy. sections xxv, xxvi, xxvii, xxvill, xxix, xxx et XXM. 
il) Voy. les ouvrages cités p. 24, note 3. — Wright (C), On ihc Pliylla- 
S Astr. Journ., vol. V, di-c. l^.^ti. 



200 



DE L ESPliCIi . 



le plus généralement entre Jes feuilles des végétaux est la 
suivante : 



i>3'5'8' 13?21'31>S5 



, etc. 



Or, en comparant cet arrangement des feuilles sur l'axe 
qui les supporte, avec les révolutions des globes qui font 
partie de notre système solaire, Peirce a découvert la plus 
parfaite identité entre les lois fondamentales qui règlent l'un 
et celles qui gouvernent les autres. C'est ce qu'on peut voir 
d'un coup d'œil, au moyen du diagramme suivant. La pre- 
mière colonne contient le nom des planètes ; la deuxième 
donne, exprimé en jours, les temps vrais de leur révolution 
sidérale ; dans la troisième sont inscrites les durées de celte 
même révolution, telles qu'elles seraient dans l'hypothèse 
où chacun des nombres qui les indiquent serait, avec celui 
qui le précède ou celui qui le suit, dans le rapport exprimé 
par un des termes de la série phyllotaxique ; la quatrième 
enfin est la suite des fractions qui représente la loi de l'ar- 
rangement des feuilles. 



Neptune. . 
Uranus. . 
Saturne. . 
Jupiter. . 
Astéroïdes. 
Mars. , . 
La Terre. 
Vénus. . . 
Mercure. . 



60,-129 62,000 

30,687 31,000. 

40,739 10,333. 



4,333 

1,200 à 2,000. 
687. . . . , 

365 

225 



4,133. 
1,350. 

596. 

366. 

227. 
87. 



Dans cette série, la Terre forme une lacune; mais il est 
aisé d'expliquer cette irrégularité apparente. Les fractions 
V2, 1/3, 2/.5, 3/8, 5/13, 8/21, 13/34 dont chacune fait con- 
naître, pour une plante, la place que prennent successivement 
les feuilles en s'enroulant le long de la tige, par la voie la 
plus courte, sont identiques, quant à leur signification, avec 
celles qui expriment ces mêmes positions par la voie la plus 
longue : 1/2, 2/3, 3/5, 5/8, 8/13, 13/21, 2J/3/i, etc. 



)IiSCIDEiNCES ENTRE LE MONDE ORG. ET LE MONDE INORG. 201 

ieproduisons donc notre diagramme sous une autre 
forme, la troisième colonne indiquant les durées théoriques 
de révolution. 

62,000 60,129 

62,000 .... 

31,000 .30,687 

15,500 

40,333 10,759 

6,889 — 

4,133 4,333 

2,480 

1,550 1,200 

968 

596 687 

366 365 

227 225 

140 

Mercure. ... -H ... . 87 88 



Neptune. . 


1 
• • T 

1 


Uranus. . 


1 
1 


» 
Salurne. . 


1 

a 

2 
• • 3 


» 
Jupiter . . 


2 

3 

3 

• • 5 


Astéroïdes. 




» 
Mars. . . 


K 

8 

8 

••13 


La Terre . 


8 
• • Ï3 


Vénus. . . 


L3 






On voit, par ce tableau, que deux intervalles séparent or- 
^ dinaircment chaque planète de celle qui la précède; si bien 
I que l'ordre normal des fractions effectives est réellement : 
: 1/2, J/3, 2/5, 3/§, 5/13, etc., c'est-à-dire celle de l'arran- 
' gement des feuilles par la voie la plus courte. La Terre est 
. exclue de celte série, tandis qu'elle forme un terme de la 
^ série d'ascension par la voie la plus longue. L'explication 
: de ce fait proposée par Peirce est celle-ci : La tendance 
• à la formation d'une planète n'est pas suffisante à la fin d'un 
t intervalle simple, mais elle devient tellement forte, vers la 
' limite d'un second intervalle, que la planète ne se rencontre 
qu'en dehors de cette limite. Ainsi Uranus est un peu trop 
' loin du Soleil, relativement à Neptune; de même, Saturne 
relativement à Uranus, et Jupiter relativement à Saturne. 
Les planètes ainsi formées condensent autour de leur centre 
une quantité de matière proportionnellement trop considé- 
rable; c'est notamment le cas pour Jupiter. A l'égard des 
l Astéroïdes, la force est suffisante à la fin d'un seul inter- 
?' valle. Aussi l'astéroïde le plus extérieur n'cst-il que bien 



202 DE l'espèce. 

juste dans la limite de cet intervalle et toute la matière de 
ces corps est disséminée sur un espace immense, en masses 
séparées, au lieu d'être concentrée en une seule planète. En 
conséquence de celte dispersion des forces plastiques, la pro- 
portion de matière absorbée par les Astéroïdes est petite. 
Mars, qui vient ensuite, est déjà, quand il se forme, tellement 
en dehors de sa vraie place que, une fois l'intervalle suivant 
franchi, la force qui reste est assez puissante pour donner 
naissance h la Terre. Après quoi, la loi normale reprend son 
cours, sans plus de perturbation. Suivant, celte loi, il ne peut 
y avoir de planète extérieure à Neptune, mais il peut en 
exister une intérieure à Mercure. 

Et maintenant , jetons un coup d'œil en arriére sur les 
traits généraux du règne animal que nous avons passés en 
revue. Laissons de côté les relations, plus simples, des êtres 
organisés avec le monde ambiant et celles d'individu à indi- 
vidu. Considérons seulement les dilTéren tes séries parallèles 
dont la confrontation nous a montré, dans chacun des grands 
types du règne, la mutuelle corrélation des phénomènes de 
la vie animale. Nous avons comparé soit le rang, tel que le 
détermine la complication de la structure, avec les phases de 
l'accroissement ou avec la succession des êtres à travers les 
âges; soit l'ordre de cette succession avec l'évolution em- 
bryonnaire ; soit entin toutes ces relations, entre elles et 
avec la distribution géographique des animaux. Partout c'est 
la même série (1)! Les mêmes faits sont vrais dans toutes 
les grandes divisions du règne animal, aussi loin qu'on ait 
poussé les recherches. Et si, faute de matériaux, l'enchaîne- 
ment des témoignages est incomplet sur quelques points, 
il n'en suffit pas moins à prouver qu'une loi a été établie, 
et que, en vertu de cette loi, il existe, entre tous les traits 
généraux, une correspondance universelle qui relie, par un 
lien intellectuel et intelligible, tousles êtres organisés de tous 
les temps en un seul grand système. Qu'importe si quelques 

(1) Cf. toutes les sections précédentes où cliacun de ces points a été exa- 
miné isolément. 



I 



I.A PENSÉE ÉCLATE DANS TOLS CES RAPPORTS. 203 

anneaux de la chaîne sont perdus ! Mais une connaissance 
intime et profonde du sujet peut seule permettre à l'esprit de 
saisir cette démonstration ; car, même confusément entrevue, 
cette vérité constitue le résultat le plus brillant des efforts 
intellecluels combinés de centaines d'observateurs, pendant 
un demi-siècle. 

La connexion entre les faits, chacun le voit d'abord, est 
chose purement intellectuelle ; elle implique, par conséquent, 
l'aclion d'une Intelligence, comme cause première (1). 
Or, si le pouvoir d'associer des idées est le privilège des 
esprit cultivés seulement; — si le pouvoir de combiner des 
pensées différentes et d'en déduire des pensées nouvelles est 
le privilège, encore plus rare, d'un petit nombre d'esprits 
supérieurs; — si la facullé de suivre à la fois plusieurs 
enchaînements d'idées distincts est un don assez extraor- 
dinaire pour que l'IIisloire ait pris soin d'en enregistrer 
le petit nombre d'exemples (César dictant à la fois plusieurs 
lettres à ses secrétaires), bien que cela dénote, en somme, 
la simple capacité de passer rapidement d'un sujet à un 
autre, sans perdre le fil de plusieurs idées parallèlement 
développées; — si tout cela n'appartient qu'au pouvoir in- 
tellectuel le plus fort, par quelle aberration du jugement 
dénier à une Intelligence Suprême l'œuvre de ces combinai- 
sons de la nature à côté desquelles toutes les conceptions 
humaines sont jeux d'enfant? 

Pour peu que j'aie réussi à montrer dans les rapports 
divers observés entre les animaux et le monde physique, 
ou entre les animaux eux-mêmes, quelque chose d'intelli- 
gent, il s'ensuit que le Tout est dû à un Auteur Intelligent. 
H n'est peut-être pas hors de propos, alors, de chercher à 
indiquer, aulant que cela est possible, la différence qu'il y a 
entre la Pensée Divine cl la pensée humaine. 

Prenant pour guide la nature, où la pensée se mani- 
feste, je trouve que la pensée humaine est consécutive. Au 



(1) L. Agassiz, Conlemplalions of God in Iho Kostnos {Christian Examiner. 
Boston, jiiiiv. 1851). 



204 DE l'espèce. 

contraire, la pensée divine est simultanée. Elle embrasse, 
au même instant et pour toujours, dans le passé, dans le 
présent et dans l'avenir, les rapports extrêmement diversi- 
fiés qui existent entre des millions d'êtres organisés d'une 
complication telle, que, pour en étudier et en comprendre, 
même imparfaitement, un seul, l'Homme par exemple, l'Hu- 
manité a employé des milliers d'années. Oui; toutes ces 
choses ont été faites par un Esprit ; toutes sont nécessairement 
l'œuvre d'un Esprit seul, de Celui devant lequel l'Homme 
ne peut que s'humilier, pour reconnaître, avec une ineffable 
gratitude, les prérogatives dont, sans parler des promesses 
d'une vie future, il lui a été donné de jouir dans ce monde. 
Dans mon argumentation sur ces problèmes purement 
métaphysiques, j'ai volontairement omis quelques points, 
atîn de ne pas étendre outre mesure un débat qui, dans le 
plan de cet ouvrage, n'est en définitive qu'accessoire. Je me 
crois justifié de l'avoir fait, parce que, au point de vue où 
j'ai traité mon sujet, ces questions trouvent une solution 
naturelle qui s'offre d'elle-même au lecteur. Nous savons 
ce que l'intelligence de l'homme peut produire; nous 
connaissons sa puissance de création, sa puissance de 
combinaison, de prévision, d'analyse, de synthèse. Nous 
sommes, par conséquent, tout préparés à reconnaître une 
action analogue émanant, sur une étendue sans limites, 
d'une Intelligence Suprême. Il serait donc superflu de 
vouloir démontrer qu'une telle Intelligence a pu créer 
l'Univers et tout ce qu'il contient. Il suflît de prouver que 
la constitution du monde physique et, plus particulièrement, 
les rapports établis entre lui et les êtres vivants attestent, 
en général, l'existence d'un Être Suprême, Auteur de 
toutes choses. Le rôle de la science est d'étudier ce qui 
a été fait, de rechercher, autant que cela est accessible, 
comment les choses ont été faites, plutôt que de scruter 
ce qui est possible à la Divinité. Car nous ne pouvons 
connaître ce qui aurait pu être que par ce qui existe réelle- 
ment. Pour détruire cette thèse, ceux qui nient l'interven- 
tion dans la nature d'une Intelligence Créatrice, devraient 



I 



l'homme primitif. 205 



montrer que la cause à laquelle ils rapportent l'origine des 
êtres finis est, de sa nature, une cause possible. Or, c'est ce 
qu'on ne peut pas nier d'un Être doué des attributs que 
nous reconnaissons en Dieu. Notre tâcbe est donc terminée 
quand nous avons prouvé qu'il existe. Il serait cependant à 
désirer que tout naturaliste, amené par l'étude à une con- 
clusion semblable, reprît de nouveau le sujet au point de 
vue particulier de ses recherches spéciales; alors, seulement, 
l'évidence se manifestera dans toute sa clarté. 

Dès aujourd'hui, j'entrevois que des arguments d'une 
grande valeur pourraient être empruntés à la morphologie 
des plantes, spécialement au mode de succession et à la com- 
binaison systématique des différentes sortes de feuilles qui 
produisent le feuillage et la fleur de ces végétaux innom- 
brables, dont le développement a pour terme une infinie va- 
riété de fruits. Le monde inorganique, envisagé à la même 
lumière, ne manquerait pas de fournir, lui aussi, un témoi- 
gnage inattendu en faveur d'une Cause IntelHgente, dans le 
caractère des lois qui régissent les combinaisons chimiques, 
l'action des forces physiques, l'attraction universelle, etc. 
L'histoire elle-même de la culture de l'humanité devrait 
être étudiée à ce même point de vue. Mais je laisse à de plus 
capables le soin de discuter ces choses. 



XXXIII 

L'Age primitif de l'Huinanité. 

A mesure que nos connaissances en Géologie se sont pré- 

sées, on a pu compléter l'histoire des temps antérieurs à 

jlat de choses actuel. La question des rapports chronolo- 

Jques de l'histoire de l'Homme avec les époques géologiques 

îst, alors, posée d'une manière plus pressante. Depuis 

Quelques années, on s'occupe beaucoup de Y Homme fossile. 

Je n'aime pas cette expression, par la raison bien simple que 

le mol fossile n'a pas, de lui-même, un sens nettement dé- 



206 DE l'espèce. 

fini. Dans l'enfance de la Paléontologie, on a appelé fossiles 
tous les débris laissés dans les couches de la terre, par des 
êtres organisés dont on pensait que la disparition avait pré- 
cédé la venue de l'Homme. Le terme fossile, appliqué d'a- 
bord au gisement et au mode de conservation, a pris ainsi 
un sens chronologique; on en est venu à le considérer 
comme synonyme de ces mots : antérieur à V homme. Cette 
interprétation remonte à l'époque où toutes les espèces ani- 
males éteintes étaient regardées comme ayant précédé l'exis- 
tence de l'Homme. L'apparition de l'humanité sur la terre 
formait ainsi le point de démarcation entre les êtres fossiles 
et les êtres vivants. Pendant longtemps, aucune autre distinc- 
tion n'a été faite entre les animaux actuels et ceux qui ont 
vécu autrefois à la surface du globe. On considérait comme 
de notre époque ceux qui nous sont encore aujourd'hui 
associés, et l'on rapportait au monde primitif ceux qui ont 
existé antérieurement. Il fallut toutefois reconnaître que ce 
monde primitif ne constitue pas une ère unique. On y dis- 
tingua des périodes, des époques, des âges successifs. On 
parvint à étabhr des coïncidences entre les grands chan- 
gements physiques survenus à la surface du globe et la 
disparition d'ensembles, tout entiers, d'animaux plus ou 
moins nombreux : on vérifia la contemporanéité de certains 
événements physiques avec certaines phases de la distribu- 
tion des êtres qui composent le règne animal. Cette étude 
suivie constitue l'histoire de la science durant notre siècle. 
Elle a produit toutes ces vues de systèmes géologiques, ou 
de périodes, d'époques, d'horizons géologiques, de syn- 
chronisme entre le soulèvement des montagnes et l'appari- 
tion ou la disparition des faunes successives, toutes ces idées 
qui sont le domaine de la Géologie et de la Paléontologie. 

Il n'entre point dans le plan de mon ouvrage de discuter 
la valeur de ces périodes ou le caractère de ces faunes, leur 
enchaînement, leur mode respectif de distribution. 11 me 
suffit de constater un fait admis aujourd'hui par tous les 
géologues : c'est que, à différentes époques, le globe a pré- 
senté une constitution physique diiférente et a été habité 



l'homme primitif. 207 

des êtres différents et distincts. Or, à mesure que cette 
notion devenait plus précise, à mesure que les divisions se 
faisaient plus nombreuses et plus restreintes, les époques 
géologiques ont été resserrées entre des limites de temps 
plus étroites et les faunes circonscrites dans des aires plus 
réduites. On a vu qu'il y avait des types d'animaux dont 
l'existence se poursuivait pendant de longues périodes, et 
d'autres dont la durée embrassait des espaces de temps plus 
courts. En dernier lieu, il a été démontré que nombre d'es- 
pèces, d'abord jugées antérieures à la présence de l'Homme, 
avaient été contemporaines du genre humain. Cette décou- 
verte a suscité des questions d'un ordre tout à fait nouveau 
dont la solution est difficile, d'autant plus que le problème 
louche à certains côtés de l'histoire physique de l'Homme, 
sur lesquels la lumière est loin d'être faite. Tous les pro- 
blèmes auxquels avaient d'abord donné lieu les distinctions 
à faire entre les fossiles de différentes périodes, et l'époque 
de leur existence, toutes les difficultés nées de la diversité 
des formes spécifiques à des âges géologiques différents, ont 
é\A soulevées de nouveau à propos de l'Homme lui-même. 
Lorsqu'on a découvert les premières traces d'Eléphant 
fossile, on a pu croire que c'étaient des débris d'Éléphant 
moderne. Il en a été de même pour tous les représentants 
anciens des familles et des genres actuels. 11 a fallu que les 
savantes comparaisons de G. Cuvier vinssent établir d'une 
manière incontestable que certaines espèces sont, suivant 
l'expression consacrée, des espèces perdues. On sait à pré- 
sont que ces espèces-là, comparées à celles de nos jours, 
ne sont pas, à proprement parler, perdues, car elles n'ont 
pas vécu en même temps que les espèces rencontrées 
;aujourd'hui sur les différents points du globe. Dans l'his- 
toire du développement du règne animal, elles appartien- 
^nent à des époques antérieures. Maintenant, donc, que l'on 
découvre des preuves de la présence de l'Homme, parmi les 
débris d'animaux dont le genre et l'espèce n'existent plus 
dans les mêmes heux, on se demande, à bon droit, si ces 
restes de l'Homme peuvent être rapportés aux différents 



208 DE l'espèce, 

types de l'Humanité qui habitent encore à celte heure la 
surface terrestre. On est forcément conduit à discuter, de 
nouveau et à un autre point de vue, cette question de l'unité 
du genre humain, déjà si difficile en elle-même, et qui se 
compUque ainsi d'un élément chronologique, toujours né- 
gligé jusqu'alors dans les études dont l'Homme avait été l'objet. 
Avant de pouvoir aborder la question de l'Homme fossile 
au point de vue chronologique, il faut nécessairement se 
faire une idée précise de la nature des rapports qui existent 
entre les divers types de l'Humanité répandus sur le globe. 
C'est là que gît la difficulté principale. Si toutes les formes 
humaines, quelque diverses qu'elles soient, appartiennent à 
une espèce unique; si le Nègre, le Hottentot, l'Abyssin, le 
Cafre, le Mozambique, le Sénégalais sont des peuplades 
d'une même race; si cette race n'est elle-même qu'une va- 
riété parmi les autres races qui peuplent d'autres conti- 
nents; si l'Australien, le Négrillot, le Papou sont simplement 
d'autres variétés et d'autres peuplades de la race nègre ; si 
les Japonais, les Chinois, les Tartares ne sont que des peuples 
de la race Mongole ; si les Hindous, les Assyriens, les Persans, 
les Égyptiens, les Berbères et toutes ces nationalités qu'on 
appelle Indo-Germaniques sont de pures modifications d'une 
seule et même race; si les Indiens de l'Amérique du Nord et 
les Indiens de l'Amérique du Sud diffèrent au même degré, 
seulement comme représentants d'une autre race; si les 
Esquimaux, les Lapons, les Samoïèdes, les Tongouzes, les 
Patagons; si, en un mot, tous les hommes, quelles que 
soient leurs différences physiques, doivent être envisagés 
comm.e des représentants d'une seule et même espèce, la 
question de l'Homme fossile n'a plus qu'une importance 
secondaire. La seule valeur de cette étude est d'aboutir à 
cette constatation que l'Humanité apparut bien avant la date 
fixée jusqu'à présent par la Chronologie. Tout ce vaste en- 
semble de connaissances, fruit des études archéologiques 
relatives à FHomme, se réduit, dès lors, à démontrer la 
fausseté des chronologies les plus accréditées, l'inexactitude 
des traditions, bref, l'insuffisance des données historiques 



^^I 



l'homme primitif. 209 



r nous apprendre quels furent les commencements du 
genre humain. 

Il importe donc, avant tout, de bien préciser les termes 
de comparaison qui doivent entrer dans l'investigation 
dont l'Homme primitif est l'objet. Il ne faut pas se mé- 
prendre sur le problème; la première chose à savoir n'est 
pas quelle peut être l'origine du genre humain. Nous devons 
dégager notre recherche des discussions qui se rattachent à 
l'hypothèse de la transformation des êtres organisés. Ce qu'il 
faut, c'est prendre l'Homme tel qu'on le rencontre aujour- 
d'hui sur la terre, et l'Homme tel qu'il se révèle par les 
traces découvertes dans les gisements, plus ou moins an- 
ciens, où il est accompagné d'animaux qui ne lui sont plus 
associés de nos jours. Que l'Homme provienne, ou non, de 
Quadrumanes anthropomorphes; qu'il descende de différents 
types de Singes ou d'une souche quadrumane unique ayant 
; disparu, toujours est-il que les hommes d'aujourd'hui diffè- 

Kent essentiellement les uns des autres, et que chaque type 
I incontestablement, un habitat spécial. Et, ici encore, il y 
lieu de distinguer. Il est, en effet, des formes du genre 

, humain que l'on trouve, à l'état sauvage, dans des conditions 
qui paraissent n'avoir pas changé de temps immémorial. Elles 
sont fixées, de nos jours encore, sur le sol qu'elles n'ont cessé 
d'occuper depuis qu'elles sont connues de la race blanche. 
Il ne faut pas les confondre avec ces autres formes du genre 
humain dont le mélange a constitué, dans le cours des siè- 
cles, des nationalités aux éléments hétérogènes, phénomèno 
qui s'est surtout produit parmi les branches diverses de la 

) race blanche. Or, je le répète, peu importe Forigine de toutes 
ces différences; car, aussi loin que remontent nos rensei- 
gnements, nous trouvons toujours les types d'hommes les 
plus divers répartis sur des aires distinctes de la surface du 
globe, qu'ils semblent avoir occupées de tous temps. Jusqu'à 
ce qu'il soit prouvé que les différentes espèces d'animaux 
appartenant à un môme genre sont issues les unes des 
autres; tant que la science devra envisager toutes les es- 
pèces animalrs comme des entités indépendantes (et celte 

AGASS1Z. Ill 



210 i>E l'espèce. 

nécessité n'en subsisterait pas moins, pour l'étude compa- 
rative, dans le cas oii on les rattacherait génésiquement les 
unes aux autres) ; tant que les êtres qui se sont succédé îi 
travers les âges géologiques présenteront des caractères 
spécifiques distincts, tels qu'on les reconnaît aujourd'hui 
(et ces particularités aussi subsisteront alors qu'on en saura 
rorigine); — aussi longtemps, dis-je, que, dans le règne 
animal, on constatera des différences exprimant le caractère 
des types dans le temps et dans l'espace, la science aura le 
devoir de tenir compte, au même titre, de toutes les diffé- 
rences vérifiées entre les hommes d'époques ou d'habitat 
différents. Or, après les études les plus judicieuses sur les 
débris humains, découverts dans des gisements d'âges di- 
vers et dans des localités plus ou moins distantes, le résultat 
le plus caractéristique auquel on soit parvenu c'est la con- 
statation d'une diversité inattendue et fort remarquable de la 
forme du crâne, chez tous ces peuples primitifs. Signaler ici 
ces variétés m'entraînerait hors du cadre de cet ouvrage. 
Mais il est de fait que si l'on examine les crânes humains les 
plus anciens, trouvés sur des points de l'Europe fort diffé- 
rents, au miheu de débris d'animaux qui, non-seulement 
n'existent plus en Europe, mais n'appartiennent même pas 
à la période contemporaine de l'Homme actuel, on observe 
des dissemblances aussi grandes que celles qui distinguent, 
de nos jours, les diverses races humaines. C'est donc chose 
acquise désormais à la science que l'Humanité a eu sur la 
terre ses phases de développement, tout comme les genres 
d'animaux. Il y a eu une différence entre les hommes d'au- 
trefois et les hommes d'aujourd'hui, comme il en a existé 
une, à des époques géologiques diverses, entre les animaux 
de même genre. 

Cette phase des découvertes ouvre, pour l'histoire de l'Hu- 
manité, une ère aussi nouvelle que celle qui se déploya, pour 
I Histoire Naturelle tout entière, le jour où Cuvier signala 
les différences spécifiques qui existent entre les Éléphants du 
Val d'Arno et ceux, amenés par Annibal en Italie, dont on 
avait cru d'abord retrouver les restes dans les débris de 



l'homme primitif. 211 

VElephasprimigenius. A mesure que se compléteront ces dé- 
couvertes, la science établira, je n'en doute pas, dans la grande 
époque géologique caractérisée par la présence de l'Homme, 
des phases aussi distinctes que celles déjà tracées dans l'his- 
toire de l'époque tertiaire. Alors on ne s'étonnera pas plus 
de découvrir, à des époques différentes, des types humains 
différents, que de rencontrer, aux époques successives de 
l'âge tertiaire, des espèces non identiques de Mastodontes, 
de Rhinocéros, d'Éléphants, d'Hippopotames, ou de cette 
infinité d'autres animaux de toutes les classes, qui caracté- 
risent les époques géologiques antérieures à l'Homme. La 
' présence d'hommes d'un type qui n'existe plus, au milieu 
d'animaux de types non contemporains, entrera, tout natu- 
rellement, dans la catégorie des faits dont toutes les phases 
géologiques de notre globe offrent l'exemple. 
I Dès à présent, un résultat est assuré : l'existence du genre 
humain remonte bien au delà des temps que la tradition 
assigne à son origine. L'histoire de l'Humanité se rattache 
naturellement à celle des phénomènes qui ont modifié la 
surface du globe. Et, si nous sommes forcés d'abandonner, 
pour l'histoire de l'Homme, les chronologies à dates fixes, 
nous la faisons rentrer sans peine dans une autre chrono- 
logie. Elle prend place dans cette série d'époques, d'une 
antiquité relative plus ou moins grande, à l'aide de laquelle 
la science détermine si heureusement l'ordre et la succession 
les grands événements physiques et organiques qui ont 
ibouti à l'état de choses actuel. C'est un pas analogue à ce- 
ui que fit la Géologie, le jour où elle constata que certains 
,^rands changements dans la configuration de la terre avaient 
iu lieu les uns après les autres. Il devint, dès lors, possible 
l'établir une liaison entre les accidents du relief de la terre 
t le dépôt des couches qui forment son écorce. L'analyse 
le ces faits a conduit, petit à petit, à une chronologie re- 
itive qui rehe entre elles toutes les révolutions subies par 
otre planète, tant dans son aspect physique que dans la 
lOnstitution et la distribution de ses habitants. Une étude 



lus minutieuse des dépôts les plus récents permettra seule 



212 DE L'ESPfeCK. 

de réunir dans leur véritable enchaînement chronologiqu 
toutes les phases de l'histoire de l'Homme. 

Mais ici les difficultés croissent. Tant que la surface d 
globe était peu accidentée, les dépôts stratifiés qui s'y sor 
accumulés successivement occupaient des aires considé 
râbles, si bien que leur liaison a pu être suivie sur une éten 
due extraordinaire. Dès lors , le synchronisme de leur foi 
mation a pu être établi avec précision et sans trop d'efîori 
Mais, à des époques plus récentes, des chaînes de montagne 
plus élevées, s'entrecoupant dans tous les sens à la surfac 
du globe, ont formé des bassins plus ou moins indépendants 
Au fond de chacun d'eux se sont effectués des dépôts isolés 
dont le synchronisme n'a pu être démontré qu'au moyen d 
recherches nombreuses et pénibles. Plus les continents acci 
dentés ont acquis d'étendue, et plus l'étude est devenu 
laborieuse. 

De tous les phénomènes géologiques récents, les plus con 
sidérables, les plus importants, au point de vue de ce tra 
vail, sont ceux qui se rapportent à l'époque glaciaire. De 
puis qu'il est démontré que d'immenses nappes de glaces on 
onvahi la surface du globe; depuis que la dissémination (l 
masses pierreuses détachées a pu servir à reconnaître le 
limites de l'extension de ces glaces; depuis que l'on a corn 
mencé à tracer les bornes dans lesquelles furent contenu 
ces glaciers à différents moments de leur retrait, on possèd 
les premiers jalons d'une chronologie moderne, et l'on | 
placera sans doute, un jour, quelques-unes des phases dl 
l'histoire de la vie animale aux époques les plus récentes. J 
mesure qu'on aura précisé l'ordre de succession des phénd 
mènes glaciaires, on pourra, j'en suis convaincu, établir e 
même temps des points de repère pour l'histoire des dei 
«liers changements subis par le Règne Animal. Mais cett 
étude est fort délicate. On n'est pas d'accord sur la manier 
«lont s'est produit le grand hiver cosmique. Plusieurs gé( 
logues pensent que les glaciers se sont étendus petit à pcli 
et ont envahi peu à peu des régions inférieures à celles o 
se tenaient primitivement les neiges éternelles; puis, qu( 



i 



RÉCAPITULATION. 213 



plus tard, ils sont rentrés dans leurs limites actuelles. Sui- 
vant d'autres, au contraire, et je suis de ceux-là, la terre, 
par suite de changements cosmiques, s'est couverte de 
masses énormes de neige, sur une étendue dont il est pour 
le moment impossible de fixer les limites ; après s'être trans- 
formées en glaces, ces neiges ont persisté, sur ces vastes 
étendues, jusqu'à l'époque d'un retrait graduel, dont les 
phases sont marquées par les différentes zones auxquelles 
atteignent les blocs erratiques de différente nature. Il ne faut 
pas se faire illusion sur l'état de nos connaissances relatives 
aux terrains quaternaires. L'âge relatif de tous ces dépôts 
! est loin d'être déterminé d'une manière aussi rigoureuse que 
celui des dépôts plus anciens, et, tant qu'il y aura du vague 
à cet égard, la môme incertitude régnera dans la chrono- 
logie des phases du développement zoologique postérieures 
à la formation des terrains tertiaires. Ainsi, j'ai vainement 
cherché, en dépouillant les renseignements pubhés jusqu'à 
;ce jour sur l'histoire primitive du genre humain, à déter- 
miner avec précision si l'Homme a existé, ou non, antérieu- 
rement à l'époque glaciaire, si VElephas primigeniiis et le 
Mastodonte des États-Unis sont, ou non, antérieurs à cette 
époque. Je suis tenté de croire que ni les uns, ni les autres 
n'ont précédé l'envahissement des glaces, mais je n'oserais 
pas l'affirmer. 

XXXIV 

Récapitulation. 

Comme récapitulation de tout ce qu'on vient de lire, nous 
pouvons présenter les conclusions suivantes (1) : 

I. L'enchaînement, en un système, de toutes les particula- 
rités de la nature manifeste de l'intelligence : — l'intelligence 
la plus comprehensive, dépassant de bien loin les facultés les 
plus hautes dont l'Homme s'enorgueiUisse. 

(l) Chaque paragraphe porto en tête le numéro de la Beclion qu'il résume. 



214 DE l'espèce. 

II. L'existence simultanée des types les plus divers, a 
milieu de circonstances identiques, manifeste de l'inteili 
gence ; — la capacité d'adapter une grande variété de stru( 
tures aux conditions les plus uniformes. 

III. La répétition de types semblables dans les circoi 
stances les plus diversifiées dénote, entre ces types, une lia 
son immatérielle. Elle manifeste de l'intelligence et prom 
directement l'indépendance absolue où se trouve l'Espr 
créateur, à l'égard des influences du monde matériel. 

IV. L'unité de plan, chez des types d'ailleurs profond émei 
divers, manifeste de l'intelligence. Elle dénote plus immi 
diatement encore la préméditation. Aucun plan n'aurait p 
comprendre, en effet, une telle variété d'êtres, appelés 
l'existence à d'aussi longs intervalles, si, dès le commei 
cement de l'exécution, il n'avait été tenu compte de la fin. 

V. Ce que l'on appelle aujourd'hui du nom d'homologii 
spéciales, cette correspondance entre les détails de la stru 
lure qui s'étend aux particularités les plus infimes, ch( 
des animaux d'ailleurs sans aucun Hen, manifeste de l'ii 
telligence et, plus directement, la faculté d'exprimer ui 
proposition générale par un nombre indéfini de formule 
dont chacune est aussi complète que les autres, quoiqu'el 
en diffère dans tous les détails. 

VI. Les degrés divers et les catégories différentes de rel 
tions, existant entre des animaux qui ne peuvent pas avo 
de lien généalogiquft, manifestent de f intelligence : — 
faculté de combiner des catégories différentes en un to 
permanent et harmonique, alors même que la base mat 
rielle de cette harmonie est constamment changeante. 

VII. L'existence simultanée, dès que l'animalité appari 
de représentants de tous les grands types du Règne anirr 
manifeste, d'une manière plus spéciale, de rintelligenc( 
— une intelhgence judicieuse, en laquelle se combinent 
pouvoir, la préméditation, la prescience, l'omniscience. 

VIII. La gradation, qu'on peut tracer, d'après les complic 
lions de la structure, parmi les animaux construits sur 
même plan, '^manifeste de l'intelligence et, en particulier, 



RÉCAPITULATION. 215 

pouvoir de distribuer harmoniquement des dons inégaux. 
_ IX. La large distribution de certains types à la surface du 
globe, en opposition au confinement de certains autres dans 
des localités déterminées, et la variété des combinaisons 
des uns et des autres en provinces zoologiques inégalement 
étendues, manifestent de l'intelligence : — un plein contrôle 
du mode de répartition de la Terre entre ses habitants. 

X. L'identité de la structure de ces types, en dépit d'une 
très- vaste dissémination géographique, manifeste de l'intel- 
ligence : — une intelligence si profonde que, plus on la 
scrute moins il semble possible d'en trouver le fond. Cepen- 
dant, l'idée qu'elle a voulu exprimer apparaît à la surface, 

i clairement et intelhgiblement pour tous. 

XI. La structure commune, à certains égards, d'animaux 
quant au reste tout à fait divers, mais qui vivent dans la même 

j circonscription géographique, manifeste de l'intelligence, 
j et, surtout, la faculté d'adapter les types les plus divers, 
I doués de structures spéciales, à des conditions d'existence 
t tantôt identiques et tantôt dissemblables. 
j XII. L'enchaînement sériaire de structures spéciales, ob- 
i serve chez des animaux largement disséminés sur la surface 
du globe, manifeste de l'intelligence : — une compréhension 
sans hmites et, directement, l'omniprésence de l'esprit ; sa 
prescience même lorsqu'une série de ce genre s'étend à tra- 
vers la suite des âges géologiques. 

XIII. Le rapport qu'il y a entre le volume des animaux, 
leur structure et leur forme, manifeste de l'intelligence; il 
témoigne que, dans la nature, les différences quantitatives 
sont aussi fixes et définies que les différences qualitatives, 
î XIV. La dépendance où les animaux se trouvent, quant à 
la taille, à l'égard des milieux ambiants, manifeste de l'in- 
telligence ; car elle établit une connexion étroite entre les 
éléments, doués d'une influence d'ailleurs si grande, et les 
êtres organisés, si peu affectés par la nature de ces élé- 
.ments. 

.' XV. La permanence des particularités spécifiques en dépit 
de toutes les variétés d'influences extérieures, à toutes les 



216 DE l'espèce. 

périodes géologiques, passées et présente, manifeste de l'in- 
telligence ; elle prouve, en outre, que la limitation dans 1( 
temps est un élément essentiel de tous les êtres finis, tandis 
que l'Eternité appartient à la Divinité seule. 

XVI. Les rapports définis, qu'entretiennent les animaux 
avec le monde ambiant, manifestent de l'intelligence ; car tou; 
les animaux qui ont le même habitat se trouvent respective 
ment, en raison même des différences qui les distinguent, ei 
rapport différent avec des conditions d'existence identiques 
ce qui implique une appropriation réfléchie et judicieuse d( 
tous ces organismes divers à des circonstances uniformes. 

XVII. Les relations entre individus de la même espèce ma 
nifeslent de l'intellitience, et attestent même qu'il existe 
dans tous les êtres vivants, un principe immatériel, impéris 
sable, de même nature que celui généralement attribué i 
l'Homme, mais à l'Homme seul. 

XVIII. Le fait du dualisme sexuel et les rapports établi: 
entre individus de la même espèce et de sexe différent mani 
festent de l'intelligence; — l'arbitraire, instituant, poui 
l'accomplissement d'une même fin, les modes les plus variés 
les plus dissemblables et les moins nécessaires, en dépit d( 
l'identité de la structure. 

XIX. Le cycle rigoureusement clos des changements qu( 
l'animal traverse, pour arriver à l'état adulte, manifeste d( 
l'intelligence ; c'est la preuve la plus frappante que ces chaii 
gements sont indépendants des influences physiques et ont dû 
de toute nécessité, être déterminés par un Pouvoir supérieur 

XX. La limitation inégale de la vie moyenne individuelle 
dans les différentes espèces animales, manifeste de l'intelli- 
gence. En effet, si uniformes ou si diverses que soient lej 
conditions de l'existence des animaux, la durée moyenne de 
la vie est variable suivant les espèces. Cela implique la nolioE 
de temps et d'espace, celle de la valeur du temps, puisque les 
phases de la vie d'animaux difl'érents sont mesurées d'après 
le rôle que ces animaux ont à jouer sur la scène du monde. 

XXI. Le retour constant à un type normal, des animaux 
qui peuvent se multiplier par divers procédés, manifeste d€ 



I 



RÊCA PITULATION. 217 



l'intelligence. Il dénote que des modalités nombreuses peu- 
vent être comprises dans une conception unique, sans ce- 
pendant qu'il soit dérogé à la loi exprimée, plus directe- 
ment, dans d'autres combinaisons. 

XXII. L'ordre de succession des différentes formes ani- 
males et végétales, qui caractérisent les différentes époques 
géologiques, manifeste de l'intelligence. Il prouve que, à 
l'inverse du monde matériel toujours identique avec lui- 
même dans tous les âges, les êtres organisés, appelés à 
l'existence dans la série des temps, ont toujours été divers. 

XXIII. La localisation de certains types animaux sur un 
même point, durant plusieurs périodes géologiques succes- 
sives, manifeste de l'intelligence. Il y a là une pensée suivie, 
les opérations d'un esprit dont les actes sont conformes à un 
plan tracé d'avance et maintenu durant une longue période. 

XXIV. La limitation à des périodes géologiques différentes 
d'espèces étroitement alliées, manifeste de l'intelligence; elle 
révèle la faculté de conserver des distinctions délicates, mal- 
gré les grands bouleversements introduits par les révolu- 
tions physiques. 

XXV. Le parallélisme entre l'ordre de succession des ani- 
maux et des plantes, dans les temps géologiques, et la gra- 
dation offerte par les êtres organisés actuels, manifeste de 
l'intelligence. On y reconnaît un esprit de suite qui surveille 
tout le développement de la nature, du commencement à la 
fin, qui laisse lentement se produire un progrès graduel, 
et finit par l'introduction de l'Homme, couronnement de la 
création anim.ale. 

XXVI. Le parallélisme entre l'ordre d'apparition des ani- 
maux et les phases du développement embryonnaire chez 
leurs représentants actuels, manifeste de l'intelligence; c'est, 
dans l'une et l'autre série la répétition du même enchaîne- 
ment de pensées. 

xxvii. La combinaison dans un même type paléozoïque de 
caractères qui, plus lard, sont disjoints et se montrent sé- 
parément dans des types distincts, manifeste de l'intelli- 
gence, une intelligence prophétique, la prévision. Les corn- 



218 DE l'espèce. 

binaisons préexistent dans la pensée avant de se manifester 
sous une forme vivante. 

XXVIII. Le parallélisme entre la gradation des animaux et 
les phases de développement manifeste de l'intelligence; 
partout, dans les traits essentiels d'animaux qui n'ont au- 
cun rapport physique nécessaire, il met en évidence la con- 
nexion la plus intime, la moins explicable si elle n'est pas 
l'œuvre d'un Être pensant. 

XXIX. Les rapports qui existent entre toutes ces séries et 
la distribution géographique des animaux manifestent de 
l'intelligence ; elles prouvent l'omniprésence du Créateur. 

XXX. La dépendance mutuelle où sont vis-à-vis les uns des 
autres les animaux et les plantes, pour leur subsistance, ma- 
nifeste de l'intelligence. Elle dénote le soin avec lequel 
ont été équilibrées toutes les conditions d'existence néces- 
saires au maintien des êtres organisés. 

XXXI. La dépendance où se trouvent certains animaux, 
pour leur existence même, à l'égard d'autres animaux ou de 
certaines plantes, manifeste de l'intelligence ; elle révèle à 
quel degré les combinaisons de structure et d'adaptation les 
plus compliquées ont pu être soustraites à l'influence des 
conditions physiques environnantes. 

Nous pouvons résumer en moins de mots encore les ré- 
sultats de cette discussion jusqu'au point où nous en 
sommes : 

Tous les êtres organisés présentent en eux-mêmes toutes 
ces catégories de la structure, tous ces modes d'existence 
d'où résulte un système tellement naturel que, en le retra- 
çant, l'esprit humain se borne à traduire, en son langage, les 
pensées Divines exprimées, dans la nature, par les réahtés 
vivantes. 

Loin de devoir leur origine à l'action continue de causes 
physiques, tous ces êtres ont successivement fait apparition 
sur la terre en vertu de l'intervention immédiate du Créa- 
teur. 

C'est ce que je puis prouver encore en reprenant mon 
argumentation de la manière suivante : 



RÉCAPITULATION. 219 

es produits de ce qu'on appelle communément les agents 
physiques sont partout les mêmes — sur toute la surface du 
globe — et ont toujours été les mêmes — durant toutes les 
périodes géologiques. Au contraire, les êtres organisés sont 
partout différents et ont toujours différé à tous les âges. ^ 
Entre deux séries de phénomènes aussi caractérisées, il ne 
peut y avoir ni lien de causalité ni lien de filiation. 

XXXII. La combinaison dans le temps et dans l'espace de 
toutes ces conceptions profondes, non-seulement manifeste 
de l'intelligence, mais, de plus, elle prouve la prémédi- 
tation, la puissance, la sagesse, la grandeur, la prescience, 
l'omniscience, la providence. En un mot, tous ces faits et 
leur naturel enchaînement proclament le Seul Dieu que 
l'Homme puisse connaître, adorer et aimer. L'Histoire Na- 
turelle deviendra, un jour, l'analyse des pensées du Créateur 
de l'Univers, manifestées dans le Règne Animal et le Règne 
Végétal, comme elles l'ont été dans le monde inorganique. 

Il peut sembler singulier que j'aie présenté la disquisi- 
tion qui précède sous le titre d'Essai sur la Classification. 
Pourtant, c'est de propos délibéré que je l'ai fait. En com- 
mençant ce livre, j'ai tout d'abord déclaré qu'on me semble 
donner à la Classification une base trop étroite, en la fon- 
dant sur la considération presque exclusive de la structure. 
Le mode de développement des animaux, leur rang dans 
leur classe respective, l'ordre dans lequel ils ont fait leur 
apparition sur la terre, leur distribution géographique et, 
en général, leurs rapports avec le monde ambiant, enchaî- 
nent, aussi étroitement que l'anatomie, ces êtres les uns 
aux autres. Toutes ces relations doivent donc se trouver 
exprimées dans une classification naturelle. Si la structure 
fournit en effet l'indication la plus directe de plusieurs d'entre 
elles, il ne faut pas pour cela négliger les autres; elles peu- 
vent compléter notre intelUgence du plan général de la 
création. 

Pour caractériser les grands embranchements du Règne 
Animal, ce n'est pas assez d'indiquer, avec toutes ses 
particularités, le plan de structure de ces groupes; il y a 



220 DE L'tSPfeCE. 

telles possibilités d'exécution qui apparaissent immédiate- 
ment à l'esprit, à l'exclusion des autres. Il conviendrait donc 
de les envisager et de les analyser si complètement que les 
modes divers dont l'exécution de ce plan est susceptible 
fussent tout d'abord mis en évidence. La portée et le carac- 
tère des homologies générales de chaque type devraient 
aussi être mis en lumière; de même les conditions générales 
d'existence des êtres qui le représentent. Pour caractériser 
les classes, il, importe de monlier pourquoi les groupes de 
cette nature constituent des classes et non simplement des 
ordres ou des familles. C'est ce qu'on ne saurait faire, d'une 
manière satisfaisante, sans décrire les homologies spéciales 
de tous les systèmes d'organes développés dans ces groupes. 
Il n'importe pas moins de déterminer quel est le fondement 
de tous les groupes subordonnés à la classe ; de connaître 
comment ils diffèrent, qu'est-ce qui constitue l'ordre, quoi 
la famille, quoi le genre, et sur quels caractères est fondée 
l'espèce, dans toute division naturelle. C'est ce que nous 
allons examiner dans le chapitre suivant. 



CHAPITRE DFAIXIEME 

GROUPES PRINCIPAUX DES SYSTÈMES ZOOLOGIQUES CONNUS. 



Grands typci; ou embranchements du règne animal. 

Dans les systèmes de Zoologie et de Botanique, l'emploi 
des termes embranchemenls, classes, ordres, familles, 
genres et espèces, est tellement universel qu'on devrait en 
supposer le sens et la portée hien déterminés et générale- 
ment compris de la même manière. Il s'en faut pourtant 
I (Je beaucoup (ju'il en soit ainsi. Tout au contraire, il n'y a 

Ipas, à vrai dire, en Histoire naturelle, de sujet à l'éfrard 
duquel l'incertitude soit plus i,n-ande et le défaut de préci- 
^ sion plus absolu. Je n'ai pu trouver nulle part une définition 
j nette du caractère même des divisions les plus compréhen- 
^ sives. Quant aux. opinions ayant cours siu- les genres et les 
espèces, elles sont tout à fait contradictoires. Dans de telles 
circonstances, il m'a [)aru singulièrement désirable de re- 
" chercher quel est le fondement vrai de ces distinctions et de 
déterminer, autant que possible, le degré de réalité qu'elles 
ont dans la nature. J'espère ipie les résultats de ce travail 
i seront jugés satisfaisants et seront bien accueillis. J'avoue 
très-volontiers qu'il m'en a coûté des années d'étude, pour 
parvenir à une conception claire des caractères véritables 
: de ces grandes divisions. 

C'est un fait universel, dans n'importe quelle sphère de 



222 DE LA CLASSIFICATION. 

l'activité Intellectuelle, que la pratique devance la théorie. 
Aussi pas un philosophe ne sera surpris d'apprendre que les 
zoologistes avaient admis instinctivement des groupes na- 
turels dans le mond« organique, bien avant qu'on eût sou- 
levé la question de savoir si ces groupes existent réellement 
dans la nature, et quel en est le caractère. Les nations n'ont- 
elles pas parlé, entendu et écrit le grec, le latin, l'allemand, 
le sanscrit, avant qu'on eût seulement soupçonné la proche 
parenté de toutes ces langues et de quelques autres ? Les 
peintres n'ont-ils pas fait des merveilles avec les couleurs, 
bien avant qu'on connût la nature de la lumière? Et les 
hommes n'ont-ils pas raisonné, sur eux-mêmes et sur le 
monde, longtemps avant que la logique et la métaphysique 
fussent enseignées dans les écoles? Pourquoi, alors, les 
observateurs de la nature n'auraient-ils pas apprécié à leur 
exacte valeur les alhances existant soit entre les animaux, 
soit entre les plantes, bien avant d'avoir découvert le lieii 
scientifique des classifications qu'ils avaient adoptées dans 
la pratique? 

Ces considérations m'encouragèrent, par dessus tout, el 
me servirent de guide lorsque j'entrepris de rechercher h 
valeur de tous nos systèmes, si différents les uns des autre; 
dans les détails, et cependant si ressemblants par quelques- 
uns de leurs traits généraux. L'histoire de notre science 
prouve que plusieurs des principes qui la régissent aujour- 
d'hui ont été connus de bonne heure, par tous les natura- 
listes penseurs. Aristote, par exemple, connaît déjà les prin 
cipales différences qui séparent les Vertébrés de tous let 
autres animaux. Sa distinction des Enai?na et des Anai- 
ma (1) correspond exactement à celle des Vertébrés et des 
Invertébrés de Lamarck (2), ou à celle des Fleischthien 
et des Eingeweinthiere de Oken (3), ou encore à celle dej 
Mijeloneura et des Ganglioneura d'Ehrenberg {h). Ur 

(1) Uiiioire des animaux, liv. I, chap. V et VI. 

(2) Animaux vertébrés, 2*^ édit., vol. I, p. 313. 

(3) Naturphilosophie, 3* édit., p. ÛOO. Voy. le chap, suiv.j' 

(4) Das Nalurreich des Menschen, Diagramme, grand in-rolio. 



EMBRANCHEMENTS. 223 

homme familier avec l'histoire des progrès de la science 

peut-il s'empêcher de sourire quand il entend crier bien 

haut à la nouveauté et à l'originalité, pour des idées qui 

ont depuis longtemps cours parmi les hommes? Ici, par 

exemple, il n'y a qu'un seul et même fait, présenté sous 

des aspects différents. Aristote, le premier, l'envisage au 

point de vue des caractères de la liqueur plastique. Plus 

tard, Lamarck le considère sous le rapport de la forme 

générale. — J(3 veux rendre, en effet, à Lamarck la justice 

de croire qu'il n'a pas réuni ensemble tous les Invertébrés, 

I seulement par ce motif qu'ils n'ont point de squelette ; mais 

î bien à cause d'un fait négligé, même encore aujourd'hui, 

par Owen (1) et néanmoins très-positif. C'est que, chez les 

Invertébrés, une seule cavité du corps renferme tous les 

I organes, tandis que chez les Vertébrés il y a deux cavités 

distinctes, une pour les centres nerveux , et l'autre pour 

: les systèmes de la vie végétative. Nous devons ce témoignage 

^à Lamarck; tout comme nous devrions ne plus accuser 

:; Aristote d'avoir méconnu, chez les Invertébrés, l'existence 

: d'un fluide qui remplit l'office du sang. Sans doute, il les a 

.appelés Anaima ; mais il savait, presque aussi bien que nous, 

: qu'un fluide nutritif se meut dans leur corps; et on lui re- 

; fuse bien à tort la notion de ce fait, sous prétexte qu'il 

[n'avait pas une connaissance exacte de la circulation du 

Isang. 

\ Enfin, quand Oken parle de FlciscJithiere, il ne veut pas 
"■dire que les Vertébrés se composent seulement de muscles, 
ou que les Invertébrés n'ont pas de fibres musculaires. Il 
fait ressortir à nos yeux la présence, dans les premiers, de 
chairs volumineuses, qui forment la masse principale du 
'^corps. Celui-ci est fait de muscles et d'os tout aussi bien que 
de sang et de nerfs; — mais les muscles constituent un des 
■principaux traits de nature à distinguer les Vertébrés des 
Invertébrés. Ehrenberg présente les mêmes rapports entre 
les mêmes êtres, mais c'est par le système nerveux qu'il les 

(1) Comparalivc Anatomy of Invcrlebrata, 2" édit., p. H. 



224 DE LA CLASSIFICATION. 

exprime. Si donc, nous réunissons les expressions d'Aristolf 
de Lamarck, d'Oken et d'Ehrenberg, n'aurons-nous pas 
comme caractéristiques de leurs systèmes, les mêmes mol 
que le vulgaire emploie, pour distinguer les traits les plu 
saillants du corps des animaux supérieurs ? ne dit-on pas d'u 
animal : il a du sang, il a du nerf; il est tout chair, il e; 
tout ventre, etc. ? 

Aucun de ces observateurs n'a probablement eu conscienc 
de l'identité de sa classification avec celle de ses prédéces 
seurs. Mais on aurait grand tort de considérer l'une o 
l'autre d'entre elles comme superflue. Chacune d'elles fa 
ressortir des caractères qui différent plus ou moins de ceu 
mis en lumière par les autres. Il ne faudrait pas davanta^ 
sup[»ûscr que ces combinaisons ont épuisé le sujet, et qu' 
n'y a plus do place pour de nouveaux systèmes sur la toul 
première distinction à établir entre les animaux (1). Tai 
que les hommes cliidieront, ils trouveront moyen d'e 
savoir plus, à cet égard, que ceux qui les auront précédéi 
La nature cache d'inépuisables richesses, dans l'infini 
variété de ses trésors de beauté, d'ordre et d'intelligence. 

Ainsi, au lieu d'écarter tous les systèmes qui ont ei 
jusqu'à présent, peu ou point d'influence sur la marche il 
la science, — les uns, parce qu'ils étaient basés sur des prin 
cipes non généralement admis, les autres, parce qu'on n 
leur accordait aucune autorité, — je les ai tous étudiés av€ 
beaucoup de soin. J'ai voulu connaître ce qu'il pouvait 
avoir de vrai dans chacun d'eux en se plaçant au point d 
vue de leurs auteurs, et j'avoue que j'ai souvent tiré de cf 
examen attentif plus de profit que je n'en espérais. 

Mais si je suis parvenu à comprendre la valeur de c( 



(1) Pour en donner un exemple, je prendrai le mode de reproductioi 
La formation de l'œuf chez les Vertébrés, son origine dans une vésicule • 
Graaf, plus ou moins compliquée, par laquelle il est nourri, la formation 
le développement de l'embryon jusqu'à une certaine période, etc., etc 
différent si complètement de ce qui s'observe chez les Invertébrés, que 
règne animal, classé d'après ces faits, devrait cire encore divisé eu deux giaii< 
groupes correspondant aux Vertébrés et Invertébrés de Lamarck ; Fleischlliiei 
t Eingeweinthiere de Olien; Enaima et Anaima d'Aristote, etc. 



m 



EMBRANCHEMENTS. 22;") 



divisions appelées embranchements, classe?, ordres, familles 
genres et espèces, je ne le dois pas à un heureux hasard, ou 
à une de ces illuminations subites qui jaillissent en nous, 
comme une révélation, et rendent instantanément clair et 
intelligible ce qui jusqu'alors était obscur et presque inac- 
cessible. Bien que, depuis longtemps, elles fussent admises 
en Flistoire naturelle, on ne les considérait que comme 
d'ingénieux artifices destinés à faciliter nos études. Pour 
moi, pendant de longues années, j'ai été sous l'impres- 
sion qu'elles étaient fondées dans la nature, et, enfin, j'ai 
réussi à découvrir sur quel principe elles sont réellement 
basées. Je compris de bonne heure que le pins grand 
obstacle à la détermination de leur véritable sens, était le 
manque d'accord sur l'emploi et l'application des termes. 
hns naturalistes différents ne donnent pas le môme nom 
aux groupes de la môme importance et de la même sorte. 
Ceux-ci. appellent genre ce que ceux-là nomment sous-genre; 
les uns font des tribus ou des familles avec ce dont les 
autres font des ordres; ces expressions de tribus et de 
familles sont même appliquées par quelques-uns à ce que 
d'autres appellent sous-genres; ce qui est famille pour 
ceux-ci est ordre pour ceux-là; les genres de quelques 
auteurs sont parfois des classes pour certains autres. Finale- 
ment, on retrouve la même diversité d'opinions dans le 
nombre et la délimitation des classes, aussi bien que dans 
la manière de les grouper ensemble sous un litre général. 
11 est néanmoins possible que, sous ces dénominations mul- 
liples si diversement appliquées, on ait désigné des groupes 
positivement naturels, mais dont les vrais rapports, à l'égard 
les uns des autres, auront échappé jusqu'ici à notre atten- 
tion. 

Il est déjà certain que la plupart des observateurs, sinon 
lous, sont d'accord sur lalimile à assigner à plusieurs groupes 
au moins, sous quelque nom qu'ils les désignent d'ailleurs, 
(■t quelque opposition qu'ils puissent faire à ce qu'on leur 
• Innne une autre appellation. Aussi, cela n'est plus douteux 
i- nr moi, la controverse se renfermerait dans des ques- 

ACASSIZ. 15 



226 DE L\ rXASSIFTCATTON. 

lions définies, si les naturalistes pouvaient seulement s'en- 
tendre sur la nature réelle de chaque sorte de groupes. J'er 
suis positivement convaincu, l'obstacle le plus insurmontnlilf 
à une appréciation exacte de ce point délicat c'est que, poui 
tous les naturalistes sans exception, ces divisions quel qu'er 
soit le titre sont strictement subordonnées l'une à Taulre; 
de sorte que la différence entre elles proviendrait simple 
ment de leur inégale portée. Les classes sont considérée! 
comme la division qui embrasse le plus; l'ordre vient après, 
et il est un peu moins compréhensif ; la famille a moins de 
parties encore; le genre est de plus en plus borné et i'espècf 
est le dernier degré, dans une coordination naturelle àei 
êtres vivants. Ainsi tous ces groupes différeraient seulemenl 
par la quantité des caractères et non pas par la qualité, 
Comme si les éléments delà structure des animaux étaiem 
tous de même valeur I Comme si la forme, par exemple, étail 
un élément organique de même sorte que la complicatior 
de la structure, et comme si le degré de complication exi> 
geait nécessairement un certain plan de structure, à l'exclu- 
sion des autres. Je me crois en mesure, à l'heure qu'il est. 
de démontrer que c'est pour avoir négligé ces considérations 
que nous avons fait faire des progrès si lents à la philosophie 
de la classification. 

S'il était possible d'établir que ce n'est pas la quantité, le 
plus ou moins de portée, qui fait l'essence de ces groupes, 
mais que, au contraire, ils ont pour base des catégorie- 
distinctes de caractères, il faudrait bien que tout le moncie 
appelât genre ce qui est un genre, famille ce qui est famille, 
ordre ce qui est ordre, etc., lors même que ces groupes 
différeraient fort peu les uns des autres. Si, par exemple, 
l'espèce avait pour base la grandeur absolue ; le genre, la 
structure de quelques parties extérieures du corps ; la famille, 
la forme du corps; l'ordre, l'analogie ou l'identité de la struc- 
ture intérieure, il est évident qu'il ne pourrait pas y avon 
deux opinions à l'égard de ces groupes, pris dans n'importe 
quelle classe du règne animal. Mais le problème n'est pas 
aussi simple dans la nature; et il m'a fallu les investigations 



EMBRANCHEMENTS. 227 

les plus profondes et les plus étendues pour trouver le fil 

qui devait me guider dans ce labyrinthe. J'ai reconnu, par 

exemple, que, si les naturalistes discutaient et discutent 

encore sur l'espèce et sur le genre, ils n'en distinguent pas 

moins les objets eux-mêmes à peu près de la même manière. 

Ce que A voudrait appeler espèce, B l'a inscrit seulement 

comme variété ou race; et alors ils ont fort bien pu désigner 

i la même agrégation d'individus, B comme sous-genre et A 

comme espèce ; ou encore ce que A nomme un genre, B l'a 

regardé comme une famille ou comme un ordre. A mon 

, tour, je me suis emparé de ce quelque chose ainsi marqué 

' de noms divers, et j'ai essayé de découvrir en lui des carac- 

[■ teres qui dussent persuader à tous de lui donner la même 

appellation. J'ai voulu limiter la difficulté pratique de l'appli- 

^ cation du nom à l'exactitude du fait, de sorte qu'une simple 

ï affaire de nomenclature cessât d'être un continuel sujet de 

; discussion. 

i^ Parvenu à ce point de ma recherche, j'observai que le 

i; caractère même des œuvres des naturalistes éminents jetait 

une certaine lumière sur la question. Il y a des auteurs, et 

|ce sont parfois les plus célèbres de tous, qui ne se sont jamais 

foccupés de la classification. Ils n'y ont prêté qu'une attention 

légère ou n'en ont parlé qu'en passant, et néanmoins, du 

iconsentement universel, ils sont les biographes d'espèces 

'ayant le mieux réussi dans leurs descriptions. Tels sont 

Biilfon, Reaumur, Roesel, Trembley, Smealhman, les deux 

■'Mber, Bewick, Wilson, Audubon, Naumann, etc. D'autres 

sont appliqués plus exclusivement à l'étude des genres, et 

io zoologiste Latreille est le plus remarquable d'entre eux. 

Linné et Jussieu sont placés au premier rang parmi les 

'lulanisles, pour avoir donné les caractères des genres ou, 

ut au moins, pour avoir les premiers réussi à tracer les 

iiiiiles naturelles de ces groupes. Jusqu'à présent, les bota- 

listes sont parvenus, beaucoup mieux que les zoologistes, à 

iractériser les familles naturelles. Cependant Guvier et 

-u.reille ont beaucoup fait dans cette voie, en Zoologie. C'est 

-iinné qui, le premier, a introduit les ordres dans la classifi- 



228 1)K LA CLASSII'ICATFOX. 

cation des animaux, (juanl aux groupes lout à l'ait supé 
rieurs, comme les classes et les embranchements, on pour- 
rait même dire les ordres, c'est Cuvier qui a montré 1( 
chemin dans lequel se sont engagés après lui tous lei 
naturalistes de ce siècle. 

Cherchons donc ce que ces hommes ont fait de particu- 
lier pour se distinguer d'une manière spéciale, soit comme 
biographes d'espèces, soit comme révélateurs des caractères 
des genres, des familles, des ordres, des classes et dej 
embranchements. Bien qu'il paraisse évident que chacur 
d'eux a considéré le sujet à son point de vue particulier 
une chose me frappe, et la voici : de l'aveu de tous, mai; 
sans qu'on en ait bien conscience, ce qui constitue l'émi- 
nence ou la distinction de ces maîtres, c'est justement la 
découverte de faits qu'il conviendrait de proclamer, en eu 
comprenant bien l'importance, comme révélant le caractère 
j)ropre de la catégorie de groupes par eux étudiée avec 
lant de succès. J'espère que tout naturaliste exempt de pré- 
vention ne manquera pas d'en tomber d'accord avec moi. 

La plus haute des divisions du règne animal a été pour 
!a première fois introduite dans la science par Cuvier, suuï 
le nom ^embranchement. Ce maître nous apprend que les 
embranchements sont fondés sur la distinction de plans 
(le structure divers, de formes ou de moules différents 
dans lesquels les animaux auraient été, pour ainsi dire, 
coulés (1). A coup sûr, aucune raison n'empêche que nous 
nous accordions tous à désigner, par ces mots de types 
ou d^ embranchements ^\qb grandes divisions du règne ani- 
mal ainsi instituées, celles qui ont pour raison d'être l'exi- 
>tence d'un plan spécial et distinct (2), si, en effet, nous 



(1) L'examen des propriétés caractéristiques des différciils règnes m'en-j 
traînerait trop loin. Je renvoie à l'ouvrage d'is. GeofTroy -Saint-Hiluire, Hisloirti 
nalureUe générale des règnes organiques, Paris, 1856, in-.S, où ce sujet <'( 
été récemment discuté; mais j'ai beaucoup d'objections à faire contre l'adoptioij' 
d'un règne distinct pour l'Homme seul. | 

(2) Il est presque superflu de dire ici que les expressions de pian, voies e| 
moyens ou mode suivant lequel un plan est réalisé, complication de la struc- 
ture, forme, détails de la structure, structure dans ses derniers éléments, rela 



EMBRANCHEMENTS. 229 

statons, pratiquement, que ces grands groupes sont trar 
; ces dans la nature. Ceux qui ne les y aperçoivent pas peu- 
; vent nier qu'ils existent; ceux qui en reconnaissent la 
i réalité peuvent ne pas s'accorder sur leurs limites ; mais 
; tous peuvent, au plus grand profit de la science, s'entendre 
pour appeler tout groupe qui leur semblera fondé sur un 
plan spécial de structure, du nom de type ou embranche- 
; ment du règne animal. S'il y a encore, parmi les naturalistes, 
des divergences d'opinion sur leurs limites, que la discus- 
sion continue. Mais qu'il soit bien compris que les embran- 
; chements sont caractérisés par les différences dans le plan 
de la structure, et non par des particularités anatomiquos 
spéciales Prenons d'autant plus garde de confondre ridée 
, de plan ivec celle de complication de la structure, que Cu- 
j vier lui-même a commis, çà et là, cette erreur dans sa clas- 
5 sificalioii. 

1 L'idée de plans distincts de structure est le vrai pivot sur 
I lequel ioive, en dernier ressort, rouler la détermination des 
I; embranchements du règne animal. Je crois pouvoir en donner 
une preuve excellente : Examinons les perfectionnements 
dont ces divisions primaires ont été l'objet, j'entends ceux 
que tout le monde admet comme tels. Tous ont consisté à 
transporter, d'une division dans une autre, un groupe 
qui y avait été introduit en vertu de considérations étran- 
P'ies à l'idée d'un plan particulier, ou par suite de notions 
inexactes sur son vrai plan de structure. Vérifions cette 

lions des individus, fréquemment employées dans les pages suivante?, sont 
( prises dans un sens quelque peu différent de leur signification usuelle. Cela 
est toujours nécessaire, quand on veut introduire dans la science des vues 
nouvelles et que la conservation des anciens termes, un peu modifiés toutefois, 
paraît préférable à la création d'expressions nouvelles. J'espérc que la discussion 
' qui va suivre sera appréciée d'après son mérite intrinsèque, avec bienveil- 
lance, avec le désir de comprendre quel a été mon but, et non pas d'a[irôs le 
1 degré plus ou moins grand de précision et de clarté que présente mon langage. 
I H est presque impossible, en effet, dans un premier essai de ce genre, de 
I saiiir, du premier coup, la forme la plus capable d'entraîner la conviction. On 
; comprendra aussi pourquoi j'exprime mes vues en m'aulorisant de préférence 
I de la zoologie; je ne me sens pas assez compétent pour étendre nmn argunien- 
I talion au règne végétal ; j'y ai fait parfois allusion quand mes connaissances 
î III" le pcrmcltaiciit. 



230 DE LA CLASSIFICATION. 

assertion par l'examen de quelques faits sur lesquels il n'y a 
plus de doute possible. Ni les Infusoires, ni les Vers intesti- 
naux ne peuvent désormais être rangés, par les naturalistes 
compétents, parmi les Rayonnes. On pourra voir ailleurs 
pourquoi on les a retirés de ce groupe. Si Cuvier les y avait 
placés, ce n'est certainement pas qu'il jugeât le plan de leur 
structure identique avec celui des vrais Rayonnes ; mais il 
s'était permis d'être infidèle au principe qu'il avait lui-même 
posé. A la considération du plan de la structure il en avait 
ajouté une autre, comme caractéristique des Rayonnes : — ' 
la prétendue absence de système nerveux et la grande sim- 
plicité de structure de ces animaux. Gomme si la simplicité 
de l'exécution avait nécessairement un rapport quelconque 
avec le plan ! 

Un autre exemple remarquable d'une classe rejetée, à 
l'approbation générale, d'un des embranchements institués 
par Cuvier dans un autre, c'est celui des Girripédes, trans- 
portés de la division des Mollusques à celle des Articulés. 
Une appréciation inexacte du plan de la structure de ces 
animaux avait donné lieu à une erreur qui fut réparée, 
sans opposition, dés que les Girripédes furent mieux 
connus. 

J'invite le lecteur à rapprocher ce qui vient d'être établi à 
l'égard de la diversité de plans, caractéristique des divisions 
primaires, de ce que je dirai plus loin sur les classes et les 
ordres. Il en comprendra mieux l'importance de distinguer 
le plan de la structure d'avec son mode de réahsation exté- 
rieure, et son degré de complication d'avec sa perfection ou 
sa simplicité relative. 

Mais, ce n'est pas tout de constater que le plan de la struc- 
ture doit être le fondement caractéristique des group; 
primaires. Il ne s'ensuit pas, en effet, sans autre examen, 
que les quatre grands embranchements du règne animal, 
distingués par Cuvier, doivent être considérés comme des 
divisions primaires fondamentales, données par la nature 
elle-même. Il est encore indispensable de faire à cet égard 
une recherche soigneuse et approfondie, et de déterminer 



EMBRANCHEMENTS. 231 

j ce que sont en elles-mêmes ces divisions primordiales. 
i Seulement, en ce qui concerne nos systèmes, un point de- 
; meure acquis : Quelles que puissent être, en réalité, les 
; divisions primordiales naturelles, fondées sur la diversité 
j du plan, ces divisions une fois définies, et admises comme 
' expression temporaire de l'état de nos connaissances, leur 
nom est embranchements du règne animal. Que ce soient 
j les Vertébrés, les Articulés, les Mollusques et les Rayonnes 
de Guvier, ou les Artiozoaires, les Aclinozoaires et les Amor- 
• phozoaires de Blainville ou les Vertébrés et les Invertébrés de 
, Lamarck, c'est là un point que je me réserve de traiter dans 
î un mémoire spécial. Je me borne à ajouter ceci : chaque 
jour devient chez moi plus forte la conviction que les divi- 
sions primaires de Guvier, au moins dans leurs grands traits 
principaux, sont la représentation vraie de la nature. A mon 
avis, aucun naturaliste n'a jamais eu, des rapports généraux 
des animaux, une vue plus nette et plus profonde que 
\ Guvier, le jour où il aperçut non-seulement que ces groupes 
! primordiaux sont fondés sur les différences du plan struc- 
tural, mais encore de quelle manière ils se rattachent l'un 
à l'autre. 

Bien que le mot type soit généralement employé pour dé- 
signer les grandes divisions fondamentales du Règne, je 
li jn ferai plus usage à l'avenir. Je préfère pour cela l'ex- 
jiiession à' embranchement. Le mot type a, en effet, trop 
'' ";ce[)tions diverses; il désigne indifféremment un groupe 
Iconque d'une nature quelconque, ou telle ou telle modi- 
(Utation particulière de la structure, dont le caractère est nei 
' et distinct, aussi bien que les divisions primaires de la Zoolo- 
gie. C'est ainsi qu'on dit le type spécifique, le type géné- 
rique, le type de la famille, le type de l'ordre, le type de la 
classe et mémo le type de la structure. L'emploi de ce mot, 
'dans ce sens, est tellement fréquent qu'on le trouve presque 
aque page des traités systématiques de Zoologie et des 
rages d'Anatomie comparée. Il me semble donc très- 
, ^lortun, pour éviter toute équivoque, de désigner par 
jTexpression d'embranchements du règne animal, plutôt que 



232 DE LA CLASSIFICATION. 

par celle de types, les grandes divisions primaires, les plus 
importantes, établies dans l'ensemble des animaux. 

Cependant, nos systèmes sont plus conformes à la nature 
qu'on ne le suppose la plupart du temps. La preuve en est, à 
mon sens, dans le rapprochement qui peu à peu s'opère 
entre les savants, soit par les résultats auxquels ils arrivent, 
soit par les formules qui expriment ces résultats. L'idée sur 
laquelle repose l'institution des grandes divisions primaires 
du règne animal, c'est une conception, la plus générale pos- 
sible, adéquate au plan d'une création définie. Ces divisions 
sont, par conséquent, les plus compréhensives de toutes. A 
jiroprement parler, elles priment dans une classification na- 
lurclle ; en ce sens qu'elles représentent les rapports les plus 
importants et les plus larges des divers groupes natureh 
(lu Règne, la formule générale d'où dépend chacun d'eux 
En définitive, ce que nous appelons embranchement, ex- 
prime, entre les animaux, une connexion purement idéale 
la conception intellectuelle qui les embrasse tous dans h 
Pensée créatrice. Il me semble que, plus on étudie la signi- 
fication vraie de cette sorte de groupes, plus on se convainc 
qu'ils ne sont pas fondés sur des relations matérielles. Lei 
divisions plus restreintes qui viennent immédiatement aprèi 
ont pour fondement des qualifications spéciales du plan e 
diffèrent l'une de l'autre par le caractère de ces qualifica- 
tions. Si l'observation faisait voir que, après le plan de h 
structure, les traits généraux offerts par un plus granc 
nombre de groupes sont ceux qui déterminent le rang ou h 
place respective des animaux entre eux, il semblerait nature 
de considérer les ordres comme la seconde des catégorie! 
])rincipales de l'organisation. Mais l'expérience prouve qu'i 
n'en est pas ainsi; et la manière dont le plan de la structure 
est mis à exécution conduit à distinguer des divisions plui 
cxlensives (les classes) que celles basées sur la complica- 
tion de structure (les ordres). Or, pour être naturelle, un( 
classification doit exprimer des relations réelles obser 
vées dans la nature. Il s'ensuit forcément que les clasei 
ont, dans un système, la seconde [»lace ei viennent immc- 



I 



CLASSES. 233 

} diatement au-dessous des embranchements. Nous le verrons 
, plus tard ; après les classes viennent les ordres, qui consti- 
; tuent en effet des groupes naturellement plus compréhensifs 
t que les familles. Il ne nous est pas loisible d'intervertir 
j cette hiérarchie, non plus que de donner à l'une de ces 
divisions le nom do l'autre, suivant notre fantaisie, comme 
le font constamment beaucoup de naturalistes. 

II 

Classes. 

ç Avant que Cuvier n'eût fait voir que le règne animal tout 
I entier est construit sur quatre plans différents de structure, 
I les classes étaient le groupe le plus élevé qu'on connût dans 

les systèmes de Zoologie. De bonne heure, les naturalistes 
, comprirent sur quoi les divisions de cette sorte devaient être 
^ fondées, pour rester naturelles. Mais ils ne surent pas tou- 
I jours apprécier la valeur vraie des caractères d'après lesquels 

ils avaient établi le prototype de ce degré d'alliance. Linné, 

lo premier, exposa le système des animaux, et, quoique très- 
f imparfaitement, il distinguait déjà, par des caractères anato- 
j miques, les classes qu'il avait instituées. Après lui, tous les 
I zoolot^istes systématisateurs se sont proposé de dresser un 
;t tableau, de plus en plus complet, des classes du régne animal, 
i d'après les indications, de plus en plus nombreuses, fournies 
ar l'étude de la structure. 
La structure donc, voilà, pour reconnaître les classes, le 
and critère. Le plus sûr moyen de découvrir les limites 
1 de ces groupes, c'est une connaissance approfondie de l'ana- 
I tomie des animaux. Et cependant, avec ce prototype sous les 
'1 yeux, les naturalistes n'ont pas pu s'entendre. Ils ne s'en- 
' tendent pas encore, ni sur les limites à assigner aux classes, 

ni sur le nombre qu'il en faut admettre. Il est vraiment 
; étrange que, appliquant aux mêmes objets la même mesure, 

les résultats de leur estimation aient pu varier de quantités 
i grandes. Cette réflexion m'a conduit à y regarder de plus 



234 DE LA CLASSIFICATION, 

près et à rechercher si, au fond, cette apparente unité de 
mesure n'était pas plus imaginaire que réelle. La structure 
peut être envisagée de plusieurs points de vue. On y peut 
considérer : 1° le plan adopté par son auteur; T l'œuvre 
qu'elle a à accomplir et les voies et moyens employés pour 
l'édifier; 3" son degré de perfection ou sa complication qui 
peut différer grandement, bien que le plan reste le même et 
que les voies et moyens employés pour l'exécution n'aient 
pas la moindre différence ; h" la forme de l'ensemble et celle 
des parties, qui n'ont aucune relation nécessaire, en tout cas 
aucune relation étroite, soit avec le degré de perfection de la 
structure, soit avec la manière dont le plan est exécuté, ou 
avec le plan lui-même ; comme on peut aisément s'en con- 
vaincre par une comparaison entre les Chauves-souris et les 
Oiseaux, les Baleines et les Poissons, les Holothuries et les 
Vers ; — enfin 5° le fmi même, l'exécution des détails dans 
les parties individuelles. 

Il ne serait pas difficile de prouver que le désaccord 
entre les naturalistes, quand il s'agit de la limitation dos 
classes, provient de ce qu'ils considèrent indifféremment la 
structure à tous ces points de vue divers, sans distinction. 
Ils appliquent avec insouciance et sans le moindre discerne- 
ment, les résultais ainsi obtenus à la définition des caractères 
des animaux. Ceux qui n'ont pas fait, entre le plan de la 
structure et le mode de réalisation de ce plan, celte opposi- 
tion nécessaire, ont méconnu l'importance des grandes divi- 
sions fondamentales du règne animal. Ou bien, ils ont mul- 
tiplié indûment le nombre de ces divisions, en se basant 
sur dos considérations purement anatomiques; c'est-à-dire 
en s'appuyant, non sur la variété dans les modes du plan 
général de la structuré, mais sur le développement matériel 
donné à ce plan. D'un autre côté, ceux qui ont confondu la 
complication de la structure avec les voies et moyens par 
lesquels une combinaison donnée de systèmes organiques 
entretient la vie, n'ont pas pu établir une différence con- 
venable entre les caractères des classes et ceux des ordres. 
Aussi ont-ils maintes fois élevé les ordres au rang des classes. 



CLASSES. 235 

I On va voir, en effet, que les ordres naturels doivent être 
basés sur les degrés de complication présentés par la struc- 
ture, dans les limites de la classe. Quant aux classes, elles 
, sont caractérisées par la façon dont le plan est poursuivi, 
I c'est-à-dire par les combinaisons diverses des systèmes orga- 
' niques constituant le corps des représentants d'un embran- 
chement quelconque. Peut-être même faudrait-il dire que 
jles classes sont caractérisées, plus nettement encore, par la 
diiférence des voies suivant lesquelles la vie est entretenue 
et par la diversité des moyens employés pour établir ces 
, voies. Un exemple suffira pour montrer que cette distinction 
'implique une difl'érence marquée entre les caractères de 
.'l'ordre et ceux de la classe. 

, Comparons les Polypes aux Acalèphes, en les considérant 
j comme deux classes, et sans nous préoccuper autrement des 
limites qui peuvent leur être assignées par les auteurs. 
.Toutes deux sont construites sur le même plan et apparlien- 
fnent pour cette raison à l'embranchement des Rayonnes. 
^i Pour établir ce fait, nous n'avons pas à considérer la struc- 
i! ture véritable de ces animaux. Qu'ils aient un système ner- 
iveux ou non, des organes des sens ou non, que leurs 
muscles soient lisses ou striés, qu'ils possèdent une char- 
pente solide ou n'aient qu'un corps entièrement mou, que 
leur cavité digestive n'ait qu'un orifice ou qu'elle en ait deux 
opposés, qu'il y ait à celte cavité des appendices glandulaires 
ou non, que l'aliment digéré soit distribué dans le corps 
«d'une foçon ou d'une autre, que les résidus de la digestion 
> soient ou non rejetés par la bouche, que les sexes soient 
! réunis ou séparés, que la reproduction se fasse par des œufs 
ou bien par des bourgeons, que ces êtres enfin soient 
'simples ou composés; c'est ce dont nous n'avons pas à nous 
occuper actuellement. Tout ce que nous avons besoin de 
i savoir, pour rapporter ces animaux à l'embranchement des 
'Rayonnes, c'est que le plan de leur structure présente en 
général la disposition rayonnée. 

' Mais, quand nous voudrons distinguer, comme classes, les 
t Polypes, les Acalèphes et les Echinodermes, ou plutôt quand 



236 l)L LA CLASSJFICATION. 

nous voudrons déterminer exactement ce que sont les classes, 
parmi les Rayonnes, et combien il y en a, ce qu'il faudra 
chercher c'est la manière dont l'idée de rayonnement, fon- 
damentale dans le plan de leur structure, est réalisée en 
acte, exprimée, dans tous les animaux qui la présentent. 
Voici alors ce qu'il est facile d'observer : Chez quelques-unj 
(les Polypes), il existe dans le corps une vaste cavité, divisée^ 
par des cloisons rayonnées, en un certain nombre de compar- 
timents. Dans cette cavité pend un sac (l'appareil digestif] 
ouvert inférieurement, de façon à verser le produit de Ici 
digestion dans la cavité principale, d'où l'action de cils vi- 
bratiles le fait circuler, de ci et de là, dans tous les compar- 
timents. Chez d'autres (les Acalèphes), le corps forme une 
masse compacte qu'on peut comparer à un sac creux, tra- 
versé dans son épaisseur par des tubes rayonnes parlant du 
vide central (la cavité digestive), et sans libre communication 
l'un avec l'autre dans toute leur longueur, etc. Chez d'autres 
encore (les Echinodermes), le corps possède une enveloppe 
coriace ou rigide, qui renferme une vaste cavité dans la- 
quelle sont contenus une certaine variété de systèmes dis- 
tincts d'organes, etc. 

Sans entrer ici dans une description complète de ces 
classes, je crois pouvoir démontrer que ce qui en fait le 
caractère positif, ce n'est pas la complication de la structure 
(les Méduses Hydroïdes sont, en effet, d'une structure à peine 
plus compliquée que celle des Polypes), c'est la manière 
dont le plan des Rayonnes est réahsè, les voies par lesquelles 
la vie est entretenue dans ces animaux, et les moyens appli- 
qués à cette fin ; en un mot, ce sont les combinaisons des 
éléments de la structure. 

Mais du moment où il s'agira de discerner ce que son! 
les ordres, dans ces classes, ces considérations ne seront plus 
suffisantes. Il faudra regarder la structure sous un autre 
jour, et désormais c'est la complication des appareils qui 
nous servira de guide. La diflèrencc des Actinaires et des 
Halcyonaires, comme ordres, parmi les Polypes, c'est que 
les premiers possèdent un nombre considérable, et le [dus 



I 



(XASSES* '2ol 



\ souvent même indéfini, de tentacules simples, un nombre 
; également considérable de divisions intestinales, etc., tandis 
que les huit tentacules des Halcyonaires sont lobées et com- 
pliquées, que toutes les parties en sont combinées par paires, 
j CQ nombre défini, etc. Ces différences obligent à leur attri- 
buer une place à part dans leur classe et assignent aux der- 
niers un rang plus élevé qu'aux premiers. 

Donc,, en conséquence des observations qui précèdent, 
les classes doivent être déterminées par la façon dont le 
plan typique est exécuté, par les voies et moyens suivant les- 
quels il se réalise ou, en d'autres termes, par les combinai- 
i sons des éléments de la structure, c'est-à-dire paries combi- 
, naisons produites au moyen des systèmes organiques qui 
■ constituent l'être construit sur un plan donné. Nous n'avons 
I point à considérer ici les formes variées sous les((uelles la 
\ structure a pris corps, ni les détails extrêmes, ni le degré 
l de fini que la structure elle-même peut offrir, car il ne fau- 
I dra qu'un instant de réflexion pour se convaincre que ni les 
i détails de la structure, ni la forme ne peuvent, en aucun 
cas, fournir les caractères de la classe. 

Il y a encore, à l'égard de ces caractères, un autre point 
sur lequelje voudrais appeler l'attention. Généralement on re- 
présente ces grandes divisions, — si importantes pour l'étude 
(lu règne animal, que la connaissance de leurs traits essen- 
- tiels est à bon droit réputée l'objet primordial de toutes les 
recherches d'anatomie comparée, — comme manifestant 
(juelque modification essentielle du type auquel elles ap- 
i partiennent. Encore une fois, c'est là une manière de voir 
1 erronée et, sans doute, le résultat d'une fausse appréciation 
des faits. Déjà Guvier avait appelé l'attention sur ce point, 
mais ses avertissements sont passés inaperçus (1). En réalité, 
il n'y a aucune diilerence dans le plan des animaux qui ap- 
^ partiennent à des classes diverses d'un môme embranche- 
f) ment. Le plan de la structure des Polypes n'est pas plus une 
edification de celui des Acalèphes, que celui des Acalèphes 

(1) Voy. Cuvier, Règne animal, 2" édil., p. kH. 



238 DE LA CLASSIFICATION. 

OU des Echinodermes n'en est une du plan des Polypes. Le 
plan est exactement le même dans les trois groupes; il peut 
être représenté par un simple diagramme, exprimé par un 
seul mot : rayonnement; c'est la manifestation d'une seule 
idée distincte, d'une seule idée caractéristique. Seulement 
cette idée se présente dans la nature sous les formes les plus 
nombreuses; elle est exprimée de façons très-diverses, par 
des combinaisons extrêmement diversifiées de modifications 
dans la structure, et avec les relations les plus variées. Dans 
les innombrables représentants de chaque grand type du 
règne, ce n'est pas le plan qui diffère, mais bien la manière 
dont ce plan est exécuté. De même que les variations faites 
par un habile artiste sur le thème le plus simple ne sont pas 
des modifications du thème lui-même, mais seulement des 
expressions différentes d'un accord fondamental unique; de 
môme les classes, les ordres, les familles, les espèces ne soni 
pas des modifications, mais seulement des expressions diffé- 
rentes du plan, les différentes manières dont la pensée fon- 
damentale, ou le plan, a pris corps et se manifeste dans la 
variété des êtres vivants. 

Dans l'élude des caractères des classes, nous avons à 
tenir compte des traits de la structure; mais quand nous 
recherchons quelle est la nature des classes, par rapport aux 
embranchements, nous n'avons à considérer que le plan, que 
la charpente, pour ainsi dire, de la structure. Cette distinc- 
tion a, dans la pratique, un résultat d'une grande impor- 
tance. Au commencement de ce siècle, les naturalistes, sui- 
vant l'exemple donné par les physiophilosophes allemands, 
se mirent à comparer de plus près la structure des diffé- 
rentes classes du règne animal. Ils notèrent entre elles beau- 
coup de points de ressemblance qui avaient échappé aux 
observateurs précédents. Des modifications de la structure 
qui, au premier abord, n'offraient aucune ressemblance, 
furent reconnues identiques. Bref, peu à peu, ce genre de 
comparaisons s'élant étendu au règne animal tout entier, 
on en vint à affirmer que, malgré les diversités apparentes 
de leur organisation, les animaux devaient être regardés 



I 



CLASSES. 239 



i comme composés de parlies essentiellement les mêmes. Cette 
i préfendue identité reçut le nom d'homologie (1). Mais les 
f procrès de la science resserrèrent 2:raduellement ces com- 
I paraisons dans des bornes de plus en plus restreintes, et il 
I paraît clairement, aujourd'hui, qu'il ne peut pas y avoir ho- 
I iijologie dans la structure des animaux lorsque ceux-ci n'ap- 
' partiennent pas au même embranchement, C'est à ce point 
i que l'étude des homologies fournit, à elle seule, un des 
i moyens les plus sûrs de vérifier les limites naturelles de 
' n'importe quel embranchement du règne animal. Les homo- 
, logics, donc, prouvent l'étroite parité qui existe entre des 
Utructures en apparence très-différentes; elles indiquent la 
parfaite identité du plan de ces structures dans un même 
embranchement. Mais, d'un autre côté, elles font ressortir, 
trime manière chaque jour plus frappante, la différence 
existant, et dans le plan et dans la structure, entre les em- 
branchements eux-mêmes. Elles font naître la pensée que 
systèmes d'organes, généralement considérés comme 
i'j ntiques dans des embranchements différents, seront à la 
iiii reconnus comme essentiellement divers; par exemple, 
ce qu'on appelle les branchies chez les Poissons, chez les 
Ciustacés et chez les Mollusques. 

Il ne faut pas une grande pénétration pour voir aujour- 
d'hui que les branchies des Crustacés sont homologues aux 
tnichées des Insectes et aux soi-disant poumons de certaines 
araignées, de même que les branchies des Mollusques aqua- 
li(jues sont homologues aux soi-disant poumons des limaces 
cl des limaçons à respiration aérienne. Donc, à moins qu'on 
n(^ démontre que ces organes respiratoires différents sont 
véritablement tous homologues, j'estime qu'il sera plus na- 
iiirel de considérer le système des organes respiratoires des 
ilusques, celui des Articulés et celui des Vertébrés, comme 
ontielleraent divers par eux-mêmes, quoique homologues 
<l;ins la sphère de chaque embranchement. J'étendrai môme 
celte observation à tous les systèmes d'organes de ces ani- 

'1) Voy. chap. I, sect, v. 



'2U0 im LA CLASSIFICATION. 

maux : à leur charpente solide, à leur système nerveux, ;' 
leur système musculaire, à l'appareil digestif, à celui de h 
circulation, aux organes reproducteurs, etc. Il n'est pai 
difficile aujourd'hui de faire voir que le canal ahmentairi 
avec ses appendices glandulaires est formé, chez les Verlé 
brés, d'une toute autre façon que chez les Articulés ou le 
Mollusques, et qu'il est impossible de le considérer commi 
homologue dans ces trois types. Or, si cela est vrai, on doi 
s'attendre avant peu à une réforme complète des méthode 
d'exposition de l'anatomie comparée. 

Enfin, il importe de se rappeler, pour l'étude des classe 
comme pour celle des autres groupes, que la somme de 
différences n'est pas toujours égale entre deux division 
quelconques. Certains traits, dans la nature, semblent èlr 
plus tenaces, plus profondément gravés que d'autres, pin 
fréquemment et plus largement répétés, imprimés à ui 
plus grand nombre de représentants. Cette valeur inégal 
des groupes divers, partout si évidente dans le règne animal 
oblige à la plus grande prudence quand il s'agit d'en fixe 
les hmites naturelles. C'est un avertissement de ne pas assi 
gner une importance indue aux différences observées enlr 
les êtres vivants, soit en surfaisant celles qui n'ont de gran 
([ue l'apparence, soit en dépréciant des variations qui sem 
blent légères. La vérité, en ce cas, ne peut être trouvée qu' 
force de recherches spécialement faites à ce point de vu 
particulier. 

Tout le monde sait que les mâles et les femelles de quelque 
espèces diffèrent entre eux, beaucoup plus que certaines es 
pèces ne diffèrent l'une de l'autre. Or, c'est constamment l 
somme des différences observées entre deux espèces qu'oi 
fait valoir, même sans plus d'examen, comme motif d'établi 
une séparation entre elles. Et pourtant, ces différences n^ 
sont pas seulement quantitatives, elles sont aussi, et dan 
une forte mesure, qualitatives. Dans la famille, la différend 
entre les genres est aussi plus ou moins grande. C'est cetl 
inégalité qui est la règle, et non pas l'uniformité de mesure 
Four les clapses, la diversité ne se rencontre pas seulemen 



ORDRES. 241 

dans les formes, elle règne encore et à un degré extraordi- 
naire dans l'abondance numérique. Comparez, sous ce rap- 
port, la classe des Insectes à celle des Vers ou des Crustacés. 
Même inégalité de répartition entre les groupes primaires. 
Les Articulés sont de beaucoup l'embranchement le plus po- 
puleux du règne animal, et le nombre des animaux de ce 
type dépasse grandement celui de tous les autres animaux 
réunis. 

Voilà des faits qui parlent d'eux-mêmes et suffisent à 
montrer combien sont artificielles les classifications qui pré- 
tendent introduire invariablement, dans toutes les grandes 
coupes du règne animal, le même nombre et la même sorte 
de divisions. 

III 
Ordres. 



|i Si grandes que soient les divergences d^opinions à l'égard 
[du nombre et des limites des classes, le désaccord en ce 
|,qui concerne les ordres et les familles est encore plus grand. 
"Mais toutes ces contradictions n'ébranleront point la con- 
fiance où je suis qu'il existe entre les animaux des rapports 
fixes, déterminés par des considérations intelligentes. Pas 
plus que je ne cesserai de croire à l'existence d'un Dieu, 
sons le prétexte que les hommes ne lui rendent pas tous 
le même culte ou qu'ils adorent des dieux de leur façon, je 
I ' méconnaîtrai le propre témoignage de mes sens touchant 
"\istence, dans la nature, d'un système préétabli, parfai- 
nienl combiné et dont la coordination a précédé la créa- 
ion de tout ce qui est. 
A la façon dont on caractérise les ordres en général, et à 
itir comment on les introduit dans les systèmes zoologiques, 
1 semblerait que cette sorte de groupe est indifféremment 
(îonverlible en familles et réciproquement. La plupart des 
•otanisles ne font aucune différence entre les uns et les 
nlres et prennent presque universellement ces deux expres- 

AGASSIZ. 16 



242 DE LA CLASSIFICATION. 

sions comme synonymes. Les zoologistes admettent pluj 
généralement une différence entre elles; mais les uns regar- 
dent les ordres comme supérieurs, tandis que les autres 
mettent les familles au premier rang. D'autres admettent leî 
ordres sans distinguer en même temps les familles ou, vici 
versa, introduisent celles-ci dans leurs classifications sans 
y admettre ceux-là. Quelques-uns, enfin, intercalent les 
tribus entre ces deux divisons. L'étudiant n'a besoin que 
de jeter un coup d'œil sur un traité général de Zoologie oi 
de Botanique pour se convaincre de l'arbitraire absolu qu 
prévaut à cet égard. Le Règne animal de Cuvier lui-même 
présente cette singularité inexplicable qu'on y trouve : dan; 
certaines classes (1), des ordres et des familles; dans d'au 
très des ordres seulement (2); et enfin, dans quelques 
unes, toute la série des genres sans les groupes intermé 
diaires (3) . D'autres classifications présentent l'uniformiti 
la plus pédantesque. Il y a, dans chaque classe, une suc 
cession régulière de sous-classes, d'ordres et de sous 
ordres, de familles et de sous-familles, de tribus et d( 
sous-tribus, de genres et de sous-genres, de divisions e 
de subdivisions, de sections et de sous-sections, etc., où i 
est impossible de ne pas lire, en toutes lettres, que ces sys 
tèmes sont le produit d'une idée préconçue de régularité e 
de symétrie, et n'ont été, en aucune façon, étudiés dans L 
nature. 

Dans le but de déduire légitimement les caractères de 
ordres, de traits spéciaux réellement fournis par la nature 
j'ai examiné très-attentivement les divers systèmes zoolo 

(1) Dans les classes des Mammifères, des Oiseaux, des Reptiles et d< 
Poissons, Cuvier distingue ordinairement des familles aussi bien que des ordre! 
Dans la classe des Gastéropodes, dans celle des Annélides, dans celle des Vei 
intestinaux et dans celle des Polypes, quelques ordres seulement sont divise 
en familles; le plus grand nombre ne l'est pas. 

(2) Les classes des Échinodermes, des Acalèphes et des Infusoires sont div 
sees en ordres, mais il n'y a pas de familles. 

(3) Telles sont les classes des Céphalopodes, des Ptéropodes, des Brachif 
podes et des Cirripèdes (Cirrhipodes). Il dit toutefois que les Céphalopodes r 
constituent qu'un ordre {Règne animal, vol, IIl^ p. 11), puis (page 22) il lesa[ 
pelle une famille. Cependant à la page 8 il les distingue comme classe. 



ORDRES. 243 

giques dans lesquels ce groupe a été admis et, en apparence, 
étudié avec plus de soin que partout ailleurs. Tels sont, en 
particulier, le Systema naturœ de Linné, premier introduc- 
teur de cette sorte d'agrégation dans la Zoologie, et l'œuvre 
de Cuvier, dans lequel les ordres sont fréquemment carac- 
térisés avec une précision rare. Or, à ce que j'ai cru voir, 
partout où le mot n'a pas été employé au hasard, l'idée 
principale et toujours dominante est celle d'un rang défini. 
C'est l'intention de déterminer la place respective de ces 
divisions, de fixer leur infériorité ou leur supériorité rela- 
tives, ainsi que le mot on/re, adopté pour les désigner, l'im- 
^plique par lui-même. Dans sa classification du règne animal, 
Linné donne au premier ordre de la première classe le nom 
Je (.i. Primates ». Il veut ainsi, à n'en pas douter, exprimer 
la conviction que ces êtres, du nombre desquels est l'Homme, 
ml le rang de beaucoup le plus élevé de leur classe. Blain- 
ville emploie fréquemment l'expression de « degrés d'orga- 
lisation » pour désigner les ordres. 

H est vrai que Lamark se sert des mêmes termes pour 

!i'-igner les classes. Nous trouvons donc, ici encore, le 

iième vague dans la définition des groupes adoptés. Mais, 

i l'on veut faire disparaîlre entièrement l'arbitraire dans 

'emploi de ces termes et leur assigner une signification 

cionlifique exacte, voici ce qui me semble le plus naturel : 

•/est, d'accord avec la pratique des observateurs du règne 

mimai qui ont le plus approché de la vérité, d'appeler or- 

hcs certaines agrégations ayant pour caractère d'expri- 

ner les divers degrés de complication de la structure, 

lans les limites de la classe. C'est ainsi que j'envisage, par 

xcmple, les Actinoïdes et les Halcyonoïdes, dans la classe 

l's Polypes, telle qu'elle a été circonscrite par Dana; les 

lydroïdes, les Discophores et les Cténophores, dans celle 

es Acalèphes; les Crinoïdes, les Astérioïdes, les Echinoïdes 

l les Holothuries dans celle des Echinodermes; — les Bryo- 

oaires, les Brachiopodes, les Tuniciers, les Lamellibranches 

ans la classe des Acéphales; les Branchifères et les Pulmonés 

ans celle des Gastéropodes; — les Ophidiens, les Sauriens 



244 DE LA CLASSIFICATION. 

et les Chéloniens dans celle des Reptiles; — les Ichthyoïde! 
et les Anoures dans celle des Amphibiens, etc. 

J'ai fait voir, dans le paragraphe précédent, que lei 
classes se rangent immédiatement au-dessous des embran- 
chements; il conviendrait de démontrer ici que les ordrei 
doivent prendre place dans la classe immédiatement au- 
dessus des familles. Mais, pour des raisons qu'il est facih 
d'imaginer, je renvoie cette discussion au paragraphe suivan 
qui traite de ces dernières. Quand j'en aurai présenlé le; 
caractères spéciaux sous le jour convenable, on comprendra 
sans peine quels sont les rapports des deux sortes d( 
groupes. 

Après ces remarques, on pourrait conclure que je ni( 
toute gradation entre les autres groupes et que, pour moi 
les ordres constituent nécessairement une série simple dam 
chaque classe. Loin d'affirmer rien de semblable, je croii 
au contraire que ni l'une ni l'autre de ces deux proposition; 
n'est nécessairement vraie. Pour rendre bien claire moi 
opinion sur ce point, force m'est d'entrer ici dans quelque; 
autres considérations. Je ne veux, du reste, qu'établir dani 
quelles limites mon assertion demeure incontestable. Il vé 
de soi, en effet, qu'il existe une hiérarchie entre les diffé' 
rentes catégories de groupe admises dans nos systèmes e 
correspondantes aux diverses catégories d'affinité qu'or 
observe entre les animaux. Les embranchements sont lei 
divisions les plus compréhensives et renferment chaciir 
plusieurs classes; les ordres sont des subdivisions des 
classes j les familles, des subdivisions des ordres; les 
genres, des subdivisions des familles ; les espèces, des sub- 
divisions des genres. Mais cela ne signifie point que chaqu( 
embranchement doive nécessairement renfermer le mêrat 
nombre de classes ou même simplement plusieurs classes 
cela dépend, en effet, absolument de la manière dont 1( 
plan est exécuté. De plus, une classe peut fort bien n( 
pas contenir un seul ordre (1), si ses représentants n<{ 

(1) Voy. chap. F, sect i. 



I 



ORDRES. 2/!|5 



forment pas une échelle dont chaque degré exprime une 
complicalion plus ou moins grande de la structure. De fait, 
elle en contiendra beaucoup ou très-peu, suivant que ces 
, degrés seront plus ou moins nombreux, plus ou moins tran- 
I chés. Mais comme les représentants d'une classe quelconque 
' ont, de toute nécessité, une forme définie, chaque classe 
compte au moins une famille, sinon plusieurs. En somme, 
elle en comptera autant qu'il y a de systèmes de formes 
parmi ses représentants, pour peu qu'il soit démontré que 
la forme est caractéristique de la famille. Même chose arri- 
I vera pour les genres et pour les espèces. On aurait tort de 
t croire que plus un genre renferme d'espèces et mieux il est 
défini, ou qu'il est nécessaire, avant de pouvoir affirmer 
l'existence d'un genre, d'en connaître plusieurs espèces. 
.Rien n'est plus éloigné de la vérité. Sans doute, un genre 
peut être caractérisé d'une façon plus satisfaisante, les par- 
ticularités peuvent en être plus complètement reconnues, la 
(limite mieux définie, quand on en connaît tous les représen- 
,tants. Je n'en suis pas moins convaincu que tout genre na- 
turel peut être au moins indiqué, si nombreuses qu'y soient 
les espèces, par l'examen d'une seule d'entre elles. Au sur- 
plus, dans les deux règnes organiques, le nombre de ceux 
qui contiennent seulement une espèce est tellement grand, 
que force est bien, dans ce cas, de déterminer les caractères 
génériques d'après l'espèce unique. Mais il n'en est pas 
moins nécessaire de caractériser cette espèce avec autant 
de précision, d'en décrire les parlicularités spécifiques 
avec autant de minutie que s'il en existait, en outre, une 
multitude d'autres échappées à notre connaissance. C'est, 
parmi les zoologistes et les botanistes, une pratique très- 
condamnable que de se contenter, en pareille occurrence, 
de la diagnose du genre. En vain quelques auteurs ont 
très-positivement affirmé que, dans ce cas, les caractères du 
scare et ceux de l'espèce sont identiques. C'est une erreur 
îiiplète. 

Voilà bien les relations naturelles et la subordination des 
embranchements, des classes, des ordres, des familles, des 



2^6 DE LA CLASSIFICATION. 

genres et des espèces. Néanmoins, je crois que ni les eni' 
branchements, ni les classes (pour les ordres, cela ne peu' 
pas faire de doute), ni les familles, ni les genres, ni les 
espèces n'ont le même rang quand on les compare entre eu) 
dans leur groupe respectif. Mais cela ne touche en rien à c( 
qui fait le trait saillant des ordres. En effet, la place relativf 
des embranchements ou des classes, des familles, des genres 
des espèces, ne dépend en aucune façon du degré de com- 
plication de la structure, comme cela a lieu pour les ordres 
elle est déterminée, comme je vais le faire voir, par des trait 
entièrement différents. 

Les quatre grands embranchements du régne tirant leu 
caractère de quatre plans différents de structure peuvent êtn 
plus ou moins élevés, suivant la supériorité ou Tinferiorit 
des plans eux-mêmes; il suffît de comparer les Vertébré 
aux Rayonnes pour voir que les choses peuvent en effet êtr 
ainsi (1). Les diverses classes d'un seul embranchemen 
seront supérieures ou inférieures, suivant que les voies e 
moyens à l'aide desquels le plan typique a été réalisé, seron 
l'un ou l'autre. Dans une classe quelconque, ou dans toute 
les classes, les ordres se rangeront tout naturellement d'aprè 
le degré de perfection des organismes qui les représentent 
c'est-à-dire suivant la comphcation ou la simplicité de leu 
structure. Les familles occuperont une place plus ou moin 
haute, selon que les particularités de la forme y seront pro 
duites par les modifications de systèmes organiques plus ci 
moins importants. Les genres se placeront plus haut ou plu 
bas, parce que les particularités de la structure, dans les par 
ties d'oîi l'on tire les caractères génériques, présenteront ui 
plus ou moins haut degré de développement. Enfin, les es 
pèces seront supérieures les unes aux autres, dans le mêm 
genre, selon le caractère de leurs relations avec le mond 
ambiant ou celui des rapports de leurs représentants entr 
eux. D'après ces remarques, il devient évident que le ran 

(1) Je n'ai pas besoin de faire cette comparaison dans ses détails ; il suff 
d'en donner l'idée, les détails se présenteront d'eux-mêmes ; au surplus, 1 
premier traité d'anatomie comparée fournira la preuve du fait. 



ORDRES. 247 

I respectif des groupes de même catégorie, comparés entre 
î eux, doit être déterminé par la supériorité relative des traits 
; spéciaux sur lesquels est basée leur propre constitution. Seuls, 
i les ordres sont strictement définis par le degré naturel de 
! complication présenté, dans les limites de la classe, par la 
I structure. 

I Quant à savoir si les ordres constituent nécessairement 
j une série simple dans leurs classes respectives, je dirai que 
cela dépendra du caractère de la classe elle-même ; c'est-à- 
• dire de la manière dont le plan typique a été exécuté. Si la 
, classe est homogène, c'est-cà-dire s'il n'y a pas lieu à la 
t diviser dés le principe en sous-classes, les ordres formeront 
tout naturellement une série simple. Mais si quelques sys- 
tèmes d'organes sont développés d'une manière différente 
I des autres, il pourra y avoir une ou plusieurs séries paral- 
: lèles, dont chacune aura des ordres pour éléments. Évidem- 
ij ment, un pareil fait ne pourra être reconnu qu'au moyen 
|) d'une étude des caractères propres à la classe, beaucoup 
il plus minutieuse que celle qu'on en a ftute jusqu'ici. Les 
tfiiUalives faites pour disposer intérieurement les classes en 
ies, comme celles de Kaup ou de Fitzinger, ne sont guère 
, que de pures conjectures ayant pour but d'estimer la valeur 
' relative des divisions intermédiaires qui pourraient exister 
entre les classes et leurs ordres. 

Oken et les physiophilosophes en général ont à l'égard 

des ordres une manière de voir toute différente. L'idée qu'ils 

''s'en font est celle-ci : les ordres représentent, dans leurs 

ses respectives, les traits caractéristiques des autres types, 

uu embranchements, du Règne animal. Ainsi, les animaux 

hitestinaux ou Gélalineiix d'Oken n'étant caractérisés que 

|i;!i- un seul système d'organes, l'intestin, ne contiennent 

aucun ordre distinct; mais chaque classe a trois tribus qui 

.correspondent aux trois classes du type, c'est-à-dire aux In- 

hisoires, aux Polypes et aux Acalèphes. Les tribus de la classe 

ill s Infusoires sont : les Infusoires vrais, les Infusoires poly- 

poïdes et les Infusoires acaléphoïdes; celles de la classe des 

I Polypes : les Polypes infusoridés, les Polypes vrais et les Po- 



2^1 8 DE LA CLASSIFICAXrON. 

lypes acaléphoïdes ; et la classe des Acalèphes contient': les 
Acalèphes infusoridés, les Acalèphes polypoïdes et les Aca- 
lèphes vrais. Le type des Mollusques étant, suivant l'auteur, 
caractérisé par deux systèmes d'organes; l'intestin et l'ap- 
pareil vasculaire, les classes des Mollusques possèdent cha- 
cune deux ordres. L'un correspond aux Animaux intestinaux, 
l'autre au type des Mollusques et, partant, les Acéphales 
comprennent l'ordre des Acéphales gélatineux et celui des 
Acéphales molluscoïdes; les Gastéropodes et les Céphalo- 
podes sont, de la même manière, scindés en deux. Les Arti- 
culés sont considérés comme représentant trois systèmes 
d'organes : appareil intestinal, appareil vasculaire, appareil 
respiratoire ; par suite, chaque classe est divisée en trois 
ordres et il y a, dans les Vers, l'ordre des Vers gélatineux, 
celui des Vers molluscoïdes et celui des Vers annelés. Les 
mêmes divisions sont adoptées pour les Crustacés et les In- 
sectes. Les Vertébrés ont, d'après la théorie, cinq systèmes, 
trois inférieurs : l'intestinal, le vasculaire, le respiratoire; 
deux supérieurs : celui de la chair (os, muscles et nerfs) et 
celui des organes des sens. En conséquence, chaque classe 
du type renferme cinq ordres et il y a, par exemple, des 
Poissons gélatineux, des Poissons molluscoïdes, des Poissons 
entomoïdes, des Poissons charnels et des Poissons sensuels; 
il en est de même pour les classes des Reptiles, des Oiseaux 
et des Mammifères (i). 

Je n'ai exposé si longuement ces divagations d'un philo- 
sophe distingué que parce que ces idées, malgré toute leur 
bizarrerie, sont néanmoins et sans aucun doute suggérées 
par un trait du règne animal, jusqu'ici trop peu étudié. Je 
veux parler des analogies qui, à côté des affinités vraies, 
existent entre les animaux et résultent de ce que, au sein de 
structures rigoureusement homologues, certaines modifica- 
tions viennent mêler ou joindre d'autres caractères purement 
analogues. A mon avis, toutefois, ce sujet des analogies est 



(1) Yoy. pour plus de développement la Naiiirphilosophic d'Okeii et son 
AUgemeine Naturgeschichle, vol. IV, p. 582. Cf. encore le chapitre qui suit. 



FAMILLES. 2/)9 

; encore trop peu connu, les faits qui portent sur cette sorte 
, de rapprochenient sont encore trop obscurs pour qu'on 
puisse en faire la base d'un groupe aussi important du 
, Règne animal. Je persiste donc à considérer la complication 
I ou la gradation de structure comme le trait qui doit ré- 
gler la délimitation des ordres, si par ce mot l'on entend 
des groupes naturels exprimant le rang, la place relative, 
. la supériorité ou Tinfériorilé des animaux dans leur classe 
respective. Bien entendu, des groupes ainsi détinis ne peu- 
vent pas être regardés comme des modifications de la classe, 
puisqu'ils sont fondés sur une catégorie de traits tout à fait 
' spéciale. 

IV 

Familles. 

ft\en de moins bien défini que l'idée de forme telle que 
;yslémalisateurs la font servir à caractériser les animaux. 

Tantôt cela signifie un système de figures extrêmement di- 
Ij verses, mais ayant toutes un caractère commun; c'est ainsi 
: qu'on dit des Zoophytes qu'ils ont la forme rayonnée. Tantôt, 

c'est tout trait extérieur limitant le corps de l'animal, par 

exemple, quand on dit : les formes animales en général, au 
r lieu de dire simplement : les animaux. Tantôt encore, on 

entend par là la figure de quelque espèce individuelle. En 
' fait, il n'y a pas dans le Règne animal un seul groupe, 
i étendu ou restreint, depuis l'embranchement jusqu'à l'es- 
' pèce, dans lequel il ne soit occasionnellement question de 

la forme comme fournissant un caractère. G, E. von Baer, 
I parlant des Articulés, les caractérise d'un mot : le type à 

formes allongées; les Mollusques sont le type à formes 
' massives; les Rayonnes, le type à symétrie périphérique; 

les Vertébrés, le type à symétrie double. Évidemment Baer 

prend ce mot dans l'acception la plus large, et comme ex- 
j primant les relations les plus générales qu'ont entre elles les 
i dimensions du corps. Guvier parle vaguement de la forme, 



250 DE LA CLASSIFICATION. 

à propos de ses quatre grands embranchements, comme 
d'une sorte de moule pour ainsi dire, dans lequel les diffé- 
rents types auraient été coulés. Il en est aussi question pour 
caractériser les ordres; par exemple pour distinguer, parmi 
les Crustacés, les Brachyures des Macroures et pour distin- 
guer encore les Ophidiens, les Sauriens et les Ghéloniens. 
On la cite comme un trait distinctif dans plusieurs familles : 
les Cétacés, les Chauves-souris, etc. C'est par elle que dans 
une même famille sont établies les différences qui séparent 
certains genres des autres ; et il n'y a peut-être pas une des- 
cription d'espèce, surtout lorsque l'espèce est considérée 
isolément, oîi la forme ne soit indiquée par le menu. N'y a-t-il 
pas dans cet emploi indistinct d'un même terme une confu- 
sion d'idées, un défaut de précision dans la détermination 
de ce qui doit être appelé forme et de ce qui pourrait rece- 
voir un autre nom ? Il me semble que si. 

Et d'abord, quand on considère la forme comme carac- 
téristique des Rayonnes, des Articulés ou de quelque autre 
des grands embranchements du Règne, il est évident qu'on 
ne veut pas désigner par là un certain trait extérieur déOni, 
une figure parfaitement déterminée, mais que celte expres- 
sion est alors synonyme de plan. En effet, (jui pourrait songer 
à dire ([ue le corps tubulaire d'une Holothurie offre, comme 
caractère, une ressemblance de forme avec le corps de l'Eu- 
ryale. Comment établir l'identité, à cet égard, d'un Ec/iimis 
et d'une Astérie? Qui ne voit que, pour ce qui est de la 
forme, l'Holothurie ressemble aux Vers plus qu'à n'importe 
quel Echinoderme, tandis que, en ce qui concerne la struc- 
ture, c'est bien véritablement un animal Rayonné, qui n'a 
rien de commun avec les Articulés ? 

D'ailleurs, il suffit de jeter un coup d'œil, même superfi- 
ciel, sur l'une ou l'autre des classes du Règne animal pour 
s'apercevoir que chacune d'elles renferme des animaux de 
formes extraordinairement diverses. Se peut-il quelque chose 
de plus différent que les Chauves-Souris et les Baleines, 
les Hérons et les Perroquets, les Grenouilles et les Sirènes, 
les Anguilles et les Turbots, les Papillons et les Punaises, 



FAMILLES. 251 

les Homards et les Bernacles, le Nautile et les Calmars, les 
Limaces et les Conchifères, les Huîtres et les Ascidies com- 
posées, le Penlacrinus et le Spalange, le Béroé et la Physalie, 
l'Actinie et la Gorgone ? Et cependant tous ces animaux 
; pris comme je viens de les citer, deux à deux, appartiennent 
à la même classe. Il doit être évident, pour tout le monde, 
que la forme ne peut pas être un élément caractéristique 
I des classes, si, par là, on entend quelque chose de défini. 
Mais la forme a une signification déterminée, partout 
comprise, quand on applique le terme à des animaux bien 
, connus. Ainsi, l'on dit la forme humaine; une allusion à la 
I forme du Cheval ou à celle du Bœuf fait naître à l'esprit une 
idée distincte. Tout le monde reconnaît que la forme de 
l'Ane est semblable à celle du Cheval, et sait distinguer, par 
j leur forme, ces animaux des Chiens ou des Chats, des 
' Phoques ou des Marsouins. Ainsi comprise et définie, la 
forme correspond aussi à ce qu'on appelle le port quand 
on parle de l'Homme et de la Femme. C'est dans ce sens 
exclusif que je vais maintenant examiner quelle est sa va- 
leur comme caractéristique d'animaux différents. On vient 
de voir qu'elle ne pouvait pas être mise au nombre des ca- 
I ractères de l'embranchement ou de la classe, il faut exami- 
'> ner maintenant si elle peut en fournir un pour l'espèce. 
' Une rapide revue de quelques-uns des types les mieux con- 
nus du Régne animal, embrassant des genres bien définis 
dont chacun compte plusieurs espèces, montrera de suite 
• que la chose est impossible, car ces espèces, en général, ne 
» présentent pas la moindre différence à cet égard. Ni les 
i nombreux Écureuils, ni les vraies Souris, ni les Belettes, 
ni les Ours, ni les Aigles, ni les Faucons, ni les Kperviers, 
ni les Passereaux, ni les vrais, Pics, ni les vrais Lézards, 
ni les Grenouilles, ni les Crapauds, ni les Raies, ni les 
1 Requins proprement dits, ni les Turbots, ni les Soles, ni 
les Anguilles, ni les Maquereaux, ni les Chaboisseaux, ni 
: les vraies Crevettes, ni les Ecrevisses, ni les Sphynx, ni les 
. Géomètres, ni les Hannetons, ni les Taupins, ni les Ténias, 
ni les Calmars, ni les Limaçons, ni les vraies Astéries, ni les 



252 DE LA CLASSIFICATION. 

Anémones de mer, ne peuvent être distingués l'un de l'autre 
par la forme seulement. Il peut y avoir entre eux des diffé- 
rences dans les proportions des parties, maisle patron de toutes 
les espèces appartenant à un genre^bien défini est si complète- 
ment identique que jamais on n'en peut tirer les caractères 
spécifiques. Il y a, dans les systèmes zoologiques, des genres 
qui, tels qu'ils sont maintenant établis, pourraient être cités 
comme exemples du contraire. Mais ces genres sont fondés 
sur des traits qui donnent encore lieu à discussion, et vrai- 
semblablement on finira par découvrir qu'ils ne sont qu'une 
association forcée d'espèces hétérogènes. En tout cas, les 
progrès récents de la Zoologie ont conduit graduellement à 
limiter de plus en plus les groupes de cette catégorie. Les 
espèces appartenant au même genre montrent de moins en 
moins une différence de forme et doivent finir par présenter 
à cet égard une même physionomie. 

Les genres naturels se distinguent-ils davantage par ce 
côté? Y a-t-il une certaine différence appréciable, dans la 
forme générale, entre les genres des familles les plus natu- 
relles? — je dis avec intention la forme générale, car un 
museau plus ou moins saillant, des oreilles plus petites ou 
plus grandes, des griffes plus courtes ou plus longues, etc., 
ne modifient pas essentiellement la forme. Est-ce que, 
par exemple, les Ours, les Blaireaux, les Gloutons, les Ra- 
tons, ces genres de la famille des Ursins, diffèrent par la 
forme? Les Phocoïdés, les Delphinoïdés, les Falconidés, les 
Turdinés, les Fringillinés, les Pleines, les Scolopacinés, les 
Chélonioïdés, les Geckonins, les Colubrins, les Sparoïdés, 
les Elatéridés, les Pyralidoïdés, les Échinoidés, etc., pré- 
sentent-ils, entre eux, plus de diversité sous ce rapport? 
Assurément non. Il est bien vrai que, dans une certaine 
mesure, il y a des différences entre les représentants d'un 
genre comparés à ceux d'un autre genre, mais à bien con- 
sidérer, ce ne sont là, au fond, que des modifications d'un 
modèle-type. Tout comme il y a des ellipses plus ou moins 
allongées, nous voyons que les Blaireaux ont la forme plus 
ramassée que les Ours, les Ratons, ou les Gloutons, que ces 



I 



FAMILLES. 253 



derniers sont plus allongés que les Ratons; mais chez les 
uns et chez les autres il y a, dans l'ensemble des traits, 
quelque chose d'aussi absolument typique que ce qui se 
découvre chez les Viverrins, ou chez les Canins, les Brady- 
podidés, les Delphinoïdés, etc. On doit par conséquent ne 
pas comprendre la forme au nombre des traits caracté- 
ristiques d'un genre naturel, ou tout au moins ne l'y intro- 
duire qu'à titre de modification du type extérieur des familles 
naturelles. 

Ainsi, de tous les groupes naturels du Règne animal, il 
ne reste plus que les familles et les ordres à la distinction 
desquels on puisse employer la forme comme critérium effi- 
cace. Mais ces deux sortes de groupe sont précisément 
ceux sur lesquels les zoologistes sont le moins d'accord, si 
bien que difficilement trouverait-on une division que les 
naturahstes voulussent, d'une entente unanime, accepter 
comme exemple d'un ordre naturel. Faisons, par consé- 
quent, de notre mieux pour fixer le débat et supposons, pour 
un inslant, que ce que nous avons dit plus haut à l'égard 
des ordres est bien fondé; que les ordres sont des groupes 
naturels caractérisés par le degré de complication de la 
structure, et entre lesquels se manifeste, dans leurs classes 
respectives, une hiérarchie. Dés lors, il nous sera plus 
aisé d'en indiquer un petit nombre susceptibles d'être ac- 
ceptés par tous comme naturels. La plupart des natura- 
listes conviendront, je pense, que parmi les Reptiles, les 
Chéloniens constituent un ordre naturel; de même les 
Raies et les Requins, parmi les Poissons. Que si quelqu'un 
soutient la nécessité de joindre à ces derniers les Gyclo- 
slomes, ce n'en sera que mieux pour mon dessein. Les 
Ganoïdes. même circonscrits dans les limites plus étroites 
que celles que je leur ai assignées, et peut-être en les rédui- 
sant au groupe restreint proposé par J. MûUer, pourront 
encore nous servir d'exemple. J'y consens; quoique, en 
réalité, il me reste plus d'une objection à faire contre cette 
limitation; mais cela importe peu pour mon but actuel. 
Tout le monde reconnaîtra, je crois, les Décapodes comme 



254 DE LA CLASSIFICATION, 

un ordre naturel de la classe des Crustacés et il m'est in- 
différent que d'autres familles leur soient annexées pour 
compléter l'ordre le plus élevé de la classe. On considérera 
comme tels, je n'en doute pas, les Bryozoaires, les Tuni- 
ciers, les Brachiopodes, les Lamellibranches, dans la classe 
des Acéphales. On m'accordera non moins aisément que 
les Crinoïdes, les Astérioïdes, les Échinoïdes et les Holo- 
Ihurioïdes sont, parmi les Échinodermes, des groupes de 
cette catégorie; de même, parmi les Acalèphes, les Bé- 
roïdes et peut-être les Discophores et les Hydroïdes, et 
encore, parmi les Polypes, les Halcyonoïdes par opposition 
aux Actinoïdes. 

Examinons ces ordres au point de vue des formes carac- 
téristiques qu'ils comprennent. Les formes des Testudo 
vrais, des Trionyx, des Chelonia sont très- différentes, et 
cependant peu d'ordres sont aussi bien circonscrits que 
celui des Chéloniens. La classe entière des Poissons fourni- 
rait difficilement des différences de forme plus grandes que 
celles qui s'observent entre les Requins ordinaires, les Scies, 
les Raies communes et les Torpilles, sans parler des Cyclo- 
stomesetdesMyxinoïdes, à supposer qu'on veuille aussi ran- 
ger ces deux familles dans l'ordre des Placoïdes. Il est im- 
possible de restreindre les Ganoïdes dans des limites plus 
étroites que celles proposées par J. Millier. Cependant, 
même ainsi circonscrit, cet ordre contient des formes aussi 
disparates que celles des Esturgeons, des Lépidostées, des 
Polyptères, des Amies, et d'une légion de genres et de familles 
éteints. Les familles que je leur ai associées et que le pro- 
fesseur Millier en sépare, si on les comprenait parmi les 
Ganoïdes, augmenteraient encore les éléments hétéro- 
morphes de cet ordre. Parmi les Décapodes il suffît de 
rappeler les Homards et les Crabes, pour convaincre que ce 
n'est pas la ressemblance des formes qui les réunit dans le 
même groupe naturel. Et quelle disparité, sous ce rapport, 
chez les Bryozoaires, les Brachiopodes et les Tuniciers ! Qui- 
conque a jamais accordé la moindre attention à ces animaux 
en a été frappé. 



FAMILLES. 255 

moins, donc, que la forme ne soit chose trop vague 
pour pouvoir caractériser un groupe quelconque dans tout 
le Règne animal, il faut bien qu'elle soit le trait saillant de 
la famille. J'ai déjà fait remarquer que les ordres et les fa- 

[ milles sont les groupes sur lesquels les zoologistes sont le 

' moins d'accord, à l'étude et à la caractérisalion desquels ils 
ont donné le moins d'attention. Cela ne viendrait-il pas sim- 
plement de ce que, d'une part, on n'a pas compris la diffé- 
rence qui existe entre les caractères de l'ordre et ceux de la 
classe, n'y voyant qu'une question de degré, et, d'autre part, 
on a méconnu l'importance de la forme comme caractère 

! prédominant des familles? En effet, très-peu de familles 
animales sont bien caractérisées ou même simplement 
caractérisées ; néanmoins on ne peut pas ouvrir un ouvrage 
moderne de zoologie consacré à une classe quelconque, 

'sans y trouver les genres rassemblés en plus ou moins 
grand nombre sous le titre d'un nom générique à termi- 

IJnaison en idés ou inés, qui indique la distinction de familles 

;et de sous-familles. Or la plupart de ces groupes, quoique 
de valeur inégale à un point de vue absolu, sont positive- 
mont naturels, encore qu'ils soient bien loin de représenter 
toujours des familles, et constituent le plus souvent des 

' ordres et des sous-ordres. Ils portent ainsi témoignage de la 
facilité qu'il y a à former, presque sans études, les groupes 
intermédiaires entre les classes et les genres. Cela vient, 
dans mon opinion, de ce que la ressemblance de famille 
est, dans le règne animal, exprimée d'une manière très- 
frappante par la forme, et de ce que la forme est un élément 
qui tombe aisément sous les sens, même d'un observateur 
superficiel. Mais en même temps, c'est chose très difficile à 
'l'crire exactement; c'est pourquoi la plupart des familles 
>unt mal caractérisées et l'on substitue constamment aux 
particularités spéciales et exclusives de ce groupe des traits 
qui no lui sont point essentiels. J'en appelle à l'expérience 
s naturalistes. Quand nous voyons un nouvel animal, 
t-ce que le premier coup d'œil, c'est-à-dire la première 
impression faite sur nous par sa forme, ne fait pas naître 



255 DE LA CLASSIFICATION. 

immédiatement en nous une idée exacte de sa parenté la plus 
proche? Avant tout examen de sa structure nous apercevons 
si un Escarbot est un Garabicin, un Longicorne, un Élaté- 
ridé, un Garculionide, un Chrysomélin; si un Lépidoptère 
est une Noctuélite, une Géométride, une Pyralide; si ur 
Oiseau est une Colombe, une Hirondelle, un Oiseau-Mouche, 
une Pie, une Bécasse, un Héron, etc. Tandis que, avant de 
pouvoir déterminer le genre d'un de ces animaux, il noui 
faut étudier la structure de quelques parties caractéristiques; 
avant de combiner les familles en groupes naturels, nous 
avons à faire un examen approfondi de la structure tout en- 
tière et à comparer sous ce rapport une famille avec toutes 
les autres. Ainsi c'est la forme qui caractérise les familles 
et, après une étude minutieuse de ce sujet durant plusieuri 
années, pendant lesquelles j'ai passé en revue le Règne ani 
mal tout entier à cette intention spéciale ainsi qu'à tous le! 
points de vue relatifs à la classification, je puis ajouter que 
c'est elle qui caractérise essentiellement les familles (1) 
Je ne dis pas les contours extérieurs, mais la forme telle 
qu'elle résulte de la structure ; ce qui signifie que les famille! 
ne peuvent pas être bien définies, ni circonscrites dans leurs 
limites naturelles, sans un examen approfondi de tous ces 
traits de la structure intérieure qui se combinent pour déler 
miner la forme. 

La manière dont j'ai caractérisé les Chéloniens de l'Amé- 
rique du Nord (2) pourra faire voir comment ce sujet doit 
être traité. J'ajouterai seulement que si, tout d'abord et sans 
difficulté, l'impression générale faite sur nous par la forme 
des animaux nous met sur la voie de ce que nous devons ap- 
peler leurs familles, on ne parvient que lentement à déter- 
miner la portée naturelle des modifications d'un type de 

(1) Ces investigations, qui m'ont conduit aux plus intéressants résultats, 
ont retardé, jusqu'ici, la publicalion de la partie systématique des Principes de 
Zoologie, ouvrage entrepris en commun avec mon ami le docteur A. A. GouM. 
Elle ne verra pas le jour avant que j'aie pu reviser le règne animal tout entier 
à ce nouveau point de vue, afin d'introduire autant de précision que possible 
dans sa classification. 

(2) Contribulions à l'histoire naturelle des États-Unis, vol. I, p. 317-366. 



FAMILLES. 257 

forme quelconque et les particularités de structure qui en 
sont le fondement. Peu d'études exigent d'aussi patientes 
comparaisons. L'anatomie comparée a laissé trop complè- 
tement de côté tout ce qui se rattache à la morphologie ; les 
investigations des anatomistes tendent trop uniformément 
à une appréciation générale des connexions ou des homolo- 
gies présentées parles systèmes organiques. Aussi lorsqu'on 
s'applique à bien saisir quelle est la valeur des formes, quel 
en est le fondement véritable, cette science fournit à peine 
un renseignement, si ce n'est,"çàetlà, quelque considération 
sur les relations téléologiques des organes. 

Admettons donc que les ordres sont des groupes natu- 
rels caractérisés par la complication de la structure, et que 
les différents ordres d'une classe expriment les degrés 
de cette complfcation. Admettons encore que les familles 
sont des groupes naturels car,actérisés par la forme, telle 
qu'elle est déterminée par les particularités de la structure. 
Il s'ensuit que les ordres sont une sorte de division supé- 
rieure; car nous avons vu que plusieurs divisions naturelles, 
généralement considérées comme des ordres, contiennent 
chacune plusieurs groupes naturels caractérisés par des dif- 
férences de formes, c'est-à-dire constituant autant de fa- 
milles distinctes. 

Après cette discussion, il est à peine nécessaire d'ajouter 
que les familles ne peuvent en aucune façon être regardées 
comme les modifications de l'ordre auquel elles appar- 
tiennent, puisque les ordres sont caractérisés par la compli- 
cation de la structure et les familles par la forme. Je ferai 
remarquer d'ailleurs qu'il y a, à l'égard de la forme des ani- 
maux, un point auquel je n'ai pas touché ici, et qu'il serait 
plus important encore d'examiner s'il s'agissait des plantes : 
c'est le mode d'association des individus faisant partie d'une 
communauté plus ou moins nombreuse, comme cela s'ob- 
serve, particulièrement, chez les Polyes et chez les Acalèphes. 
Ces agrégations n'ont pas, au point de vue de la forme, 
la même importance que les individus simples qui les com- 
iposent, et, par conséquent, elles peuvent rarement fournir 

Af.ASSÏZ. 17 



258. DE LA CLASSIFICATION. 

des caractères de famille dignes de confiance. Mais c'est une 
question qu'il sera plus opportun de traiter dans l'ouvrage 
spécial que je me propose de consacrer aux Hydroïdes de 
l'Amérique du Nord (1) . 

J'ai déclaré plus haut que les Botanistes ont défini les fa- 
milles naturelles des végétaux avec plus de précision que les 
Zoologistes n'ont suie faire pour celles des animaux; j'ai 
fait remarquer en outre que la plupart d'entre eux ne font 
pas de distinction entre les ordres et les familles. Le carac- 
tère particulier du Règne végétal en est sans doute la cause; 
ce règne, en effet, n'est pas établi sur des plans de structure 
aussi complètement différents que ceux des divers em- 
branchements zoologiques. Au contraire, il est possible de 
tracer parmi les plantes une certaine gradation, et il est plus 
facile que dans le Règne animal de s'élever progressivement 
d'un type inférieur à un type supérieur bien distinct, quoique 
les Végétaux, pas plus que les Animaux, ne constituent une 
série simple. Il me paraît néanmoins que si les Cryptogames, 
les Gymnospermes, les Monocotylédonées et les Dicotylédo- 
nées peuvent être considérées comme des embranchements 
du Règne végétal, analogues aux Rayonnes, aux Mollusques, 
aux Articulés et aux vertébrés parmi les animaux, des divi- 
sions comme celles des Fungus, des Algues, des Lichens, 
des Mousses, des Hépatiques, des Fougères dans l'acception la 
plus large, pourraient être envisagées comme des class» s. 
Les Diatomacées, les Conferves, les Fucus seraient des or- 
dres; les Mousses et les Hépatiques des ordres ; les Equisé- 
tacées, les Fougères proprement dites, les Hydroptérides et 
lesLycopodiacées, des ordres encore. Toutes ces plantes pré- 
sentent en effet différents degrés de complication dans la 
structure. C'est au contraire par la forme ou le port que 
se rapprochent le plus leurs subdivisions naturelles, qui 
peuvent être regardées comme des familles. Les familles 
naturelles végétales se distinguent généralement par le port, 
comme les familles animales par la forme. On n'a qu'à voir 

(1) Voy. Z" et 4" vol. des Contributions, etc. 



GENRES. 259 

les Palmiers, les Conifères, les Ombellifères, les Composées, 
les Légumineuses, les Labiées, etc., pour avoir un exemple 
de celte uniformité d'aspect. 



I 



Genres. 



Linné savait déjà fort bien que les genres existent dans 
la nature. Cependant il appelle genres des groupes à beau- 
coup desquels nous donnons un autre nom et dont quelques- 
uns doivent-ètre regardés comme des familles. Il n'en demeure 
pas moins prouvé, par ses œuvres même, qu'il était pleine- 
ment convaincu de la réalité de cette sorte de groupe. Il 
dit, en effet, nettement, dans sa Philosophia Botanica, 
sect. 169 : « Scias characterem non constituere genus, sed 
)) genus characterem. Characterem fïuere e génère, non ge- 
n nus e charactere. Characterem non esse ut genus fiat, 
)) sed ut genus noscalur. » 

Un aphorisme aussi clair aurait dû maintenir présente à 

'prit des naturalistes l'idée que les genres ont une base 

lie. Mais cela n'a pas empêché les idées les plus vagues de 

iiévaloir à ce sujet. Bien petit est le nombre des observa- 

rs qui, de nos jours, croient positivement à la réahté des 

..oiinctions génériques instituées par eux. Quant à ce que 

ont les genres, la confusion est bien plus grande encore. 

Ceux 'qui n'ont point approfondi ce sujet semblent être 

'rrivés à cette conclusion : les genres sont purement et sim- 

lement des groupes où sont réunies un certain nombre 

'espèces possédant en commun qnelques traits plus géné- 

•ux que ceux qui distinguent chacune d'elles. Pour eux, 

ir conséquent, nulle diflerence essentielle entre les ca- 

ictères génériques et les caractères spécifiques; une seule 

spéce peut former un genre, pour peu que ses carac- 

■res ne soient pas tous conformes à ceux d'autres espèces, 

plusieurs espèces en constituent un lorsque leurs ca- 

ictères spécifiques présentent entre eux une certaine con ■ 



260 DE LA CLASSIFICATION. 

formité(l). Loin d'admettre une semblable doctrine, je croi 
pouvoir démontrer que, pour grande ou petite que soit 1 
différence observée [entre deux espèces, en tant qu'espèces 
elles peuvent fort bien constituer un genre naturel ; il sufïi 
qu'elles aient des caractères génériques identiques. 

J'ai dit plus haut que, pour mieux connaître sur que 
étaient fondés les différents groupes adoptés dans les sys 
tèmes zoologiques, j'avais consulté les œuvres de certain 
auteurs, célèbres dans les annales de la science à cause d 
bonheur particulier avec lequel ils avaient caractérisé un 
catégorie spéciale de groupe. J'ai cité Latreille comme s'étar 
distingué, entre tous leszoologisles, par la précision avec la 
quelle il avait défini les genres des Crustacés et des Insectes 
Il nous a laissé en effet sur ces animaux l'ouvrage le plu 
étendu qui existe (2). Un mot, que j'ai souvent entendu ré 
péter par des entomologistes qui avaient connu Latreille 
fait très-exaclement connaître la signification qu'il attachai 
à l'idée de genre. A Tépoque oîi il préparait le travail don 
je viens de parler, il ne perdait aucune occasion de se pro 
curer des spécimens, afin de déterminer parfaitement d'à 
près la nature les particularités génériques des animau 
qu'il décrivait. Pour cela, il faisait appel à ses confrères e 
les priait de contribuer à sa collection. Mais ce n'était pa 
pour accumuler des exemplaires qu'il mettait tant d'activité 
se procurer ces objets, car il avait coutume de dire qu'il n'ei 
avait besoin que « pour en examiner les parties ». N'y a-t-| 
pas dans ce mot une suggestion du maître, qui nous enseignj 
ce que sont les genres et comment nous devons les caracté- 
riser. N'est-ce pas la structure spéciale de telle ou telle paij 
tie qui caractérise les genres? N'est-ce pas le fini de l'org.i' 
nisation, la perfection des derniers détails de la structui 



(1) Spring, Ueher die nalurhislorischen Begriffe von Gatlung, Ari v 
Aiarl. Leipzig, 1838, in-8. — H. Burmeister, Zoo)iomische Briefc. Leip 

1856, 2 vol. in-8. — T. V. WoUaston, On the Variation of Species. Loiidi 
185G, in-8. — J. D. Dana, Thoughts on Species {Amer. Journ. Se. and Ar 

1857, n" 111, p. 305). 

(2) Latreille, Genera Crustaceorum et hneclorum. Paris et ArgenteU' 
1806-1808, Il vol. in-8. 



ESPËCES. ^61 

■qui distingue un genre d'un autre genre ? Latreille, en indi- 
quant ce dont il avail besoin pour l'étude des genres, nous 
a donné la clef des rapports harmoniques qu'il y a entre 
eux. Les genres sont des groupes d'animaux très-étroitement 
alliés, qui diffèrent, non par la forme, non par les complica- 
tions de la structure, mais simplement par les détails infimes 
de la structure de quelques parties. C'est là, je crois, la 

I meilleure définition qu'on en puisse donner. Ce qui les carac- 
térise, ce ne sont pas certaines modifications des traits qui 
sont propres à la famille, car nous avons vu que le trait 

I saillant et différentiel des familles c'est la forme typique, et 
les genres d'une même famille ne diffèrent pas du tout parla 

' forme. Les genres ne sont pas non plus, tout simplement, 
une certaine formule plus comprehensive que l'espèce, em- 

; brassant des caractères plus nombreux ou d'une importance 
plus grande. En effet, les espèces d'un même genre natu- 

î rel ne doivent présenter aucune différence de structure, 

' mais quelque chose qui manifeste d'une façon plus spéciale 
k'< relations que leurs représentants ont entre eux ou avec 
le monde ambiant. Les genres, en un mot, sont des groupes 
naturels d'une sorte particulière, et leur distinction spéciale 
repose sur les derniers détails de la structure. 



VI 

Espèces. 

In croit généralement que rien n'est plus aisé que la dé- 
lination des espèceS; et que, de tous les degrés d'alliance 
peuvent exister entre les animaux, celui que constitue 
l'identité spécifique est le plus nettement défini. On s'ima- 
le même qu'un critérium infaillible de cette identité est 
iuiirni par le rapprochement sexuel qui réunit, si naturel- 
îlement, les individus de la même espèce dans la fonction 
loproductrice. Eh bien ! je crois, moi, que c'est là une erreur 
.complète, tout au moins une pétition de principes impos- 
sible à admettre dans une discussion philosophique sur ce 



1(^1 DE LA CLASSIFICATION. 

fjui constitue véritablement les traits caractéristiques rie 
l'espèce. Je l'affirme même : bien des problèmes embrouillés 
contenus dans la rechercbe des limites naturelles de ce 
groupe seraient depuis longtemps résolus, n'était l'insistance 
avec laquelle on présente généralement la capacité et la 
disposition naturelle des individus h un rapprochement 
fécond, comme une preuve suffisante de leur identité spéci- 
fique. Je ne veux pas appuyer sur le fait que chaque nou- 
veau cas d'hybridité constaté (1) proteste derechef contre 
cette assertion. Je n'examinerai pas non plus s'il est possible 
ou praticable d'écarter celte difficulté, en introduisant dans 
le débat la considération de la fécondité limitée du produit 
d'espèces différentes. Je ne ferai qu'une simple observation. 
Tant qu'on n'aura pas prouvé, pour toutes nos variétés de 
chiens, pour toutes celles de nos animaux domestiques et 
de nos plantes cultivées, qu'elles sont respectivement déri- 
vées d'une espèce unique, pure et sans mélange; tant qu'un 
doute pourra être conservé sur la communauté d'origine et 
la descendance unique de toutes les races humaines, il sera 
illogique d'admettre que le rapprochement sexuel, même 
donnant lieu à un produit fécond, soit un témoignage irré- 
cusable de l'identité spécifique. 

Pour justifier cette affirmation, je me bornerai à deman- 
der s'il est un naturaliste sans préjugés qui, de nos jours, 
ose soutenir : 

1° Qu'il est prouvé que toutes les variétés domestiques de 
moutons, de porcs, de bœufs, de lamas, de chevaux, de 
chiens, de volailles, etc., sont respectivement dérivées d'un 
tronc commun; 

2° Que considérer ces variétés comme le résultat d'un mé- 



(1) Vfie.ç;main, Gekrônte Preisschrift uher die Bastarderseugung im Pflan- 
:enreich. Brunswick, 1828, in-8. — Braun (A.), Ueber die Erscheinung der 
Verjungung in der Nalur. Fribourg, 18/i9, in-i. — Morton (J. G.), Essay on 
Tlyhridily {Amer. Jnurn., 1847). — Addilional Observations on Hybridity in 
Animais and on some collateral subjects. Charleston, Med. .Journ., 1850. — 
Be Selys Longchamps, Uécapilulalion des hybrides observés dans la famille 
des Anatidées [Bull. Acad. Bruxelles, 1845);, et Additions {ibid, 1856), 2* part.. 
p. 6. 



ESPÈCES. 263 



I 

■Bge extrême de plusieurs espèces primitivement distinctes 

" "'"est une hypothèse inadmissible ; 

3" Que des variétés importées de contrées lointaines, et 
tre lesquelles il n'y a jamais eu accointance auparavant, 
'comme les poules de Shanghaï et nos poules communes, par 
exemple, ne se mêlent pas complètement? 

Où est le physiologiste qui pourrait affirmer en conscience 
que les limites de la fécondité entre espèces distinctes 
sont connues avec une suffisante rigueur, pour qu'on en 
puisse faire la pierre de touche de l'identité spécifique? 
Qui pourrait dire que les caractères distinclifs des hybrides 
féconds et ceux des produits de sang non-mêlé sont telle- 
ment évidents, qu'on puisse retracer les traits primitifs de 
tous nos animaux domestiques, ou bien ceux de toutes nos 
plantes cultivées? Or, aussi longtemps que cela demeurera 
impossible ; aussi longtemps que la communauté d'origine 
n'aura pas été prouvée pour toutes les races humaines, 
pour tous les animaux différents, pour toutes les plantes 
diverses dont il vient d'être question, et qui, chaque jour, 
depuis des milliers d'années, fournissent la preuve que 
leurs unions sont fécondes ; aussi longtemps qu'il y aura un 
grand nombre d'animaux hermaphrodites pouvant multiplier 
leur espèce sans que le concours de deux individus soit né- 
cessaire ; aussi longtemps qu'il y en aura d'autres pouvant 
se multiplier par différents procédés sans l'intervention des 
sexes, — on ne sera point autorisé à prétendre que ces ani- 
maux ou ces plantes sont des espèces pures et sans mélange, 
et que la fécondité sexuelle est le critérium de l'identité 
spécifique. D'ailleurs, cette prétendue pierre de touche n'a 
guère de valeur pratique dans beaucoup de cas offrant un 
très-haut intérêt scientifique. On n'y a jamais recours, et, 
que je sache, on n'en a jamais fait l'application avec un 
I 'sultat satisfaisant, pour s'éclairer sur un cas douteux. 
tile n'a jamais été d'aucune utilité au naturaliste conscien- 
cieux et perplexe, en quête du degré de parenté pouvant 
'lister entre des animaux ou des plantes étroitement alliés, 
qui vivent dans des contrées éloignées ou sur des aires 



264 DE LA CLASSIFICATION. 

géographiques dépourvues de communication. Jamais elle 
ne contribuera à la solution d'un problème où soient en 
cause l'apparente différence, l'apparente identité, d'animaux 
ou de végétaux disparus et trouvés dans des formations 
géologiques diverses. Dans tous les cas critiques qui exi- 
gent une exactitude et une précision minutieuses, il faut re- 
jeter ce soi-disant critère, comme peu sûr et nécessairement 
hypothétique. La science exacte doit se passer de lui, et 
plus tôt elle s'en sera débarrassée, mieux ce sera. Mais, de 
même que d'autres reliques du vieux temps, c'est une ma- 
nière d'épouvantail théorique que l'on garde dans sa boîte 
pour le faire seulement surgir à certains jours, quand il 
s'agit de donner le change et de fermer le débat sur la 
question de l'unité d'origine des races humaines. 

Il est une autre erreur qui se rattache aux idées en vogue 
sur l'espèce et qu'il faut aussi que je signale; c'est cette 
affirmation spécieuse que l'espèce n'existe pas dans la nature 
de la même manière que les genres, les familles, les ordres, 
les classes et les embranchements. Il y a des gens qui sou- 
tiennent positivement (1) que l'espèce est fondée dans la 
nature d'une tout autre manière que ces groupes ; que son 
existence est en quelque sorte plus réelle; celle des autres 
groupes étant regardée comme idéale, alors même qu'on 
admet que ces derniers n'ont eux-mêmes rien d'artificiel. 

Examinons cela d'un peu plus près, car c'est la question 
tout entière de l'individualité qui est en cause. On ne s'y 
méprendra pas, je l'espère; j'apprécie à toute sa valeur 
l'importance des rapports sexuels comme indice des liens 
étroits qui unissent ou peuvent unir les individus de la 
même espèce. Je sais, aussi jDien que n'importe qui, dans 
quelle étendue ces relations se manifestent à l'état de nature. 
Mais je prétends insister sur ce fait incontestable qu'elles 
ne sont pas aussi exclusives que le prétendent les natu- 
ralistes, aux yeux desquels elles constituent un critériuni 
infaillible de l'identité spécifique. Je rappellerai à ceux 

(1) Burmeister (II.). Zoonomische Briefe, déjà elle, vol. I, p. 11. 



I 



ESPÈCES. 265 



qui l'oublient constamment que certains animaux, bien 
que d'espèces distinctes, s'unissent sexuellement et ont des 
produits; — inféconds le plus souvent, cela est vrai, dans 
certaines espèces, mais jouissant d'une fécondité limitée 
l dans quelques autres et même, dans plusieurs, féconds à un 
degré qu'il n'a pas été jusqu'à présent possible de détermi- 
ner. Le rapprochement sexuel est le résultat, ou plutôt il est 
l'expression la plus frappante, de l'alliance étroite établie à 
l'origine entre les individus de la même espèce ; mais il n'est 
en aucune façon la cause de leur identité dans la suite des 
générations qui se succèdent. Après la création, les ani- 
' maux de la même espèce se sont réunis par couple, parce 
qu'ils étaient fails l'un pour l'autre; ils ne se sont pas re- 
cherchés dans le but de fonder leur espèce, car celle-ci exis- 
tait pleinement avant que le premier individu provenant de 
leur union fût venu au monde. 

; Cette façon d'envisager le sujet acquiert d'autant plus 
.d'importance qu'il devient plus probable que les espèces 
n'ont pas pris origine par couple unique, mais ont été créées 
avec un très-grand nombre d'individus, dans les proportions 
numériques qui produisent l'harmonie naturelle entre les 
êtres organisés. C'est la seule explication possible de la 
procréation des hybrides ; elle est alors basée, en effet, sur le 
rapprochement naturel d'individus appartenant à des espèces 
très-voisines et qui peuvent devenir fécondes, l'une avec 
l'autre, d'autant plus facilement qu'elles diffèrent moins 
. quant à la structure. 

j Pour supposer que les relations sexuelles déterminent 
'l'espèce, il faudrait d'abord avoir démontré que la pro- 
miscuité absolue, parmi les individus de la même espèce, 
est le trait dominant du règne animal. Le fait est, au 
contraire, qu'un très-grand nombre d'animaux, sans par- 
'1er de l'Homme, choisissent leur compagne pour la vie et 
;iont rarement des rapports avec une autre. Les éleveurs 
' savent depuis longtemps que les races diverses d'une même 
j espèce ont moins de disposition à s'unir que les individus de 
! la même race. Pour ma part, je ne puis pas concevoir com- 



266 DE LA CLASSIFICATION. 

ment des moralistes, qui soutiennent l'unité d'origine dei 
races humaines comme un des principes fondamentaux d( 
leur religion, peuvent en même temps justifier le rappro 
chement sexuel au degré de parenté et de consanguinité h 
plus proche, nécessaire, dans celte théorie, entre les mem 
bres de la prétendue première et unique famille humaine 
quand de telles relations répugnent même aux sauvages. E 
d'ailleurs, il y a d'innombrables espèces chez lesquelles ui 
très-grand nombre d'individus ne sont jamais développé 
sexuellement; d'autres où les individus sexués n'apparaissen 
que de temps en temps et à des intervalles éloignés, entr 
lesquels plusieurs générations immédiates sont produite 
sans aucune intervention des sexes. Chez quelques-unes li 
multiplication s'opère par bourgeonnement dans une pro 
portion bien plus considérable que par génération sexuelle 
Je pourrais rappeler, enfin, les phénomènes de génératioi 
alternante, aujourd'hui si bien connus chez les Acalèphe 
et les Vers, et le polymorphisme de plusieurs autres types 
On ne peut pas méconnaître la signification de pareil 
faits, A moins d'aller jusqu'à la prétention absurde que le 
distinctions et les définitions introduites en Histoire nalu 
relie, dans l'enfance de cette science, doivent continuer ; 
nous servir de norme dans l'appréciation des phénomène 
naturels; de nier qu'il y ait lieu de réformer et de modifie 
nos règles, conformément aux lois de la nature, à mesun 
que notre connaissance fait des progrès! C'est par exemph 
un caractère spécifique du Cheval et de l'Ane que de pouvoii 
s'unir, l'un avec la femelle de l'autre, et de donner lieu à ui 
produit qui diffère de celui que chacun d'eux eût obteni 
avec sa propre femelle. C'est un trait caractéristique de 1; 
Jument, comme représentant de son espèce, de mettre ai 
monde un Mulet, ensuite de son union avec le Baudet, tandi: 
que l'Élalon accouplé à l'Anesse procrée un Bardot. Il es 
encore pour eux caractéristique de produire des hybride, 
d'autre sorte avec le Zèbre, avec le Daw, etc. Comment don( 
croire que la fécondité ou tout au moins la promiscuitc 
entre représentants de la môme espèce puisse être un crité 



ESPÈCES. 267 

f rium de l'idenlité spécifique ? Il y a cependant encore des 

naturalistes qui voudraient la représenter comme une pierre 

de touche infaillible, simplement pour pouvoir soutenir 

^ celte thèse : tous les hommes descendent d'un couple 

î unique. 

' Ces faits s'ajoutent à tant d'autres qui, chaque jour, font 
• ressortir davantage la probabilité que les individus d'une 
; même espèce vivant sur des aires géographiques sans com- 
munication entre elles aient eu une origine indépendante. 
Ils nous obligent à écarter de la définition philosophique 
de l'espèce l'idée d'une communauté d'origine et, con- 
'< séquemment aussi, l'idée de la nécessité d'un lien généa- 
logique. La preuve que tous les animaux ont été originelle- 
ment créés en nombre immense est tellement forte, que 
l'hypothèse de leur apparition première par couples sin- 
guliers est, on peut le dire, presque entièrement aban- 
^ donnée par les naturalistes. Cela étant, la dérivation sexuelle '> 
inV' constitue pas le caractère essentiel et nécessaire des 
! espèces, encore bien que le rapprochement des sexes soit le 
procédé naturel de leur reproduction et de leur mullipiica- 
'lion. Si nous sommes conduits à admettre, comme point de 
départ, pour chaque espèce, l'apparition d'un très-grand 
nombre d'individus; si la même espèce a pu prendre origine 
''à la fois dans des localités différentes, entre ces premiers 
représentants de l'espèce, au moins, le lien provenant d'une 
même filiation n'existait pas. Or, comme le même argu- 
i ment s'applique tout aussi rigoureusement à un premier 
> couple unique, ce fantastique critérium de l'identité spé- 
' cifique doit être abandonné dans un cas comme dans l'autre. 
Avec lui disparaît à son tour la prétendue réalité de l'es- 
pèce, opposée au mode d'existence des genres, des familles, 
'des ordres, des classes, des embranchements. Ce qui, en 
effet, possède la réalité de l'existence, ce sont les individus, j 

ne sont pas les espèces. Nous pouvons à la rigueur con- 
sidérer les individus comme des représentants de l'espèce, 
'mais ni un individu, ni un nombre quelconque d'individus, 
ne représente simplement l'espèce sans représenter aussi en 



268 



DE LA CLASSIFICATION. 



même temps, comme on l'a vu plus haut (secL i à v), k 
genre, la famille, l'ordre, la classe et l'embranchement. 

Avant d'entreprendre de prouver tout ce que renferme 
celte proposition, j'examinerai d'abord les caractères de 
l'être individuel chez les animaux. L'existence des individus 
est parcimonieusement mesurée dans le temps et dans l'es- 
pace ; elle a des bornes définies et appréciables. Ni l'individu, 
ni l'ensemble des individus à un moment donné, ne repré- 
sentent complètement l'espèce. Ils n'en sont jamais que les 
représentants temporaires, et cela d'autant plus que l'espècf 
a, dans la nature, une plus longue durée. Les individus 
d'une espèce quelconque, ceux de toutes les espèces exis- 
tant à l'heure présente, succèdent à d'autres individus qui 
ont vécu antérieurement et précèdent des générations qui 
leur survivront ; ils ne constituent pas l'espèce, ils la re- 
présentent. L'espèce est une entité idéale, aussi bien que 
le genre, que la famille, que l'ordre, la classe, ou l'em- 
branchement; elle continue à exister, tandis que, géné- 
ration après génération, ses représentants meurent. Mais 
ses représentants n'expriment pas simplement ce qu'il ) 
a de spécifique dans l'individu, ils manifestent et reprodui- 
sent de la même manière, de génération en génération, tout 
ce qui en eux est générique, tout ce qui caractérise la fa- 
mille, l'ordre, la classe, l'embranchement, avec la même 
plénitude, la même constance, la même précision. L'espèce, 
donc, existe dans la nature au même titre que tout autre 
groupe; elle est tout aussi idéale que le genre, la fa- 
mille, etc., ou tout aussi réelle. Mais les individus existent 
véritablement d'une autre manière. Aucun d'eux ne pré- 
sente au même instant tout ce qui est caractéristique de 
l'espèce, serait-il hermaphrodite; aucun couple ne le peut 
faire davantage, même quand l'espèce n'est pas polymorphe. 
Car les individus ont une croissance, une jeunesse, une ma- 
turité, une vieillesse, et ils ont durant leur vie un habitat 
limité. L'espèce, il est vrai, ne jouit non plus que d'une 
existence limitée; mais nous pouvons, pour notre dessein, 
considérer cette existence comme infinie, puisque nous 



I 



ESPÈCES. 269 



: n'avons aucun moyen d'en déterminer la durée, soit dans 

; les- temps géologiques antérieurs, soit dans la période ac- 

! luelle, tandis que les cycles de la courte vie des individus 

sont des quantités aisément mesurables. Donc, autant il est 

1 vrai que les individus, pendant qu'ils existent, représentent 

leur espèce au moment actuel, mais ne la constituent pas, 

autant il est exact que ces mêmes individus représentent, 

en même temps, leur genre, leur famille, leur ordre, leur 

classe, leur embranchement. Ils en portent les caractères 

comme ceux de l'espèce et d'une A\çon tout aussi indélébile. 

Comme représentants de l'espèce^ les individus entretien- 

i nentles uns avec les autres les relations les plus étroites; ils 

sont avec le monde ambiant dans des rapports définis et 

leur existence est bornée à une période définie. 

Comme représentants du genre, ces mêmes individus ont 
certains détails d'une structure définie et spécifique, iden- 
' tiques avec ceux que possèdent les représentants d'autres 
I espèces. 

Comme représentants de la famille^ ces mêmes individus 

ont une figure définie et expriment par des formes sem- 

I' blables à celles des représentants d'autres genres, ou par 

des formes propres si la famille ne contient qu'un seul 

enre, un modèle spécifique distinct. 

omme représentants de l'ordre, ces individus se placent 
m rang défini, quand on les compare avec les représen- 
tants d'autres familles. 

Comme représentants de la classe, ces individus mani- 
lestent le plan de structure de leur embranchement d'une 
manière spéciale, exécutée à l'aide de moyens spéciaux et 
suivant des voies spéciales. 

Comme représentants de l embranchement , ces individus 
Mjnt tous organisés d'après un plan distinct qui diffère du 
plan des autres embranchements. 

Les individus sont donc les supports, pour le moment pré- 
sent, non-seulement des caractères spécifiques, mais encore 
• le tous les traits naturels au moyen desquels la vie animale 
' déploie dans toute sa diversité. 



270 DE LA CLASSIFICATION. 

Ainsi envisagés, les individus réassument toute leur dignité ; 
ils cessent d'être absorbés dans l'espèce pour en constituer 
simplement la représentation, sans être rien par eux-mêmes. 
Au contraire, il devient évident, à ce point de vue, que l'in- 
dividu est, pour l'heure présente, le glorieux porteur de toutes 
les richesses que l'inépuisable fécondité de la nature pro- 
digue à la vie. Cette manière d'envisager les choses fait 
comprendre efi outre comment on peut rechercher dans 
l'individu non-seulement l'espèce, mais encore le genre, la 
famille, l'ordre, la classe et l'embranchement. De fait, c'est 
ainsi que les naturalistes ont toujours opéré dans la prati- 
que, tout en niant, en théorie, que cela fût possible. 

Maintenant que j'ai déblayé le terrain de tout ce qui lui 
était étranger, il me reste à montrer quelle est la chose 
qui constitue réellement l'espèce et comment on peut la dis- 
tinguer avec précision dans ses limites naturelles. 

Pour peu qu'on tienne à n'exclure de la définition au- 
cun trait essentiel et à n'y rien faire entrer qui n'ait cette 
qualité, il importe de reconnaître tout d'abord qu'un des 
caractères de l'espèce est d'appartenir à une période don- 
née de l'histoire du globe et d'être dans des rapports dé- 
finis avec les conditions physiques alors prédominantes, ainsi 
qu'avec les animaux et les végétaux contemporains. Ces 
rapports sont nombreux et se montrent : 1° Dans la portée. 
géographique naturelle à chaque espèce, aussi bien que dans 
son aptitude à s'acclimater dans les contrées où elle ne se 
rencontrait pas primitivement; 2° dans les relations qu'elle 
entretient avec les éléments ambiants, suivant qu'elle habite 
l'eau ou la terre, les mers profondes, les ruisseaux, les 
fleuves, les lacs, les bas-fonds, les bancs, les côtes sablon- 
neuses, limoneuses, rocheuses, les bancs de calcaire, les 
récifs coralins, les marais, les prairies, les jachères, les 
landes, les déserts salés, les déserts sablonneux, les terres 
humides, les forêts, les vallées ombreuses, les coteaux expo- 
sés au soleil, les régions basses, les plaines, les steppes, les 
hauts plateaux, les pics élevés ou les terres glacées des 
pôles , etc.; 3" dans la dépendance où elle est de tel ou tel 



I 



ESPÈCES. 271 

aliment pour subsister; li" dans la durée de la vie; 5" dans 
, le mode d'association des individus qui vivent en troupe, en 
: petites sociétés, ou isolément; 6° dans la durée et le retour 
> de la période de reproduction ; 7° dans les changements 
; subis par les individus durant l'accroissement, et la périodi- 
cité de ces changements pendant la métamorphose; 8" dans 
le mode d'association de ses représentants avec les autres 
êtres, mode qui est plus ou moins intime et constitue chez 
quelques-uns une association constante, et chez d'autres le 
parasitisme ; 9" dans toutes les particularités, vraiment spé- 
cifiques, qui résultent de la stature définitive, des propor- 
tions des parties, de l'ornementation, etc., et de toutes les 
variations auxquelles l'individu peut se prêter. 

Une fois bien et entièrement déterminés tous les faits 
,relatifs à ces considérations diverses, il ne peut plus rester 
de doute sur la délimitation naturelle de l'espèce. Un insa- 
;iiable désir de décrire des espèces nouvelles d'après des 
•données insuffisantes a pu seul faire introduire, dans les 
systèmes d'Histoire naturelle, tant d'espèces douteuses qui 
a'ajoulent rien à notre connaissance et grossissent inutile- 
tnent la nomenclature, déjà si embrouillée, des animaux et 
les plantes. 

Si donc l'on m'accorde que les espèces ne peuvent pas 

'oujours être identifiées à première vue, et qu'il faut au 

oiilraire beaucoup de temps, de recherches et de patience 

30ur en fixer les limites naturelles; si l'on admet en 

)utre que l'énumcration précédente renferme bien ce q-u'il 

il de plus hautement caractéristique pour ce groupe, on 

)eut dire que l'espèce est basée sur l'exacte détermination 

^c-^ rapports entre les individus et le monde ambiant, de 

: parenté, des proportions et des rapports des parties 



i bien que de l'ornementation spéciale des animaux. 

.. bonne description de l'espèce doit, par conséquent, être 

jiiqjaralive. Ce doit être, pour ainsi dire, une biographie 

jui retrace l'origine et suive le développement du groupe 

jlurant sa vie tout entière. De plus, tous les changements 

'[ue l'espèce peut subir dans le cours du temps, spéciale- 



272 Dlî LA CLASSIFICATION. 

ment en vertu de l'intervention de l'Homme, à l'état d 
domesticité ou de culture, appartiennent à son histoire. L( 
maladies elles-mêmes et les monstruosités auxquelles el 
peut être sujette, font partie intégrante du cycle oii elle e 
renfermée aussi bien que ses variations naturelles. Ch( 
quelques-unes, les variations de couleur sont fréquente; 
d'autres ne changent jamais; d'autres changent périodiqui 
ment; d'autres encore, accidentellement. Il en est qui se d( 
pouillent à des époques régulières de certains appendici 
formant leur parure (les Cerfs, de leurs bois, quelques 
seaux du plumage dont ils sont ornés à la saison di 
amours, etc.). Tout cela doit être déterminé pour chacur 
d'elles et aucune ne peut être regardée comme bien défin 
et suffisamment caractérisée, tant que son histoire n'est pi 
complète, dans toute retendue que je viens de marquer. I 
pratique a prévalu, depuis Linné, d'en borner la définitic 
à une simple diagnose. Aussi la confusion règne dans l 
nomenclatures et il est souvent impossible de reconnaît! 
quelles espèces avaient sous les yeux les auteurs de c 
descriptions si concises. Sans la tradition qui, de génér; 
tion en génération, en a transmis la connaissance ai 
hommes qui cultivent les sciences en Europe, cette conf 
sion serait plus grande encore; sans la conservation ( 
beaucoup de collections originales, elle serait inextricabl 
Dans les pays, comme l'Amérique, qui ne jouissent p; 
de semblables avantages, il est souvent tout à fait inuti 
de tenter l'examen critique des cas douteux de cette natur 
Un observateur des plus capables et hautement doué d 
sens critique, le regrettable docteur Harris, a très-jud 
cieusement fait ressortir les difficultés contre lesquelles 1( 
naturalistes américains ont à lutter à cet égard, dans 
Préface de son Rapport sur les Insectes nuisibles à la végi 
tation. 



GROUPES INTERMÉDIAIRES. 273 

VII 

Autres divisions naturelles du Règne animal. 

Je ne me suis occupé jusqu'ici que des divisions intro- 
duites dans les systèmes modernes par presque tous les 
Naturalistes. J'ai essayé de faire voir que ces groupes sont 
fondés dans la nature et ne doivent pas être considérés 
comme des procédés artificiels, inventés pour faciliter l'étude. 
Après un examen consciencieux et approfondi de la question, 
je trouve que ces divisions comprennent toutes les catégories 
d'alliance qui existent entre les animaux, au point de vue de 
la structure. 

Les embranchements sont caractérisés par le plan de la 
structure. 

Les classes, par le mode d'exécution du plan, en ce qui 
concerne les voies et moyens. 

Les ordres, par le degré de complication de la structure. 

Les familles, parla forme telle qu'elle est déterminée par 
la structure. 

Il Les genres, par les détails de l'exécution des parties. 
j Les espèces, par les rapports des individus soit entre eux, 
^soit avec le monde ambiant, aussi bien que par les propor- 
tions des parties, l'ornementation, etc. 

Cependant il y a lieu, dans le système naturel de la Zoo- 
logie, de reconnaître d'autres divisions. Seulement ces 
Icinières ne se retrouvent pas toujours aussi uniformément 
iue les autres dans toutes les classes. Elles ne font, en réalité, 
:^uc limiter les divers autres groupes. 

Une classe dans laquelle un système d'organes présente 
m développement particulier chez un cerlain nombre d'êtres, 
andis que tous les autres systèmes organiques sont identi- 
|ues, peut être divisée en sous-classes. C'est le cas des Mar- 
upiaux quand on les compare aux Mammifères placentaires, 
.^es caractères sur lesquels cette subdivision est basée sont 
le môme nature que ceux sur lesquels est fondée la classe 

AliASSI/.. 18 



Till HE L\ CLASSIFICATION. 

elle-même, mais ils ne s'étendent pas à son ensemble lou 
entier. Un ordre peut embrasser des groupes naturels de va 
leur plus haute que les familles, fondés sur des caractères qu 
sont bien ceux de l'ordre, mais qui ne déterminent ni une su 
périorité ni une infériorité absolues. Partant ces groupes m 
peuvent pas, par eux-mêmes, constituer des ordres distincts 
Leurs caractères sont bien de nature ordinale, mais il 
sont, pour ainsi dire, mélangés et indiquent la supérioril 
à certain égard et l'infériorité par rapport à quelques autre 
traits. Ce sont des sous-ordres. L'ordre des Testudinés ei 
fournit un exemple et contient deux sous-ordres naturels (l) 
Une famille naturelle peut présenter dans sa forme caracté 
ristique des modifications telles qu'on puisse établir d'aprè 
elles des subdivisions tranchées ; c'est ce que certains auteur 
appelleront sous-familles, et d'autres, tribus ou légions 
Dans un genre naturel, un certain nombre d'espèces auron 
entre elles, sous le rapport des particularités qui constituen 
le genre, une conformité plus grande que d'autres espèces 
et l on distinguera un sous-genre. Les individus d'une espèce 
qui occupent un champ spécial sur l'aire propre à cett 
espèce, pourront différer quelque peu les uns des autres e 
constituer des variétés, etc. 

Ces distinctions ont depuis longtemps été introduites dan: 
les systèmes ; tout naturaliste praticien ayant fait Tétude spé 
ciale d'une classe quelconque du Règne animal, a nécessaire 
ment été frappé de leur convenance. Ce grand nombre d( 
subdivisions sert à bien exprimer tous les degrés diveri 
d'affinité existant entre les différents membres d'un groupi 
naturel supérieur. Mais je puis bien maintenir que les em 
branchements, les classes, les ordres, les familles, les genres 
les espèces sont des groupes établis dans la nature, chacui 
d'après des catégories différentes; je puis bien me déclare 
prêt à tracer les limites naturelles de ces groupes d'aprè 
les traits caractéristiques sur lesquels ils sont fondés; il m 
m'en faut pas moins avouer que je n'ai pas été capable d( 

(l) Voy. Contributions, etc., vol, I, p. 308. 



GROCPJES INTERMÉDÏATRES. 275 

découvrir un principe de délimitation pour les groupes mi- 
neurs (1). Tout ce que je puis dire, c'est que les catégories 
précédemment envisagées et qui servent de base aux em- 
branchements, classes, ordres, familles, genres, espèces, 
ont leurs degrés; de ces degrés résultent les sous-classes, 
les sous-ordres, les sous-familles et les sous-genres. Pour le 
présent, il faut abandonner à l'arbitraire la fixation de ces 
subdivisions, et il faut s'en arranger aussi bien que possible 
tant que leur principe régulateur n'aura pas été déterminé, 
l'espère néanmoins que ces estimations arbitraires disparaî- 
tront à tout jamais de la science, pour ce qui concerne les 
categories elles-mêmes. 

Jus<iu'ici, l'inégalité dans la valeur intrinsèque de chaque 
sorte de groupe semble la règle ; et cette inégalité s'étend à 
tous les groupes, car, même dans les embranchements, il y a 
(les classes entre lesquelles le rapprochement est plus étroit 
qu'entre certaines autres. Les Polypes et les Acalèphes, par 
exemple, sont bien plus voisins les uns des autres qu'ils ne le 
MMit des Echinodermes; il y a moins de distance entre les 
Crustacés et les Insectes qu'entre eux et les Vers, etc. Sur ce 
''^'.rré d'alliance entre des classes, dans leur embranche- 
nt respectif, on a fondé des sous-embranchements et 
larfois on a exagéré ces différences au point de créer des em- 
jranchements distincts. Des rapprochements de même sorte 
înlre les embranchements ont fait distinguer encore des 
s-régnes. Je ne puis croire que des combinaisons aussi 
nlliles puissent être considérées comme naturelles. Elles 
iHi paraissent exprimer un rapport dû à l'importance de 
rganisalion dans son ensemble, comparée dans des groupes 
liferents, plutôt qu'une affinité définie. 

1) Le professeur J. D. Dana a ^mîs à cet vj^ard qnflqncs idées utiles 
'■■■'■ son examen de mes Contributions, etc. Voy. Amer. Journ. se. and arls, 

l'i, vol. XXV, p. 33;{. — Voy. aussi 1). Veiiiland, On Series in the Animal 
ugdom(Proc. Brit. Nat. Hist. Soc, t. VI, p, H2). 



276 DE LA CLASSIFICATION. 

YIII 

Développement successif des caractères. 

On a maintes fois répété que les caractères qui dislinguen 
les différents types du règne animal se développent succès 
sivement, chez l'embryon, dans l'ordre de leur importance 
d'abord les grands traits delà structure de l'embranchemenl 
puis les caractères de la classe, puis ceux de l'ordre, ensuit 
ceux de la famille, ceux du genre, et finalement ceux de l'es 
pèce. Cette assertion n'a point soulevé d'opposition directe 
Au contraire, il semble qu'on l'ait approuvée presque san 
discussion et qu'elle soit généralement tenue pour incontes 
table. L'importance du sujet exige cependant qu'on y regard 
de plus près. Si, en effet, l'Embryologie est pour la Zoologi 
la source de grands perfectionnements, il est, d'un auir 
côté, nécessaire de bien déterminer de quelle 'nature soi 
les éclaircissements que celle-ci doit en attendre. Je deman 
derai donc si les Zoologistes modernes savent, avec un 
précision suffisante, quels sont positivement les caractèn 
de l'embranchement, de la classe, de l'ordre, etc., et s'i: 
sont autorisés à soutenir que, dans les progrès du déve 
loppement de l'embryon, les traits qui s'accusent peu 
peu correspondent à ces caractères et se prononcent dar 
l'ordre de leur subordination? J'en doute. Je dirai plus 
Je suis certain que cette notion précise leur manque; ca 
s'ils la possédaient, ils se seraient aperçus déjà que cetl 
prétendue coïncidence, entre la subordination des groupe 
zoologiques naturels et la succession des phases de l'évc 
lution embryonnaire, n'existe pas dans la nature. Il y a, cel 
est vrai, dans le développement de l'embryon, certains trail 
qui peuvent faire naître l'idée d'un progrés marchant d 
l'organisation typique la plus générale à la spécialisation I 
plus extrême; mais il ne procède pas suivant cet ordre c 
succession stéréotypé, ni même, en général, de la faço 
qu'on suppose. 



I 



ORDRE d'apparition DES CARACTÈRES. 277 



oyons s'il ne serait pas possible d'introduire un peu 
plus de précision dans le problème. Si ce que j'ai dit des 
caractères propres aux groupes naturels du Règne animal 
I est exact, on a : 1" quatre grands embranchements ou 
; types, caractérisés par autant de plans différents de struc- 
ture; — z.° des classes, caractérisées par les voies suivies 
et les moyens employés pour l'exécution du plan; — 
3" des ordres, caractérisés par la simplicité ou la com- 
plication de la structure ; — h° des familles, caractérisées 
par la différence des formes ou des particularités de la 
structure qui déterminent la forme; — 5° des genres, 
caractérisés par les détails particuliers de la structure des 
parties; — 6" des espèces, caractérisées par les rapports 
et les proportions des parties, les rapports des individus 
soit entre eux, soit avec le monde ambiant; — on trouve 
enfin les individus qui, pour le moment, représentent non- 
seulement l'espèce avec toutes ses variétés et toutes les va- 
riations d'âge, de sexe, de taille, etc., mais encore tous les 
traits caractéristiques des groupes supérieurs. Voilà donc, 
à un bout de la série, les catégories de la structure animale 
iles plus compréhensives et, à l'autre bout, des individus. 
L'individualité d'un côté; de l'autre, le groupe du règne 
animal qui embrasse davantage. Or, pour commencer par 
les extrêmes notre examen critique de la marche de la vie 
dans ses manifestations successives, n'est-il pas évident, 
grâce à tout ce que l'Embryologie nous apprend, que l'in- 
'Jividualisation est le vœu de toute multiplication ou repro- 
'luction? Un germe (ou un certain nombre de germes), œuf 
'varien ou bourgeon, est tout d'abord individualisé. Il est 
loimé et rendu distinct, en tant qu'individu, du corps de 
i5on parent, avant d'avoir assumé soit le caractère de son 
3mbranchement, soit ceux de sa classe, etc. C'est là un fait 
fl'une grande signification et qui montre bien l'importance 
']u'a l'individualilc dans la nature. Après cela, il est vrai, 
K)iis apercevons généralement les linéaments du plan struc- 
^ural avant que la manière dont ce plan sera exécuté ne 
leviennc apparente. Le caractère de l'embranchement est 



278 DE LA CLASSIFICATION. 

indiqué par les traits les plus généraux avant que ceux de 
la classe puissent être reconnus avec quelque précision, 
et l'on j)eut baser là-dessus une des généralisations les plus 
importantes de l'Embryologie. 

On a soutenu, dans les termes les plus généraux, que les 
animaux supérieurs passent, durant leur développement, â 
travers toutes les phases qui caractérisent les classes infé- 
rieures. Ainsi formulée, cette proposition est tout à fait con 
traire à la vérité; et cependant il y a, dans de certaines 
limites, une correspondance positive entre les phases em- 
bryonnaires du développement des animaux supérieurs el 
les caractères permanents d'autres animaux d'un degré infé- 
rieur. Kh bien ! le fait signalé plus liaut permet de marquei 
avec précision les limites dans lesquelles cette correspon- 
dance peut être circonscrite. En tant qu'œufs, dans leui 
condition primitive, tous les animaux se ressemblent. Mais 
aussitôt que l'embryon commence à montrer quelques traits 
caractéristiques, ceux-ci présentent des particularités telles 
que le type peut se distinguer. On ne peut donc pas din 
qu'il y ait chez l'animal certaines phases de développemen 
qui ne rentrent pas dans les limites de son propre em- 
branchement. A aucun moment, un Vertébré n'est un Arti- 
culé ou ne lui ressemble; jamais un Articulé n'est un Mol- 
lusque ; ni un Mollusque, un Rayonné ; et vice versa. Quelqu( 
correspondance qu'on puisse noter entre le jeune d'un ani- 
mal supérieur et l'état parfait d'un animal inférieur, ell( 
est toujours contenue dans le cercle des représentants d'ui 
même embranchement. Par exemple, les Mammifères et lei 
Oiseaux, aux premiers degrés de leur développement, pré 
sentent certains traits propres aux classes inférieures de; 
Vertébrés : Reptiles et Poissons ; les Insectes rappellent lei 
Vers par quelques-unes de leurs phases primitives, etc 
Mais cela demande quelques explications, sur lesquellei 
nous aurons occasion de revenir un peu plus loin. Quo 
qu'il en soit, il est déjà bien évident qu'aucun animal supé 
rieur ne traverse une suite de phases rappelant tous lei 
types inférieurs du règne animal, mais qu'il subit simple 



ORDRE d'apparition DES CARACTÈRES. 279 

ment une série de modifications, spéciales aux animaux de 
l'embranchement auquel il appartient. Ce qu'on a dit du 
caractère infusorial des jeunes embryons de Vers, de Mol- 
lusques et de Rayonnes ne peut plus soutenir la critique; 
car, d'une part, il est impossible de considérer comme une 
classe naturelle les animaux qu'on appelle Infusoires et, 
d'autre part, les prétendus Infusoires qu'on citait sous ce 
rapport ne sont eux-mêmes que des embryons ayant la 
faculté de se mouvoir (1). 

Avec les progrès du développement et à mesure que le 
type général (embranchement) devient plus distinct chez 
l'embryon, le plan de la structure est de plus en plus 
nettement révélé par les particularités de la structure elle- 
même. En d'autres termes, les voies et les moyens d'exécu- 
tion rendent bien saillant le plan d'abord esquissé à peine. 
Par suite, les caractères de la classe deviennent visibles. 
C'est ainsi qu'une larve d'Insecte, vermiforme, montre déjà, 
par ses trachées, qu'elle sera un jour un Insecte et non pas 
un Ver comme elle en a, pour le moment, l'apparence. Mais 
' ; complications de celte structure spéciale, qui sont le 

idemenl des ordres de la classe des Insectes, n'appa- 
riassent point encore. Cela ne s'achèvera qu'à une dernière 
jiériode de la vie embryonnaire. Au point où nous en sommes, 
en observe fréquemment une avance remarquable des ca- 

lères de la famille sur ceux de Tordre. Par exemple, qn 
jeune lïcmiptère ou un jeune Orlhoptère peuvent être 
siîrement rapportés à leur famille respective d'après les 
'madères qu'ils présentent, bien avant de manifester les 
particularités qui les caractériseront comme Hémiptère ou 
Orlhoplèrc. De même on peut reconnaître que de jeuqes 
Poissons font partie d'une certaine famille, avant que les 

I aclères de leur ordre soient apparents, etc. 

La raison de ce fait saute aux yeux. Au fur et à mesure 
<!( s progrès de' la structure, la forme générale s'ébauche 

II à peu et elle a déjà acquis quelques-uns des traits qui la 



1) Voy. chap. I, sect. Xix, p. 120. 



280 DE LA CLASSIFICATION. 

distinguent, bien avant que toutes les complications de Ja 
structure qui caractérisent Tordre soient devenues visibles. 
Et, comme la forme caractérise essentiellement les familles, 
on voit de suite pourquoi le type de la famille est nettement 
marqué chez un animal avant que les caractères de l'ordre 
soient développés. Les caractères spécifiques eux-mêmes 
— au moins ceux qui, dépendant de la proportion des 
parties, ont pour cela une influence modificatrice sur la 
forme, — peuvent être reconnus bien longtemps avant que 
les caractères de l'ordre aient acquis leur pleine expres- 
sion. La Tortue qui happe, par exemple, montre son petil 
sternum en forme de croix, sa longue queue, ses habitudes 
féroces, même avant de sortir de l'œuf, avant de respirer 
par des poumons, avant que son derme se soit durci 
en une carapace osseuse, etc. ; bien plus, elle happe, la 
bouche béante, dès quon en approche quelque chose, 
même alors qu'elle est encore entourée de son amnios et 
de son allantoïde et que la masse du jaune est plus grosse 
que celle de son corps (1). Le Veau prend la forme bovine 
bien avant d'avoir acquis les caractères d'un Ruminant à 
cornes creuses ; le Faon présente toutes les particularités 
de son espèce avant que celles de sa famille soient déve- 
loppées. 

Quant [aux caractères du genre, on peut dire qu'il est 
très-rare qu'ils s'accentuent dans un type quelconque du 
règne animal, avant que les traits spécifiques soient pour 
la plupart entièrement dessinés, sinon complètement for- 
més. Peut-il y avoir le moindre doute qu'un embryon 
humain appartient au genre Homme, même avant qu'une 
seule dent ait percé? Est-ce qu'un petit Chat, un petit Chien 
ne sont pas reconnaissables comme Chat et comme Chien 
avant que les griffes et les dents indiquent leur genre? Cela 

(1) Le prince Max von Neuwied cite comme un fait remarquable que la 
Chelonura serpentina mord aussitôt qu'elle'sort de l'œuf. Je l'ai vue mordre 
avec autant de férocité que le fait l'adulte, alors qu'elle n'était encore qu'un 
embryon pâle et presque incolore, enroulé dans ses enveloppes fœtales, le 
jaune, plus volumineux que le corps, pendant sous le sternum ; trois mois avant 
réclosion. 



ORDRE d'apparition DES CARACTÈRES. 281 

st-il pas vrai encore de l'Agneau, du Chevreau, du Pou- 
lain, du Lapereau, du Souriceau, de beaucoup d'Oiseaux, 
de Reptiles, de Poissons, d'Insectes, de Mollusques, de 
; Rayonnes? Et pourquoi? Simplement parce que les propor- 
: lions des parties, qui constituent les caractères spécifiques, 
sont reconnaissables avant l'achèvement des détails de la 
structure, qui caractérisent le genre. 

Ces faits me paraissent de nature à avoir quelque influence 
sur les progrès à venir de la Zoologie. Rs nous permettront 
désormais de démêler, de plus en plus nettement, les traits 
; sur lesquels se fondent les différences et la subordination 
des groupes du Règne animal. Cette analyse de leur ordre 
d'apparition contrôle, pour ainsi dire, mes précédentes 
assertions sur la valeur respective et les caractères saillants 
I de ces divisions. L'épreuve est favorable et cette circonstance 
ajoutera, je pense, à la probabilité de leur exactitude. 

Mais cela a une autre portée très-considérable et que j'ai 
' déjà signalée en commençant ces remarques. Pour que 
: l'Embryologie puisse fournir les moyens de résoudre quel- 
ques-uns des difficiles problèmes de la Zoologie, il est indis- 
' pensable de bien déterminer d'abord ce que sont les carac- 
tères de l'embranchement, de la classe, de l'ordre, de la 
famille, du genre et de l'espèce. Or, si l'on suppose que ces 
> caractères apparaissent nécessairement dans l'ordre de leur 
1 subordination, pendant le développement embryonnaire, 
il n'y a rien à apprendre à cet égard dans les monographies 
embryologiques. R est bien rare que les embryologistes se 
! préoccupent d'un point si utile à connaître pour le zoologiste. 
D'autre part, tant qu'on ignore qu'est-ce qui constitue j)osi- 
livement les caractères des groupes qui viennent d'etre 
I nommés, il est impossible de découvrir les caractères d'un 
genre dont on ne connaît qu'une seule espèce, d'une famille 
ine possédant qu'un genre, etc. Par la môme raison, on 
j prétendrait vainement arriver à un résultat légitime, en 
|Ce qui concerne la limitation naturelle des genres, des 
S familles, des ordres, etc. ; et, sans cela, pourtant, on ne 
doit pas même songer à entreprendre une classification 



282 DE LA CLASSIFICATION. 

permanente du Règne animal. Encore moins pourrait-oi 
espérer d'établir une base solide pour la comparaison gêné 
raie des animaux actuellement vivants avec ceux qui on 
peuplé la surface du globe, aux anciens âges géologifjues. 

Ce n'est pas le hasard qui m'a engagé dans celte élude 
mais bien la nécessité. Chaque fois que j'ai voulu comparer 
par groupes plus ou moins compréhensifs, les animau: 
do la présente période avec ceux des âges antérieurs, oi 
les premières phases du développement d'animaux supé 
rieurs avec l'étal adulte d'animaux inférieurs, j'ai constam- 
ment été arrêté dans ma marche par des doutes sur l'égali 
valeur des mesures que j'employais. A la fin, j'ai fait de C6 
mesures elles-mêmes l'objet d'investigations immédiates e 
très-étendues, qui ont embrassé un champ beaucoup plu 
vaste qu'on ne le croirait en lisant ces observations. En effet 
j'ai, pour la commodité de mes études, revu, d'après ce 
principes, presque tout le Règne animal ; et j'ai introdui 
presque pour chaque classe des changements tout à fai 
inattendus dans la classification. 

J'ai déjà exprimé (1) la conviction où je suis qu'il n'y i 
qu'un système vrai : celui de la nature; et que, par con 
sequent, personne ne doit avoir l'ambition d'élever ui 
système à soi. Je n'essayerai pas même de présenter ici ce 
résultats sous la forme d'un diagramme. Je me borne ; 
exprimer la conviction que tout ce que nous pouvons véri 
tablement faire de mieux, c'est de traduire, avec l'imperfec 
tion du langage humain, les pensées profondes, les relation: 
sans nombre, la signification insondable, du plan que mani 
lestent et réalisent les objets naturels eux-mêmes. Et \m 
plus haute récompense serait de constater, un jour, que j'a 
contribué à maintenir les observateurs dans la voie de 1; 
vérité. 

(1) Voy cliap. 1, sect i^ p. 7-9. 



ANALOGIES. 283 

IX 

Catégories d'analogie. 

DUS n'avons considéré jusqu'ici que les rapports ayant 

r fondement des traits de la structure rigoureusement 

. homologues. Nous allons maintenant procéder à l'examen 

de relations plus lointaines et moins déiinies, auxquelles on 

donne le nom d'Analogies. 

J'ai déjà expliqué en quoi les homologies diffèrent des 
' analogies (1). L'homologie est cette sorte de rapports qui 
naissent de l'identité de la structure, entre animaux diffé- 
rents appartenant à des divisions naturelles de même caté- 
gorie. L'analogie est la ressemblance produite par la combi- 
naison des traits qui caractérisent un groupe naturel avec 
ceux qui en caractérisent un autre (2). 

Ainsi, nous avons vu qu'il y a homologie : entre tous les 
animaux faisant partie d'un même embranchement, en tant 
i que l'on considère le plan de leur structure ; entre tous les 
I membres d'une classe, pour ce qui est du mode d'exécution 
, do ce plan; entre tous ceux d'un ordre, eu égard à la com- 
. plication de leur structure; entre tous les représentants de 
•la même famille, de par la forme; entre les genres d'une 
famille unique, si l'on s'en tient aux particularités de détail 
de leur structure. Même dans les limites étroites de l'espèce, 
! on peut encore trouver des homologies chez les genres qui 
i comptent de nombreux représentants ; mais cela ne s'étend 
' pas aux espèces de deux genres voisins. 11 est donc évident 
que les catégories d'homologie sont aussi nombreuses et 
j aussi diverses que les catégories de différences dont la dis- 
tinction est possible dans la structure des animaux; en 



(i) Voy. p. 26, sect. V. 

(2) On a encore dit que l'homologie résultait de l'identité de la structure 
; indépeiKiatnmeat de la fonction, et l'analogie, inversement, do la parité des 
j fondions quelle que fût la structure. La définition ci-dessus donnée est plus 
j précise, parce qu'elle embrasse toutes les catégories d'analogie et d'homologie. 



28a DE LA CLASSIFICATION. 

d'autres termes, il y a des homologies d'embranchement, des 
homologies de classe, des homologies d'ordre, de famille, 
de genre, d'espèce. Il n'est pas un zoologiste pratique à l'es- 
prit duquel ne se présentent de suite les exemples de ces 
homologies des catégories les plus générales. Les homolo- 
gies spécifiques se découvrent plus particulièremement dam 
ces traits de la structure qui déterminent les proportions des 
parties ; c'est le cas, par exemple, lorsque toutes les espècej 
d'un môme genre ont le cou long, la queue courte, les 
jambes hautes, etc., tandis que celles d'un genre fort voisin 
peuvent présenter des proportions inverses, etc. 

Voyons maintenant quelles sont les catégories d'analogie el 
jusqu'à quel point il est possible, dans n'importe quelle cir- 
constance, de distinguer ce qui est homologie d'avec ce qui esl 
analogie. Si l'Analogie est la ressemblance produite par la 
combinaison des caractères d'un groupe avec ceux d'un autre 
groupe (comme les caractères de classe d'une certaine 
classe avec les caractères équivalents d'un autre groupe delà 
même sorte, ou avec ceux des familles d'une autre classe), 
la recherche de ce genre de rapport se borne à reconnaître 
les différentes catégories de la structure qui ont fait précé- 
demment l'objet de notre considération ( embranchements, 
classes, ordres, etc.), et à apprécier correctement la manière 
dont elles sont combinées l'une avec l'autre. Il suffira, par 
exemple, de voir comment les traits qui résultent d'un cer- 
tain mode d'exécution des homologies d'un type sont com- 
binés avec la structure d'un autre type; en d'autres termes, 
on tiendra compte de tous les traits qui se montreront, sans 
se maintenir dans les limites où les structures sont rigou- 
reusement homologues. Etudier les analogies, c'est donc 
rechercher les traits, d'ailleurs plus ou moins distincts, qui 
sont le caractère naturel d'une sorte de groupe, au sein de 
leur combinaison avec ceux qui en caractérisent une autre. 
C'est ainsi que la parité établie entre l'aile d'un Insecte el 
l'aile d'un oiseau a pour base l'analogie. L'entière différence 
qu'il y a dans la structure des organes du vol, chez les êtres 
de ces deux classes, ne nous permet pas de considérer la 



I 



ANALOGIES. 285 



similitude entre ces organes comme une homologie ; en 
effet, ils ne sont pas de construction homologue. Mais il y a 
analogie entre eux ; car, malgré que la structure pTjrticuliére 
caractéristique de l'un et de l'autre type ait été mise en 
œuvre pour l'exécution de ces organes, comme ils accom- 
plissent la même fonction, ils semblent être de même nature. 

Si l'on admet que ces distinctions soient fondées, les ca- 
tégories d'analogie seront les mêmes que les catégories 
d'homologie. Il y aura des analogies d'embranchement, de 
classe, d'ordre, de famille, de genre, d'espèce. Parfois celte 
sorte de corrélation s'observera d'embranchement à embran- 
chement, de classe à classe, d'ordre à ordre, etc. , parfois aussi 
les traits caractéristiques d'un embranchement ou d'une 
classe ne se retrouveront que dans certaines Aimilies ou 
même dans quelques genres d'un autre embranchement ou 
d'une autre classe. L'étude des analogies devient ainsi fort 
difficile et extrêmement compliquée; de là, sans doute, les 
erreurs et les inexactitudes qu'ont eues trop souvent pour 
r(isultalles tentatives de classification du règne animal. 

Analogies d'embranchement. — ^ 11 y a dans le plan de 
siructure caractéristique de chaque embranchement quel- 
(lue chose de si spécial, que les analogies de la catégorie 
qui nous occupe ne s'étendent pas d'un embranchement à 
tout un autre embranchement. Au contraire, elles n'attei- 
[^nent en général que les groupes mineurs d'une ou de plu- 
sieurs classes et embrassent rarement une classe entière. 
Cependant parmi les Mollusques, il y a, pour tous les Cé- 
phalopodes, analogie d'embranchement avec les Rayonnes, 
dans la disposition des bras autour de la bouche. Tous 
les Bryozoaires présentent avec les Polypes une analo- 
gie frappante, par la couronne qui s'épanouit à leur partie 
supérieure; il en est de même des tentacules d'un grand 
nombre d'Annélides Dorsibranches. Il y a une analogie im- 
l)ossible à méconnaître entre la structure de la charpente 
solide des Echinodermes (spécialement chez les Etoiles de 
iner) et le plan de structure des Articulés. C'est à ce point 
que Oken n'hésite pas à rapporter les Echinodermes à l'em- 



286 DE LA. CLASSIFICATION. 

branchement des Articulés, et confond cette analogie avec 
une homologie véritable. 

Analogies de classe. — Les voies et moyens de réali- 
sation du plan structural, dans une classe, ont souvent 
des analogies frappantes avec ceux d'une autre classe. 
Ainsi, parmi les Vertébrés, une classe tout entière a des 
ailes, celle des Oiseaux ; et dans aucune autre classe les ailes 
ne sont construites comme dans celle-là. Toutefois, les 
Chauves-Souris, aussi, sont ailées; et quelques poissons, 
capables de s'élever au-dessus de l'eau, sont décrits comme 
ayant des ailes. Mais l'aile de la Chauve-Souris est homo- 
logue au membre antérieur d'un autre Mammifère ; elle est 
analogue seulement à l'aile des Oiseaux (1). Il en est de 
même des soi-disant ailes des Poissons volants, véritable na- 
geoire, homologue à la nageoire pectorale des autres pois- 
sons osseux, et construite d'une autre manière que l'aile de 
la Chauve-Souris ou de l'Oiseau. Les ailes des Insectes sont en- 
tièrement dilTérentes et leur analogie avec celles des Oiseaux 
est encore plus lointaine que chez la Chauve-Souris ou le 
Poisson volant, d'autant que ce n'est plus là une analogie 
entre animaux de deux classes du même embranchement, 
mais entre les représentants de deux classes appartenant 
chacune à un embranchement divers. La différence porte 
donc non pas seulement sur le mode d'exécution d'un plan 
commun, mais bien sur le plan lui-même. 

Analogies cf ordre. — Les ordres sont fondés sur les 
complications de la structure qui caractérise la classe ; dès 
lors, il n'est pas vraisemblable que les analogies de cette 
catégorie puissent se présenter entre les ordres d'une même 
classe. Il faut plutôt s'attendre à les rencontrer entre les 
ordres de deux classes voisines ou entre les ordres d'une 
classe supérieure et les classes inférieures du même embran- 
chement. Ainsi, il y a une corrélation remarquable entre 
les ordres de la classe des Batraciens et ceux de la classe des 



(1) Kn tant que membres de Vertébrés, ces deux sortes d'ailes sont homo- 
logues ; en tant qu'ailes, elles ne sont qu'analogues. 



ANALOGIES. 287 



f Reptiles vrais (1). On en peut dire autant, dans la classe des 
Mammifères, de l'ordre des Cétacés comparé avec la classe 
' entière des Poissons, ou de l'ordre inférieur des Insectes 
■ (les Myriapodes) comparé à la classe des Vers, et de l'ordre 
\ inférieur des Acaléphes (les Hydroïdes) comparé à la classe 
' des Polypes (2). Une connaissance bien nette de celte sorte 
d'analogies est de la plus haute importance, pour l'étude des 
affmités véritables. Mainte et mainte fois, en se méprenant 
sur la valeur réelle de ces traits de la structure, les zoolo- 
gistes ont fait fausse route et établi des groupes d'après une 
interprétation erronée de ces ressemblances. C'est ainsi que. 
! au commencement du siècle dernier, on réunissait les Cé- 
tacés aux Poissons; et, de nos jours encore, nous voyons les 
Hydroïdes, qui sont de vrais Acaléphes d'un ordre inférieur. 
Confondus en une seule classe avec les Polypes. 
* Analogies de famille. — Il n'est pas besoin d'une con- 
ttaissance très-familière du Règne animal pour savoir quelle 
jforle ressemblance il existe parfois, quant à la forme, entre 
;les animaux qui appartiennent à des types absolument diffé- 
rents. Mais, comme leur physionomie n'est pas déterminée 
par des traits identiques de la structure, ces animaux ne 
peuvent certainement pas être considérés comme de formes 
homologues. Quelque étroite que puisse être la ressemblance 
extérieure, il suffit d'un effort pour distinguer entre les 
formes analogues et les formes homologues. Cela ne peut 
manquer d'ajouter à la précision des recherches zoologiques. 
<ji ;md, par exemple, on compare la forme des Vers à celle 
,des Holothuries, il faudrait avoir présent à l'esprit que, en 
raison du plan de leur structure et de leur homologie avec 
lulres Articulés, les Vers ont, pour plus long diamètre, 
le diamètre longitudinal. Au contraire, sur les Holothuries, 
'que les homologies idenlilient aux Uayonnés, le grand dia- 
111 Ire est le vertical. H n'en faut pas davanUtgc pour prouver 
quo, malgré la très-grande ressemblance des deux formes, 



i;i) Voy. Contribulions, de, vol. 1, sect, m, p. 252. 
(2) Voy. Conlriiutions, >Hc., t. UI. 



288 DE LA CLASSIFICATION. 

celle des Holothuries est seulement analogue à celle de 
Vers. 

Les limites de l'homologie entre formes semblables s'é 
largissent beaucoup et s'étendent au delà du cercle de 1 
classe. Il y a certainement homologie de formes entre le 
Lézards et les Salamandres, qui appartiennent à deux classe 
différentes. D'un autre côté des formes semblables, dans 1 
même classe, ne sont pas nécessairement homologues ; pa 
exemple, le long museau du Syngnathe et celui de la Fistu 
laire, la tête plate du Lophius et celle du Scaphirhyncus n 
présentent qu'une analogie lointaine ; il y a en effet une diJ 
férence complète dans la structure de ces organes. On a s 
imparfaitement étudié les formes des animaux, on a tenu s 
peu compte des éléments de la structure qui les détermi 
nent, qu'essayer de préciser quelles sont les analogies e 
les homologies de forme, serait peut-être prématuré. Si l'oi 
a égard à leur position, les six paires d'appendices articulé 
qui sont placés sur les côtés de la bouche du crabe pied 
de-cheval (Limule) sont positivement homologues aux ma 
choires des Crustacés supérieurs; mais si l'on considère leu 
forme, c'est aux pattes thoraciques de ces animaux qu'elle 
ressemblent; d'un autre côté, en tant qu'appendices des an 
neaux typiques d'un Articulé, toutes ces parties sont homo 
logues. Ici, par conséquent, il faut se représenter que, en c< 
qui concerne la forme, les appendices buccaux du Limuli 
sont simplement analogues aux pattes des Décapodes, tandii 
que les unes et les autres sont cependant homologues er 
tant que parties du corps d'un Articulé. Ce cas et d'autres 
semblables peuvent montrer quel large champ de recherches 
offrent encore l'étude et la distinction des analogies et des 
homologies de forme. 

Analogies de genre. — Ce qui caractérise les genres, ce 
sont certaines particularités de la structure, limitées à telle 
ou telle partie de l'animal ; les analogies de genre doivent 
donc se réduire à la ressemblance de certaines parties du 
corps et ne pas s'étendre à l'aspect général. Les genres 
doivent, sans doute, comme parties de la famille, présenter 



ANALOGIES d'esPÈCE. 289 

la même forme, combinée à la complication de structure 
propre à leur ordre; mais lorsque des analogies de genre 
se produisent entre animaux de familles différentes, la forme 
générale de ces genres analogues peut se trouver fort dis- 
semblable. De même, leur structure peut offrir, quant à 
la complication, des combinaisons entièrement diverses, 
reposer même sur un mode d'exécution tout à fait différent, 
I si ces genres sont de classes ou d'ordres différents. Elle peut, 
en outre, être édifiée sur des plans absolument distincts, 
dans le cas où ils n'appartiennent pas au même embranche- 
,mont. Rien de tout cela n'empêche que des animaux aient 
îune certaine ressemblance dans quelques-unes de leurs 
: parties, et ce sont là précisément les analogies de genre. 

Donc, c'est entre animaux de familles très-diverses, ap- 
partenant à des ordres, même à des classes et à de? embran- 
chements distincts, que les analogies de genre se manifes- 
tent le plus souvent. C'est ainsi qu'il y a une analogie de 
iigenre bien marquée entre la denture des Insectivores, qui 
^appartiennent à la classe des Mammifères, et celle des Chara- 
Icins qui font partie de la classe des Poissons. Même analogie 
' «'observe entre quelques genres de la famille des Sparoïdes, 
le celle des Chromides ; entre certains genres de la famille 
îcs Insectivores et d'autres de celle des Rongeurs; entre 
!iiGlqucs-uns de la famille des Bombyx et quelques-uns de 
elle des Papillons, etc. 

Analogies cVespèce. — Si les caractères de l'espèce ont 

)our réel fondement les rapports des individus, entre eux 

ill avec le monde ambiant, et les proportions ou rornemcn- 

alion des parties, on ne peut manquer de découvrir des 

malogies spécifiques, résultat de ces relations diverses, cliez 

les animaux de genres, de familles, d'ordres, de classes, ou 

l'embranchements différents. Par cela seul (ju'ils sont aqua- 

jiies, des animaux qui appartiennent à des genivîs dans 

'({ucls on compte aussi des espèces terrestres ont les uns 

vec les autres une certaine analogie. Tous les animaux (pii 

iv(3nt par couple, ou en troupe, ou isolément, peuvent être 

')nsidérés comme ayant, de ce chef, de l'analogie; surtout 

Ai.ASSIZ, 19 



290 DE LA CLASSIFICATION. 

s'ils apparlienneni à des genres dont plusieurs espèces on 
entre elles ces divers rapports. Mais c'est dans les proportion 
relatives des parties chez des espèces de genres dift'érenls 
soit d'une même famille, soit de familles distinctes mais d'un 
seule classe, et dans l'ornementation extérieure, qu'on ob 
serve les plus nombreuses analogies spécifiques. J'ai déjà di 
que des homologies d'espèce peuvent résulter de la longueu 
relative de la tête, du cou, de la queue, etc. Mais il y a seule 
ment analogie spécifique entre le Zerda, espèce de Chiei 
qu'on rencontre dans l'intérieur de l'Afrique et que carac 
térisela longueur extraordinaire des oreilles, et ces espèce 
de lièvre, vivant aussi dans le désert, qui ont les oreille 
plus longues et plus grosses que les lièvres de bois et di 
marais. Cette analogie provient sans doute de ce que, dan 
les circonstances où sont placés ces animaux, une plu 
grande acuité de l'ouïe leur est nécessaire ; quoi qu'il ei 
soit, ils appartiennent à des ordres différents de la menu 
classe ; voilà donc une analogie d'espèce. Le type du dessii 
et de la couleur peut aussi donner lieu à une analogie d( 
même nature; c'est ce qui est produit par les bandes de 1; 
peau du Tigre et de la peau du Couagga, par les taches di 
Léopard et de la Girafe, L'analogie est si frappante dans 1( 
dernier cas qu'elle a suggéré le nom de l'animal : — Camé 
lopard. 

Il est inutile d'indiquer ces analogies d'un bout à l'autn 
du Règne animal. Les quelques exemples donnés suffisen 
pour appeler l'attention sur ce sujet et montrer l'intérê 
d'une recherche soigneuse de toutes les catégories d'analo 
gic. Mais il Y a peut-être utilité à placer ici quelques reraar 
ques encore pour bien établir la distinction entre les trail: 
homologues et les traits analogues. Etendues ou restreintes 
les homologies sont rigoureusement circonscrites dans le 
groupes de même sorte. Gonséquemment, lorsqu'un trai 
quelconque, observé sur un animal, n'est pas commun à tou 
les représenlanls du. groupe dans lequel on l'observe, il y^ 
de bonnes raisons pour soupçonner que ce n'est point un 
homolo;^ie vérilablc, mais plutôt une analogie quelconquej 



ANALOGIE ET HOMOLOGIE. 291 

Par exemple, la corde dorsale étant un trait fondamental de 
la structure des Vertébrés, toute disposition, sur l'axe longi- 
tudinal, dont la structure n'est point identique avec celle de 
la corde dorsale, ne peut pas être l'homologue de cette 
corde. Elle peut tout au plus en être l'analogue. C'est, par 
exemple, le cas de la bande médiane qui apparaît lors du 
développement initial de l'embryon des Crustacés. Chez les 
• Vertébrés, les progrès ultérieurs de la formation de l'épine 

■ font apparaître des arcs au-dessous et au-dessus de la corde 
dorsale ; tandis que, chez les Crustacés, il ne s'en développe 
que dans un sens. Nous devons donc considérer les arcs 

I solides des Crustacés comme une structure analogue seule- 
ment et non pas homologue à celle des Vertébrés ; et encore 
tout au plus, car ces arcs renferment non-seulement le sys- 
tème nerveux comme chez les Vertébrés, mais aussi tous 

; I les viscères. Le système d'articulation chez les Articulés 

■ présente, par conséquent, une analogie d'embranchement 
ijavec le système vertébral des Vertébrés, mais nulle homo- 
^ilogie vraie. La classe des Poissons est éminemment carac- 
'îtérisée parla présence de branchies; or, les Crustacés ont 

!aussi des branchies et de même les Céphalopodes, beau- 
coup de Gastéropodes, la plupart des Acéphales. Mais la 
structure de ces branchies est extrêmement différente dans 
ces différentes classes. La présence de ces organes ne con- 
stitue donc qu'une analogie et ne révèle aucune affinité réelle. 
Au contraire, les soi-disant poumons des Gastéropodes ter- 
restres ont, quant à la structure, la plus étroite ressemblance 
iivec les branchies des autres Mollusques et dénotent ainsi 
une affinité réelle entre les uns et les autres; mais la struc- 
ture de ces poches à air, rappelant celle des branchies, n'éta- 
blit qu'une analogie entre eux et les autres animaux à respi- 
alion pulmonaire. On pourrait ainsi poursuivre, à tous les 
Icgrés, sous toutes les combinaisons, à travers le Règne ani- 
iial tout entier, les analogies et les homologies; on serait siir 
l'arriver à des résultats satisfaisants, pourvu qu'on se sou- 
înt toujours que les analogies sont les traits d'un groupe 
ombinés aux caractères d'un autre groupe, et les homolo- 



292 DE LA CLASSIFfCATION. 

gies (les ressemblances circonscrites dans le cercle du mêm 
groupe. 

X 

Conclusions. 

L'importance d'une recherche comme celle dont je vien 
de présenter les résultats ne peut être méconnue de per 
sonne. Tous les groupes divers introduits dans le system 
naturel doivent avoir une signification définie; chacun d'eu; 
exprime, entre les êtres vivants, un rapport défini, fond 
dans la nature, et aussi peu susceptible d'être modifié arbi 
trairemenl que n'importe quelle autre loi, formulant les plié 
nomènes naturels; enfin les limites naturelles de ces groupe 
peuvent être fixées à l'aide d'une recherche consciencieuse 
Si j'ai bien fait comprendre ces vérités, si je les ai rendue 
évidentes, l'élude de la classification ou de la systématisatioi 
des affinités existant entre les êtres organisés va reprendn 
un vif et nouvel intérêt, après avoir cessé d'exciter l'atlcn 
tion des observateurs voués aux recherches sérieuses et ori 
ginalcs. Les liens nombreux qui, rattachant en un gran( 
tout les animaux et les plantes, en font l'expression vivanif 
d'une conception grandiose réalisée dans le cours du temps 
une sorte d'épopée immense qui a l'âme et la vie, ces liem 
vont être examinés avec un soin nouveau, déterminés avc-f 
une précision plus grande, exprimés avec une propriété e 
une clarté croissantes. Les classifications fantaisistes et arti- 
ficielles perdront graduellement leur puissance sur une com- 
munauté mieux informée, et les travailleurs se garderont d( 
mettre au jour des observations précipitées et insuffisantes! 
Le savant ne prêtera aucune attention aux caractères d'und 
nouvelle espèce, si elle n'a pas été étudiée avec soin et com-i 
parée à celles qui lui sont le plus étroitement alliées; aucuij 
genre ne sera admis que les particularités de sa structure 
n'aient été clairement et distinctement exposées; nulle fai 
mille ne sera considérée comme bien fondée, sans présenlej 
un svstème distinct de formes intimement combinées ej 



CONCLUSIONS. 293 

(Jéterminées par les rapports de la structure-, pas un ordre 
ne sera accepté, s'il ne représente un degré bien marqué de 
complication dans la structure; aucune classe ne sera jugée 
digne de ce nom, à moins d'être l'expression, distincte et 
indépendante, d'un certain plan général exécuté d'une façon 
particulière et par des moyens particuliers; aucun embran- 
chement ne prendra place parmi les groupes fondamentaux 
du Règne animal, s'il n'est pas la manifestation nette d'un 
plan tout à fait spécial et non convertible en un autre. Enfin, 
le naturaliste ne sera autorisé à introduire un groupe quel- 
conque dans les systèmes, qu'après avoir prouvé : — i" que 
cv groupe est naturel ; — 2° qu'il est de telle ou telle caté- 
gorie, évitant ainsi d'appeler famille ce qui serait genre ou 
ordre, de nommer classe ou embranchement ce qui pourrait 
ôlie ordre ou classe; — • ^° que les caractères par lesquels il 
peut être reconnu sont bien effectivement ou spécifiques, ou 
i génériques, ou de famille, d'ordre, de classe, d'embranche- 
* ment. Ainsi nos livres cesseront de présenter cette confusion 
iîi commode et trop générale qui inscrit des caractères géné- 
riques dans la diagnose des espèces, ceux de l'ordre ou de 
la famille dans celle des classes ou celle des embranche- 
ments (1). 

On dira peut-être que tout cela ne rendra pas l'élude de 
la Zoologie plus facile. Sans doute; mais si l'examen attentif 
de ce qui a été établi dans les pages précédentes, relative- 
iiii'nt à la classification, conduit à rechercher avec plus de 
s( in tous les rapports divers existant soit entre les animaux, 
< it entre eux et le monde ambiant, je croirai avoir pleine- 
ment réussi dans l'objet que je me suis proposé en entre- 
prenant cette étude. 

D'ailleurs, il est bien tempsque certains zoologistes quis'in- 
tiiulent observateurs se souviennent que, pour être compris, 

(Ij Je ne veux licn dire de personnel, et, par contéqucnl, je m'abstiens de 

i;il liions qui justifieraient ce que j'avance. Mais que ceux qui se piquent de soin 

t't d'exactitude, fassent fcxanien critique de toutes les descriptions d'espèces, 

•le toutes les déterminations de genres, de familles, d'ordres, de classes et 

iibrancliements, et ils se convaincront quo des caractères de môme nature 

' employés indistinctement pour délerniiner tous ces groupes. 



294 DE LA CLASSIFICATION. 

les objets naturels veulent quelque chose de plus qu'un coup 
d'œil en passant (1). Ils devraient imiter l'exemple des astro- 
nomes qui ne se lassent pas d'observer le petit nombre 
d'astres faisant partie de notre système solaire, afin d'en 
déterminer, avec une précision de plus en plus grande, les 
mouvements, la grandeur, la constitution physique ; ils 
devraient ne pas perdre de vue que tout être organisé, si 
simple qu'en soitla structure, présente à notre appréciation 
des phénomènes bien plus comphqués, bien plus inacces- 
sibles, que tous les corps célestes réunis. Ils devraient songer 
que, si les chefs-d'œuvre Hltéraires de l'antiquité n'ont 
point cessé d'attirer l'attention des critiques, si nul ne 
s'imagine avoir encore épuisé l'étude de leur grandeur et 
de leur beauté à plus forte raison, les œuvres vivantes de 
Dieu, sphère spéciale de l'étude des zoologistes, ne cesse- 
ront jamais ds leur offrir un intérêt nouveau tant qu'elles 
seront étudiée? avec un sens juste. Cette étude, en effet, doit 
inspirer à qui s'y livre une admiration et un respect pro- 
fonds pour ces productions merveilleuses. 

En particulier, le sujet de la classification, qui semble 
tout d'abord n'être qu'un champ borné de la science des ani- 
maux, ne peut être bien et pleinement compris qu'à l'aide de 
connaissances embrassant tous les points que j'ai signalés 
dans les pages qui précèdent. 

(1) La simple indication de Texistence d'une espèce est \me pauvre addition 
à nos connaissances, lorsqu'on la met en parallèle avec les monographies où la 
structure, le développement d'un seul animal sont mis en pleine lumière; 
(l'anatomie du Cossus, par Lyonnet; de la Tortue, par Bojanus; du Mélolonthe, 
par Strauss-Durckheim ; du Nautile, par Owen ; les travaux d'embryogénie d< 
Baer, Bischoff, Rathke, Miiller, Kolliker, Herold et tant d'autres). Et cependani 
ces documents précieux ne s'appliquent qu'à un petit nombre d'êtres ; c'esl 
à peine s'il paraît chaque année un ouvrage de ce genre. Combien de milliers 
d'années faudrait-il, avec les allures actuelles du progrès, pour qu'on coniiûl 
convenablement, sous tous les rapports, les milliers d'êtres vivants ou éteints 
dont l'existence est aujourd'hui constatée ! Cela devrait refroidir un peu ces 
esprits bouillants qui disputent de la découverte d'un biin de laine sur une 
toison. Mais soupçonnent-ils seulement quelles riches moissons il y a encore à 
faire? 



CHAPITRE TROISIEME 

REMARQUES SUR LES PRINCIPAUX SYSTÈMES ZOOLOGIQUES. 



I 

Observations générales sur les systèmes modernes. 

Sans prétendre faire ici un exposé historique des traits 
principaux qui distinguent tous les systèmes zoologiques, je 
crois utile d'établir une comparaison critique entre l'œuvre 
(!( s naturalistes modernes et les principes queje viens de 
discuter. Pour cela il ne serait pas absolument nécessaire 
de nous reporter au delà de la publication du Règne Animal^ 
n'était que Giivier lui-même est représenté par quebjues 
niluralistes, spécialement par Ehrenberg (1) et d'autres 
/.oologistes allemands, comme inclinant à diviser l'ensemble 
(kl Règne animal en deux grands groupes : les Vertébrés 
"A les Invertébrés. Or, en réalité, c'est Guvier qui, le pre- 
iiier, répudiant ses propres vues antérieures, a introduit 
lans la classification du règne animal la division en (jualre 
ranchements, devenue le point de départ de tous les 
grés de la Zoologie moderne. Le premier il a fait voir 
le les animaux, loin de différer seulement par les modi- 
icaiions d'une structure même et unique, sont au contraire 
• 'ustruits sur quatre plans distincts d'où résultentles groupes 

1) G. G. Ehrenberg, Les coraux do la mer liouge. Berlin, 1834, in-4, 

. :iO. 



f 
1 

'lan 
il) 



296 DE LA CLASSIFICATION. 

naturels et distincts qu'il a nommés Rayonnes, Articulés, 
Mollusques et Vertébrés. 

Il est bien vrai que les subdivisions secondaires de ces 
groupes principaux ont subi quelques cbangements depuis 
la publication du a. Règne Animal ». Plusieurs d'entre elles, 
des classes entières même, ont été reportées d'un embran- 
chement dans un autre; mais il est aussi très-vrai que l'idée 
caractéristique qui forme la base de ces grandes coupes a 
été, pour la première fois, aperçue par ce maître, le plus 
grand zoologiste de tous les temps. 

Ce que je me propose en ce moment ce n'est pas d'exa- 
miner si la circonscription de ces grands groupes a ét( 
tracée par Cuvier avec une suffisante exactitude, et s'il \i 
lieu de leur assigner d'autres limites plus vraies; c'est d( 
décider s'il y a ou non, dans le Règne animal, quatn 
groupes fondamentaux basés sur les différences de qualr< 
plans de structure distincts, et s'il n'y en a ni plus ni moini 
que quatre. C'est un point qu'il est fort à propos de discu' 
ter, puisque les zoologistes modernes, et spécialemen 
Sieboldt, Leuckart (1) et Vogt, ont proposé de combiner le; 
classes en des groupes supérieurs qui différent essentielle 
ment de ceux de Cuvier. Il n'est que juste de reconnaître 
quant à Leuckart, qu'il a fait preuve, dans la discussion d^ 
ce sujet, d'une connaissance profonde de toute la série dei 
Invertébrés et qu'il y a lieu de prendre en sérieuse considé 
ration les changements qu'il indique. Ils sont fondés sur 1< 
distinction critique de différences qui ont une grande va 
leur; mais je pense néanmoins qu'il en a exagéré l'impor 
tance. Quant aux modifications introduites par Vogt, elle; 
me semblent, au contraire, basées sur des principes tout i 
fait anti-physiologiques quoique inspirées, en apparence, pa; 
un guide excellent, l'Embryologie. 

Les divisions adoptées par Leuckart sont celles-ci : Pro 
lozoaires (groupe sur lequel il ne s'est pas livré à un exa 



(1) R. Leuckart, Ueher die Morphologie und die Verwandlshaflsverhali 
nisse dcr ivirbellosen Thiere, Brunswick, 1848, 1 vol. iu-8. 



EXAMEN GÉNÉRAL DES PRINCIPAUX SYS'IÈMES. 297 

men bien approfondi), Cœlenlérés, Ecliinodermes, Vers, 

Arlliropodes, Mollusques, Vertébrés. La classification admise, 

quelques années auparavant, par Sieboldt, dans son Traité 

I d'anatomie comparée, est presque la même, à cela près que 

I les Mollusques suivent les Vers, que les Cœlentérés et les 

I Ecbinodermes sont réunis en un seul groupe et que les 

Bryozoaires restent avec les Polypes, 
i II y a là un progrès réel sur la classification de Cuvier, 
en ce sens que les Vers sont séparés des Rayonnes et rappro- 
chés des Arthropodes. Mais ce qu'il y a d'utile dans ce per- 
t feclionnement avait déjà été réalisé par quelques naturahstes. 
' De Blainville, en effet, et d'autres zoologistes avaient depuis 
longtemps senti l'inconvénient de laisser les Vers dans le 
liioupe des Rayonnes, et avaient été amenés à les associer 
l'ius ou moins étroitement aux Articulés. Quant à la réunion 
des Bryozoaires et des Rolifères avec les Vers, proposée par 
Leuckart, c'est, à mon avis, une grande erreur ; de même que 
l;i séparation des Cœlenlérés et des Echinodermes serait, à 
mes yeux, une exagération de la diUércnco qui existe entre 
1<'S Acalèphes et les Polypes, d'un côté, et les Echinodermes 
de l'autre (1). 



(1) L'empressement avec lequel les naturalistes allemands ont acquiescé à 

la classification de Leuckart, qui réunit en une seule classe les Polypes et les 

Acalèphes, provient sans doute de ce que ces naluralisles n'ont guère pu étudier 

I'- Polypes que sur les Aciinies. S'ils avaient pu étendre leurs observations aux 

lèeiis, aux Madrépores et aux iu)mbieux types d'Ilulcyonoïdes qui caracté- 

iit les termes tropicales, ils n'auraient pas manque de reconnaître que les 

I 'lypes conslituent. à eux seuls une classe distincte, un mode spécial d'exécution 

(lu plan sur lequel les Rayonnes seuls ont été construits. Les recherches tics 

innands ont fourni la preuve positive de ce que plusieurs n.ituralistes français 

iienaient depuis longtemps, à savoir (juo certaines familles des Rayonnes 

•^leinps rangées parmi les Polypes, les Hydroïdes entre autres, ne pouvaient 

être séparées des Acalèphes. Mais celle démonstration les a ensuite 

rainés à l'erreur en leur faisant exagérer les aninités dos Polypes et des 

léphes. n y a entre ces deux sortes d'anmiaux une iliffércncc de la catégorie 

! I Classe. Les Polypes ont des cloisons rayonnées qui, de la face interne de la 

Mil extérieine du corps sont projetées dans lacavilé principale; ils possèdent 

■ cavité digestive produite par rinvaginalion de la partie supérieure de 

e paroi dans la partie supérieure de la cavité principale. Chez les Acalèphes, 

' 'y a pas de cloisons rayonnées, la cavité digestive ('.--t creusée dans la masse 

ill cor|)s ; le prolongement central du corps s'élève au-dessus de cette cavité 

!ii forme d'appendices buccaux qui ne sont jamais creux comme le sont les 



298 DE LA CLASSIFICATION. 

Les groupes fondamentaux institués par Vogt (i) sont les 
suivants : Protozoaires, Rayonnes, Vers, Mollusques, Cépha- 
lopodes, Articulés et Vertébrés. Cet arrangement est base 
exclusivement sur les rapports de l'embryon avec le jaune 
ou sur l'absence d'œufs. xMais comme je l'ai déjà déclaré, 
c'est là un principe antiphysiologique ; car il suppose entre 
le jaune et l'embryon une opposition qui n'existe pas réelle- 
ment dans les hmites où elle est admise. Les Mammifères, 
par exemple, qui sont placés comme tous les Vertébrés 
dans la catégorie des animaux chez lesquels il existe une op- 
position entre le jaune et l'embryon, sont aussi bien formés 
de tout le jaune que les Échinodermes ou les Mollusques. 
Le jaune subit une segmentation complète chez les Mammi- 
fères, aussi bien que chez les Rayonnes, les Vers et beau- 
coup de Mollusques ; leur embryon, quand il parait, ne se 
détache pas plus du jaune que la petite étoile de mer ne se 
détache du vitellus. Ce simple fait, connu depuis que Sars 
etBischoff ont publié leurs premières observations, il y a 
trente ans, suffit à lui seul pour montrer que tout le prin- 
cipe de la classification de Vogt est radicalement faux. 

A l'égard de l'assertion que ni les Infusoires ni les Rhizo- 
podes ne donnent des œufs, j'y reviendrai tout à l'heure. 
Quant à l'ordre des groupes principaux : Vertébrés, Articulés 
Céphalopodes, Molluscjues, Vers, Rayonnes et Protozoaires, 
tout zoologiste qui connaît bien les alïinités naturelles des 
Animaux voit de suite l'incorrection d'un système qui inter- 
pose toute la série des Mollusques entre le type des Articulés 



tentacules des Polypes. Les tentacules buccaux du Cerianthus qui sont creux 
ne sont pas homologues aux appendices buccaux des Acalèphes-, ils constituent 
simplement une rangée intérieure de tentacules de la même espèce que ceux 
projetés sur le bord supérieur de la cavité principale. Ainsi les tentacules mar- 
ginaux des Acalèphes sont homologues à ceux des Polypes, tandis que leurs 
tentacules buccaux sont caractéristiques de leur classe. Je puis ajouter que 
les cloisons rayonnées des Rugosa, rapportés par moi aux Acalèphes ainsi 
que les Tabulés, ne sont pas homologues aux cloisons rayonnées des Actinoïdes 
et des Halcyonoïdes, mais correspondent aux bourrelets de la tige de certains 
Halcyonoïdes et sont, comme eux, une sécrétion du pied. 

(1) Cari Vogt, Zoologische Briefe. Nalurgeschichle der lebenden und un- 
tergegangenen Thiere. Francfort-sur-Mein, 1851, vol. 1, p. 70. 



EXAMEN GÉNÉRAL DES PRINCIPAUX SYSTÈMES. 299 

et celui des Vers. Une classification basée, comme celle-ci, 
exclusivement sur les changements que subit le jaune, 
ne peut vraisemblablement pas être l'expression naturelle 

I des rapports multiples qui existent entre les animaux. De 

î fait, aucun système ne peut être conforme à la nature s'il 
est fondé sur la considération d'une seule partie ou d'un 

, seul organe. 

' Ces remarques générales une fois faites, il ne me reste 
plus qu'à exposer sur quoi je fonde ma conviction qu'il n'y 
a, dans le Règne animal, que quatre groupes fondamentaux, 

j ni plus, ni moins. 

Et, d'abord, pour ce qui est des Protozoaires, on doit bien 
reconnaître que, en dépit de l'étendue des recherches mo- 
dernes sur les Infusoires et les Rhizopodes, la véritable nature 

' do ces êtres reste encore fort indécise. On a fait voyager 
les Rhizopodes d'une extrémité à l'autre de la série des 
Invertébrés sans pouvoir trouver une place qui, de l'aveu 
do tous, exprimât bien leurs affinités vraies. La tentative 
faite pour les séparer de toutes les autres classes avec les- 
quelles on les avait si longtemps associés et pour les ran- 
ger, avec les Infusoires, dans un embranchement distinct 
me paraît aussi malencontreuse que tous les arrangements 

|i antérieurs. Je ne crois même pas, en effet, que leur anima- 
lité soit prouvée d'une façon incontestable, bien que j'aie moi- 
même suggéré autrefois l'idée qu'il serait possible d'étabhr 
un rapport défini entre eux et les Gastéropodes inférieurs (1). 
Puisqu'il a été reconnu avec une suffisante rigueur que les 
Corallines et les Nullipores sont de véritables Algues conte- 
nant plus ou moins de chaux dans leur structure, et puisqu'il 
n'y a guère de groupe, parmi les plantes et les animaux 
'inférieurs, qui ne renferme des individus simples doués de 
i"Comotion aussi bien que des sociétés, soit libres, soit 
l'Ihérentes au sol, je ne vois pas qu'il soit impossible d'asso- 
i« r les Rhizopodes aux Algues. Cela semblerait presque 
uaLurel, quand on considère que les vésicules de quelques 

l) Cf. chap. I, sect, xix, p. 120, 



300 DE LA CLASSIFICATION. 

Fucus conliennent une substance visqueuse, filamenteuse 
tellement semblable à celle qui s'échappe du corps de 
Rhizopodes que l'examen microscopique le plus minutieu: 
ne fait pas découvrir la plus légère difiérence de struclun 
entre elles. La découverte, par Schullze (1), de ce qu'i 
considère comme les granules germinaux de ces être 
ne tranche pas la question, puisqu'il y a chez les Algue 
des masses ovoïdes analogues et que, chez ces plantes, le 
formes douées de locomotion sont aussi très-nombreu- 
ses (2). 

A l'égard des Infusoires, j'ai depuis longtemps exprimé L 
conviction que c'est une combinaison des êtres les plu 
disparates. Un grand nombre d'entre eux, les Desmidies e 
les Volvocines sont des Algues locomobiles, et des investi 
gâtions récentes semblent avoir complètement mis hors di 
question qu'il en est de même de tous les Infusoires anen 
térés d'Ehrenberg (3). Les Enlérodèles, toutefois, sont biej 
des animaux, mais ils appartiennent à deux types fort dis 
lincts, car les Vorticellidés diffèrent entièrement de tou 
les autres. Dans mon opinion, ce sont les seuls animau: 
indépendants de ce groupe, et ils sont si loin d'avoir l 
moindre affinité naturelle avec les autres Entérodèles, qu( 
leur véritable place est, je n'en doute pas, parmi les Mol- 
lusques, à côté des Bryozoaires, comme j'essayerai de 1( 
prouver. Les observations isolées que j'ai été à même d( 
faire sur le Paramecium, l'Opalina et autres semblables 
m'autorisent à supposer que ces genres font connaître 1; 
véi'itable nature de la généralité du groupe. J'ai vu, pai 
exemple, un Planaire pondre des œufs d'où sont nés de: 
paramécies qui ont passé par tous les changements parti- 
culiers à ces animaux avant qu'ils se contractent en un( 

(1) M. S. Schullze, Pohiihalamien, etc., cité p. 24, 

(2) Les recherclies d'Eluenbeii; et de Millier, citées, p. 120, n. 4, indi- 
quent une afïïnité très- étroite entre les Tlialassicoles, les Polycystines et Ici 
Rhizopodes. l'iiis j'examine x;es corps énigmaliques, plus je suis porlé à leui 
croire, avec les Algues inférieures et les Éponges, une affinité bien plus grarici( 
qu'avec n'importe quel type du Hègne animal. 

(3) Voy. les ouvrages cités, p. 120, m. f\. 



EXAMEN GÉNÉRAL DES PRINCIPAUX SYSTÈMES. 301 

chrysalide ; d'un aulrc côté, des opalines sont sorties d'œufs 
de Distômes. Je publierai opportunément les détails de ces 
observations. Mais s'il est prouvé que deux types comme 
celui du Paramecium et celui de l'Opalina, sont la progéni- 
ture de certains vers, il s'ensuit, ce me semble, que tous les 
Entérodèles, à l'exception des Vorticellidés, doivent être 
regardés comme la forme embryonnaire de cette légion de 
vers, tantôt indépendants et tantôt parasites, dont les méta- 
morphoses restent à étudier. A cet égard, je pourrais faire 
remarquer encore que le temps n'est pas loinoùIesGercaires 
étaient, eux aussi, regardés comme appartenant à la classe 
des Infusoires, tandis qu'à présent il n'y a pas de doute qu'ils 
représentent une des phases du cycle de la vie des Distômes. 
Le seul anneau de la chaîne des métamorphoses de ce 
genre qui demeurât inconnu est maintenant découvert, 
j)uisque, comme je viens de le déclarer, l'embryon qui sort 
de l'œuf pondu par un Distôme parfait se trouve être une 
opaline. 

La conclusion de tout cela c'est que la division du Règne 
animal à laquelle on a donné le nom de Protozoaires, et qui 
différerait de toutes les autres en ce que les êtres qui la com- 
posent ne pondent pas d'œufs, n'existe pas dans la nature. 
{ Des êtres qu'on y a rangés il faut maintenant faire deux 
ï parts : l'une qu'on placera parmi les plantes, dans la classe 
ides Algues; l'autre qu'on distribuera parmi les animaux, 
dans la classe des Acéphales (les Vorticelles), dans celle des 
Vers (les Paramecium et les Opalina), et dans celle des 
^irustacés (les Rolifères). Les Vorticelles sont de vrais 
Bryozoaires et par conséquent des Mollusques y\céphales, 
et les belles recherches de Dana et Lcydig ont prouvé 
que les Rolifères sont de véritables Crustacés et non des 
Vers. 
Le grand type des Rayonnes, à ne considérer que ses traits 
sentiels, a été pour la première fois reconnu par Cuvier, 
tiuoiqu'il lui ait attribué plusieurs animaux qui ne lui appar- 
ti(;nnent pas. L'erreur vint en partie de la connaissance 
imparfaite (pi'on avait de ces animaux, au temps du grand 



302 DE Là CLASSIFICATION. 

zoologiste, en partie aussi de ce que lui-même se laissa aller, 
dans cette occasion, à s'écarter du principe qu'il avait posé 
pour sa propre classification et d'après lequel les embranche- 
ments ont pour raison d'être un plan spécial de structure. Eu 
ce qui concerne les Rayonnes, Cuvier se départit de ce prin- 
cipe au point d'admettre, à côté de la considération du plan 
particulier de leur structure, celle d'un autre élément, la sim- 
plicité de cette structure, comme trait essentiel du caractère 
typique. En conséquence, il introduisit cinq classes parmi 
les Rayonnes : les échinodermes, les vers intestinaux, les 
acalèphes, les polypes et les infusoires. Je n'ai pas besoin 
d'opposer à cette classification contre nature ce que j'ai déjà 
dit des infusoires, apropos des Protozoaires; il n'est pas non 
plus nécessaire d'insister sur les raisons qu'il y a d'éloi- 
gner les vers des Rayonnes et de les rattacher aux Articulés. 
Il ne reste donc plus dans les Rayonnes que trois classes : 
les polypes, les acalèphes et les échinodermes ; et, dans ma 
manière de voir, ce sont bien réellement les trois classes 
naturelles de cette grande division, parce qu'ils manifes- 
tent trois procédés différents au moyen desquels le plan 
caractéristique du type, le rayonnement, est mis à exécution 
dans des structures distinctes. 

Une fois établi que les échinodermes sont, d'une manière 
générale, homologues quant à la structure avec les acalèphes 
et les polypes, on doit admettre que ces classes appartiennent 
à un seul et même grand type et qu'elles seules représentent 
l'embranchement des Rayonnes. Je suppose, bien entendu, 
que les bryozoaires, les corallines, les éponges et tous les 
autres mélanges étrangers ont été séparés d'avec les polypes. 
Or, c'est ce type des Rayonnes de Cuvier, ainsi débarrassé 
de tous les éléments hétérogènes, que Leuckart entreprend 
de diviser en deux embranchements, équivalant l'un et 
l'autre, dans sa pensée, à ceux des Vers, des Articulés, des 
Mollusques et des Vertébrés. Indubitablement, il a été con- 
duit à exagérer à ce point la différence qui existe entre les 
échinodermes, d'un côté, et les acalèphes et les polypes, de 
l'autre, par la ressemblance, fort grande à première vue, des 



GRANDES DIVISIONS NATURELLES. 303 

méduses et des polypes (1). Peut-être a-t-il été influencé 
aussi par ce fait que certains acalèplies vrais comme les hy- 
droïdes, y compris les lubulaires, les sertulaires, les cam- 
panulaires, etc., sont encore maintenus par beaucoup de 
I zoologistes dans la classe des polypes. 
I Mais, depuis que les admirables recherches de J. Millier et 
i celles d'Alex. Agassiz nous ont rendu familières les métamor- 
jphoses extraordinaires des échinodermes; depuis que les 
' cténophores et les siphonophores ont été étudiés avec plus 
;de soin par Grube, Leuckart, Kolliker, Vogt, Gegenbaur et 
moi-même, la distance qui semblait séparer les échinodermes 
{des acaléphes disparaît complètement. Car il n'y a pas 
d'exagération à dire que, si l'apparence plutéiforme des échi- 
nodermes n'était pas connue pour être un premier degré de 
|transformati6n, les animaux qui la présentent trouveraient 
naturellement leur place parmi les cténophores; comme les 
arves des Insectes trouveraient la leur parmi les vers. Je 
maintiens donc que les polypes, les acaléphes et les échino- 
dermes constituent dans le Règne animal un groupe primaire 
indivisible. Le caractère polypoïde des jeunes méduses et 
e caractère médusoïde des jeunes échinodermes en sont la 
preuve évidente. 

Enfin, rien n'est plus contre nature que de transporter 
es cténophores dans le type des Mollusques, comme le 
voudrait Vogt; car ils offrent l'homologie la plus étroite avec 
es autres méduses, ainsi que je l'ai fait voir dans mon 
Hémoire sur les Méduses Béroïdes du Massachussels. Le 
earactère clénophoroïde des jeunes échinodermes établit, 
înlre les cténophores et les autres Rayonnes, une seconde 
îonnexion d'aussi grande importance que la première. Nous 
jvons donc un lien anatomique pour les rattacher aux vraies 
méduses et un lien embryologique pour les rattacher aux 
îchinodermes. 



(1) On voit ici clairement comment la considération îles différences anato- 
niques qui donnent le caractère de la classe a fail passer par-dessus le trait 
)riinordial de l'embranchement, le plan, afin d'élever la clause au rang d'ein- 
)ra richement. 



ZOh DE JA CLASSIFfCATION, 

Par conséquent, la classification des Piayonnés peut 
s'établir ainsi : 

1" classe : Polypes. Elle comprend deux ordres : les Acti- 
noïdes et les Halcyonoïdes, comme Dana les a limités (1). 

2"= classe : Acalèphes avec les ordres suivants : Ily- 
droïdes (les Siphonophores inclus), Discophores et Ctcno- 
phores. 

3" classe : Echiiiodermes, et, comme ordres : les Cri- 
noïdes, les Ophiuroïdes, les Astérioïdes, les Écliinoïdes et les 
Holothurioïdes. 

Les limites naturelles de l'embranchement des Mollusques 
se déterminent aisément. Depuis que les Cirripèdes ont été 
réunis aux Articulés, les naturalistes se sont généralement 
accordés à regarder, avec Cuvier, les Céphalopodes, les 
Ptéropodcs, les Gastéropodes et les Acéphales, comme for- 
mant l'ensemble de cet embranchement. Les dissentiments 
qui se sont produits entre les observateurs modernes ré- 
sultent des idées qu'ils se sont laites à l'égard des Bryo- 
zoaires. Quelques-uns les considèrent encore comme des 
Polypes, tandis que d'autres voudraient les réunir aux Vers. 
Cependant leur affinité avec les MolUisques me semble bien 
clairement démontrée par les recherches de Milne Edwards. 
Vogt est le seul qui regnrde les Céphalopodes comme « con- 
struits sur un plan particulier (2) » ; mais il ne fait pas con- 
naître ces soi-disant particularités; il se borne à mentionner 
les diflerences anatomiques bien connues qui distinguent ce 
groupe des autres classes de l'embranchement des Mollusque?. 
Or, ces différences constituent seulement des caractères de 
classe et ne manifestent en aucune façon un plan distinct. 
11 n'esi pas difficile de montrer l'homologie de tous \' 
systèmes d'organes des Céphalopodes avec ceux des autres 
Mollusques (3), et de ce témoignage résulte la preuve que 

(1) Dan^ un charmant petit livre consacré à l'étude des animaux de la baie 
de Massaclinssets {Seasides Studies in Natural History. Boston, 1865, in-8), 
par Madame L. Agassiz et M.. Alex. Agassiz,la classe de? Polypes est divisée 
en trois ordres : Actinoïdes, Madréporicns, Halcyonoïdes. («V. du T.) 

(2) C. Vojît, Zoolor/isclie Briefe (ciîées jdus haut), vol. I, p. 3(31. 

(3) Lcuckart, Ucbcr die Morphologie, etc., ciié p. 2!i, n. 2. — lliiNley, Oi 



CBANDES DIVISIONS NATUREltES. 305 

les Céphalopodes ne sonl qu'une classe des Mollusnues 
Quan aux différences, dans le mode de déveïo "m n ' 
d Céphalopodes et peut-être des autres Mollusquesf le type 
des Vertèbres nous est un exemple que la segmentation du 
J une peut être partielle chez des animaux et tot chez 

autres dans un même embranchement, sans en détruire 
^"n.te. En effet, les œufs des Mammifères t des Cvclo t m 
fubissenl une segmentation totale, tandis que la m rc lede 
a segmentation est plus ou moins bornée dans TeTauires 
basses. Chez les Oiseaux, les Reptiles et les Sélaciens h 
.egmentation n'est que superficielle ; chez les BatS a 
a plupart des Poissons, elle est beaucoup plus profonde Ce 
.endant, personne ne se hasarderait à diviser.'^d' S'cet e" 
onnee les Vertébrés en plusieurs embranchements d 
,;ncls. Quant aux Bryozoaires, il n'est pas do"teu aue" 
ur association avec les Polypes ou avec les Versne soTt 

ntraire a leurs affinités naturelles. Le plan de leur siruc 
>-- n est pas rayonné; il est au contraire distinctement e"t 
•;;■. .el ement bi atéral, et lorsque leur étroite 7Zkl 
•"■ '".' '"■a'^hiopodes, signalée plus haut {!), aura été bien 
.niprise, ,1 ne restera plus de doute sur leur vra J 
=x,on avec les Mollusques. Comme il n'entre pas dans mon" 

n de décrire ici les caractères de toutes les class s du 
;8.. animal, je me borne à déclarer que l'embranchement 
^^ Mollusques ne contient, suivant moi, que les trois Zel 

jl" Classe: AcépAa/es; quatre ordres, les Bryozoaires 

LniTes/' ^''>^^^^^^^^^^^^^-d«»^«^dres : Tétrabranches et 
|De toutes les modifications introduites dans la classifica- 

\ Morphology of the Cephalous Mollusca. Tr. flow So^ in ^ .„ 
S9. -Carus, System, etc., cité n. 24 n 2 ""''""• *^^'^' 

V Chap, r, sect. xix. ' " ' 

AfJA.SSIZ. 

20 



306 DE LA CLASSIFICATION. 

lion générale des Animaux, depuis l'apparition du Uègm 
animal de Cuvier, ce qui me paraît le moins justifié, c'es 
l'institution d'un embranchement distinct, de nos jours gêné 
ralement admis sous la dénomination de Vers, pour y ren- 
fermer les Annelés, les Helminthes, les Rotifères et même 
si l'on en croyait Leuckart, les Bryozoaires. La séparation des 
Helminthes d'avec le type des Rayonnes fut certainement ui 
progrès sur le système de Cuvier, mais c'était faire en mêm( 
temps un pas en arrière que d'enlever les Annélides à l'em- 
branchement des Articulés. La comparaison la plus minutieuse 
ne fait rien découvrir qui ressemble à un plan distinct dé 
structure, commun à tous ces animaux et les rassemblant ce 
un. groupe primaire naturel. Ce qui les réunit, et les tieni 
à distance (1) des autres groupes d'Articulés, ce n'est paj 
la communauté de plan, mais la simphcité plus grande 
de leur organisation (2). En les rapprochant les uns des 
autres, les naturalistes tombent dans la même erreur que 
Cuvier a commise, quand il a associé les Helminthes aux 
Rayonnes ; seulement ils se trompent d'une autre façon et sur 
une plus grande échelle (3). Les Bryozoaires sont, pour ainsi 
dire, des Mollusques appauvris, comme rAphanesetl'Alche- 
milla sont des Rosacées appauvries. Les Rotifères sont, dans 
le même sens, les plus humbles des Crustacés, et les Helmin- 
thes et les Annélides constituent ensemble la plus basse classe 
des Articulés. Cette classe se rattache par la plus étroite 
analogie à Fétat larval des Insectes. Le plan est identique 
et il n'y a que ces différences de structure qui consti- 
tuent la classe [h). Du reste, les Helminthes se relient aux 
Annélides de la môme manière que les larves apodes des In- 
sectes se relient aux Chenilles les plus hautement organisées. 
Userait vrai de dire que la classe des Vers représente, à 
l'état parfait, l'état embryonnaire des Articulés supérieurs. 
Les deux autres classes de cet embranchement sont les Criis- 



(1) Chap. II, sect, vu. 

(2) Cf. plus haut, chap. I, sect. Xix. 
(;}) Cf. chap. Il, sect. i. 

\U) Cf. cliap. II, sect ii. 



GBANDES DIVISIONS NiTCREltES. 3O7 

Itacés et les Insectes, el, à l'égard de leurs limites i'ai .„ 

:do„tt«:ii"'"° '' l'e.nbra„chement des Articulés est 
1" Classe : Vers; trois ordres : Trémalodes (v comorisle, 

eUnse'rprïr '-'^"^ ordres: Myriapodes, AraS^ 

Les naturalistes sont d'accord sur les limites naturelles des 

felebres comme embranchement du Règne anima Toute 

01^ e caractère de ces animaux consiste moins dans la 

rue ture de leur épine ou dans la présence d'une cordt do - 

me cavité au-dessus d'un axe solide et une au-dessous Ces 

euxcavttessontcirconscritespardesarcs complexes appuy 
ur 1 axe, et dans la composition desquels entrent différents 

.sncrf. Ules renferment: lasupérieureles centres nerveux 

eiiecluent 1 assimilation et la reproduction 
Le nombre et les limites des classes de cet embranchement 
ompas ete encore déterminés d'une manière satisfaisante 
)ut au moms, les naturalistes ne sontpas d'accord lâ-dessus 
»ur ma part, je crois que les Marsupiaux ne peuvent nas 
-e sépares des Mammifères placentaires, à titre de classe 
ilincte; car sans franchir les hmites d'un autre type de 
rtebres, les Sélaciens, qu'on ne peut pas scinder en deux 
, on observe, dans le mode de développement des 
Ki.iices analogues à celles qui existent entre eux e't les 
xes Mammifères. Mais je crois en même temps, avec 
«très zoologistes, que les Batraciens doivent être séparés 



) €f. chap. I, sect. xix. 



308 DE r.A CLASSIFICATION. 

des vrais Reptiles, car les caractères qui les dislinguen 
les uns des autres sont de la nature de ceux sur lesquel 
sont fondées les classes. Je suis non moins convaincu qui 
les différences existant entre les Sélaciens (Raies, Requins e 
Chimères) et les Poissons sont de la même nature que celle 
qui distinguent les Amphibiens des Reptiles propremen 
dits. Elles autorisent par conséquent à les isoler des Poisson 
véritables. J'envisage aussi les Cyclostomes comme uni 
classe à part, pour des raisons analogues ; je suis moins cer 
tain que les Ganoïdes doivent être séparés des Poisson 
ordinaires. Gela ne pourra être décidé qu'après une étudi 
approfondie de leur embryogénie ; cependant j'ai déjà réun 
des données favorables à cette manière de voir. Si doni 
mes prévisions à cet égard se réalisent, l'embranchemen 
des Vertébrés comptera les classes suivantes : 

1" Classe : Myzontes; deux ordres : les Myxinoïdes etlei 
Cyclostomes. 

2' Classe : Poissons proprement dits; deux ordres : Clé 
noïdes etCycloïdes (1). 

3" Classe : Ganoïdes ;ivoh ordres : Cœlacanthes, Accipen 
seroïdes et Sauroïdes; douteux : Siluroïdes, Plectognale; 
et Lophobranches (2). 

h" Classe : Sélaciens; trois ordres : Chimères, Galéodef 
Batides. 

5" Classe : Amphibiens; trois ordres : Cécilies, Ichthyodeî 
et Anoures. 

&" Classe : Reptiles ; quatre ordres : Serpents, Sauriens, 
Rhizodontes et Testudinés. 



(1) Je suis convaincu que cette subdivision des poissons proprement dits 
doit être modifiée, mais une discussion des motifs qu'il y a d'y introduire les 
changements que je propose m'entraînerait trop loin. 

(2) J'ai observé un mode particulier et très-curieux de locomotion chez tous 
les Lophobranches, les Sclérodermes et les Gymmodontes que j'ai vus vivants. 
Ils ne progressent pas par des mouvements latéraux de la colonne vertébrale, 
comme les autres poissons ; ils avancent principalement grâce à un mouvement 
ondulatoire de leurs nageoires verticales, qui ressemble beaucoup au modf 
d'action des membranes vibratiles. Ils rappellent en cela le petit Lepidosteus^ et 
c'est là, à mes yeux, un argument de plus pour les associer aux Ganoïdes. Cf.j 
aussi les remarques sur les limites des Ganoïdes, p. 254. ; 



PREMIÈRES TENTATIVES, — ARISTOTE. 309 

7' Classe : Oiseaux, quatre ordres: Nageurs, Gallinacés, 
Echassiers, Percheurs (y compris les Grimpeurs et les 
Rapaces). 

8' Classe : Mammifères; trois ordres : Marsupiaux, Her- 
bivores et Carnivores (1). 

Je profiterai de la première occasion pour rechercher plus 
complètement jusqu'à quel point ces groupes de Vertèbres 
présentent des caractères qui permettent de les distinguer 
comme classes. C'est plutôt comme de pures suggestions 
destinées à faire naître de nouvelles recherches que comme 
des résultats parfaitement élaborés, que j'expose ici mes 
impressions actuelles. 



II 

Premiers essais de classification des animavix. 



\ Un si petit nombre de naturalistes ont consacré une 
iatlention spéciale à la classification du Règne animal en 
Igénèral, que je crois nécessaire d'indiquer ici les différents 
'principes dont se sont inspirés, à différentes époques, les 
zoologistes qui ont essayé de grouper les animaux d'après 
les affinités naturelles. La chose paraîtra d'autant moins 
oiseuse, je l'espère, que peu de bibliothèques (2) con- 
tiennent les ouvrages principaux de notre science et que les 
étudiants zélés se trouvent ainsi empêchés de porter leurs 
^'tildes sur ce qui a été fait jusqu'ici. 

La science a commencé par introduire certains termes 
tJuns le langage pour désigner des groupes naturels de dif- 
férente valeur, avec ce môme vague qui prévaut encore dans 
l(; langage ordinaire, lorsqu'on y emploie les mots de 



(I) Le remarquable mémoire d'Owen sur la classification des Mammifères 
mrnit des données nouvelles et d'une extrême importance pour la discussion 
!'•< véritables affinités des Mammifères entre eux. Voy. R. Owen, On the 
'haractens. Principles of Division, and Primary Groups of the class Mamma- 
la ; Proc. Linn. Soc, 1857. 

;2) L'auteur parle des États-Unis. {N. du T.) 



310 DE LA CLASSIFICATION. 

classe, ordre, genre, famille ou espèce. Tantôt on les prend 
pour synonymes, et tantôt on les substitue les uns aux 
autres, au hasard. Linné fut le premier à réclamer de la pré- 
cision dans l'emploi, en histoire naturelle, des quatre sortes 
de groupes qu'il a appelés classes, ordres, genres et espèces. 
Aristote et les philosophes anciens ne distinguaient géné- 
ralement parmi les animaux que deux sortes de groupes, 
y^oç et cTà'oç, le genre et l'espèce. Mais le terme y£voç, genus, 
genre, a la signification la moins constante. Il sert à dési- 
gner indistinctement toutgroupe d'espèces, quelle (ju'en soit 
l'étendue, et même ce que nous appelons aujourd'hui du 
nom de classe, aussi bien que d'autres groupes inférieurs. 
Il est pris dans le sens de classe, dans la phrase suivante : 

Xeyo) 8i yc'vo;, oTov 0|ive5o(, xat \ypZ-j (Arist. Hist. Anim. Lib. I, 

Gap. I). sTiîoç est au contraire généralement usité dans le sens 
d'espèce, ainsi qu'on le voit dans cette proposition : xai ïam 
îT^rj TrXst'w !;^5uwv xat ôpvî^wv, mais Ic même mot ne laisse pas de 
recevoir à l'occasion un sens plus étendu. Le sixième cha- 
pitre de ce livre I" est le plus important de tout le traité 
d' Aristote à cet égard, car il montre comment le terme >evoç 
était appliqué à plusieurs sortes de groupes. Ici, le philo- 
sophe distingue entre yévn niyi^ra, yhn psyâXa et yevo; tout 

court. Fevyj 0£ fxîyiqra ruv î^wwv, tlç vc. Statptïrat -raXXa J^wct, -zâ^' é'cttiv' 
£V fiièv ôpvi'Qwv, ÎÈvS' !;^9utov, «AXo (5è xr^Touç. ÂXXo Sï ys'voç i(jz\ to twv hqzpa- 
xooepfjiwv,... Tôiv ok Xoittwv ^wwv oôx ztti rà yîvvî ptsyotXa' ovyàp Tctoii^u 
iroXXà iloY) îv iiSoç..... Ta (î't^^îj (xh, àXX' àvwvujua. 

Plus loin, il insiste de nouveau : toO Si yevou; rwv nr^amSav 
Cwwv xat ÇwwTÔxwv sWy; fxh ilcrt TroXXà, àvwvupia Si. Ici tiSoç a évi- 
demment un sens plus large que notre terme espèce, et le 
soigneux Scaliger le traduit par genus medium pour le dis- 
tinguer de y£vo? qu'il rend par getius summum. Toutefois, 
uSoç signifie généralement espèce dans l'acception que nous 
lui donnerions, et déjà Aristote considère la fécondité comme 
uncaracterespecifique.il dit en effet quel'Hémione est ainsi 
appelé à cause de sa ressemblance avec l'Ane, et non pas 
parce qu'il est de la même espèce que ce dernier animal ; 
cependant, ajoute-t-il, ils s'unissent et propagent ensemble : 



LINNÉ. 311 

ai xaXoOvTac rifxiavot iJt' ôfAOtÔTïjtot, ov\ oZvat «tcXôç tô aùrh u^oç' xai 

yàp ô;)^£tiovTaj xal ytvvwKrai è? «UtjXwv. Dans un autre passage 
néanmoins, il applique cette même expression à un groupe 
exactement identique avec notre moderne genre Ëquus : énù 

zijztv zv ri T/Evoç xat znt Tor? É'jfoufff jfatTïjv, Xot^oûsot; xaXoufievoiç, olov 
{trirw xa« ovw xat hpti xat yitVM xat tvvw xat xaî'ç 'èv lypi'a xaÀovfiiEvaiç 
r/fiitovcitç. 

On ne peut pas dire qu'Aristote ait proposé une classifi- 
sation régulière. Il parle constamment de groupes plus ou 
moins étendus en les désignant par la même appellation. 
Évidemment, il les considère comme des divisions naturelles ; 
■nais nulle part il n'exprime la conviction que ces groupes 
;oient susceptibles d'un arrangement méthodique de nature 
i exprimer les affinités réelles des animaux. Et pourtant, 
I place ses remarques sur les différents animaux dans une 
';onnexion et dans un ordre tels qu'il en résulte clairement 
[u'il avait la connaissance de leurs rapports. En parlant 
lies Poissons, par exemple, il n'y mêle jamais les Sélaciens. 
1 Après Aristote, la classification zoologique ne fît aucun 
[rogrès durant deux mille ans. Enfin, Linné introduisit de 
ouvelles distinctions, il assigna une signification plus ri- 
oureuse aux termes classe {genus summum), ordre (genus 
itermediiim), genre {genus jwoximum) et espèce dont les 
eux premiers furent introduits par lui, pour la première 
>is, comme dénominations de groupes distincts, dans le 
fstème de la zoologie. 

Ill 

Période de Linné. 

Quand on jette les yeux sur le Systema Naturœ de 
inné, même en prenant la douzième édition de ce livre, la 
jfnière (jui ait été revue par lui, on a peine, de nos jours, 
se rendre compte de la grande influence exercée par cet 
ivrage sur les progrès de la Zoologie (1). Et cependant, il 

(i) Pour bien apprécier les perfeclionneoienls successifs de la classification 



312 DE LA CLASSIFICATION. 

eut sur son époque une action magique, il suscita des efforts 
qui dépassèrent de bien loin tout ce qui avait été fait dans 
les siècles précédents. Un tel résultat doit être attribué, en 
partie, à la circonstance que Linné était le premier homme 
qui eût jamais conçu distinctement Tidée d'exprimer sous 
une formule définie ce qu'il croyait être le système de la 
nature et, en partie aussi, à la clarté et à la simplicité de sa 
méthode si facile à comprendre. Ecartant, dans son système, 
tout ce qui ne pourrait pas être déterminé facilement, il divisa 
le Règne animal en deux classes distinctes, caractérisées par 
des traits définis. Pour la première fois aussi, à côté des 
genres et des espèces, vaguement distingués les uns des 
autres avant lui (1), il introduisit les ordres dans le système 
de la zoologie. Et quoiqu'il n'ait pas même essayé de définii 
le caractère essentiel de ces différentes sortes de groupe, il 
appert bien évidemment de ses nombreux écrits qu'il les 
considérait tous comme des subdivisions de valeur décrois- 
sante, embrassant un nombre, plus grand ou plus petit, 
d'animaux qui tous présentent en commun des attributs plus 
ou moins généraux. 

Il exprimait de la manière suivante l'idée qu'il se faisait 
de ces rapports existant entre les classes, les ordres, les 
genres, les espèces et les variétés (2). 

CLASSIS. ORDO. GENUS. Sl'ECIES. VAKIETAi-. 

Gcnus stminnim. Genus intermetlium. Gcnus proximum. Spccia. Jndiriduum. 

Provinciœ. Terriloria. Parœciœ. Paiji. DomicUium. 

Legioncs. Cohortes. Manipuli. Contuhernia, Miles, 

Le diagramme ci-dessous, extrait de la 12' édition, pu- 

de Linné, il suffît de comparer la l""* édition du Systema nalurœ, publiée er 
1735, avec la 2", publiée en 1740, la 6« qui date de 17/i8, la 10« qui est d< 
1758, et la 12*, publiée en 1766, car ce sont les seules éditions qu'il ait revue; 
lui-même. La 3'^ est une réimpression de la l^"" ; la 4" et la 5" sont des réim- 
pressions de la 2" ; les 7", 8* et 9*', des réimpressions de la 6' ; la 1 1" repro 
duit la 1"^*, et la 13", publiée par Gmelin après la mort de Linné, est une 
compilation qui mérite peu de confiance. 

(1) Voy. ci-dessus section ii . Les -yEVYi aé'^KJTa. d'Aristote correspondenl 
cependant aux classes de Linné, et les ^j'vïi as-^aXa à ses ordres, 

(2) Voy. Systema naturœ, 12« édit., p. 13. 



LINNÉ. 313 

bliée en 1766, figure l'arrangement qu'il donnait au Règne 
animal. 



Classification de Linné. 

Cl. 1. MAMMALIA. Ord. Primates, Bru ta. Ferae, Glires, Pecora, Bel- 
lu£E, Cete. 

Cl. 2. AVES. Ord. Accipitres, Picaj, Anseres^ Grallœ, Gallinœ, Pas- 

seres. 

Cl. 3. AMPHIBIA. Ord. Reptiles, Serpentes, Nantes. 

Cl. Ix. PISCES. Ord. Apodes, Jugulares, Thoracici, Abdominales. 

Cl. 5. INSECTA. Ord. Coleoptera, Hemiptera, Lepidoptcra, Neurop- 

tera, Hymenoptera, Diptera, Aptera. 
Cl. 6. VERMES. Ord. Intestina, Mollusca, Tesfacea, Lithophyta, Zoo- 

phyta. 

Dans les premières éditions et jusqu'à la dixième, la classe 
des Mammifères était appelée classe des Quadrupèdes, et 
elle ne renfermait pas les Cétacés qui étaient encore rangés 
parmi les Poissons. Il ne paraît pas qu'il y ait jamais eu 
désaccord entre les naturalistes sur les limites naturelles 
(1 î la classe des Oiseaux depuis que Linné l'a définie, pour 
la première fois, en en retirant les Chauves-Souris rap- 
portées à la classe des Mammifères. Dans les premières 
éflilions du Systema Naturrp^ la classe des Reptiles em- 
brasse les mômes animaux que dans les systèmes des plus 
récents observateurs; mais depuis la dixième édition, elle a 
été malencontreusement augmentée des poissons cartilagi- 
neux et semi-cartilagineux. Cette modification rétrograde fut 
inspirée par quelques observations inexactes du docteur 
Garden. La classe des Poissons est vraiment bien limitée 
dans les premières éditions du Système, à l'exception des Cé- 
tacés (Plagiures) qui furent remis à leur place, dans la classe 
(les Mammifères, à la dixième édition. Mais dans les éditions 
[)oslérieures, les Cyclostomes, les Plagiostomes, les Chi- 
mères, les Esturgeons, les Lophioïdes, les Discoboles, les 
Cymnodontes, les Sclérodermes et les Lophobranches sont 
exclus de celte classe et reportés dans celle des Reptiles. La 



3! ft DE LA CLASSIFICATION. 

classe des Insectes (1), telle qu'elle est circonscrite par Linné, 
embrasse non-seulement ce que nous considérons aujour- 
d'hui comme les Insectes proprement dits, mais encore les 
Myriapodes, les Arachnides et les Crustacés. Elle correspond 
plus exactement à la division des Arthropodes des classifica- 
teurs modernes. La classe desVers, la plus disparate de toutes, 
renferme pêle-mêle tous les Rayonnes ou Zoophytes et les 
Mollusques des auteurs modernes, plus les Vers intestinaux 
et les Vers libres, les Girripèdes et un poisson (le Myxine). 11 
était réservé à Cuvier d'introduire l'ordre dans ce chaos (2). 

Telle est, avec ses qualités et ses défauts, cette classifica- 
tion qui imprima à l'étude de la Zoologie l'impulsion la plus 
inattendue et la moins préparée. Il faut se rappeler combien 
il y a peu de temps que cette œuvre, même avec tant d'im- 
perfections, est venue exercer son énergique influence sur 
les progrès de la science, pour comprendre comment il se 
peut qu'il reste tant à faire dans le domaine de la zoologie 
systématique. Il n'y a certainement rien d'instructif, pour 
celui qui étudie l'histoire naturelle, comme une rigoureuse 
et minutieuse comparaison des diverses éditions du Sijs- 
tema Naturœ de Linné avec les travaux de Guvier et des 
autres zoologistes éminents. L'étude des méthodes à l'aide 
desquelles se sont accomplis les progrés réels de notre 
science n'est pas moins féconde en enseignements. 

Depuis la pubhcation du Systema Naturœ jusqu'à l'é- 
poque oîi Cuvier pubha les résultats de ses recherches ana- 
tomiques, tous les essais de classification nouvelle furent, en 
définitive, de simples modifications des principes introduits 

(1) Aristote divise ce groupe plus correctement que Linné, car il admet 
déjà deux classes {■^irn p-E-j'iora) parmi les Insectes : les Malacoslraca (Crusta- 
cés) et les Entorna (Insectes) {Hist, aniin., chap. VI). Il semble aussi s'être fait 
une idée vraie des limites naturelles des Mammifères et des Reptiles, car il 
distingue les Quadrupèdes vivipares des ovipares, et ne confond nulle part les 
Poissons avec les Reptiles [Ibid.]. 

(2) Il y aurait injustice pour Aristote à ne pas remarquer qu'il avait déjà 
compris, mieux que le grand naturaliste suédois, les rapports existant entre 
les animaux réunis par Linné en une seule classe, sous le nom de Vers. En 
parlant, par exemple, des grands genres ou classes, il sépare correctement les 
Céphalopodes des autres Mollusques, sous le nom de Malakia. [llisl. anim., 
lib. I.chap. VI.) 



CONTINUATEURS DE LINNÉ. 315 

par Linné. Ses adversaires eux-mêmes étaient dominés par 
la pensée du maître. L'examen critique des divers systèmes 
proposés, soit pour l'arrangement d'une classe en particu- 
lier, soit pour celui du Règne tout entier, démontre que 
tous ont été conçus d'après un même principe, c'est-à dire 
d'après cette idée que les animaux doivent être groupés en 
classes, ordres, genres et espèces suivant leur plus ou moins 
grande ressemblance extérieure. 

Mais Cuvier n'eut pas plutôt fait connaître au monde savant 
ses vastes recherches sur la structure interne de tous les 
êtres du Règne animal que, à l'envi les uns des autres, les 
naturalistes entreprirent de refondre la classification. On 
établit de nouvelles classes, de nouveaux ordres, de nouveaux 
genres; on décrivit de nouvelles espèces; on introduisit 
(toutes sortes de divisions intermédiaires sons le nom de 
familles, de tribus, de sections, etc. Cuvier lui-même, et après 
;lui Lamarck, allèrent plus loin que pas un dans ces ten- 
Hâtives. Il est, toutefois, arrivé souvent que les divisions 
^introduites par Lamarck avec des dénominations nouvelles 
n'étaient, sous une forme plus systématique, que l'expres- 
sion pure et simple des résultats obtenus par Cuvier dans 
ses dissections et indiqués dans ses Leçons sur l'nnatomie 
comparée, comme autant de divisions nouvelles auxquelles 
aucun nom n'avait été donné. Cuvier a, lui-même, admirable- 
ment exprimé l'influence que ses recherches anatomiques 
eurent sur la Zoologie, et expliqué comment les perfectionne- 
nents do la classification contribuèrent à faire avancer l'ana- 
omie comparée. Il dit, en effet, à la page vi de la préface du 
Rèf/ne animal : « Je dus donc, et cette obligation me prit 
un temps considérable, je dus faire marcher de front 
l'anatomie et la zoologie, les dissections et le classement ; 
chercher dans mes premières remarques sur l'organisation 
des distributions meilleures ; m'en servir pour arriver à 
des remarques nouvelles ; employer encore ces remarques 
à perfectionner les distributions ; faire sortir enfin de cette 
fécondation mutuelle des deux sciences l'une par l'autre, 
un système zoologique propre à servir d'introducteur et 



316 DE LA CLASSIFICATION. 

» de guide dans le champ de l'anatomie, et un corps de doc- 
)> trine anatomique propre à servir de développement et d'eX' 
» plication au système zuologique. » 

Il est inutile de raconter en détail tout ce qui se fit, du- 
rant cette période, dans le but de perfectionner le système 
de la Zoologie. Il suffit de dire que la première décade de c( 
siècle ne s'était pas encore écoulée, et, déjà, l'on avait carac- 
térisé d'après cette méthode un nombre de classes double d( 
celui qu'avait adopté Linné. Ce sont les classes des Mollus 
ques, des Cirripèdes, des Crustacés, des Arachnides, de: 
Annélides, des Entozoaires (Vers intestinaux) , des Zoo 
phytes, des Radiaires, des Polypes et des Infusoires. Cuviei 
n'en avait d'abord admis que huit (1) ; Duméril en fi 
neuf (2) ; Lamarck en porta successivement le nombre à onze 
puis à quatorze (3). Les Céphalopodes, les Gastéropodes e 
les Acéphales, pour la première fois nommés par Cuvier 
n'avaient d'abord été considérés par lui que comme de; 
ordres de la classe des Mollusques. De même, les Echine 
dermes, bien qu'il eût été le premier à les circonscrire dan: 
leurs lim.ites naturelles, ne constituaient alors qu'un ordre d( 
la classe des Zoophytes. Ne parlons pas des animaux infé 
rieurs dont la structure interne était alors inconnue et qu 
demeuraient dans une grande confusion. Dans cette rapidi 
esquisse des premières subdivisions qui, sous l'influence di 
Cuvier, furent opérées dans les classes des Insectes et de; 
Vers instituées par Linné, j'ai nécessairement laissé de côt( 
les travaux importants par lesquels des écrivains spécialiste: 
contribuèrent à notre connaissance de certaines classes sépa 
rées. J'ai borné mes observations à ceux des naturalistes qu 
ont envisagé le sujet de plus haut et sur une plus largf 
échelle. 

Jusque-là, aucune tentative n'a encore été faite pour corn 

(1) G. Cuvier, Tableau élénienlaire de VHisl. nat. des anim., Paris, 1798 
in- 8. 

(2) A. C. Duméril, Zoologie analytique, etc., Paris, 1806, in-8. 

(3) J. B. de Lamarck, Système des animaux sans vertèbres, ou Tableau 
Çfènéral, etc., Paris, 1801, in-8. — Hist. nat. des anim. sans verlèb., etc. 
Paris, 1815-1822, 7 vol. in-8. 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. — CUVIER. 317 

biner les classes entre elles et en former, d'un point de vue 
supérieur, des groupes plus généraux. On ne va pas au delà 
de la division de l'ensemble du Règne en Vertébrés et Inver- 
tébrés, ce qui correspond aux Cwa é'vatua et aux ^^^t avan^v, 
d'Âristote. Tous les efforts ont tendu bien plutôt à l'établis- 
sement d'une série naturelle remontant de l'Infusoire à 
l'Homme. Bientôt cela va devenir, pour un grand nombre, 
la tendance favorite et De Blainville finira par présenter cette 
idée comme une doctrine scientifique. 

IV 

Période de Guvier. — Systèmes anatomiques. 

La période la plus importante de l'histoire de la Zoologie 
ne s'ouvrit véritablement qu'en 1812, le jour oii Cuvier 
déposa sur le bureau de l'Académie des Sciences, de Pari?, 
les résultats de ses recherches sur les rapports les plus 
intimes de certaines classes du Règne animal entre elles (1). 
Il en concluait que tous les animaux ont été construits sur 
l'un ou l'autre de quatre plans différents ou, pour ainsi dire, 
ont été coulés dans quatre moules. Jamais vue plus féconde 
n'avait été soumise à l'appréciation des observateurs ; sans 
doute, elle n'a pas encore produit toutes les conséquences 
qui doivent immanquablement en découler plus tard, mais 
on lui doit les plus solides progrès que la classification gé- 
nérale ait faits, depuis Aristote. Et à moins que je ne me 
trompe grandement, des changements proposés dans nos 
systèmes par les écrivains modernes ceux-là seuls ont été 
un progrès réel et non pas un pas en arrière, qui ont été 
d'accord avec ce principe fondamental. 

Ce grand principe, introduit par Guvier dans la science, 
\oicien quels termes mémorables il l'a exprimé lui-même : 
« Si Ton considère le Règne animal d'après les principes que 
» nous venons de poser, en se débarrassant des préjugés 

(1) Ann, du Muséum d'hisi. nat., XIX, Paris, 1812. 



348 DE LA CLASSIFICATION. 

» établis sur les divisions anciennement admises, en n'ayant 
» égard qu'à l'organisation et à la nature des animaux, et 
» non pas à leur grandeur, à leur utilité, au plus ou moins 
)) de connaissance que nous en avons, ni à toutes les autres 
» circonstances accessoires, on trouvera qu'il existe quatre 
» formes principales, quatre plans généraux, si l'on peut 
» s'exprimer ainsi, d'après lesquels tous les animaux sem- 
» blent avoir été modelés et dont les divisions ultérieures, 
» de quelque titre que les naturalistes les aient décorées, ne 
» sont que des modifications assez légères, fondées sur le 
» développement ou l'addition de quelques parties, qui ne 
» changent rien à l'essence du plan. » 

Aussi me paraît-il incroyable que, en présence de paroles 
aussi explicites, on puisse encore, à l'occasion, nous repré- 
senter Guvier comme favorable à la division du Règne anima 
en Vertébrés et Invertébrés (l). Guvier fut d'ailleurs le pre- 
mier à reconnaître pratiquement que toutes les divisions 
adoptées dans son système n'ont pas une égale valeur. C'esl 
là un point capital, encore bien que le grand anatomiste 
n'ait pas su trouver l'exacte mesure de chacun des groupes 
institués par lui. Il faut se rappeler, en effet, que, au temps 
où il écrivait, les naturalistes s'o])stinaient à établir une série 
uniforme et continue embrassant tous les animaux et à for- 
mer une chaîne, entre les anneaux de laquelle ils n'admet- 
taient pas qu'il pût y avoir d'intervalles inégaux. La devise 
de l'école était Natura non facit salturn, et on appelait ce 
système : la chaîne des êtres. 

Voici la classification du Règne animal à laquelle Guvier 
fut conduit : 

Classification de Cuvier (2). 

1" Embranchement. ANIMAUX VERTÉBRÉS. 

Cl. 1. Mammifères. Ord. Bimanes, Quadrumanes, Carnivores, 

(1) Ehrenberg (C. G.), Die Corallenthiere des rothen Meeres, Berlin, 183Zi,' 
in-lx, p. 30, note. 

(2) Le Règne animal distribué d'après son organisatiw. Paris, 1829, 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. — CUVIER. 319 

Marsupiaux, Rongeurs, Édentés, Pachydermes, Ruminants, 
Cétacés. 

Cl. 2. Oiseaux. Ord. Rapaces, Passereaux, Grimpeurs, Gallinacés, 
Échassiers, Palmipèdes. 

Cl, 3. Reptiles. Ord. Chéloniens, Sauriens, Ophidiens, Batra- 
ciens. 

(À. U. Poissons. 1'" série. Poissons proiirement «nts. Ord. Acan- 
thoptérygiens, Abdominaux, Subbrachiens, Apodes; — Lo- 
phobranches, Plectognates. 2^^ série, Chondrop(«ry«(ienN. 
Ord. Sturioniens, Sélaciens, Cyclostômes (l). 

Embranchement. ANIMAUX MOLLUSQUES. 

Cl. 1. CÉPHALOPODES. Pas de subdivisions en ordres ou familles. 

Cl. 2. Ptéropodes. Ni ordres, ni familles. 

Cl. 3. Gastéropodes. Ord. Pulmonés, Nudibranches, hiféro- 
branches, Teclibranches, Hétéropodes, Pectinibranches, 
Tubulibranches, Scutibranches, Cyclobranches. 

Cl. h. Acéphales. Ord. Testacés, Tuniciers. 

Cl. 5. Bhachiopodes. Ni ordres, ni familles. 

Cl. 6. CiRRHOPODEs. Ni ordres, ni familles. 

3*^ Embranchement. ANIMAUX ARTICULÉS. 

Cl. 1. Annélides. Ord, Tubicoles, Dorsibranches, Abranchos. 

Cl. 2. Crustacés, l" section. jMaiaeostraeés. Ord. Décapodes, 
Stomapodes, Amphipodes, Lœmodipodes, Isopodes. 2'' sec- 
tion, Entoinostraeés. Ord. Branchiopodes, Pœcilopodes, 
Trilobites. 

Cl. 3. Arachnides. Ord. Pulmonées, Trachéennes. 

Cl. k. Insectes. Ord. Myriapodes, Thysanoures, Parasites, Su- 
ceurs, Coléoptères, Orthoptères, Hémiptères, Névroptères, 
Hyménoptères, Lépidoptères, Rliipiptèrea, Diptères. 

Embranchement. ANIMAUX RAYONNES. 

Cl. 1. ÉcHiNODERMEs. Ord. Pédicellés, Apodes. 

Cl. 2. Vers Intestinaux. Ord. Nématoïdes (Entozoaires et Épi- 
zoaires), Parenchymateux. 

Cl. 3. AcALÈPHEs. Ord. Simples, Hydrostatiques. 

{'A. U. Polypes. (Anthozodires, Ilydroïdes, Bryozoaires, (^oral- 
Unes et Éponges). Ord. Charnus, Gélatineux, à Polypiers. 

I* ôdit., 5 vol. in-8. — Les clasges des Crustacés, des Arachnides et des In- 
ectes ont été élaborées par Latreille. — Pour les modifications successives 
ipportées par Cuvier à cette classification, voyez le Tableau élémentaire et les 
Innale» du Mméum, vol. 1\, cités dans la section précédente ; voyez aussi la 
i'" édit. du Règne animal, 1817, 4 vol. in-8. 
(1) Cf. Hègne animal, 2« édit., t. II, p. 128 et 383. 



320 DE LA CLASSIFICATION. 

Cl. 5. Infusoires. Ord. Rotifères, Homogènes (renfermant les 
Polygastriques et quelques Algues). 

Si l'on considère les systèmes zoologiques du siècle passé, 
celui de Linné, par exemple, et si on les compare avec les 
systèmes plus récents, comme celui de Cuvier, il est impos- 
sible de méconnaître que, là même où les découvertes ont 
peu ajouté à notre savoir, le sujet a été traité d'une manière 
toute différente; c'est qu'on avait des données beaucoup 
plus étendues, non-seulement sur la structure interne des 
animaux, mais encore sur ce qui est relatif à la gradation 
des groupes supérieurs. 

Linné n'a pas de divisions d'un ordre plus élevé que les 
classes. Cuvier, pour la première fois, introduit quatre 
grandes divisions qu'il appelle embranchements, et aux- 
quelles il subordonne les classes, dont il admet trois fois plus 
que Linné. De plus, celui-ci divise ses classes en ordres; au- 
dessous des ordres il institue les genres, puis enfin les es- 
pèces. Et il fait cela systématiquement, admettant la même 
gradation dans toutes les classes; si bien que chacune des 
six classes du Suédois est subdivisée en ordres, et ceux-ci 
en genres avec leurs espèces. Des familles, comme on les 
comprend aujourd'hui, Linné n'en a point idée. 

La classification de Cuvier ne présente pas un cadre aussi 
régulier. Dans certaines classes, après en avoir posé les ca- 
ractères, il passe immédiatement à l'énumération des genres 
qu'elles contiennent, et il ne groupe ces derniers ni en 
ordres, ni en familles. Dans d'autres, il inscrit des ordres 
sous le titre de la classe et alors il procède à la caractéri- 
sation des genres; dans d'autres encore, il admet, au- 
dessous de la classe, non-seulement des ordres et des familles 
(subordonnant toujours, dans ce cas, la famille à l'ordre), 
mais encore un certain nombre de divisions secondaires 
par lui appelées sections, divisions, tribus, etc., avant d'en 
arriver aux genres et aux espèces. A l'égard des genres 
mêmes on observe des dissemblances marquées dans les 
différentes classes. Parfois le genre est, pour lui, un groupe 



SYSTEMES ANATOMIQUES. — GUVIER. 321 

ès-compréhensif d'espèces qui diffèrent largement l'une 
î l'autre ; c'est ce qu'il appelle les « grands genres. » 
autres fois le genre est d'étendue limitée et renferme des 
pèces homogènes sans autre division; et, d'autres fois en- 
tre, les genres sont subdivisés en ce qu'il appelle « sous- 
mres » ; ce qui est ordinairement le cas pour ses « grands 
mres ». 

La gradation, chez Cuvier, varie donc suivant les classes. 
3s unes ne contiennent que des genres et des espèces et 
ont ni ordres, ni familles, ni subdivisions d'aucune sorte. 
3s autres renferment des ordres, des familles, des genres 
,, en oulre, une variété de subdivisions d'inégale étendue 
, de signification diverse. Celte inégalité entre toutes les 
ivisions de Cuvier est due, sans doute, à l'état de la Zoo- 
igie et des Muséums à l'époque où il écrivait, ainsi qu'au 
arti pris de n'admettre, dans son ouvrage, que les repré- 
întants du Règne animal dont il lui était possible d'étudier 
lus ou moins complètement, par lui-même, la structure 
natomique. Mais elle doit être attribuée aussi à cette con- 
ction, souvent exprimée par lui, qu'il n'y a pas chez les 
nimaux cette uniformité ou cette gradation sérielle, régu- 
ère, que plusieurs naturalistes tentaient d'introduire dans 
îurs classifications. 



AGASSIZ. 21 



322 



DE LA CLASSIFICATION. 



Classification de Lamarck. 

Histoire nalurelle des animaux sans vertèbres, etc., Paris, 1815-22, 7 v( 
in-8. — Deuxième édition, avec notes, publiée par MM. Deshayes 
Milne-Edwards ; Paris, 1835-43, 11 vol. in-8. — Pour les modificatio 
successives de cette classification, voyez : Système des animaux sans ve 
tèbres, etc., Paris, 1801, in-8. — Philosophie zoologique, etc., Paris, 180 
2 vol. in-8. — Extrait du cours de zoologie du Muséum d'histoire na<i 
relie, etc., Paris^ 1812, in-8. 

INVERTÉBRÉS. 

I. ANIMAUX APATHIQUES. 

Cl. 1. Infusoires. Ord. Nus, Appendiculés. \ 

Cl. 2. Polypes. Ord. Ciliés (Rotifères). Nus 1 

(Hydroïdes). A polypiers (Anthozoaires I 

et Bryozoaires). Flottants (Crinoïdes et j 

quelques Halcyonoïdes). IJ^TSl'';^ Te 

Cl. 3. Radiaires. Ord. Mollasses (Acalèphes).f '7"abiiitéexcitée.Poi 

, 11- . . V de cerveau; point ( 

Ecumodermes (Holothuries et Actinies v masse médullaire « 

f nmnri<;pO I \ongée ; point de seni 

COmpnseb). l ^jp^, ^^^^^^ variées; r. 

Cl. h. TuNiciERs. Ord. Bothryllaires (Ascidiensl''.<'meDt des artieuii 
composés). Ascidiens (Ascidiens simples). I 

Cl. 5. Vers. Ord. Mollasses et Rigidules (Vers ] 
intestinaux et Gordius). Hispides (Nais), i 
Épizoaires (Épizoaires, Lernéens). j 

II. ANIMAUX SENSITIFS. 

Cl. 6. Insectes (Hexapodes). Ord. Aptères, \ 
Diptères, Hémiptères, Lépidoptères, Hy- 
ménoptères, Névroptères, Orthoptères, 
Coléoptères. 

Cl. 7. Arachnides. Ord. Antennées-trachéales 
(Thysanoures et Myriapodes). Exanten- 
nées-trachéales. Exantennées-branchiales , 
(Arachnides propres). 

Cl. 8. Crustacés. Ord. Hétérobranches (Bran-( 
chiopodes, Isopodes, Amphipodes, Stoma- 
podes). Homobranches (Décapodes). 

Cl. 9. Annélides. Ord. Apodes, Antennes, Sé-| 
dentaires. 

Cl. 10. CiRRiPÈDEs. Ord. Sessiles, Pédoncules. 

Cl. 11. CoNCHiFÈRES. Ord. Dimyaires, Mono- 
my aires. 

Cl. 12. Mollusques. Ord. Pléropodes, Gastéro- 
podes, Trachélipodes, Céphalopodes. Hé- 
téropodes. 



Sentent; mais n'ob 
tiennent de leurs sen 
salions que des percep 
tions d'objets, une sort! 
d'idées simples qn'-' 
sont incapables de i' 
biner pouf en o!-' 
des idées eomplr 
Point de eolnnne m 
brale ; un cerveau i 
plus souvent une m 
médullaire allon:: 
quelques sens distiiii 
des muscles attuci- 
sous la peau ; forin* 
symétriques fp.r ili 
parties paires. 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. — LAMARCK. 328 

TERTÉBRÉS. 

III. ANIMAUX INTELLIGENTS. 

Cl. 13. Poissons. \ sentent ; acquièrent des idées conservables, exécutent des 
_, j opérations entre ces idées qui leur en fournissent d'autres ; 

Lil. lu. KEPTII.ES. f sont intelligents à différents degrés. Une colonne vertébrale, 

ri 15 OlSFAITT (""* cerveau, une moelle épinière; des sens distincts; des 

1 muscles attachés à un squelette intérieur ; la forme symé- 
Cl. 16. MaMMIFÈBES. /trique, des parties paires. 

Il n'est pas facile d'apprécier exactement le système de 
Lamarck. C'est en effet un mélange de conceptions abstraites 
et de considérations tirées de la structure, en même temps 
qu'un effort pénible pour ranger les animaux en séries con- 
tinues. La division primaire du Règne animal en Invertébrés 
et Vertébrés (1) correspond, comme je l'ai indiqué déjà, à 
celle des Anaima et Enaima d'Aristote. Les trois prin- 
cipaux groupes désignés par la qualification d'Apathiques, 
Sensitifs, Intelligents sont imités des quatre embranche- 
ments de Guvier; mais, loin de reposer sur une idée 
définie, comme les divisions de Cuvier qui impliquent 
un plan spécial de structure, ils ont pour base la supposi- 
tion que les facultés psychiques des animaux offrent une 
gradation sériaire; or cette supposition est certainement 
inadmissible quand on veut en faire le principe d'une clas- 
sification. Dire que ni les Infusoires, ni les Polypes, ni les 
I Rayonnes, ni les Tuniciers, ni les Vers ne sentent, c'est cer- 
tainement émettre une opinion erronée. Ces êtres mani- 
'estent des sensations, tout aussi distinctement que plusieurs 
4es animaux rapportés au second type et qui sont qualifiés 
de sensitifs. Et quant à cette autre assertion qu'ils ne se 
meuvent que lorsque leur irritabilité est excitée, il suffît 

'observer les Étoiles de mer pour se convaincre que leurs 
mouvements sont déterminés par des impulsions intérieures 
ît non par les excitations du dehors. Des recherches ré- 

enles ont fait découvrir que la plupart de ces animaux ont 

m système nerveux et que plusieurs possèdent même des 

rganes des sens. 

(1) Voy. plus haut, chap. II, sect. i. 



324 DE LA CLASSIFICATION. 

Les animaux sensitifs sont distingués de ceux du troisième 
type, les animaux intelligents, par le caractère de leurs 
sensations. L'auteur établit, à cet égard, que les sensations 
donnent simplement lieu chez les premiers à la perception 
des objets, à une sorte d'idées simples qu'il? sont incapables 
de combiner pour en faire dériver une idée complexe; tan- 
dis que les seconds obtiennent, prétend-il, des idées qu'ils 
peuvent retenir, pour opérer sur elles et arriver parleur in- 
termédiaire à des idées nouvelles, et. sont dits intelligents. 
Je doute que, même de nos jours, cinquante ans après que 
Lamarck a publié son système, il soit possible de distinguer 
de cette manière entre les sensations des poissons, par 
exemple, et celles des Céphalopodes. La structure, il est 
vrai, diffère grandement chez les animaux que Lamarck ap- 
pelle Intelligents et chez ceux qu'il appelle Sensitifs, mais un 
grand nombre de ces derniers sont construits sur le même 
plan que plusieurs de ceux qu'il range parmi les Apathiques. 
Son type des Sensitifs embrasse donc deux plans de struc- 
ture, et la psychologie des animaux n'est certes pas assez 
avancée pour offrir le moindre fondement à la distinction 
introduite. 

Au point de vue même de Lamarck, son arrangement des 
classes est moins parfait qu'il n'aurait pu l'être, car les An- 
nélides sont plus vojsins des Vers que les Insectes et leur 
sont vraiment inférieurs. N'ayant pas saisi la valeur de l'i- 
dée de plan et lui ayant substitué l'idée de la complication 
de structure, Lamarck mêle, parmi les animaux apathiques, 
des Rayonnes (les Polypes et les Radiaires) à des Mollus- 
ques (les Tuniciers) et à des Articulés (les Vers). Parmi les 
animaux sensitifs, il réunit des Articulés (Insectes, Arachni- 
des, Crustacés, AnnéUdes, Cirripèdes) et des Mollusques 
(Conchiféres et Mollusques propres). Il assemble comme ani- 
maux intelligents, les quatre anciennes classes de Vertébrés : 
Poissons, Reptiles, Oiseaux et Mammifères. 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. -- DE BLAINVILLE. 325 

Classification de De Blainville. 

(De V organisation des animaux, Paris, 1822, in-8.) 

î»^ous-Règne. ARTIOMORPHES ou ARTIOZOAIRES. Forme bilaté- 
rale. 

1" Type.. ostéosBoaires (Vertébrés). 

Sous-Type. Vivipares. 

Cl. 1. PiLiFÈREs, ou Mammifères. 1° Monodelphes, 2° Didel- 
phes. 

Sous-Type. Ovipares. 

Cl. 2. Pennifères. Oiseaux. 
Cl. 3. Squammifères. Reptiles. 
Cl. k. rsuDiPELLiFÈREs, Amphibies. 
Cl. 5. PiNNiFÈRES. Poissons. 

ANOSTÉOZOAIRES. 

2'' Type. Entomozoaires (Articulés). 

CL 6. Hexapodes (Insectes proprement dits). 

Cl. 7. OcTOPODEs (Arachnides). 

Cl. 8. DÉCAPODES (Crustacés, Décapodes et Limule). 

Cl. 9. Hétéropodes (Squille, Entomostracés, Épizoaires). 

Cl. 10. Tktradécapodes (Amphipodes et Isopodes). 

Cl. 11. Myriapodes. 

Cl. 12. Chétopodes (Annelidas). 

Cl. 13. Apodes (Sangsue, Cestoïdes, Ascaride). 

3^ Type. Malentozoalres. 

Cl. III. MiiATOPODEs (Cirripédes). 

Cl. 15. POLYPLAXIPHORES (ClÙtOU). 

li° Type. iMaiacozoaire«» (MoUusques). 

Cl. 16. CÉPHALOPHOREs. Dioïques (Céphalopodcs Bl Gastéropodcs 
en partie), Hermaphrodites et Monoïques (le reste des 

Gastéropodes). 
Cl. 17. AcKpnALOPuoREs. Palliobranches (F?rachiopodes), Lamel- 
libranches (Acéphales), Hétérobranches (Ascidies). 

ous-Règne. ACTLNOMORPHES ou ACTINOZOAIRES. Formo 
rayon née. 

Cl. 18. Annéudaires ou Gastrophysaires (Siponcle, etc.). 
Cl. 19. Cératûdermaires (Kchinodermes). 



326 bE tA CLASSIFICATION. 

CI. 20. Arachnodermaires (Acalôphes). 

Cl. 21. ZoANTHAiRES (Actinies) . 

Cl. 22. PoLYPiAiREs (Polypes à tentacules simples, Anthozoaires 

et Bryozoaires). 
Cl. 23. ZooPHYTAiRES (Polypes à tentacules composés, Halcyo- 

noïdes) . 

3* Sous-Règne. HÉTÉROMORPHES ou HÉTÉROZOAIRES. Forme 
irrégulière. 

Cl. 2U. Spongiaires (Éponges). 

Cl. 25. Monadaires (Infusoires). 

Cl. 26. Dendrolithaires (Corallines). 

La classification de De Blainville ressemble à celles de 
Lamarck et de Guvier beaucoup plus qu'un tableau synop- 
tique de ces trois systèmes ne le ferait supposer. Elle est 
basée sur l'idée que le règne animal forme une série pro- 
gressive; seulement De Blainville intervertit l'ordre admis 
par Lamarck et place les animaux supérieurs au commence- 
ment, les inférieurs à la fin. A cette idée mère s'ajoute, dans 
une certaine mesure, la conception de Guvier que les ani- 
maux sont construits d'après différents plans de structure. 
Mais cette conception est si loin de dominer De Blainville 
que, au lieu de reconnaître immédiatement et dès le principe 
ces plans divers de structure, c'est dans la forme extérieure 
qu'il découvre l'idée principale sur laquelle il va fonder ses 
divisions primaires. Eu conséquence, il divise le Règne ani- 
mal en trois Sous-Règnes : le premier est celui des Artio- 
zoaires dont la forme est bilatérale, le second, celui des 
Actinozoaires à forme rayonnée, et 1^ troisième, celui des 
Hétérozoaires dont la forme n'est pas régulière (Éponges, 
Infusoires, Corallines). Le plan de structure n'intervient que 
comme considération secondaire, pour permettre d'établir 
parmi les Artiozoaires quatre types : 1° les Ostéozoaires, qui 
correspondent aux Vertébrés de Guvier; 2° lesEntomozoaires 
qui sont les Articulés de Guvier ; 3° les Malentozoaires, 
groupe complètement artificiel né de la nécessité d'établir 
une transition entre les Articulés et les Mollusques; h" les 
Malacozoaires, qui sont les Mollusques de Guvier. 



SYSTÈMES ANATOMiQtîÊS. — DE BLAINVILLE. 357 

Le second Sotis-Règne, Celui des Àctinozoaires, corres- 
pond aux Rayonnes de Cuvier, tandis que le troisième, celui 
les Hélérozoaires, est formé par des êtres organisés dont 
e plus grand nombre n'appartient pas au Règne animal. 
7est le cas, du moins, pour les Spongiaires et les Den- 
jrolilhaires, tandis que les Monadaires répondent à cette 
srieille classe des Infusoires, sur la valeur de laquelle je me 
mis suffisamment prononcé dans les chapitres qui pré- 
îèdent. 

11 est évident que ce qu'il y a de correct dans cette coor- 
dination est emprunté à Cuvier; mais, il n'est que juste de 
le reconnaître. De Blainville a introduit quelques perfection- 
aements d'une réelle valeur dans l'arrangement et ladélimi- 
lation des classes. Par exemple, il a pour la première fois 
distingué, parmi les Vertébrés, les Ampliibiens des Reptiles 
lirais; le premier aussi, il a reporté les Vers intestinaux du 
groupe des Rayonnes à celui des Articulés, mais la création 
l'un type distinct pour les Cirripèdes et les Chitons a été 
une grosse erreur. En dépit de quelques particularités de 
leur structure, les Chitons sont construits essentiellement 
mr le même plan que les Mollusques de la classe des Gasté- 
ropodes; quant aux Cirripèdes, les recherches faites peu de 
[emps après la publication du système de De Blainville ont 
établi d'une façon incontestable que ce sont de véritables 
Crustacés. La prétendue transition entre les Articulés et les 
Mollusques que De Blainville croit établir, au moyen de 
son type des Malentozoaires, n'existe certainement pas dans 
la nature. 

Si l'on applique à ses classes le critérium proposé dans 
le chapitre précédent, il est clair que ses Décapodes, ses 
Hétéropodes et ses Tétradécapodes participent bien plus du 
caractère des ordres ([ue de celui des classes; d'un autre 
côté, sa classe des Céphalophores, chez les Mollusques, 
renferme sûrement deux classes, d'ailleurs lui-même l'a 
reconnu dans ses derniers ouvrages. Parmi les Rayonnes, 
les classes des Zoanlhaires, des Polypiaires et des Zoophy- 
ilaires tiennent du caractère de l'ordre et non pas de celui 



328 



DE LA CLASSIFICATION. 



de la classe. Il y a enfin une grande objection à faire à c( 
système : on se demande à quoi bon introduire un nombn 
considérable de dénominations nouvelles pour désigner dei 
groupes qui avaient déjà été très-bien limités et parfaite 
ment nommés par les classificaleurs précédents. En agissan 
ainsi De Blainville poursuivait sans doute un but fort louable 
celui de débayrasser la science de quelques dénomination 
incorrectes, mais il a poussé la réforme trop loin en pré 
tendant changer tous les noms qui ne cadraient pas avei 
son système. 

Classification d'Ehrenberg. 

Les caractères des vingt-huit classes d'animaux ci- dessous et ceux d'une ving 
neuvième, établie pour l'homme seul^ sont donnés plus complètement dar 
le travail cité plus haut et inséré parmi les Mémoires de V Académie o 
Berlin pour 1836, p. 22. 

l»' Cycle : NATIONS. L'Humanité, qui constitue une classe distincte 
a pour caractère le développement uniforme de tou 
les systèmes d'organes'; par opposition avec les 

2* Cycle : ANIMAUX, que l'on considère comme caractérisés par 1 
prédominance de systèmes particuliers. Ceux-ci se divi 
sent en 

A. ihvéi.oive:ijrés. 



1. NOURRICIERS. Vertébrés à sang 
chaud qui prennent soin de 
leurs petits. 

• Cl. 1. Mammifères. 
Cl. 2. Oiseaux. 



II. ORPHANOZOAIRES. Vertébré 
à sang froid qui ne prenner 
pas soin de leurs petits. 

Cl. 3. Amphibies. 
Cl. k- Poissons. 



B. «AlTGIilOlWF.IIIlÉS. 



A. Sphygmozoaires , ayant un 
cœur. Circulation produite 
par un cœur ou des vaisseaux 
pulsatiles. 

III. ARTICULÉS. Articulation ré- 
elle, indiquée par des chape- 
lets de ganglions et leurs ra- 
mifications. 

Cl. 5. Insectes. 



B. Asphycto-vasculaires. Vaisseau 
non pulsatiles. 

V. TUBULÉS. Point d'articula 
tion. L'intestin, un simple sa 
ou un tube. 

Cl. 17. Bryozoaires. 

Cl. 17. Dimorphes (Hydroïdes) 

Cl. 19. TuRBELLARiÉs (Rhabdo 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. — EHRENBERG. 



329 



Cl. 6. Arachnoïdes. 

Cl. 7. Crustacés (y compris les 
Entomostracés, ' les Cirri- 
pèdes et les Lernées). 

Cl. 8. Annelés. (Les vrais An- 
nelidas, à l'exclusion des 
Nais.) 

Cl. 9. SoMATOTOMÉs (Naïdins). 

IV. MOLLUSQUES. Pas d'articula- 
tion. Ganglions disséminés. 

^ Cl. 10. CÉPHALOPODES. 

Cl. 11. Ptéropodes. 
5 Cl. 12. Gastéropodes. 
; CL 13. Acéphales. 
5 Cl. ili. Brachiopodes. 
^ Cl. 15. TuNiciERs (Ascidies sim- 
ples). 
Cl. 16. Aggrégés (Ascidies com- 
posées). 



cèles, Dérostomes, Tur- 
belles, Vortex. 
Cl. 20. Nématoïdes (Entozoaires 
à intestin simple, Gordius, 
Anguillule). 

Cl. 21. ROTIFÈRES. 

Cl. 22. ÉcHiNOÏDEs (Echinus, 
Holothurie, Siponcle). 

VL RACÉMIFÈRES. Intestin divi- 
sé, bifurqué, rayonné, den- 
dritique, en grappe. 

Cl. 23. Astéroïdes. 

Cl. 2U. Acalèphes. 

Cl. 25. Anthozoaires. 

Cl. 26. Trématodes (Anthozoai- 
res à intestin ramifié, Cep- 
caires). 

Cl. 27. Planaires (Dendrocèles, 
Planaires, etc.). 

Cl. 28. Polygastriques. 



Le système zoologique publié par Ehrenberg, en 1836, 
présenle dans presque toutes ses particularités plusieurs vues 
nouvelles. Ce qu'il offre de plus remarquable, c'est l'affirma- 
tion du principe que le type du développement des animaux 
est un et identique, de l'Homme à la Monade. C'est la né- 
gation complète de la thèse soutenue par Cuvier, que les 
quatre divisions primordiales du Règne animal sont carac- 
térisées par la différence des plans de structure. Après avoir 
si complètement et si admirablement élucidé l'histoire 
de certains êtres organisés considérés généralement comme 
homogènes avant la publication de ses études ; après avoir 
démontré à quel degré de complication s'élève la structure 
, intérieure de plusieurs d'entre eux; après avoir prouvé la 
!fausseté des opinions généralement reçues sur leur origine, 
îil est tout naturel qu'Ehrenberg ait été amené à cette con- 
viction qu'il n'y a, en définitive, aucune différence essen- 
tielle entre les animaux regardés comme les inférieurs de 
tous et ceux qu'on place à la tête de la création animale. 
II venait de révéler au monde scientifique étonné quels sys- 



330 bÈ LA CtASStFtCAtlON. 

ternes coinpliqués d*organes il y a à décrire dans le corps 
microscopiquement petit d'un Rotifère; il devait être irré- 
sistiblement entraîné à conclure que tous les animaux sont 
également parfaits et, comme conséquence naturelle de la 
preuve qu'il avait fournie, à supposer que tous les êtres 
animés sont au même niveau, en tant qu'il s'agit de la com- 
plication de leur structure. Cependant le diagramme du 
système d'Ehrenberg montre que, lui non plus, n'a pu se 
soustraire à l'idée que tous les animaux n'ont point été 
également doués à ce point de vue. Comme tous les autres 
naturalistes, il place l'Homme à une des extrémités du 
Règne animal et relègue à l'autre bout ces types qu'on a 
toujours considérés comme inférieurs. 

L'Homme forme, suivant lui, un cycle indépendant, celui 
des Nations, par opposition au Cycle des Animaux qu'il divise 
en Myeloneurés ayant une moelle épinière (les Vertébrés), el 
en Ganglioneurés n'ayant que des ganglions (les Invertébrés). 
Il subdivise les Vertébrés en Nourriciers qui prennent soie 
de leurs petits et en Orphanozoaires qui n'en prennent pas 
soin. Cependant cette distinction n'est pas strictement vraie, 
cat* il y a certains Poissons et certains Reptiles qui pour- 
voienl avec beaucoup d'attention aux besoins de leur progé- 
niture, comme il y a des Oiseaux et des Mammifères qui 
n'en ont aucun souci. Les Invertébrés sont subdivisés en 
Sphygmozoait-es, animaux qui ont un cœur ou des vaisseaux 
pulsatiles, et en Asphycto-Vasculaires dont les vaisseaux ne 
sont pas pulsatiles. Ces deux sections sont à leur tour l'objet 
d'une coupe qui donne, pour la première : les Articulés, avec 
des articulations réelles et des ganglions en chapelet, puis 
les Mollusques, sans articulations et avec des ganglions 
disséminés; pour la seconde: les Tubulés à intestin simple 
et les Racémifères, à intestins ramifiés. 

Les caractères assignés par Ehrenberg à ses divisions 
principales obligent nécessairement à admettre une grada- 
tion parmi les animaux. La forme sous laquelle il exprime 
les résultats de ses rcherches est par conséquent la néga- 
tion de la vérité principale qu'il prétend mettre en lumière, 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. — EHRENBERG. 33i 

U moyen de son diagramme. Son idée capitale, celle (}Ue 
'organisation est chez tous les animaux également parfaite, 
leurrait être exacte; il faudrait pour cela qu'elle impliquât 
implement et clairement une perfection relative, c'est-à-dire 
[ue, chez tous, le mode d'existence est parfaitement adapté 
i la fin. Gomme aucun observateur n'a plus contribué à faire 
onnaître la structure compliquée d'une légion d'êtres regar- 
lés par tout le monde, avant lui, comme ne consistant qu'en 
me masse gélatineuse homogène, c'est là une idée qu'on 
>ouvait naturellement attendre d'Ehrenberg. Mais la peffec- 
ion ainsi définie n'est pas du tout ce qu'il conçoit. Il ne 
uut pas le moins du monde faire naître l'idée que tous les 
mimaux sont également parfaits, chacun à sa manière; il 
slablit au contraire nettement que : « les Infusoires ont la 
tième somme de systèmes organiques que l'Homme », et 
'ensemble de son système a pour but de faire ressortir éner- 
jiquement celte manière de voir. C'est spécialement d'après 
jette donnée fondamentale qu'il place l'Homme à part et en 
îehors des animaux, non pas simplement comme classe, 
nais comme division du degré supérieur. 

Le principe de classification adopté par Ehrenberg est pu- 
rement analomique. L'idée de type est laissée tout à fait de 
côté; on le voit à la façon dont l'auteur dispose ses classes. 
Les Myeloneurés, il est vrai, correspondent à l'embranche- 
naent des Vertébrés, et les Sphygmozoaires à ceux des Articulés 
et des Mollusques; mais s'ils sont réunis, ce n'est pas à cause 
du plan typique de leur structure, c'est seulement parce que les 
uns et les autres ont un cœur ou des vaisseaux pulsatiles, le 
corps étant, ou non, articulé. La division des Tubulés rend 
plus évident encore à quel point il est tenu peu compte du 
iPlan structural, car cette section réunit des Rayonnes (les 
Echinoïdes et les Dimorphes), des Mollusques (les Bryo- 
zoaires) et des Articulés (les Turbellariés, les Nématoïdes 
et les Rolifères), combinés en un groupe unique en raison 
de ce seul fait : qu'ils ont des vaisseaux privés de la fa- 
culté de battre et un intestin en forme de sac ou de tube 
simple. Les Racémifères comptent, eux aussi, des animaux 



332 DE LA CLASSIFICATION. 

construits sur des plans différents et qui n'ont été rapproché 
qu'à cause de la structure particulière de leur intestin bi 
furqué, ou rayonné, ou dendritique, ou en grappe. 

Les limites assignées j)ar Ehrenberg à plusieurs de se 
classes sont tout à fait contestables, lorsqu'on les soumet a 
contrôle des principes précédemment discutés. Un gran 
nombre d'entre ces classes sont positivement fondées sur de 
caractères d'ordre et non pas sur des caractères de classt 
Cela est particulièrement évident pour les Rotiféres, les So 
raatotomés,lesTurbellariés,les Nématoïdes, les Trématode 
et les Planaires, qui tous appartiennent à l'embranchemer 
des Articulés. Les Tuniciers, les Aggrégés, les Brachiopode 
et les Bryozoaires ne sont non plus que des ordres de la class 
des Acéphales. Avant que les Echinodermes n'eussent et 
étudiés aussi complètement qu'ils l'ont été depuis peu, la si 
paration des Echinoïdes et des Astéroïdes pouvait semble 
justifiable. Aujourd'hui elle est tout à fait inadmissibk 
Leuckart lui-même, qui considère les Echinodermes comm 
un embranchement distinct du Règne animal, insiste sur 1 
nécessité de les réunir en un groupe naturel. Quant au 
Dimorphes, ils constituent un ordre naturel de la classe de 
Acalèphes, généralement connu sous le nom d'Hydroïdes. 

Classification de Burmeister . 

Le diagramme qui suit a été formé d'après le Geschichle der Schopfung 
de l'auteur, Leipzig, 1843, in-8. 

Type I. ANIMAUX IRRÉGULIERS. 
1*"' sous-type. Gl. 1. Infnmoria. 

Type II. ANIMAUX RÉGULIERS. 

2« sous-type. Gl. 2. Poiypina. Ord. Bryozoa, Anthozoa. 
3« sous-type. Cl. 3. Raciiata. Orel. Acalepiifc, Echinodermatî 
Scytodermata. 

Type lÙ. ANIMAUX SYMÉTRIQUES. 

Zi* sous-type. Cl. U. Moiiusca. Ord. Perigymna (Tuniciers), Coi 
mopoda (Acéphales), Brachiopoda, Cephalc 
phora (Ptéropodes et Gastéropodes), Cepha 
lopoda. 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. — RtJRMEISTER. 333 

5* sous-type. Arthrozoa. 

Cl. 5. Vermes. Ord. Helminthes, Trematodes et 
Annulati. 

Cl. 6. Crustacea : 1° Osfracoderma. Ord. Prothes- 
mia (Cirripèdes, Siphonostomes et Rotifères); 
Aspidostraca ( Entomostracés , Lophyropodes , 
Phyllopodes, Pœcilopodes, Trilobites). — 2° Ma- 
lacostraca. Ord. Thoracostraca(Podophthalmes), 
Arthrostraca (Edriophthalmes). 

Cl. 7. Arachnoda. Ord. Myriapoda, Arachnidœ. 

Cl. 8. Insecta. Ord. Rbynchota,Synistata,Antliata, 
? Piezata, Glossata, Eleutherata. 

6" sous-type, osteozoa (Vertébrés). 
Cl. 9. Pisces. 
Cl. 10. Amphibia. 
Cl. 11. AvES. 
Cl. 12. Mammalia. 

L'arrangement général de la classification de Burmeister 
'appelle celui du système de De Blainville, mais l'ordre est 
nverse. Les trois types de notre auteur correspondent aux 
rois Sous-Règnes de De Blainville : les Animaux Irréguliers 
ont les Hétérozoaires, les Animaux Réguliers les Actino- 
ioaires, et les Animaux Symétriques les Artiozoaires. Quant 
lux Sous-Types des Animaux Symétriques, ils correspondent 
lux types admis par De Blainville parmi ses Artiozoaires, avec 
îette importante amélioration, toutefois, que les Malento- 
:oairessont supprimés. Burmeister est moins heureux en re- 
luisant l'embranchement tout entier des Mollusques à une 
îlasse unique. Les Arthrozoaires, au contraire, dans l'étude 
lesquels il a rendu d'éminents services à la science, sont 
présentés sous leur vrai jour. Dans les ouvrages spéciaux 
le l'auteur (1), sa classification des Articulés est donnée avec 
plus de détails. Je ne mets pas en doute que les idées 
Lrès-justes qu'il manifeste, à l'égard de la place des Vers dans 

1 (l) Beilriige zur nalurgeschichte der Rankenfusser (Cirripèdes). Berlin, 
183^1, iri-4. — Handbuch der Entomologie. Berlin, 1832-4847, 5 vol. in-8 ; 
/ersion anglaise, par W. E. Shuckard. Londres, 1836. — Die Organisation der 
TrUobilen, aus ihren Verwandten Entwickelt. Berlin, 1 843 ; version anglaise, par 
la Roy. Society. Londres, 1847. — Zoonomischo Bricfe, allgemeinc Darstellung 
1er thierisçhen Organisation, hçipiifgy 1856, 2 vol. in-8. 



33i DE LA CLASSIFICATION. 

rembranchement des Articulés, ne soient la conséquence d 
sa profonde connaissance des Crustacés, des Insectes et d 
leurs métamorphoses. 

Classification d'Owen. 

Le diagramme ci-dessous est tiré des Lectures on the Comparative Anatomy ai 
Physiology of the Invertebrate Animals, 2' edit., Londres, 1855, in-8. 

Province. VERTEBRATA. Myelencephala (Owen). 

CI. Mamuaua. 

CI. AvEs. 

CI. Reptilia. 

CI. Pisces. Ord. Dermopteri, Malacopteri, Pharyngognathi, An 
canthini, Anacanthopteri, Plectognalhi, Lophobranchii, G 
noidei, Protopteri, Holocephali, Plagiostomi. 

Province. ARTICÙLATA. Homogangliala (Owen). 

CI. Arachnida. Ord. Dermophysa, Trachearia, Pulmolracheari 

Pulmonaria. 
CI. Insecta. Sous-classe : Mybiapoda. Ord. Chilognatha et Chil 
poda. 

— Hexapoda. Ord. Aptera, Diptera, Lej 

doptera, Hymenoptera, Homoptei 
Strepsitera, Neuroptera, Orthopter 
Coleoptera. 
CI. Crustacea. Sous-classe : Entomostraca. Ord. Trilobites, 3 
phosura, Phyllopoda, Cladocera, C 
tracopoda, Copepoda. 

— Malacosxraca : 1" Edriophthalma. Or 

Laemodipoda, Isop 
da, Amphipoda. 
2» Podophthalma. Or 
Stomapoda, Dec 
poda. 

Cl. Epizoa. Ord. Cephaluna, Brachiuna, Onchuna. 

CI. Annellata. Ord. Suctoria, Terricola, Errantia, Tubicola. 

Cl. Cirripedia. Ord. Thoracica, Abdominalia, Apoda. 

Province. MOLLUSCA. Heterogangliata (Owen). 

Cl. Cephalopoda. Ord. Teirabranchiata et Dibranchiala. 
Cl. Gasteropoda. A.Mokœcia : Ord. Apneusta (KoU.), Nudibrai 
chiata, Inferobranchiata, Tectibranchiat 
Pulmonala. 
B. DiŒciA ; Ord. Nucleobranchiata , Tubul 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. — OWEN. 335 

branchiata, Cyclobranchiata , Scutibran- 
cliiata, Pectinibranchiata. 

Cl. Pteropoda. Ord. Thecosomata, Gymnosomata. 

Cl. Lamellibranchiata. Ord. Monomyaria et Dimyaria. 

Cl. Brachiopoda. Des familles et point d'ordres. 

Cl. T'JNicATA. Ord. Saccobranchiata, Taeniobranchjata. 

Sous-province. RADÎARIA (i). 
Cl, EcHiNODERMATA. Qrd. Cfinoidea, Asteroidea, Echino|de^, Ho- 

lothurioidea, Sipunculoidea. 
Cl. Bryozoa. Des familles seulement. 
Cl. Anthozoa. Des familles seulement. 
Cl. AcalephjE. Ord. Pulmograda, Ciliograda, Physograda. 
Cl. Hydrozoa. Des familles seulement. 

Sous-province. ENTOZOA. 
Cl. Cœlelmintha. Ord. Gordiacea, Nematoidea, Onchophora. 
Cl. Sterelmintha. Ord. ïaenioidea, Trematoda, Acantocephala, 
— Turbellaria. 

Sous-province. INFUSORIA. 
Cl. RoTiFERA. Rien que des familles. 
Cl. PoLYGASTRiA. Ord. Astoma, Stomapoda. — Rhizopoda. 

La classification qui sert d'introduction aux « Lectures » 
d'Owen (2) sur l'anatomie comparée est très-instructive. 
Elle fait, plus que les autres systèmes modernes, nettement 
ressortir la fâcheuse prépondérance que la considération 
3es complications de la structure a prise de nos jours sur 
.'idée de plan. Les provinces d'Owen répondent bien, il est 
Frai, pour ce qui est essentiel, aux embranchements de 
Pluvier, mais il y a cette différence bien marquée : Owen 

(i) Dans la première édition de l'ouvrage (1843), les sous-provinces Radiaria, 
ïntozoa, Infusoria, ne forment qu'un seul sous-règne appelé Radiata, par 
•pposition aux scus-règnes Mollusca, Arliculata, Vertcbrata, et ce sous-règne 
«t subdivisé eii deux groupes, les Nemalorteura et les Acrila. 

(2) J'ai donné à la classification d'Owen la priorité sur celles de von Siebold 
I Stannius, de .Milne-Edwards, de Leuckart, etc., parce que la première édition 
les Lectures on comparative anatomy a été publiée en 1843. JJais en analysant 
« système tel qu'il est figuré dans le diagramme ci-dessus, il importe d'avoir 
Téscnt à l'esprit que, dans sa première édition, Owen n'a considéré que les 
lasses seulement ; les ordres et les familles ont été ajoutés plus tard, en 1855, 
lans une seconde édition. Je fais cette remarque simplement pour qu'on ne 
•uisse se méprendre et attribuer à Owen toutes les subdivisions de la classe 
f}mises par lui et qui ne figureraient pas dans les systèmes examinés avant le 
ien. 



336 DE LA CLASSIFICATION. 

ne veut pas reconnaître pour les Rayonnes une province de 
valeur égale à celle des Mollusques, des Articulés et deî 
Vertébrés; il admet les Radiaires, mais comme sous-pro- 
vince seulement et sur le même niveau que les Entozoairei 
et les Infusoires. Evidemment, ici, l'idée de la simplicité de 
structure prévaut sur celle de plan, car les sous-provincei 
des Radiaires, des Entozoaires et des Infusoires contiennent 
à côté des vrais Rayonnes, les types les plus humbles d( 
deux autres embranchements, celui des Mollusques et celu 
des Articulés. D'un autre côté, ces trois sous-provinces cor- 
respondent aux trois premiers types de Von Siebold ; le; 
Infusoires d'Owen (1) comprennent les mêmes animaux qu( 
les Protozoaires de von Siebold ; les Entozoaires (2) de ce 
lui-là sont les Vers de celui-ci ; les Radiaires du premier son 
les Zoophytes du second ; à cette seule exception près qu( 
Ovi^en rapporte les Annelés à la province des Articulés, tan 
dis que Siebold les range parmi ses Vers. A part cela, le 
types des Mollusques et des Articulés de ces deux anato 
mistes distingués sont en parfaite conformité. La situatioi 
assignée par Owen aux provinces des Articulés et des Mol 
lusques, l'une à côté de l'autre (3) et non pas l'une au-des 
sus de l'autre, a sans doute pour but d'exprimer la convie 
tion où il est que la complication de structure, chez ce 
deux types, ne saurait être une raison plausible de donne 
soit à l'un, soit à l'autre, le rang inférieur ouïe supérieur 
Et cela est très-exact. 

Plusieurs groupes dont les auteurs précédents ont fait de 
ordres ou des familles sont, ici, considérés comme classes 
Ainsi la classe des Epizoaires d'Owen, qu'il ne faut pas con 
fondre avec celle que Nitzsch a instituée sous la même dé 

(1) Les Rhizopodes sont considérés comme un groupe de valeur égale à ceu 
des Rotifères et des Polygastriques, à la page 16 des Lectures, mais, à la page 5Î 
ils sont placés comme un sous-ordre des Polygastriques. 

(2) Les Turbellariés sont représentés comme un groupe indépendant à 1 
page 16, et rapportés aux Trématodes, comme sous-ordre, à la page 118. 

(3) Faute d'espace, j'ai été forcé, en reproduisant la classification d'Owe 
dans le diagramme qui précède, de placer les provinces des Articulés et d( 
Mollusques à la suite Tune de l'autre ; mais conformément à ce point de vu( 
elles doivent être placées au même niveau et côte à côte. 



iKf 



SYSTEMES AN ATOMIQUES. — OWEN. 337 

lomination, répond exactement à la famille dite des Lernées 
e Cuvier. Sa classe des Hydrozoaires équivaut à l'ordre des 
lydroïdes de Johnston et est identique avec celle dite des 
limorphes, d'Ehrenberg. Ses Cœlelmintlies sont le pendant 
e l'ordre des Intestinaux Cavitaires institué par Cuvier, 
n y ajoutant le Gordius; tandis que ses Sterelminthes ont 
1 même portée que l'ordre des Intestinaux Parenchyma- 
eux de l'auteur français. Généralement parlant, le lecteur 
le doit pas croire que les divisions secondaires mentionnées 
lar les différents auteurs dont j'ai analysé ici les systèmes 
lient été établies par eux. Elles sont fréquemment emprun- 
ées aux résultats obtenus par les observateurs dont l'étude 
i spécialement porté sur des classes isolées ; mais ce serait 
ne laisser entraîner trop loin que d'entrer ici dans la dis- 
jussion de tous ces détails. 

La ressemblance de plus en plus grande que présentent 

es systèmes zoologiques modernes est d'un heureux augure. 

userait, en effet, grandement se méprendre que de l'attri- 

)uer uniquement à l'influence des auteurs les uns sur les 

lutres. Loin de là, cette ressemblance provient en très- 

jrande partie de ce que la nature nous est mieux connue. 

iBs observateurs qui sont parfaitement au niveau de l'état 

cluel de la science possèdent nécessairement à peu près la 

aême somme de connaissances; il est, dès lors, évident 

ue leurs manières de voir ne peuvent plus différer autant 

ue si chacun d'eux n'était famiher qu'avec une partie 

îulement de son sujet. Une connaissance approfondie du 

ègne animal doit, finalement, produire la conviction que la 

che des zoologistes n'est pas du tout d'introduire l'ordre 

mni les animaux, mais que le but le plus élevé qu'ils 

lissent atteindre est tout simplement de //re les affinités 

iturelles existant entre les êtres; si bien que plus notre 

nnaissance embrassera étroitement le champ entier de la 

cherche scientifique, plus parfaite sera la coïncidence de 

s opinions. 

Quant à la valeur des classes adoptées par Owen, je ferai 
arquer encore que de récentes observations, du mérite 

AGASSI/. 22 



388 DE LA CLASSIFICATION. 

desquelles lui-même est bon juge, ont prouvé que ses Ci 
ripèdes et ses Epizoaires sont de vrais Crustacés, et que l 
Entozoaires ne peuvent pas être plus longtemps tenus à ur 
aussi grande distance des Annelés que celle où les place se 
système. Pour ce qui est des autres classes, je renvoie 
lecteur à mon examen critique des anciens systèmeâ et à 
première section de ce chapitre. 

M. Milne Edwards est l'auteur d'une classification qu'il 
récemment présentée comme l'expression de ses vues ai 
tuelles sur les affinités naturelles des animaux ; or, ce m'e 
une grande satisfaction de découvrir que la manière de vo 
que j'ai moi-même soutenue dans les précédentes pages t 
ce livre, sur les rapports naturels des principaux groupi 
du Règne animal, est en parfait accord avec le système ( 
ce zoologiste distingué. C'est le seul auteur original qui ai 
dans ces derniers temps, donné son approbation sans résen 
aux divisions primaires d'abord proposées par Cuvier, toi 
en admettant, bien entendu, dans les groupes d'un rang s< 
condaire les rectifications rendues nécessaires par les pn 
grès auxquels il a, pour sa part, si largement contribué. 

Quant aux classes adoptées par M. Milne Edwards, j' 
peu de chose à ajouter à ce que j'ai déjà déclaré précéden 
ment à propos des autres classifications. Bien que l'idée t 
plan ait reconquis chez lui l'importance qu'il convien 
celle de la complication de structure exerce encore trc 
d'influence sur l'auteur. C'est au point qu'elle l'amène à col 
sidérer comme classes des groupes d'animaux qui dilYèrei 
seulement en degrés et ne constituent par consécjuent qu 
des ordres. Telles sont, à n'en pas douter, ses classes d( 
MolluscGÏdes et celles des Vers, ainsi que les Myriapodes ( 
les Arachnides. Pour ce qui est des poissons, je renvoie 
mes remarques de la première section de ce chupitr 
(p. 308). 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. — MILNE EDWARDS. 339 



Classification de Milne Edwards. 

jQ diagramme qui suit est extrait du Cours élémentaire d'histoire naturelle, 
Paris, 1855, in-12, T^ édit., oîi l'auteur a présenté les [résultats de ses 
recherches sur la classification des Vertébrés et des Articulés. îVoyez aussi ses 
Mémoires sur les Polypes, les Mollusques et les Crustacés, dans les Annales 
des Sciences naturelles. 

l. OSTÉOZOAIRES ou VERTÉBRÉS. 

Sous-embranchement. Aiiantoidiens. 

Cl. Mammifères. 1" Monodelphiens, a. propres. Ord. Bimanes, 
Quadrumanes, Chéiroptères, Insectivores, Rongeurs, 
Édentés, Carnivores, Amphibies, Pachydermes, Rumi- 
nants. 6. pisciformes : Cétacés. — 2° Didelphiens. Ord. 
Marsupiaux, Monotrèmes. 

Cl. Oiseaux. Ord. Rapaces, Passereaux, Grimpeurs, Gallinacés, 
Échassiers, Palmipèdes. 

Cl. Reptiles. Ord. Chéloniens, Sauriens, Ophidiens. 

Sous-embranchement : Anaiianto'jdiens. 

Cl. Batraciens. Ord. Anoures, Urodèles, Pérennibranches, 
Cécilies. 

Cl. Poissons. 1° Osseux. Ord. Acanlhoptérygiens, Abdominaux, 
j Subbrachiens, Apodes, Lophobranches, Plectognates. — 

fi 2" Chondroptérygiens. Ord. Sturioniens, Sélaciens, Cy- 

i, clostomes. 

II. ENTOMOZOAIRES ou ANNELÉS. 

Sous-embranchement. Arthropodes. 

Cl. Insectes. Ord. Coléoptères, Orthoptères, Névroptères, Hy- 
ménoptères, Diptères, Rhipiptèrcs, Anopleures, Thysa- 
noures. 
Cl. Myriapodes. Ord. Chilognates, Chilopodes. 
Cl. Arachnides. Ord. Pulmonaires, Trachéennes. 
Cl. Crustacés. 1° Podophthalmes. Ord. Décapodes, Stoma- 
podes. 2° Édriophthalmes. Ord. Amphipodes, Lémodi- 
I podes, Isopodes. .'5° Branchiopodes. Ord. Osirapodes, Phyl- 

à lopodes, Trilobites. Zi" Etilomostracés. Ord. Cupépodcs, 

Cladocères, Siphonostomes, Lernéides, Cirripèdes. 3" Xi- 
phosures. 

! Sous-cmbranchement. Ver». 
Cl. Annélides. 



SHO DE LA CLASSIFICATION. 

Cl. Helminthes. 

CI. TURBErXARlÉ?, 

Cl. Cestoïdes. 
Cl. Rotateurs. 

III. MÂLACOZOAIRES ou MOLLUSQUES. 

Sous-embranchement, mollusques, p. d. 

Cl. CÉPHALOPODES. 

Cl. Ptéropodes. 
Cl. Gastéropodes. 
Cl. Acéphales. 

Sous-erabrancliement. nfoiiuscoVdes. 

Cl. TUNICIERS. 

Cl. Bryozoaires. 

IV. ZOOPHYTES. 

Sous-embranchement. Radlalres ou Rayonné». 

Cl. ÉCHINODERMES. 
Cl. ACALÈPHES. 

Cl. Polypes. 

Sous-embranchement, liarcodaires. 

Cl. Infusoires. 
Cl. Spongiaires. 

Classification de von Siebold et Stannius. 

Cette classification est adoptée dans l'ouvrage de ces deux auteurs, Lehrbuc 
der vergloichenden Anatomie-, Berlin, 1845, 2 vol. in-8 ; une deuxièm 
édition a été publiée en 1854-56. 

EVERTEBRATA. 

I. PROTOZOA. 

Cl. 1. Infusoria. Ord. Astoma et Somatoda. 

Cl. 2. Rhizopoda. Ord. Monosomatia et Polysomatia. 

II. ZOOPHYTA. 

Cl. 3. Polypi. Ord. Anthozoa et Bryozoa. 
Cl. Zi. AcALEpH^. Ord. Siphonophora, Discophora, Ctenophora. 
Cl. 5. Ecuinodermata. Ord. Crinoidea, Asterioidca, Echinoidea 
Holothurioidea et Sipunculoidea. 



SYSTÈMES ANATOMIQUES. >— SIEBOLD ET STANNIUS. 341 
VERMES. 

Cl. 6. Helminthes. Ord. Cystici, Cestodes, Trematodes, Acantho- 

»cephali, Gordiacei, Nematodes. 
Depuis la publication du Lehrbuch, etc., Siebold a introduit de 
très-importantes améliorations dans la classification des Vers et 
beaucoup ajouté à ce que l'on savait de ces animaux. 

Cl. 7. TuRBELLARii. Ord. Rhabdocœli, Dendrocœli. 

Cl. 8. RoTATORii. Point d'ordres. 

Cl. 9. Annulati. Ord. Apodes et Chœtopodes. 

V. MOLLUSCA. 

Cl. 10. AcEPHALA. Ord. Tunicata, Brachiopoda, Lamellibran- 

chiata. 
Cl. 11. Cephalophora, Meck. (Gastéropodes). Ord. Pteropoda, 

Heteropoda, Gasteropoda. 
Cl. 12. Cephalopoda. Point d'ordres. 

ï. ARTHROPODA. 

Cl. 13. Crustacea. Ord, Cirripedia, Siphonostoma, Lophyropoda, 
Phyllopoda, Pœcilopoda, Lsemodipoda, Isopoda, Amphi- 
poda, Stomapoda, Decapoda, Myriapoda. 

Cl. III. Arachnida. Les ordres n'ont pas reçu de noms. 

Cl. 15. Insecta. a. Ametabola. Ord. Aptcra. -- b. Hemimetaboîa, 
Ord. Ilemiptera, Orthoptera. — c. Ilolometabola. Ord. 
Diptera, Lepidoptera, Hymenoptera, Strepsitera, Neu- 
roptera, Coleoptera. 

I. VERTEBRATA. 

I CI. 16. Pisces. Sous-classes : 1'*, Leptocardii ; 2", Marsipobran- 
chii; 3", Elasmobranchii, Ord, Holocephali, Plagiostomi; 
à'^, Ganoidei, Ord. Chondroslei, Holostei; 5^, Teleostei, 
Ord. Acanthopteri, Anacanthiiii, Pharyngognathi, Pby- 
sostomi, Plectognalhi, Lophobranchii : 6°, Dipnoi. 
Cl. 17. Reptii.ia. Sous-classes: l""", Dipnoa, Ord. IJrodela, Ba- 
trachia, Gymnophiona; 2« Monopona: a. Streptoslylica, 
Ord. Ophidia, Sauria; b. Monimostylica, Ord. Chelonia, 
Crocodila (1). 

(1) Les subdivisions des classes des Poissons et des Reptiles ont été copiées 
ns la seconde édition (1854-1856), oîi le classement de Millier pour les Pois- 
us est adopté. Celui des Reptiles est en parlie l'œuvre de Stannius. (Les classes 
;es et Mammalia n'avaient point encore été publiées quand parut la deuxième 
ition de ce livre. — iV. du T.) 



342 DE LA CLASSIFICATION. 

Cl. 18. AvES. 

Cl. 19. Mammalia. 

Le trait le plus original de la classification de von Siebold 
c'est l'adoption des deux types; Protozoaires et Vers, défini 
de la manière qu'ils le sont ici. Le type des Vers est sorti de 
investigations des helminthologistes qui, trop exclusivemen 
engagés dans l'étude des Vers parasites, ont négligé les rap 
ports de ces êtres avec les autres Articulés. D'un autre côté 
l'isolement où beaucoup d'entomologistes sont demeurés ; 
l'égard des zoologistes en général a contribué, sans aucui 
doute, à rendre tardive cette comparaison étroite entre le 
Vers et l'état larval des Insectes, sans laquelle il est biei 
difficile d'apprécier véritablement l'identité typique des Vers 
des Crustacés et des Insectes. Pour ce qui est des classe 
adoptées par von Siebold (I) et Stannius, je n'ai à faire au 
cune remarque que je n'aie faite déjà. 

Classification de R. Leuckart. 

La classification de Leuckart est tirée de l'ouvrage suivant : Uéber die Morphi 
loçfie und die Verwandlschaftsverhaltnissederwirbellosen Thiere. Brunswicl 
1848, 1 vol. in-8. 

I. CŒLENTERATA, Lkt. 

Cl. 1. Polypi. Ord. Anthozoa et Cyllcozoa (Lucernaires). 
Cl. 2. AcALEPH^.. Ord. Discophorae et Ctenophorae. 

II. ECHLNODERMATA, Lkt. 

Cl. 3. Pelmatozoa, Lkt. Ord. Cystidea et Crinoidea. 

Cl. II. AcTiNOzoA, Latr. Ord. Echinida et Asterida. 

Cl. 5. ScYTODERMATA, Brnist. Ord. Holothuriae et Sipunclida. 

III. VERMES. 

Cl. 6. Anenterati, Lkt. Ord. Cestodes et Acanthocephali (Hel 
minthes, Brmst). 

(1) Les dénominations de ces types, Protozoaires, Vers, sont plus ancienne 
que leur délimitation dans la classification de Siebold. Le mot de Protozoaire 
que Goldfuss a, le premier, introduit dans le langage scientifique, a été employ 
avec différentes acceptions pendant près d'un demi-siécle; celui de Vers a et 
pour la première fois adopté par Linné pour désigner une grande division di 
règne animal, mais avec une signification tout à fait différente. 



1 



SYSTÈMES AN ATOMIQUES. — LEUCKART. 343 

Cl. 7. Apodes, hkt- Ord. Nemertlni, Turbellarii, Trematodes et 
Hirudinei (Trematodes, Burm.), 

Cl. 8. CiLiATi, Lkt. Ord. Bryozoa et Rotiferi. 

Cl. 9. ÀNNELiDES. Ord. Nematodes, Lumbricini et Branchiati 
(Annulati, Burm., à l'exclusion des Nemertini et Hiru- 
dinei). 

[V. ARTHROPODA. 

Cl. 10. Crustacea. Ord. Entomostraca (Neusticopoda, Car.) et 

Malacoslraca. 
Cl. H, Insecta. Ord. Myriapoda, Arachnida (Acera, Latr.), Hexa- 

poda. 

k . MOLLUSCA, Cuv. (Palliata, Nitzch). 

Cl. 12. ïuNicATA. Ord. Ascidiœ (Tethyes, Sav.) et Salpœ (Thalides, 

Sav.)(l). 
Cl. 13. AcEPHALA. Ord. Lamellibranchiata (Cormopoda, Nitzch., 

Pelecypoda, Car.) et Brachiopoda, 
Cl. li^i. Gasteropoda. Ord. Heterobranchia (Pléropodes, Inféro- 

branches et Tectibranches), Dermatobranchia (Gymno- 

branches et Phlébentérés), Heteropoda, Ctenobranchia, 

Pulmonata et Cyclobrauchia. 
Cl. 15. Cephalopoda. 

i^I. VERTE BRATA (Leuckart ne s'en occupe point). 

Je n'ai pas besoin de répéter ici ce que j'ai déjà dit, dan» 
la première section, à l'égard des divisions primaires adop- 
tées par Siebold et Leukart. Quant aux classes, je puis ajouter 
:jue les trois classes d'Echinodermes de Leuckart ne présen- 
tent que des caractères d'ordre. A part les Oiseaux et les 
Céfthalopodes, il n'y a pas une classe aussi bien définie que 
celle des Echinodermes et aussi peu susceptible d'être frac- 
tionnée en groupes mineurs présentant quelque chose de 
semblable aux caractères de classe. Les systèmes orga- 
ûi([ues offrent cbez ces êtres des homologies si étroites 
[(voy, p. 30*2) que, pour entreprendre de les subdiviser en 
rois classes, Leuckart a dû admettre comme classes dei 

roupes qui fournissent seulement les caractères de l'ordre, 

(1) Leuckart incline tant soit peu à considérer les Tunîcata non pas sim- 
ileinent coinmo une classe, mais môme comme un autre grand type ou em- 
iranchement interinédiaii'â entre les Echinodermes et les Vers. 



ZUU DE LA CLASSIFICATION. 

c'est-à-dire des degrés différents de complication dans 
la structure. La même observation est également fondée 
à l'égard de ses classes de Vers. L'arrangement de ces 
animaux proposé par Burmeister est certainement plus con- 
forme aux faits que ceux de von Siebold et de Leuckart, d'au- 
tant qu'il rapporte déjà et à bon droit les Rotifères à la 
classe des Crustacés et ne veut pas, comme Leuckart, réunir 
les Bryozoaires et les Vers. Je suis d'accord avec Leuckart quant 
à la convenance de séparer les Nemertins et les Hirudinés 
des vrais Annélides, mais Burmeister fait une appréciation 
plus exacte de la position à attribuer au type tout entier des 
Vers, puisqu'avec De Blainville il le reporte à l'embranche- 
ment des Articulés. 

Le défaut commun à toutes les classifications qui ont été 
proposées depuis Guvier est, d'abord, d'avoir abandonné plus 
oumoins complètement l'idée du plan de structure, idée admi- 
rablement développée par Cuvier, et sur laquelle il n'a cesst 
d'insister avec une confiance croissante et une conscience 
de plus en plus nette de sa valeur, depuis 1812; ensuite, 
d'avoir fréquemment laissé l'idée de complication de struc- 
ture l'emporter sur tous les autres traits plus généraux di 
plan. Pour apprécier convenablement ces traits, il faut, il es 
vrai, une connaissance de la structure du règne animal tou 
entier, autrement profonde que celle qui suffit à l'investiga 
tion des caractères anatomiques de types particuliers. 

Cependant, qu'on jette sur tous ces systèmes un coup d'œi 
rétrospectif, qu'on examine avec attention les plus récent 
d'entre eux et, pour peu qu'on soit bien au fait des vues qu 
ont cours actuellement dans notre science, on ne manquen 
pas de reconnaître que, après un demi-siècle d'expérience 
l'idée d'embranchements caractérisés par la différence dei 
plans de structure a prévalu, comme expression des vérita- 
bles rapports existant entre les animaux, sur celle de gra- 
dation réunissant tous les animaux en une seule série pro 
gressive. Or, si l'on réfléchit que cette idée s'est fait jour i 
travers les vues les plus contradictoires sur la classification, e 
même en l'absence de tout principe régulateur, il faut biei 



LES PHYSIOPHILOSOPHES. 345 

convenir que cela ne peut être dû qu'à la vérité intrinsèque 
du jugement pour la première fois émis par Guvier. On 
découvre dans les classifications de Siebold, deLeuckart et 
des autres le triomphe de la grande conception du natura- 
liste français, malgré toute la différence qu'il y a entre leurs 
systèmes et le sien. La question de principe en effet n'est 
pas de savoir s'il y a quatre grands plans, s'il n'y en a que 
trois ou s'il y en a davantage, ni si ces plans sont circonscrits 
de telle ou telle manière ; c'est là une simple affaire de soin 
et de pénétration de la part de l'observateur. Aussi je main- 
tiens que la première ébauche de Guvier, avec toutes ses 
imperfections de détail, offre un tableau des rapports essen- 
tiels existant entre les animaux plus conforme à la nature que 
les classifications en apparence plus correctes des écrivains 
modernes. 



Systèmes physiophilosophiques. 

Vers le temps où Guvier et les naturalistes français décri- 
vaient la structure du Règne animal et entreprenaient d'en 
faire la base d'un système naturel de zoologie, il se formait 
en Allemagne, sous la direction de Schelling, une école phi- 
losophique qui étendait sa puissante influence sur toutes les 
branches des sciences physiques. Oken, Kieser, Bojanus, 
S{)ix, Huschke et Carus sont les plus remarquables parmi 
les naturalistes qui apphquèrent la philosophie nouvelle à 
ll'étude de la Zoologie. Mais aucun d'eux n'a, au même degré 
iqu'Oken, incorporé les vues de l'école aux résultats de 
jl'élude de l'histoire naturelle. 

Aujourd'hui, le courant repousse avec violence tout ce 
[qui rappelle les physiophilosophes allemands et ce qu'ils 
ont fait ; il est de bon ton d'en dire du mal. L'obligation 
n'en est que plus impérieuse, pour qui veut faire l'histoire 
impartiale de la science, de montrer combien grande et 
bienfaisante fut l'influence d'Oken sur les progrès de la 
science en général et sur ceux de la Zoologie en particuUer. 



346 DE LA CLASSIFICATION. 

Il est d'ailleurs bien plus facile de lui emprunter ses idées, 
tout en se moquant de son style et de sa nomenclature, 
que de découvrir le sens véritable de ce que ses formules 
presque toujours paradoxales, sentencieuses ou aphoristi- 
ques laissent inexpliqué. Mais l'homme qui a changé du 
tout au tout la méthode d'étude de l'ostéologie comparée, 
l'homme qui a porté une investigation profonde dans l'em- 
bryologie des animaux supérieurs, en un temps oïi un petit 
nombre seulement de physiologistes prêtaient attention à 
cette matière; celui qui a classé les trois règnes de la nature 
d'après des principes qui n'appartiennent qu'à lui, qui a 
aperçu chez les êtres organisés des milliers d'homologies et 
d'analogies entièrement méconnues auparavant; l'homme 
qui a publié sur l'histoire naturelle un traité considérable, 
résumé substantiel de tout ce qu'on savait au jour de sa 
publication; celui qui a dirigé pendant vingt-cinq ans le 
journal des sciences naturelles le plus complet qui ait 
jamais été publié, y enregistrant avec une scrupuleuse 
fidélité toutes les découvertes faites pendant un quart de 
siècle ; le savant qui a su inspirer à tous les étudiants qui 
l'ont approché un ardent amour pour la science et une sin- 
cère admiration pour le maître; cet homme-là ne doit pas 
être oubhé, et les services qu'il a rendus ne doivent pas être 
dédaignés, aussi longtemps du moins que l'intelligence et 
l'observation seront réunies. 

Classification d'Oken. 

Le tableau suivant de la classification d'Oken est extrait de son Allgemeinç 
Naturgeschichle fur aile Stande, Stuttgardt, d 833-42, 14 vol. in-8, t. l''"', 
p. 5. On peut se rendre compte des changements qui ont été introduits dans 
ce système en comparant le Lehrbucli der Nalur philosophie du même auteur, 
léna, 1809-11- 2« édit., 1831; S*-' édit., Zurich, 18/i3 ; — version anglaise 
parla Roy-Society, Londres, 1847; et aussi Lehrhuch der Naturgeschichle, 
Leipsig, 1813; Weimar, 1815 et 1825. — Handbuch der Naturgeschichle 
zum Gehrauch bei Vorlesungen, Nuremberg, 1816-20. — Naturgeschichle 
fiir Schulen, Leipsig, 1820, et divers mémoires dans Ylsis. 

1" Degré. Animatjx-intestin, encore appelés Animaux-Corps, ou Ani- 
maux- Tacf. TInc cavité seulement; point de tCle garnie d'un cer- 
veau; rien que le sens le moins parfait; des intestins et des or- 



PHYSIOPHILOSOPHES. — OKEN. 347 

ganes cutanés, mais point de chair ; c'est-à-dire ni os, ni muscles, 
ni moelle épinière. = INVERTÉBRÉS. Caractérisés par le déve- 
loppement des systèmes organiques de la vie végétative, qui sont 
ceux de la digestion, de la circulation et de la respiration. De là : 

Cycle I. Animaux-digestion. = rayonnes. Caractère essentiel : rien 
de développé que l'intestin. 
Cl. 1. Infusoires (animaux-estomac). Bouche simplement garnie 

de cils vibratiles. 
Cl. 2. Polypes (animaux-intestin). Bouche munie de lèvres et de 

tentacules pour la préhension. 
Cl. 3, AcALÈPHEs (animaux lactescents). Corps traversé par des 
tubes semblables aux vaisseaux lymphatiques. 

Cycle II. Animaux-circulation, = mollusques. Caractère essentiel: 
intestins et vaisseaux. 
Cl. U. Aci^:raALEs (animaux biauriculés). Cœur membraneux à 

deux oreillettes. 
Cl. 5. Gastéropodes (animaux uniauriculés). Cœur membraneux 

à une seule oreillette. 
Cl. 6. CÉPHALOPODES (Animaux bicardiés). Deux cœurs. 

Cycle III. Animaux-respiration. = articulés. Caractère essentiel : 
intestin, vaisseaux et pores respiratoires. 

Cl. 7. Vers (animaux-peau). Respiration parla peau elle-même, 
ou partie de la peau ; pas de pieds articules. 

Cl. 8. Crustacés (animaux-branchies). Branchies ou tubes aériens 
partant d'une peau cornée. 

Cl. 9. Insectes (animaux-trachées). Des trachées intérieurement; 
des branchies au dehors, servant d'ailes. 

2" Degré. Animaux-chair, encore appelés a.mma.ux-téte. = VERTÉ- 
BRÉS. Le corps a deux cavités entourées de parois charnues (os 
et muscles), qui renferment la moelle épinière et les intestins. 
Tête contenant un cerveau ; sens supérieurs développés. Carac- 
térisés par le développement des systèmes de la vie animale, 
spécialement du squelette, des muscles, des nerfs et des sens. 

Cycle IV. Animaux charnels proprement dits. Sens non perfec- 
tionnés. 
Cl. 10. Poissons (animaux-os). Squelette prédominant et extrô- 
mement morcelé ; muscles blancs ; cerveau sads circonvo- 
lutions; langue dénuée d'os; nez non perforé; oreilles ca- 
chées ; yeux sans paupières. 
Cl. 11. Reptiles (animaux-mw^cies). Muscles rouges, cerveau sans 
circonvolutions, nez pcîrforô, oreilles sans orifice extérieur, 
yeux immobiles, à paupières imparfaites. 



8A8 DE LA CLASSIFICATION. 

Cl. 12. Oiseaux (animaux-ner/s). Cerveau avec des circonvolu- 
tions, oreilles ouvertes, yeu.v immobiles, à paupières impar- 
faites. 

Cycle V. Animaux sensuels. Tous les systèmes anatomiques et tous 
les sens perfectionnés. 
Cl. 13. Mamuikères (animaux-sens). Langue et nez charnus, 
oreilles ouvertes, le plus souvent munies d'une conque, 
yeux mobiles, avec deux paupières distinctes. 

Les principes posés par Oken et dont cette classification 
est, en zoologie, le résultat pratique, peuvent se résumer 
ainsi : les degrés ou grands embranchements sont déterminés 
par les systèmes anatomiques, par exemple par la tête et 
le corps, par l'intestin, par les chairs, par les sens. De là 
deux degrés dans le Règne animal. Les animaux sont, pour 
ainsi dire, des parties faites vivantes du corps humain dé- 
membré. Les classes d'animaux sont la représentation spé- 
ciale, par des formes vivantes, des systèmes anatomiques de 
l'être le plus élevé de la création. 

L'Homme, dans ce système, est considéré, non pas seule- 
ment comme la clef du Règne, mais encore comme le pro- 
totype et la mesure de l'organisation animale. Il n'existe 
rien dans le Règne qui ne soit représenté, et par une 
combinaison plus parfaite, dans l'homme même. L'exis- 
tence de plusieurs plans distincts de structure est ainsi 
niée virtuellement. Tous les animaux sont construits sur le 
patron de l'homme. Les différences qu'il y a entre eux sont 
purement et simplement dues à ce qu'ils présentent soit 
un seul système, soit un plus petit ou un plus grand nombre 
de systèmes d'organes, d'une importance physiologique ou 
moindre ou plus considérable, et dont le développement, 
dans le corps de chacun d'eux, est ou bien exclusif ou bien 
lié à celui d'un ou de plusieurs autres systèmes. Les prin- 
cipes sur lesquels se fondent la classification de Cuvier et 
celle d'Ehrenberg sont les uns et les autres complètement 
réduits à néant. Le principe de Cuvier, qui admet dans le 
Règne animal quatre différents plans de structure, est, en 
effet, contradictoire avec l'idée que tous les animaux ne re- 



w 



PHYSIOPHILOSOPHES. — FITZINGER. 349 



présentent pas autre chose que les organes de l'Homme. Le 
principe d'Ehrenberg, qui considère tous les animaux comme 
également parfaits, n'est pas moins inconciliable avec la sup- 
position que tous les animaux représentent une somme iné- 
gale d'organes. Or, d'après Oken, le corps des animaux est, 
en quelque sorte, le corps de l'homme analysé; les organes 
de celui-ci vivent soit isolément, soit sous diverses combinai- 
sons, à l'état d'animaux indépendants. Chacune de ces com- 
binaisons constitue une classe distincte. Le principe sur le- 
quel sont fondés les ordres a déjà été exposé précédemment 
(chap. Il, section 3, p. 2'47). 

Il y a quelque chose de séduisant dans l'idée que l'Homme 
est le prototype d'après lequel on doit apprécier la structure 
de tous les animaux. Mais toutes les tentatives qu'on a faites 
jusqu'ici, pour appliquer ce principe au Règne animal tel 
qu'il est, doivent être regardées comme ayant complètement 
avorté. Dans ses différents ouvrages, Oken a successivement 
identifié les systèmes d'organes de l'Homme avec des 
groupes différents d'animaux ; à leur tour, divers auteurs 
qui admettaient le même principe declassification ont iden- 
tifié ces systèmes à d'autres groupes. L'impraticabilité d'un 
semblable dessein saute aux yeux lorsqu'on s'est convaincu 
par les faits de l'existence de plans distincts de structure. 
Mais si insensé que soit le principe général des physio- 
philosophes, nous ne devons pas méconnaître tout ce qu'il 
y a de profitable dans leurs œuvres spéciales. Les ouvrages 
d'Oken, en particulier, abondent en vues originales sur les 
affinités naturelles des animaux, et sa connaissance profonde 
de toutes les observations de ses prédécesseurs et de ses 
contemporains prouve qu'il fut un des zoologistes les plus 
[instruits de ce siècle, 

j Classification de Fïtzinger, 

|Ce diagramme est extrait du SyslemarepliHuin,àe Fiizinger, Vienne, 1843, in-8. 

II. J^roviacia. EVEUTEBRATA. 

il Animalia systemutum aiialomicorum vegetativorum gradum 

evolutionis c.vhibentia. 



850 DE LA CLASSIFICATION. 

A. Gradua evolutionis systematum physiologicorum vegetativorum. 

I. Circulas. Gastrozoa. 

Evolutio systematis nutritionis : 

a. Evolutio prcevalens b. Evolutio prœvaiens c. Evolutio prœvalens 
systematis digestionis. systematis circulationis, systematis respirationis. 

Cl. 1. Infusoria. Cl. 2. Zoophyta. Cl. 3. Acalephji. 

II. Circulus. Physiozoa. 

Evolutio systematis generationis : 
Cl. Zi. Vermes. Cl. 5. Radiata. Cl. 6. Annulata. 

B. Gradus evolutionis systematum physiologicorum animalium. 
m. Circulus. Dermatozoa. 
Evolutio systematis sensibilitatis : 
Cl. 7. Acephala. Cl. 8. Cephalopoda. Cl. 9. Mollusc a. 

rv. Circulus. Arthrozoa. 
Evolutio systematis motûs : 
Cl. 10. Crustacea. Cl. 11. Arachnoidea. Cl. 12. Insecta. 

II. Provincia. VERTEBRATA. 

Animalia systematum anatomicorum animalium gradum evo 
lutionis exhibentia. 

A. Gradus evolutionis systematum physiologicorum vegetalivorum 

o. Evolutio systematis nutritionis, si- 

mulque ossium Cl. 13. Pisces. 

6. Evolutio systematis generationis, si- 

mulque musculorum Cl. 14. Reptilia. 

B. Gradus evolutionis systematum physiologicorum animalium. 

c. Evolutio systematis sensibilitatis, si- 

mulque nervorum Cl. 15. Aves. 

d. Evolutio systematis mottis, simulque 

sensuum Cl. 16. Mammalia. 

L'idée fondamentale de la classification de Fitzinger ci 
la même que celle sur laquelle Oken a basé son système 
Les divisions supérieures qu'il appelle provinces, degrés ( 
cercles sont, aussi bien que les classes et les ordres, consid^ 
rées comme la représentation soit d'une combinaison quel 
conque de systèmes d'organes, soit d'un système particuliei 



PHYSIOPHILOSOPHËS. — FITZINGER. 351 

soit même simplement d'un organe spécial. Les deux groupes 
primaires, les provinces, sont les Evertébrés et les Verté- 
brés. Les Evertébrés représentent les systèmes de la vie 
végétative, et les Vertébrés ceux de la vie animale, de la 
même façon que les animsiux-mteslm et les animaux-c/«mV 
d'Oken. Toutefois, au lieu d'adopter comme Oken les déno- 
minations de l'anatomie pour ses divisions, Fitzinger emploie 
celles qui sont le plus généralement usitées. Ses subdivisions, 
ou les degrés de ses deux groupes primaires, sont fondées 
sur la répétition de cette même différence, dans les limites 
qui leur sont propres. Les Evertébrés dans lesquels prédo- 
minent les systèmes végétatifs sont mis en opposition avec 
ceux chez lesquels les systèmes animaux l'emportent, et la 
même distinction est encore opérée parmi les Vertébrés. 
Chacun de ces degrés embrasse deux cercles tracés d'après le 
développement d'un système organique particulier, etc. On 
ne doit pas s'attendre à ce que les systèmes fondés sur de 
tels principes puissent présenter entre eux plus de concor- 
dance que les classifications basées sur les différences 
anatomiques ; je demanderai cependant ce que devient le 
principe lui-même, si ses prôneurs ne sont pas d'accord 
sur les systèmes anatomiques qu'ils doivent donner pour 
base à leurs classes? D'après Oken, les Mollusques (Acé- 
phales, Gastéropodes et Céphalopodes) représentent le 
système de la circulation ; c'est ainsi du moins qu'il les en- 
visage dans la dernière édition de son système. Fitzinger, 
au contraire, voit en eux les représentants du système de la 
sensibilité. Oken identifie les Articulés (Vers, Crustacés et 
Insectes) avec le système de la respiration ; Fitzinger fait 
d'eux l'équivalent du système locomoteur, en exceptant tou- 
tefois les Vers qui, réunis aux Rayonnes, sont mis par lui 
en parallèle avec le système de la reproduction, etc. 
Le résultat de divergences aussi grandes est nécessairement 
de faire perdre à ces systèmes toute autorité ; sans nous 
empêcher d'ailleurs de faire cas des comparaisons heureuses 
et des vues ingénieuses auxquelles les tentatives diverses 
faites pour établir une classification sur pareille base ont 



352 



DE LA CLASSIFICATION. 



conduit leurs auteurs. Il est presque superflu d'ajouter que, 
outre le désaccord existant entre les systèmes des différents 
physiophilosophes, on observe même des divergences nota- 
l3les entre les idées du même auteur dans deux éditions dif- 
férentes de son système. 

Prenons pour exemple de la subdivision des classes, parmi 
les Invertébrés du système de Fitzinger, les Radiata {Echi- 
nodermes); chaque série contient trois ordres. 



l''" série. 

Evolutio prœvalens 
systematis digestionis. 

ASTEROIDEA. 



1. Encrinoidea. 

2. Comatulina. 

3. Asterina. 



2" série. 

Evolutio prœvalens 
systematis circiilationis. 

ECHINOIDEA. 



1. Aprocta. 

2. Echinina. 

3. Spatangoidea. 



3« série. 

Evolutio prœvalens 
systematis respirationis. 

SCYTODEEMATA 

(Holothurioides). 

1. Synaptoidea. 

2. Holotiiurioidea. 

3. Pentactoidea. 



Chez les Vertébrés, chaque classe a cinq séries et chaque 
série trois ordres; par exemple, pour les Mammifères, il y a : 



1'''= série. 

Evolutio prœvalens 

sensûs tactùs : 

Cetacea. 

1. Balanodea. 

2. Delphinodea. 

3. Sirenia. 



2« série. 

Evolutio prœvalens 

sensùs gustûs : 

Pachydermata . 

1. Phocina. 

2. Obesa. 

3. Ruminantia. 



Z'^ série. 

Evolutio prœvalens 

sensûs olfactùs: 

Edentata. 

1. Monolremata. 

2. Lipodonla. 

3. Tardigrada. 



Zi" série. 

Evolutio prœvalens 

sensûs auditûs ; 

Unguiculata. 

1. Glires. 

2. Bruta. 

3. Ferœ. 



5* série. 

Evolutio prœvalens 

sensûs visûs : 

Primates. 

1. Chiropteri. 

2. Hemipilheci. 

3. Anthropomorphi. 



Au lieu que la reproduction des caractères d'un groupe 
plus élevé soit pour Fitzenger le fondement des ordres, 



I 



PHYSIOPHILOSOPHES. — M' LEAY. 353 



îomme le voulait Oken, ce sont, les séries que notre auteur 
ibnde sur ce fait; puis il les subdivise en ordres, comme 
Dn vient de le voir. Ces séries ont, d'ailleurs, avec les 
systèmes d'organes qu'elles sont censées représenter, encore 
moins de rapport que les classes et les divisions supérieures 
in Règne. Ces tentatives pour disposer de petits groupes 
m séries naturelles ne sont, à bien reiiarder, qu'un effort 
pour mettre les cadres de nos systèmes en harmonie avec 
l'impression que produit sur nous un examen trés-appro- 
fondi des rapports naturels des êtres organisés. Nous 
remartiuons partout des séries de ce genre; elles ne vont 
pas plus loin que les groupes d'espèces, en certains cas; 
dans d'autres, elles embrassent plusieurs genres, même 
des families entières; enfin fréquemment elles s'étendent 
jusqu'à plusieurs familles. Il n'est pas jusqu'aux classes 
d'un même embranchement qui ne puissent présenter, 
plus ou moins distinctement, une gradation sérielle de 
cette nature. Mais je n'ai pu parvcrir, jusqu'ici, à décou- 
vrir le principe auquel ces sortes ''- rapports peuvent être 
ramenés, à moins que ce ne soit la complication de struc- 
ture (1), ou le degré de supériorité ou d'infériorité des 
caractères sur lesquels les différentes sortes de groupes 
ont eux-mêmes fondés. L'analogie joue aussi un rôle dans 
a formation des séries, mais tant qu'on n'aura pas étudié 
es catégories d'analogie aussi profondément que les catégo- 
ries d'affmité, il sera impossible de dire dans quelle limite 
'analogie existe. 

Classification de M' Leay. 

Le grand mérite du système de M' Leay (2) et, dans mon 
)pinion son seul titre à notre examen, c'est d'avoir appelé 

(1) Voyez chap. Il, sect. iil. 

(2) J'ai placé la classification de M' Leay dans cette section, non parce qu'elle 
essemble à celle des physiophilosophes allemands, mais à cause de son carac- 

ire général et parce qu'elle est basée sur une vue idéale des aflinilés des ani- 



maux. 



23 



354 DE LA CLASSIFICATION. 

/ortement l'altention des naturalistes sur la différence qui I 
a entre deux sortes de rapports presque toujours confondu 
auparavant, V affinité et \ analogie. Il a montré quel'analogi 
consiste dans la répétition de traits semblables chez de 
groupes d'ailleurs éloignés quand on s'en lient à la compa 
raison des caractères anatomiques, tandis que l'affinité es 
basée sur la parité des rapports de la structure. Ainsi, le 
Chauves-Souris, en raison de la similitude de leur mode d 
locomotion peuvent être dits les analogues des Oiseaux; le 
Cétacés sont les analogues des Poissons, à cause de leu 
forme et de leur mode aquatique d'existence ; et, Chauves 
Souris et Cétacés sont alliés entre eux et avec les autre 
Mammifères par une certaine affinité, en raison del'identil 
des traits les plus caractéristiques de leur structure. Cett 
distinction importante devait nécessairement conduire à d'in 
téressants résultats; jusqu'ici cependant elle n'a produit qu 
des compararaisons fantaisistes émanées de ceux qui l'avaier 
les premiers indiquée. Par exemple, M' Leay suppose pou 
un instant que tous les animaux d'un groupe doivent êtr 
analogues à ceux de chaque autre groupe, tout en format 
un cercle par eux-mêmes. Pour réaliser cette conception 
il dispose tous les animaux en groupes circulaires, de manier 
à mettre en évidence ces analogies et il écarte les affinités le 
plus sensibles qui pourraient contrarier cette idée préconçue 
Mais, pour qu'on ne puisse pas me soupçonner de rabaisse 
le mérite de ce système, le voici présenté d'après les propre 
expressions de son plus zélé admirateur, l'érudit \Vm. Swair 
son qui s'est complu à en faire l'exposé (1) : 

« Les Borœ Ëîitomologicœ (2), malheureusement pour le 
gens studieux, ne peuvent être parfaitement entendues qu 
des adeptes. Les résultats et les observations sont exposé 
dans des parties différentes ; le style de l'auteur est tant soi 

(1) W. Swainson, ATrealise of Ihe Geography and Classification ofanimaU 
Londres, 1835, in-12, p. 201-205. 

(2) "W. S. M' Leay, Horw Entomologicœ ; or Essays on the annulose animah 
Londres, 4819-4821, 2 vol. in-8. 



PHYSIOPHTLOSOPHES. — M tEAY. 

SU décousu, et les groupes, pour la plupart, sont plutôt in- 
iques que définis. L'ouvrage, en somme, est, comme l'auteur 
! dit de bonne foi, une grossière esquisse des particularités . 
rincipales des grandes divisions du Règne et du mode pro- 
able de leurs connexions, plutôt qu'une détermination rigou- 
îuse de ces groupes eux-mêmes ou une démonstration dé 
lurs affinités réelles. On ne pouvait guère espérer davan- 
ige dans l'état de la science à cette époque, et avec les dif- 
cultés herculéennes que Fauteur a eu à surmonter. Cet 
uvrage est devenu excessivement rare et c'est une raison de 
lus pour que j'en donne, à l'occasion, des extraits au lecteur, 
•n comprendra mieux la théorie de M. M'Leay en consul- 
mt le diagramme qui la figure ; car, ainsi que je l'ai déjà 
emarqué, il n'a défini aucun des groupes des Vertébrés, 
lais en condensant le résultat de ses remarques, nous pour- 
ons les résoudre dans les propositions suivantes : — 1" La 
érie naturelle des animaux est continue; elle forme pour 
insi dire un cercle; si bien que, en partant d'un premier point 
|uelconque et en suivant dès lors toutes les modifications 
le la structure, on est imperceptiblement ramené, en passant 
jar des formes nombreuses, au point d'où l'on est parti. — 
• Les groupes qui ne présentent pas cette série circulaire 
:e sont pas naturels. — 3° Les divisions primaires de chaque 
rand groupe sont au nombre de dix, dont cinq sont com- 
osées de cercles relativement plus grands, et les cinq autres 
e cercles plus petits ; ces derniers sont appelés oscillants et 
3nl intermédiaires entre les premiers, qu'ils rattachent les 
ns aux autres. — Zi" Il y a tendance, dans les groupes qui 
Dnl placés aux points opposés d'un cercle d'affinités, à se 
Iriger l'un vers l'autre, — 5° Un des cinq groupes majeurs 
ans lesquels chaque cercle naturel est divisé rappelle par sa 
ysionomie tous les autres groupes ; ou, pour parler plus 
actement, il se compose de types qui sont la représentation 
chacun dos quatre autres groupes, tout en formant par eux- 
êmesuntype particulier. Tels sonllc principe fondamental 
les lois primordiales qui, dans l'opinion de M. M' Leay, 
partiennent à un système natureL Je copie maintenant le 



356 



DE LA CLASSIFICATION. 



diagramme ou tableau du Règne animal et j'essayerai, à l'aida 
de ce tableau, d'expliquer le système plus en détail. » 




« On voit, au premier coup d'œil jeté sur le tableau c 
dessus, que tous les animaux y sont disposés de manière 
former un grand cercle, qui lui-même louche ou se rattacl 
à un autre grand cercle composé des plantes, au moyen d 
« Êtres les moins organisés du Règne végétal ». Qu'on ex; 
mine ensuite les grandes parties composantes de ce cercle g 
néral : on y découvre, conformément à la 3* proposition, cir 
grands cercles formés par les Mollusques, les Acrites ou P 
lypes, les Rayonnes ou Étoiles de mer, les Annelés ou Insecte 
et les Vertébrés. Chacun d'eux passe ou s'enchaîne au suiva 
au moyen d'un autre groupe, beaucoup plus petit comn 
étendue, mais qui forme un anneau ou cercle osculant (1 

(1) Dans le diagramme original, comme dans le nôtre, les cinq cercles pi 



PHYSIOPHILOSOPHES. — M* LEAY. 357 

Le nombre total des groupes n'est donc pas de cinq, comme 
beaucoup de personnes l'ont supposé à tort, mais de dix. 
Cela est tout h fait évident, et mon opinion sur ce point est 
d'ailleurs confirmée par l'auteur lui-même qui, faisant allu- 
sion à ses remarque? sur l'ensemble, dit textuellement : « Les 
» observations précédentes sont, je le sais, loin d'être assez 
> approfondies ; mais elles suffisent à prouver qu'il y a dans 
» le Règne animal cinq grands groupes circulaires dont cha- 
» cun possède une structure spéciale, et que ces premiers 
» groupes sont reliés par d'autres groupes osculants plus 
) petits, l'ensemble formant toute la province de la Zoolo- 
» gie. » Or, ces plus petits groupes osculants doivent être 
îonsidérés comme des cercles, l'auteur ayant établi ailleurs 
fue (( chaque groupe naturel est un cercle plus ou moins 
complet ». De fait, c'est là le .V principe du système de 
1. M' Leay; il a d'ailleurs éclairci le sens de ces mots 
roupe îiaturel par le diagramme ci-dessus, où tous les ani- 
laux sont renfermés dans cinq grands groupes ou cercles et 
ans cinq autres plus petits. Prenons un de ces groupes, les 
erlébrés. Forme-t-il un cercle en lui-même? Oui, car l'au- 
)ur fait entendre que les Reptiles mènent aux Oiseaux, les 
iseaux aux Quadrupèdes (Mammifères); les Quadrupèdes se 
îunissent aux Poissons, ceux ci aux Reptiles amphibies, et, 
nr les Grenouilles, nous revenons aux Reptiles notre point 
3 départ. Ainsi la série du groupe Vertébré est décrite et 
DU voit qu'elle est circulaire; donc, c'est un groupe naturel. 
Dilà un cas où la série circulaire peut être tracée. Cher- 
ions maintenant un groupe où la série soit imparfaite, mais 
1 il y ait tendance décidée au cercle ; ce sera le cas des Mol- 
sques. L'auteur s'exprime ainsi sur ce groupe : « Je n'ai pas 
du tout prouvé que la disposition circulaire se maintienne 
chez les Mollusques; mais il est également certain que ce 
groupe d'animaux est encore un des moins connus, et rien 
p'aulorise pour le moment à conclure ([u'il fait exception 

Us ne sonl pas représentés {graphiquement, mais simplement indiqués par 
flèches placées entre les cinq grands cercles. 






358 DE LA CLASSIFICATION. 

» à la règle. Il semblerait incontestable que les Gasléropodei 
» de Cuvier reviennent sur eiix-mcmes de façon à former ui 
» groupe circulaire; mais les Acéphales en forment-ils ui 
» seul ou bien deux, c'est ce qui n'est pas exactement déter 
» miné. Tout ce qu'on sait des Mollusques me porte toute 
» fois à soupçonner qu'ils ne sont pas moins soumis à la le 
» du cercle que les quatre autres grands groupes. » Ainsi 
notre auteur considère les Mollusques comme un de ce 
groupes qui, sans former effectivement un cercle, montren 
néanmoins une tendance à prendre cette figure, et par con 
sequent sont présumés devoir être naturels. Mais pour mieu 
éclaircir ce principe, revenons au cercle des Vertébréj 
Comme on le voit par le diagramme, ce cercle contient cin 
groupes ou cercles moindres, dont chacun peut à son tou 
se résoudre en cinq autres plus petits décrits suivant 1 
même procédé. La classe des Oiseaux, par exemple, se di 
visera en Rapaces, Percheurs, Gallinacés, Echassiers < 
Nageurs, et la preuve que cette classe est un groupe nature 
c'est que toutes ces divisions se touchent les unes les autn 
à leurs limites, de manière à former un cercle. Nous proc( 
derons de la même manière, en commençant par les group( 
supérieurs et en descendant jusqu'aux inférieurs, tant qu 
la fin nous arriverons à ce qu'on appelle les genres, pu 
ensuite à ce qu'on nomme espèces, chaque groupe, grand o 
petit, formant de par lui-même un cercle. Ainsi il y a d( 
cercles dans des cercles « des roues dans des roues » — u 
nombre infini de relations complexes, mais toutes rég]é( 
par un principe uniforme : la arcw/anVe de chaque groupe ) 

L'écrivain qui peut découvrir que les Quadrupèdes s'unii 
sent aux Poissons, etc., et dire que Cuvier « ignorait totah 
ment les vrais principes du système naturel » ne mérii 
guère qu'on l'étudié aujourd'hui. 

Cette tentative de représenter graphiquement les rappor 
compliqués qui existent entre les animaux a eu toutefois u 
bon résultat. Elle a ébranlé de plus en plus la croyance en u 
arrangement unisériel des animaux et elle a conduit à 1 
construction de beaucoup de tableaux fort précieux en c 



I 



EMRRYOLOGISTES. — BAER. 359 

qu'ils montrent les relations multiples qu'il y a entre tous les 
groupes naturels, de quelque catégorie qu'ils soient. 

VI 

Systèmes embryologiques. 

L'embryologie, dans la forme qu'elle a prise depuis cin- 
quante ans, est une science aussi complètement allemande 
que la ISatiirphilosophie elle-même. Elle s'éveilla à son ac- 
tivité nouvelle dans le même temps que se développait la 
Philosophie de la Nature. Il ne serait guère possible de 
reconnaître, à la lecture seule de ses ouvrages, l'esprit qui 
lui imprima l'impulsion ; mais l'homme que Pander et 
K. E. von Baer ont proclamé leur maître doit être considéré 
comme l'âme de ce mouvement, et cet homme c'est Ignace 
Dollinger. C'est avec un profond sentiment de gratitude que, 
pour mon propre compte, je me souviens de Tinfluence que 
cet homme si bienveillant et si éclairé exerça sur mes études 
et sur mes débuts, pendant les quatre années que je passai 
|sousson toit à Munich, de 1827 à 1831. C'est à lui que je 
■ dois d'avoir été initié à tout ce que l'on savait sur le déve- 
jloppement des animaux, avant la publication du grand ou- 
jVrage de Baer ; c'est à ses cours que j'ai appris à apprécier 
d'importance de l'Embryologie pour la Physiologie et la Zoo- 
logie. Les observations de Pander (1) sur le développement 
du poulet dans l'œuf, qui ouvrirent la série de ces études 
vraiment originales sur l'Embryologie dont l'Allemagne a le 
droit d'être fière, ont été faites sous la direction et avec le 
concours de Dollinger. Elles furent bientôt suivies des tra- 
[Vaux plus étendus de Ralhke et de Baer, en qui le monde 
civilisé reconnaît les fondateurs de l'Embryologie moderne. 

Les principes de classification proposés par K. E. von Baer 
semblent avoir passé inaperçus des écrivains syslémalisa- 
teurs. Cependant, non-seulement ils méritent la considé- 

(1) Pander, Bcilriige zur Entwkkelungsgcschichte des Huhnchens im Eie. 
Wurzbourg, 1817, in fol. 



360 DE LA CLASSIFICATION. 

ration la plus attentive, mais encore on peut dire que pas un 
naturaliste, excepté Cuvier, n'a émis une vue aussi pro- 
fonde des véritables caractères d'un système naturel que le 
grand Embryologiste, dans ses Scholien und Corollarien zu 
der Entwickelwigsgeschichte des Hûhnchens hn Eté (1). Ces 
principes sont présentés sous forme de propositions générales 
et non sous forme de synopsis avec nomenclature rigoureuse 
et systématique. C'est pour cela, sans doute, qu'ils ont été 
négligés par ceux qui se payent plus volontiers de mots que 
d'idées; mais il suffira de quelques extraits pour faire voir 
combien est amplement récompensé quiconque prend la 
peine de lire ce livre. 

Les résultats auxquels K. E. von Baer avait été conduit par 
ses éludes embryologiques, touchant les rapports fonda- 
mentaux des animaux entre eux, s'écartaient beaucoup des 
idées alors dominantes. Aussi, pour être bien compris, il 
commence avec son soin et sa clarté habituels, par résumer 
les opinions de ceux avec qui il n'est pas d'accord. 

« 11 est, dit-il, peu de manières de voir touchant les rap- 
ports qui existent dans le monde organique qu'on ail ac- 
cueillies avec autant d'approbation que celle-ci : — Les 
formes animales supérieures, à diverses pliases du dévelop- 
pement de l'individu, depuis le commencement de son exis- 
tence jusqu'à son achèvement parfait, correspondent à des 
formes permanentes de la série animale; le développement 
de quelques animaux suit les mêmes lois que la série tout en- 
tière des animaux; conséquemment, l'animal de l'organisa- 
tion la plus élevée passe, durant son développement indivi- 
duel et pour tout ce qui est essentiel, à travers des phases 
qui, chez des êtres moins nobles, sont l'état permanent; si 
bien que les différences périodiques de l'individu peuvent être 
ramenées aux différences des formes permanentes des ani- 
maux. » 

Ensuite, afin d'avoir pour les résultais de l'embryologi 

(1) Véber Ent)vickkeltings(jeschichle der Thiere Beobachlung tind liefJexion 
von D. Karl Ernsl von Baer. Kœnissberg, 1828, in-/[|. Voyez aussi Ada nova 
Âcad. Leop. Cœsar., vol. XIII^ et Archives do Meckel. 1826. 



EMBRYOLOGISTÈS. — BAER. 361 

un terme de comparaison, il discute la place relative des dif- 
férents types permanents d'animaux, et il poursuit : 

« Il importe spécialement de distinguer entre le degré de 
perfection de la structure et le type d'organisation. Le degré 
de perfection delà structure animale consiste dans l'hétéro- 
généité plus ou moins grande des parties élémentaires et dans 
la netteté des divisions d'un appareil complexe, en un mot dans 
la plus grande différenciation histologique et morphologique. 
Plus la masse du corps est uniforme, moindre est le degré 
de perfection; il y a supériorité quand les nerfs et les 
muscles, le sang et le tissu cellulaire sont nettement dis- 
tincts. A mesure que la différence croîl entre ces parties, la 
vie animale développe des tendances diverses; ou, pour être 
plus exact, plus le développement de la vie animale produit 
de tendances diverses, et plus les parties élémentaires que 
celte vie met en jeu sont hétérogènes. La même chose est 
vraie des parties isolées d'un appareil quelconque: l'orga- 
nisalion dans laquelle les parties d'un système entier diffèrent 
davantage entre elles, et dans laquelle cha(|ue partie a une 
individualité, est plus haute ([ue celle où le tout est plus 
uniforme. J'appelle type le rapport qu'il y a, au point de 
vue de leur position, entre les éléments organiques et les 
organes. Ce rapport de position ne fait qu'exprimer cer- 
taines connexions fondamentales entre les tendances que 
manifestent individuellement les rapports de la vie ; on en 
peut donner pour exemple les pôles de réception et de dé- 
charge du corps. Le type est d'ailleurs distinct du degré de 
perfection; si bien que le même type peut comprendre 
plusieurs degrés de [)erfeclion et, vice versa, le môme degré 
de perfection peut être atteint dans plusieurs types. Le 
degré de perfection combiné au type détermine tout d'abord 
ces grands groupes du règne animal qu'on a appelés classes (1), 
et c'est à la confusion de ces deux choses que sont dues sans 
doute tant de classifications erronées ; par cela même (jue 

(1) il est clair, pir là, que Baer a une idée très-dcfniie du plan de struc- 
ture et qu'il y est parvenu par une tout autre route que Cuvicr. Il est visible 
qu'il comprend la distinction entre le plan et le mode d'exécution. Mais ses 



362 DE LA CLASSIFICATION. 

ces deux rapports sont évidemment distincts, il est sul'ti- 
samment prouvé que les diverses formes animales ne pré- 
sentent pas une série unique de développement, depuis la 
monade jusqu'à l'Homme. » 

Les types reconnus par Baer, sont : 

1° Le type périphérique. Dans ce type, c'est entre le 
centre et la périphérie que se trouvent les contrastes essen- 
tiels (1 ) ; les fonctions organiques s'exécutent, en rapport d'an- 
tagonisme, du centre à la circonférence, et, par conformité 
avec ce fait, l'organisation tout entière rayonne autour d'un 
centre commun. En dehors de cela, il n'existe qu'un con- 
traste : celui entre le dessus et le dessous, et encore faible- 
ment marqué; l'opposition entre la gauche et la droite ou 
entre le devant et le derrière n'est pas du tout perceptible, et, 
en conséquence, le mouvement a lieu dans celte direction 
unique. Gomme toute l'organisation rayonne autour d'un 
foyer unique, de même les centres de tous les systèmes or- 
ganiques sont disposés en anneau autour de ce foyer; ainsi 
sont placés, par exemple, l'estomac, les nerfs, les vaisseaux 
(si ces parties sont développées) et leurs ramifications qui se 
prolongent dans les rayons; ce que l'on trouve dans un 
rayon est répété dans tous les autres, le rayonnement ayant 
toujours lieu du centre à la circonlerence et tous les rayons 
ayant avec le centre le même rapport. 

2" Le type longitudinal^ comme on l'observe dans le 
Vibrion, la Filaire, le Gordius, la Naïs et dans toute la série 
des Articulés. Le contraste entre les organes de réception et 
ceux de décharge, qui sont placés aux deux extrémités du 
corps, domine toute l'organisation; la bouche et l'anus 
sont toujours à des extrémités opposées, et, le plus sou- 
vent aussi, les organes sexuels sont placés à une extré- 

idées à l'égard des différents trails de structure ne sont pas du tout aussi pré- 
cises. Il ne distingue pas, par exemple, entre la complication de structure, base 
de la détermination du rang à assigner aux ordres, et les voies et moyens dif- 
férents de réalisation du plan, par quoi la classe se caractérise. 

(1) Sans traduire ici littéralement les descriptions que Baer fait de ses types 
et que j'abrège d'ailleurs considérablement, je reproduis autant que possible ses 
propres expressions. 



EMBRYOLOGISTES. — BAER. 363 

mité, quoique leur orifice soit cependant, parfois, un peu 
plus en avant. (Cette dernière circonstance se produit plus 
fréquemment chez les femelles, où ces organes ont une 
double fonction, que chez les mâles; quand les organes 
sexuels des deux sexes sont éloignés de l'extrémité posté- 
rieure du corps, leur orifice est d'ordinaire plus en avant 
chez la femelle que chez le mâle, il en est ainsi chez les my- 
riapodes et chez les Crabes; les Sangsues et les Vers de terre 
ne sont, à cet égard, qu'une exception peu commune.) Le 
pôle récepteur ayant ainsi une situation fixe et définie, les 
organes des sens, intermédiaires du système nerveux pour 
la réception, atteignent promptement un important degré 
de perfection. Le canal intestinal, les troncs vasculaires et le 
système nerveux s'étendent dans toute la longueur du 
corps, et tout le mouvement organique a la même direction 
dominante. Toutefois, des branches subordonnées de ces 
organes se projettent latéralement, là surtout où le contraste 
général manifesté dans toute la longueur est répété de telle 
manière que, pour chaque segment séparé, la même opposi- 
tion se reproduit de nouveau à l'égard des éléments essentiels 
de l'organisme tout entier; d'où la tendance, chez les ani- 
maux de ce type, à une division en plusieurs segments dans 
la direction de l'axe longitudinal du corps. Dans les vrais 
insectes qui subissent des métamorphoses, ces segments se 
réunissent en trois sections principales; la vie des nerfs 
prédomine dans la première, la locomotion dans la seconde, 
la digestion dans la troisième, sans qu'aucune des trois soit 
entièrement privée de l'une quelconque de ces fonctions. 
Outre cette opposition entre l'avant et l'arrière, un contraste 
moins marqué s'observe, à un plus haut degré de déve- 
loppement, entre le dessus et le dessous. Une différence 
entre la droite et la gauche est chose exceptionnellement 
rare et qui fait généralement défaut. La sensibilité et l'irri- 
tabilité sont particulièrement développées dans cette série ^ 
la locomotion est active et dirigée d'autant plus décidément 
en avant que Taxe longitudinal l'emporte davantage (quand 
le corps est contracté, comme dans les Araignées et les 



364 DE LA CLASSIFICATION. „ 

Crabes, cette direction est plus indécise) ; les organes plas^-l 
tiques sont peu développés ; les glandes, spécialement, sont 
rares et remplacées le plus souvent par de simples tubes. 

3" Le type massif. On peut donner ce nom au type des 
Mollusques, car ni la longueur ni la surface ne l'emportent 
chez eux; au contraire, tout le corps et toutes les parties 
distinctes ont à peu près la forme de masses arrondies 
tantôt creuses, tantôt solides. Comme le contraste principal 
de la structure n'est ni entre les extrémités du corps, ni | 
entre le centre et la périphérie, il y a absence de symétrie ' 
presque dans tout le type. Généralement le pôle de décharge 
est à droite du pôle de réception. Le premier est d'ailleurs 
tantôt plus voisin du second, tantôt plus rapproché de l'extré- 
mité postérieure du corps. L'étendue occupée par l'appareil 
digestif étant toujours déterminée par ces deux pôles, cet 
appareil est plus ou moins courhe; sous sa forme la plus 
simple, dans la Plumalelle, par exemple, ce n'est qu'un 
arc. Quand le canal est long, il est roulé en spirale au centre l 
et cette spirale a probablement ses lois ; par exemple, la 
|iartie antérieure paraît être toujours placée sous la posté- 
rieure. Les principaux courants sanguins sont aussi curvi- 
lignes et leurs méandres ne coïncident pas avec la ligne 
médiane du corps. Le système nerveux se compose de gan- 
glions disséminés unis par des filets, et les plus gros en- 
tourent l'œsophage. Ce système et les organes des sens 
apparaissent tard; les mouvements sont lents et faibles. 

U° Le type vertébré. Celui-ci est pour ainsi dire un com- 
posé des types précédents. On y distingue un systèir.c 
animal et un système végétatif; et, quoique influant l'un sur 
l'autre dans leur développement, ces deux systèmes ont 
chacun une organisation typique parlicuHère. Dans le sys- 
tème animal, l'articulation rappelle le second type et les 
organes de réception et de décharge sont aussi placés aux 
deux extrémités opposées du corps. Il y a cependant une dif- 
férence marquée entre les Articulés et les Vertébrés, car le 
système animal des Vertébrés est non-seulement double 
par répétition latérale, mais double en même temps par 



EMBRYOLOGISTES. — BAER. 365 

répétition en haut et en bas ; en sorte que les deux parois 
latérales qui se réunissent inférieurement circonscrivent le 
système végétatif, tandis que les deux parois qui convergent 
supérieurement entourent un organe central de la vie ani- 
male: — le cerveau et la moelle épinière, qui manquent chez 
les Invertébrés. La charpente solide est la représentation 
très-complète de ce type. En effet, de l'axe médian, l'épine 
dorsale, s'élèvent supérieurement des arcs qui se ferment et 
constituent une arête supérieure ; tandis que, en bas, des- 
cendent d'autres arcs, qui se réunissent plus ou moins 
pour former une crête inférieure. En concordance avec ce 
premier fait, on observe quatre rangées de filets nerveux le 
long de la moelle épinière, composée elle-même de quatre 
cordons et constituant une masse grise quadripartite. Les 
muscles du tronc forment aussi quatre masses principales 
qui sont particulièrement distinctes chez les poissons. Il y a 
donc, dans l'arrangement du système animal, une double 
Symétrie. On montrerait sans peine que les systèmes végé- 
tatifs du corps correspondent au type des Mollusques, tout 
en étant influencés par le système anima). 

Quand on examine les figures qui accompagnent cette 
discussion des grands types ou embranchements du Règne 
Animal, et, mieux encore, quand on lit le mémoire pubhé 
parK. E. von Baer dans les « Nova Acta » (1), il devient 
évident qu'il avait découvert, plus clairement et plus tôt 
qu'aucun autre naturaliste, les vrais rapports des animaux 
inférieurs avec leur embranchement respectif. Il ne met ni 
les Bryozoaires ni les Vers intestinaux parmi les Rayonnes, 
comme a fait Cuvieret comme ont fait après lui tant d'autres 
écrivains modernes; il rapporte très-exactement les premiers 
aux Mollusques et les seconds aux Articulés. 



(1) Beitriige zur Kennlniss der niedern Thiere {Nova Acta Academics Na~ 
lurœ Curiosorum, vol. XIII, part. 2, 1 827), contenant sept ménnoires sur l'As- 
pidogasler, le Dislôme, etc. , le Cercaire, le Nilzchia, le Polyslome, le Planaire, 
<;t les attinités générales de tous les animaux. Ces Heilrlige et les mémoires 
dans lesquels Cuvier a caractérisé, pour la première fois, les quatre grands types 
«lu Règne animal sont au nombre des plus intéressants travaux de zoologie 
générale, qu'on ait jamais publiés. 



366 DE LA CLASSIFICATION. 

En comparant ces quatre types avec le développement 
embryonnaire, von Baer montre qu'il n'y a, entre les phases 
embryonnaires des animaux supérieurs et l'état permanent 
des animaux inférieurs, qu'une ressemblance générale due 
exclusivement à ce que la difîerenciation n'est pas faite 
dans le corps, et non point à ce que les types soient sem- 
blables.. L'embryon ne passe pas d'un type (embranchement) 
à un autre type ; au contraire, le type de chaque animal est 
défini dès la première heure et domine tout le développe- 
ment; l'embryon d'un Vertébré est un Vertébré dès le com- 
mencement et ne correspond, à aucun moment, à un Inver- 
tébré. Les Vertébrés embryonnaires ne passent pas, pendant 
qu'ils se développent, par d'autres types permanents d'ani- 
maux; le type fondamental est d'abord développé; puis, dés 
caractères de plus en plus subordonnés apparaissent; d'un 
type plus général se dégage la manifestation d'un type (classe, 
genre, etc.), plus spécial. Plus deux formes animales diffèrent, 
et plus leur développement doit être étudié de bonne heure 
pour qu'on puisse distinguer une ressemblance entre elles. 
Il est simplement possible qu'au premier moment, tous les 
animaux se ressemblent" et ne représentent qu'une sphère 
creuse; mais le développement individuel des animaux supé- 
rieurs ne reproduit pas dans ses phases les formes perma- 
nentes d'animaux inférieurs; ce qu'il y a de commun dans un 
groupe supérieur d'animaux est toujours développé plus tôt 
dans l'embryon que ce qu'il y a de spécial. De ce qu'il y a de 
plus général sort ce qu'il y a de moins général jusqu'à ce 
qu'enfin ce qu'il y a de plus spécial apparaisse. Chaque 
embryon d'un type donné, au lieu de traverser d'autres types 
définis, devient au contraire de moins en moins semblable 
à ces types; un embryon de type supérieur n'est par con- 
séquent jamais identique avec un autre type animal; un 
embryon n'est identique qu'avec un autre embryon. 

La thèse de Von Baer va jusque-là (1). 

(I) Huxley rend inexactement compte des vues de Baer (voy. Baden PoirePs 
Essay s. Appendice n° 7,p.Zi95). Ikiernedit pas : « démontrent que la classifica- 
» lion de Cuvier ne fit simplement, au fond, qu'exprimer le fait qu'il y a, dans le 



EMBRYOLOGISTES. — BAER. 367 

Il a donc, cela est bien clair, Irès-nettement l'idée que les 
divers modes de développement embryonnaires sont limités 
aux embranchements respectifs du Règne Animal ; mais il 
est également certain que ses assertions sont trop générales; 
elles ne fournissent pas, pour les comparaisons à faire, la clef 
des changements successifs subis par les différents types 
dans leurs limites respectives. Baer est encore vaguement 
sous l'impression de celte pensée que, à mesure que l'indivi- 
dualisation se prononce, le développement correspond aux 
degrés de complication de la structure. Il ne pouvait guère 
en être autrement à une époque où les diverses catégories de 
la structure n'avaient pas été clairement distinguées (1), 

D'après les résultats de ses recherches sur l'Embryologie, 
K. E. von Baer propose la classification suivante : 

Classification de K. E. von Baer. 

1. Type périphérique (RAYONNES). Evolutio radiata. Le développe- 
ment procède d'un centre, et produit des parties identiques 
dans un ordre rayonnant. 

H. Type massif (.MOLLUSQUES). £uoiMi/o contorta. Le développement 

« Règne animal, certains plans de développement communs, etc. » Car Cuvier 
avait reconnu ces plans dans la .s/ruc<ure des animaux, avant que Baer eût retracé 
1<! développement de ceux-ci. Baer lui-même proleste contre toute identification 
de ses vuey avec celles de Cuvier (Baer, Enlivick., p. 7). Baer n'a pas non 
plus démontré la «doctrine de l'unité d'organisation chez tousles animaux», 
et il ne l'a pas assise sur un piédestal aussi inébranialjle que celui de la loi de la 
gravitation ; il n'est pas arrivé jusqu'à «lapins grande loi », celle que, dans 
une certaine mesure, le développement asuil un plan commun pour tous lex 
nnimauxn. Au contraire, Baer admet quatre types d'animaux et quatre modes 
de développement. 11 se borne à ajouter : « Il est simplement possible, qu'au 
premier moment, tous les animaux se ressemblent. » Huxley devait aussi avoir 
oublié l'introduction au Règne animal de Cuvier (citée textuellement plus haut, 
p. :M7), lorsqu'il avance que Cuvier « n'essaya pas de découvrir sur quel plan 
les animaux sont construits, mais de déterminer de quelle manière les faits de 
l'organisation animale pourraient être exprimés dans le plus petit nombre pos- 
sible de propositions ». Au contraire, pendant plusieurs années, Cuvier s'attacha 
spécialement à faire ressortir ces plans et à montrer qu'ils sont caractérisés par 
des structures particulières. Ln mérite de Baer consiste dans la découverte de 
quatre modes do développement coïncidant avec les quatre embranchements du 
Règne animal, oîi Cuvier avait reconnu quatre différents plans de structure. 
Huxley se trompe encore en disant que Cuvier adopta le système nouveau comme 
« base de ses grandes divisions ». 
(1) Cf. Chap. H, sect, i à ix. 



â6B DE LA CLASSIFICATION. 

produit des parties identiques, courbées autour d'un espace co- 
nique ou autre. 

III. Type longitudinal (ARTICULÉS). Evolutio gemina. Le développe- 
ment produit des parties identiques, partant des deux côtés d'un 
axe et se refermant supérieurement le long d'une ligne opposée 
à l'axe. 

IV. Type à symétrie double (VERTÉBRÉS). Evolutio higemina. Le dé- 
veloppement produit des parties identiques qui partent des deux 
côtés d'un axe, se projettent en haut et en bas, et se closent le 
long de deux lignes, de telle sorte que le feuillet interne du 
germe se ferme en dessous et le feuillet supérieur en dessus. 
L'embryon de ces animaux a une corde dorsale, des lames dor- 
sales et des lames ventrales, un tube nerveux et des fissures 

* branchiales. 

1° Il acquiert des franges branchiales; 

a. Mais il ne se développe point de vrais poumons : 

a. Le squelette ne s'ossifie pas. Poissons cartilaginkux. 
p. Le squelette s'ossifie. Poissons proprement dits. 

b. Il se développe des poumons : Amphibies. 

a. Les franges branchiales persistent. Sirènes. 
p. Les franges branchiales disparaissent. Urodèles et Anoures. 
2° Il acquiert une allantoïde, 
a. et n'a point de cordon ombilical; 
a. point d'ailes ni de sacs à air. Reptiles. 
p. a des ailes et des sacs à air; Oiseaux. 
'b. et a un cordon ombilical : Mammifères. 
a. qui disparaît de bonne heure 

1° sans avoir connexion avec la mère. Monotrèmes. 
2° après courte connexion avec la mère. Marsupiaux. 
p. qui persiste plus longtemps : 

1° Le sac du jaune continue à croître pendant longtemps. 
L'allantoïde s'accroît peu. Rongeurs. 
L'allantoïde s'accroît moyennement. Insectivores. 
L'allantoïde s'accroît beaucoup. Carnivores. 

2° Le sac du jaune ne s'accroît que légèrement. 

L'allantoïde se développe peu. Le cordon ombilical e( 

très-long. — Les Singes et I'Homme. 
L'allantoïde continue à se développer pendant lonj 

temps. Le placenta est en masses simples. Ruminant! 
L'allantoïde continue à se développer pendant lonj 

temps. Le placenta est disséminé. Pachydermes < 

CÉTACÉS. 



EMBRYOLOGISTES. — VAN BENEDEN. 369 

Classification de Van Beneden. 

Van Beneden a aussi proposé une classification basée sur l'Embryologie ; on en 
trouve le premier essai dans ses Recherches sur l'anatomie, la physiologie 
et l'embryogénie des Bryozoaires, Bruxelles, 1845, in-li, et le développe- 
ment dans son Anatomie comparée, Bruxelles, sans date, mais probablement 
1855, in-8. 

I. HYPOCOTYLÉDONÉS ou HYPOVITELLIENS. (Vertébrés.) Le vitellus 
pénètre dans le corps par la face ventrale : 

Cl. 1. Mammifères. (Primates, Chéiroptères, Insectivores, Ron- 
geurs, Carnivores, Édentés,Proboscidiens, Ongulés, Sirénoïdes, 
Cétacés.) 

Cl. 2. Oiseaux. (Psittacés, Rapaces, Passereaux, Colombins, Gal- 
linacés, Struthionés, Échassiers, Palmipèdes.) 

VA. 3. Reptiles. (Crocodiles, Chéloniens, Ophidiens, Sauriens, 
Plérodactyles, Simosaures, Plésiosaures, Ichthyosaures.) 

Cl. Zi. Batraciens. (Labyrinthodontes, Péromèles, Anoures, Uro- 
dèles, Lépidosirènes.) 

Cl. 5. Poisso.Ms. (Plagiostomes, Ganoïdes/réléostés, Cyclostomes, 
I.eptocardiés.) 

ÉPICOTYLÉDONÉS ou ÉPIVITELLIKNS. (Articulés.) Le vitellus 
pénètre dans le corps par la face dorsale. 

Cl. 6. Insectes. (Coléoptères, Névroptères, Hyménoptères, Lépi- 
doptères, Diptères, Orthoptères, Hémiptères, Thysanoures, 
Parasites.) 

Cl. 7. Myriapodes. (Diplopodes, Chilopodes.) 

Cl. 8. Arachnides. (Scorpions, Araignées, Acares, Tardigrade?.) 

Cl. 9. Crustacés. (Décapodes, Stomapodes, Amphipodes, Iso- 
podes, Lémodipodcs, Phyllopodes, Lophyropodes, Xipbosures, 
Siphonostomes, Myzostomes, Cirripèdes.) 

m. ALLOCOTYLÉDONÉS ou ALLOVITELLIENS. (Mollusco-Radiaires.) 
Le vitellus ne pénètre dans le corps ni par la face ventrale ni 
par la face dorsale : 

Cl. 10. Mollusques, y compris les Céphalopodes, les Gastéro- 
podes et les Brachiopodes. (Acéphales, Tunicicrs, Bryozoaires.) 

Cl. 11. Vers. (Malacopodes, Annélides, Siponculides, Némertins, 
Nematodes, Acanthocéphales, Scoléides, Hirudinés, Tréma- 
todes, Cestodes, Rotifères, Planaires.) 

Cl. 12. Échinodeumes. (Holothuries, Échinides, Stellérides, Cri- 
noïdes.) 

Cl. 13. Polypes, y compris les Tuniciers, les Bryozoaires, les 

AGASSIZ. 24 



370 DE LA CLASSIFICATION. 

Anthozoaires, les Alcyonaires et les Méduses. (Clénophores, 
Siphonophores, Discophores, Hydroïdes, Anthophorides.) 

Cl. ill- Rhizopodes. Des genres seulement. 

Cl. 15. Infusoires. Des familles et des genres seulement. 

Van Beneden croit la classification de Linné plus con- 
forme à la nature que celle de Guvier ou de De Blainville. 
En effet, la classe des Vers du naturaliste suédois correspond 
à ses Allocotyiédonés, celle des Insectes à ses Épicoty- 
lédonés, et les quatre classes des Poissons, des Amphibies, 
des Oiseaux et des Mammifères à sa classe des Hypoco- 
tylédonés. Il compare ces divisions primaires aux Dico- 
tylédonées, Monocolylédonées et Acotylédonées du Règne 
végétal. Mais il oublie que les Céphalopodes ne sont pas des 
Allocotyiédonés, et qu'aucun groupe d'animaux faisant des 
Mollusques, des Vers et des Rayonnes un grand tout, ne 
peut être fondé sur des principes exacts. Quant à ses classes, 
je n'ai qu'une chose à en dire : c'est que, s'il y a des classes 
naturelles parmi les animaux, on n'a jamais proposé depuis 
Linné une combinaison moins capable de répondre à l'idée 
philosophique de classe que celle qui réunit les Tuniciers aux 
Polypes et aux Acalèphes. Dans son dernier ouvrage. Van 
Beneden a fait à sa classification des améliorations et des 
additions importantes, au nombre desquelles il faut par- 
ticulièrement remarquer l'indication des ordres (compris 
entre parenthèses dans le tableau qui précède); ces chan- 
gements se rapportent principalement aux groupes des Mol- 
lusques et des Polypes, les Tuniciers et les Bryozoaires ayant 
été transportés du second au premier. Les Acalèphes et les 
Polypes sont d'ailleurs considérés encore comme ne for- 
mant ensemble qu'une classe unique. 

La comparaison instituée par Van Beneden entre la clas- 
sification du Règne animal et celle des plantes, telle qu'elle 
est le plus généralement adoptée, m'amène de nouveau à 
appeler l'attention sur la nécessité de réviser soigneusement 
le Règne végétal, afin de déterminer jusqu'à quel point les 
résultats auxquels je suis parvenu, touchant la valeur des 
diflerenles sortes de groupes naturels chez les animaux, 




EMBRYOLOGISTES. — KOLLIKER. 371 

[ieuvent s'appliquer aux plantes (1) . Sans aucun doute, de ce 
}ue les embranchements du Règne animal sont fondés sur 
es différences du plan de structure, il ne s'ensuit pas que le 
Eiègne végétal doive être nécessairement, lui aussi, construit 
iur des plans différents. Il n'y a probablement pas autant de 
nodes de développement parmi les plantes que parmi les 
mimaux, à moins qu'on ne considère comme équivalent à 
'indication de plans de structure divers, le fait que la repro- 
luction par des spores, par des graines nues polyembryo- 
liques, par des graines monocolylédonées ou dicotylédonées 
mgiospermes, est dans une certaine corrélation avec les 
lifférences de structure présentées par les Acolylédonées, 
es Gymnospermes, les Monocotylédonées et les Dicotylédo- 
lées. Mais, même dans ce cas, ces différences ne seraient 
jas si marquées que celles qui distinguent les quatre em- 
Drancheraenls du Règne animal. La limitation des classes et 
les ordres, qui présente relativement peu de difficulté dans 
e Règne animal, est moins avancée en Botanique. Au con- 
raire, les botanistes ont mieux réussi jusqu'à présenta bien 
îaractériser les familles. C'est sans doute la conséquence 
les particularités que présente chacun des deux règnes 
)rganiques. 

Il faut remarquer en outre que, dans la classification de 
i^an Beneden, les animaux réunis sous la dénomination 
l'Allocûtylédonés sont construits sur des plans de structure 
il entièrement différents que, pour un observateur non 
prévenu, leur coml)inaison est à elle seule une démonstra- 
ion que tout principe les rattachant les uns aux autres ne 
;)eut pas être conforme à la nature. 
i 
')iagramme du développement des animaux, par Kolliker. 

{Entwickelungsgeschichte dcr Cephalopoden, Zurich, 18/J4, iii-4, p. 175.) 

., L'embryon naît d'une partie primitive {Evolutio ex une parte). 

1" il se développe dans deux directions, avec symétrie bilatérale 
(Evolutio bigemina), 

(1) Voy. cliap. II. 



372 DE LA CLASSIFICATION. 

a. Les lames dorsales se ferment. Vertéurés. 

b. Les lames dorsales demeurent ouvertes et se transforment er 

membres. Articulés. 
2° Il se développe uniformément dans toutes les directions (Evo 
lutio radiata), et 

a. enveloppe entièrement la vésicule embryonale : 

a. Ce qui a lieu de bonne heure; Gastéropodes et Acéphales 
. Ce qui a lieu tard (sac vitellin temporaire) ; Limace; 

b. se resserre au-dessus de la vésicule embryonale (sac vitellii 

véritable); Céphalopodes, 

B. Tout le corps de l'embryon fait saillie à la fois {Evolutio ex omni 
bus partibus). 

1° Il se développe dans la direction de l'axe transversal. 

a. par sa partie postérieure; Rayonnes. (Échinodermes.) 

b, par sa partie antérieure et 

a. la partie postérieure ne se développe pas, Acalèphes; 
p. la partie postérieure se développe longitudinalement; Po 

LYPES. 

2° Il se développe dans la direction de l'axe longitudinal. Vers. 

J'ai déjà fait voir combien contraire à la nature est né 
cessairemenl un système zoologique fondé sur la distinctior 
entre la segmentation totale et la segmentation partielle di 
jaune (1). Un diagramme du développement des animaux, 
où l'on adopte cette différence comme base fondamentale, 
n'en est pas moins artificiel pour s'appuyer sur des faits 
positifs ; on ne doit jamais s'attacher exclusivement, comme 
font beaucoup d'analomistes, à certains traits isolés pai 
lesquels les animaux peuvent être réunis ou séparés; le bul 
doit être de déterminer les relations générales des êtres, 
comme ont si admirablement fait Cuvier et K. Ë. von 
Baer. Je crois aussi que l'homologie entre les membres 
des Articulés et les lames dorsales des Vertébrés est chose 
plus que douteuse. La distinction introduite entre les Po- 
lypes et les Acalèphes d'une part, ceux-ci et les autres 
Rayonnes d'autre part, n'est en aucune façon mieux 
fondée. Il me semble de même tout à fait impropre d'ap- 

(1) Chap. Ill, sect, i, p. 298. 



EMBRYOLOGISTES. — YOGT. 373 

peler le développemenl des Mollusques xxneevohitio radiata 
surtout après que Baer a désigné par la même expression lé 
mode de formation de l'embranchement des Rayonnes 
auquel elle s'applique beaucoup mieux. 

Classification de Vogt. 
Contraste entre l'embryon et le jaune. 

I. VERTEBRATA. Jaune ventral. 

Cl. 1. Mammalia, i" Aplacentaria ; Ord. Monotremata, Marsu- 
pialia. 20 Placentaria. Ser. 1. Ord. Cetacea, Pachydermala, 
bohdungula, Ruminantia, Edentata. Ser. 2. Pinnipedia 
Carnivora. Ser. 3. Insectivora, Volitantia, Glires, Quadru' 
mana, Bimana. 

Cl. 2. AvEs. Ser. 1. Insessores. Ord. Columbœ, Oscines, Clama- 
tores, Scansores, Raptatores. Ser. 2. Autophagi. Ord. Nala- 
tores, Grallatores, Gallinaceœ, Cursores. 

Cl. 3. Reptilia. Ord. Ophidia, Sauria, Pterodactylia, Hydro- 
sauria, Chelonia. 

Cl. U. Amphibia. Ord. f.epidota, Apoda, Caudata, Anura. 

Cl. 5. Pisces. Ord. Leptocardia, Cyclostomata, Selachia, Ganoi- 
dea, Teleostia. 

II. ARTICULATA. Jaune dorsal. 

Cl. 6. Insecta. Subclas. 1, Ametabola. Ord. Aptera. Subclas. 2. 
Hemimetabola. Ord. Hemiplera et Orthoptera. Subclas ' S. 
H0LOMETABOLA. Orâ. Diptera, Lepidoptera, Strepsiptera, Neu- 
roptera, Coleoptera, Hymenoptera. 

Cl. 7. Myriapoda. Hien que des familles. 

Cl. 8. Arach.mda. Ser. 1. Picnogonida et Tardigrada. Ord. Aca- 
rina, Araneida. Ser. 2. Trois familles. 

Cl. 9. Crustacea. Subclas. 1. Entomostraca. Ord. Cirripedia, Pa- 
rasita, Copopeda, Phyllopoda, Trilobita, Ostracoda. Sub- 
clas. 2. Xiphosura. Subclas. 3. Podopiith alm a. Ort/. Stomapoda, 
Decapoda. Subclas. k- Edriophtuai.ma. Ord. Lœmipoda, Am- 
phipoda, Isopoda. 

Transformation de tout le jaune en embryon. 
II. CEPHALOPODA. Jaune céphalique. 

< 1. 10. CiiiiAi.opoDA. Ord. Tetrabranchiata et Dibrancliiala. 
/, MOELLSCA. Disposition irrégulière des organes. 

Cl, 11, Cepualophora. Subclas. 1, Pteropoda. Subclas. 2, Hetero- 



^7A I^E LA CLASSIFICATION. 

PODA. Subclas. 3. Gasteropoda. Ord. Brancliiata et Pulmo- 
nata. — Chitonida. 

CI. 12. AcEPHALA. Subclas. 1. Brachtopoda. Ord. Rudista, Brachio- 
poda. Subclas. 2.Lameli,ibranchia. Ord. Pleuroconcha, Ortho- 
concha, Inchisa. 

CI. 13. Tunicata. Ord. Ascidiœ, Biphora. ] 

CI. l^. Ctenophora. Rien que des familles. ) Molluscoidea. 

Cl. 15. Bryozoa. Ord. Slelmatopoda, Lophopoda. ) 

V. VERMES. Organes bilatéraux. 

Cl. 16. Annelida. Ord. Hirudinea, Gephyrea, Scoleina, Tubicola, 

Errantia. 
CI. 17. Rotatoria. Ord. Sessilia, Natantia. 
CI. 18. Platyelmia. 1" Ord. Cestoidea, Trematoda. 2" Ord. Plana- 

rida, Nemertina. 
CI. 19. Nematelmia. Ord. Gregarinea, Acantocephala, Gardiacei, 

Nematoidei. 

VI. RADIATA. DispositioQ rayonnée des organes. 

Cl. 20. EcHiNODERMATA. Ord. Crinoidca, Stellerida, Echinida, Ho- 

lothurida. 
Cl. 21. SiPHONOPHORA. Rien que des familles. 
Cl. 22. Hydromedus^. Point d'ordres bien distincts. 
Cl. 23. Polypi. Ord. Hexactinia, Pentactinia, Octoctinia. 

Pas d'œufs. 

VII. PROTOZOA. 

Cl. 2/i. Infusoria. Ord. Astoma, Stomatosa. 

Cl. 25. Rhyzopoda. Ord. Monosomatia, Polythalamia. 

La classificaliondeVogt(Zoo/o^25cAe Briefe, citées p. 298), 
présente plusieurs traits nouveaux dont un soulève plus 
particulièrement l'objection. C'est la séparation des Cépha- 
lopodes d'avec les autres Mollusques, comme division pri- 
maire distincte du Règne animal. Vogt adopte la distinction 
fondamentale introduite par Kolliker, entre les animaux dont 
l'embryon se développe du jaune tout entier et ceux chez 
lesquels il naît d'une partie du jaune. C'est là, sans doute, la 
conséquence de ses intéressantes recherches sur l'y^ctéon 
dans lequel il a découvert, entre le jaune et l'embryon, un 
rapport très-différent de celui observé par Kolliker chez les 
Céphalopodes. Mais, comme je l'ai déjà dit plus haut, cela 



DARWINISME. — HJEÇKEL. 375 

n'autorise pas plus à faire de ces groupes d'animaux deux 
embranchements, que la segmeotation totale du jaune che?: 
les Mammifères ne justifierait une division de la mêine caté- 
gorie entre eux et les autres Vertébrés. Si la distinction faite 
par Vogt entre les Céphalopodes et les Mollusques avait la 
valeur qu'il lui assigne, la limace aussi devrait être séparée 
des autres Gastéropodes. L'assertion que les Protozoaires m 
produisept pas d'œufs ne mérite pas qu'on s'y arrête, après 
ce qui a déjà été dit à l'égard de ces animaux dans les sec- 
tions précédentes. Quant à rapporter les Cténophores au 
type des Mollusques, je crois la chose absolument impossible. 



Le Darwinisme. — Glassiflcation de Haeckel (i). 

Il est impossible de ne pas parler, dans un livre comme 
celui-ci, de l'influence exercée par les théories de Darwin 
sur les paluralisles systématisateurs, et c'est là ce qui m'en- 
gage à consacrer un paragraphe spécial à la classification de 
HœckeL 

J'ai pour Darwin toute l'estime qu'on doit avoir ; je connais 
les travaux remarquables qu'il a accomplis, tant en Paléon- 
tologie qu'en Géologie, et les investigations sérieuses dont 
notre science lui est redevable. Mais je copsidère comme un 
devoir de persister dans l'opposition que j'ai toujours faite 
à la doctrine qui porte aujourd'hui son nom. Je regarde en 
effet celle doctrine comme contraire aux vraies méthodes 
dont l'Histoire naturelle doit s'inspirer, comme pernicieuse 
et fatale aux progrès de cette science. Ce n'est pas que je 
rende Darwin lui-même responsable de ces fâcheuses con- 
séquences. Dans les différents ouvrages qui sont sortis de sa 
plume, il n'a jamais fait allusion à l'importance que pou- 
vaient avoir ses idées au point de vue de la classification. Ce 
sont ses adeptes qui se sont emparés, pour transformer la 

(1) Haeckel, Generdlle Morphologie det Organismen, 2 vol. in-8. 



376 DE LA CLASSIFICATION. 

Zootaxie, d'idées théoriquement présentées. A différentes re- 
prises cette influence s'est fait sentir sur les conceptions gé- 
nérales de la Paléontologie et plus directement encore sur 
celles de la Zoologie; c'est ainsi que Hœckel a publié sur 
l'ensemble de cette science un ouvrage considérable, tout 
entier fondé sur les théories de Darwin. Avant donc de for- 
muler une analyse du système de Haeckel, il est indispensable 
de présenter quelques considérations sur les caractères de 
la doctrine du naturaliste anglais. 

De toutes les théories qui se sont fait jour sur l'Histoire 
naturelle, la sienne est la seule qui ait été aussi bruyam- 
ment acclamée sous le nom de son auteur. Presque tous les 
écrivains qui l'ont discutée la désignent sous le nom de. 
Darwinisme. C'est un fait significatif; il prouve que, tout 
d'abord et malgré un fond commun de bienveillance dans 
l'appréciation, on a reconnu qu'il y a dans la doctrine 
quelque chose d'autre que ce que la masse y a généralement, 
remarqué. Ce que Darwin a présenté comme la théorie de 
l'origine des espèces, ce n'est pas le résultat graduellement 
conquis de recherches pénibles, s'appliquant à la solution 
de quelques points de détail pour s'élever ensuite à un< 
synthèse générale et comprehensive ; non, c'est une doc- 
trine qui de la conception descend aux faits, et cherche des 
faits pour soutenir une idée. Il n'est pas surprenant qu'ui 
tel ensemble de vues ait été décoré du nom d'UNisME. Est 
ce un éloge, est-ce un blâme? Je ne sais, mais le fait reste 
Le Darwinisme sera une des phases par lesquelles l'Histoire 
naturelle aura passé dans le cours de ce siècle. Je reconnaif 
dans le caractère et la portée de cet enseignement une cer- 
taine analogie avec ce qui s'est produit lorsque les physio' 
philosojjhes, s'inspirant de Schelling, appliquèrent sa phi- 
losophie à l'histoire naturelle. Alors aussi, on vit acclamei 
une doctrine toute faite, embrassant la nature tout entière, e 
dont le point de départ était que l'Homme est le résumé e 
la synthèse individualisée de toute la création animale. Ol 
démembra le corps humain pour faire de chacun de sesfrag' 
ments le type idéal des difl'érentes classes d'animaux. Nouî 



DARWINISME. — H^CKEL. 377 

devons àOken un traité de zoologie, entrepris exclusivement 
dans le but de déterminer chacune des parties de ce dé- 
membrement de l'Homme et de la création ; mais il n'y eut 
jamais, à ce groupement des divisions supérieures du Régne 
animal, d'autre base que l'idée préconçue d'une soi-disant 
représentation des parties du corps humain par chacune des 
formes générales de l'animalité. Toute la science acquise 
jusqu'à cette époque-là, au prix des plus longues et des plus 
laborieuses recherches, fut mise de côté et remplacée par des 
conceptions purement théoriques. L'infatuation alla si loin 
que les travaux les plus spéciaux et les mieux faits de l'épo- 
que contemporaine n'étaient accueillis, dans l'Ecole, qu'après 
avoir été recouverts du vernis de la Doctrine. Je crois qu'il 
en sera de l'enseignement de Darv^^in comme decelui de cette 
secte. Il y a toutefois une différence : le système des philo- 
sophes de la Nature a pu contribuer aux progrès de la 
science; le Darwinisme exclut, lui, presque toute la masse 
des connaissances acquises, pour s'assimiler et faire ressortir 
exclusivement ce qui peut servir à la Doctrine. Ce ne sont 
pas les faits qui déterminent pour les Darwinistes le carac- 
tère des généralisations, c'est le système qui prétend dicter 
les caractères de l'ordre de choses. 

L'idée fondamentale sur laquelle repose le Darwinisme, 
c'est que les êtres organisés qui se succèdent en descen- 
dance directe, loin de reproduire nécessairement les ca- 
ractères essentiels de leurs ancêtres, tendent à s'en éloi- 
gner (1). Jusqu'à nos jours toute la Physiologie a admis, 
comme un axiome basé sur l'expérience de tous les temps, 
que les descendants d'êtres vivants quelconques ayant la 
faculté de se reproduire étaient l'image vivante des géni- 
teurs, et que la fécondité même de ces êtres était la garan- 
tie de la conservation des types. Cette notion est d'ailleurs 
corroborée par cet autre fait que, dans les résultat du mé- 
lange des espèces, on reconnaît la part afférente à chacun 
des auteurs qui ont contribué à la production du nouvel 

(1) Rutimeyer (p. 10): nGleiches niemals gleiches erzeugl;» u Le même 
ne produit jamais le même » . 



$78 DE H CLASSIFIC4TIPN. 

être. Pe ces deux faits, doQt rien jusqu'aujourd'hui n'a pu 
ébranler la certitude, s'est formée la conviction qui a do- 
miné la science jusqu'à l'heure actuelle : à savoir, que les 
êtres organisés se sopt reproduits, de génération en géné- 
ration, avec des caractères identiques avec ceux qu'ils possé- 
daient lors de leur apparition première. J'ignore où l'Ii^cole 
darwinienne a puisé les faits sur lesquels elle prétend se 
fonder pour affirmer que, loin de se ressembler constain- 
ment, les êtres organisés de générations successives tendent 
à se différencier de plus en plus les uns des autres. Je sais 
fort bien que, à chaque époque géologique distincte, ap- 
paraissent des organismes différents; mais pas plus que les 
naturalistes d'autres écoles, Darwin et ses adeptes n'ont pré- 
senté des faits d'où puisse ressortir la preuye que ces or- 
ganisfnes descendent des types dissemblables qui ont vécu 
à une période antérieure. Toutes les observations relatives 
aux animaux domestiques, par|:fl| lesquels il y a tant et de si 
nombreuses variations, n'ont encore abouti qu'à la démons- 
tration de l'amphtude assez grande de ces variations; 
jamais elles n'ont eu pour résultat rien qui exprimât la 
tendance indéfinie à une variabilité sans limite, et surtout 
une marche progressive vers une organisation supérieure. 
Car c'est là un autre point rattaché par les darwinistes à la 
doctrine du maître; non-seulement les générations succes- 
sives d'un type donné peuvent, disent-ils, parvenir à ne plus 
ressembler au primitif auteur, mais encore elles peuvent 
avoir pour résultat l'abaissement ou l'élévation de ce type 
dans l'échelle des organismes. Ce n'est donc pas faire tort à 
l'idée darwinienne que de la représenter comme une con- 
ception à priori, et de nier qu'elle soit le développement lé- 
gitime des acquisitions de la science moderne. 

Mais, en affirmant ne rien découvrir dans la nature qui 
ait pu donner lieu à la doctrine des darwinistes, j'exagère; 
il est un fait connu de tous, dont l'interprétation erronée a 
sans contredit servi de point (}e départ à cette doctrine. 
Quelque semblables que soient entre eux les animaux ou les 
plantes d'une même espèce, il y a toujours chez tout in- 



DARWINISME. — HiECKEL. 379 

dividu, même en dehors des différences sexuelles, des traits 
particuliers plus ou moins prononcés par lesquels l'individua- 
lité s'accuse plus nettement. Toutefois, si grandes que soient 
ces différences, si tranchée que soit l'individualité, et quand 
bien même, à raison de celte absence d'uniformité parfaite, 
il soit permis de dire jusqu'à certain point qu^aucun indi- 
vidu ne reproduit exactement son semblable, il n'en est pas 
moins vrai que l'espèce, dans son essence, est représentée 
parla somme de ces individus divers; que, dans les hmites 
de l'espèce, les différences ne dépassent pas ce que j'ai 
appelé, en plus d'une occasion, les bornes delà flexibiUté, 
de la pliabilité de l'espèce. Jamais, enfin, dans la suc- 
cession de ces individus non entièrement semblables nés 
immédiatement ou médiatement les uns des autres, une 
observation rigoureuse n'a constaté des différences de la 
catégorie de celles qui, pour le naturaliste pratique, con- 
stituent l'espèce animale ou végétale. Les extrêmes de dif- 
férence remarqués parmi les individus d'une espèce bien 
étudiée en font connaître l'ampHtude, et, à mesure que les 
espèces sont mieux connues, on définit avec plus de précision 
ces limites. L'école de Darwin va au delà des faits lorsqu'elle 
afïirme que ces différences individuelles constituent des 
transitions d'une espèce à l'autre. Elle oublie que dans 
certaines familles les caractères spécifiques sont très- 
tranchés, les espèces peu nombreuses, et, par conséquent, la 
distinction facile, tandis que, dans d'autres, les différences 
sont faibles, souvent difficiles à saisir et néanmoins con- 
stantes. Pour reconnaître les limites des espèces, il faut ici 
cette étude patiente et prolongée qui, à force de compa- 
raisons répétées, aboutit finalement à nous enseigner la 
fixité de ces petites différences ; c'est ainsi que, dans le 
monde minéral, certains métaux sont tellement semblables 
que les maîtres seuls ont pu, par une élude longue et minu- 
tieuse, en saisir et nous en faire connaître les différences, 
tandis que d'autres différent au point d'être distingués tout 
d'abord l'un de l'autre par l'homme le moins exercé. 
J'ai pris la peine de comparer entre eux des milliers d'in- 



380 DE LA CLASSIFICATION. 

dividiis de la même espèce; j'ai poussé dans un cas la 
minutie jusqu'à placer les uns à côté des autres 27 000 exem- 
plaires d'une même coquille dont les espèces congénères (le 
genre Neritina) , sont fort voisines les unes des autres. Je puis 
affirmer que sur ces 27 000 exemplaires, je n'en ai pas 
rencontré deux qui fussent parfaitement identiques; mais 
sur ce grand nombre je n'en ai pas non plus trouvé un seul 
qui déviât du type de l'espèce au point d'en laisser douteuses 
les limites. Il y a donc lieu de reconnaître que, dans le Règne 
animal, l'individualité joue un rôle aussi considérable que 
dans l'humanité même; et je ne doute pas que ce ne soit la 
connaissance, plus ou moins avancée pour différentes es- 
pèces, de la variabilité des individus, qui a conduit à sup- 
poser possible la transition d'un type spécifique à l'autre. 
Mais tant que cette transition n'aura pas été vérifiée ; tant 
que, de nos jours, on pourra reconnaître parmi les être:, 
vivants, et entre individus appartenant à la même espèce, des 
affinités qui ne sont point les mêmes que celles présentées 
par d'autres individus susceptibles d'être rapportés à une es- 
pèce différente, tanLqu'on ne pourra pas démontrer qu'il y a 
passage des premiers aux seconds; ilfaudra bien se résigner 
à envisager l'origine des espèces comme chose inconnue, 
quelque désirable que puisse en être la connaissance. Je 
n'affirme pas que cette origine doive nous demeurer à tout 
jamais inconnue, mais je soutiens que l'explication fournie 
par Darwin et ses adeptes n'est pas conforme aux faits que la 
nature met sous nos yeux. A l'égard des différences, souvent 
fort grandes, présentées par les animaux domestiques et les 
plantes cultivées, et sur lesquelles la doctrine prétend fonder 
un argument considérable, j'ai déjà dit et je répète que l'on 
me paraît confondre deux choses très-distintes; je renvoie 
à ce sujet aux observations que j'ai produites ailleurs, dans 
le but de montrer que les variétés ou ?'aces, domestiques 
et cultivées, diffèrent entre elles autrement que les espèces 
sauvages. 

De cette doctrine de la transformation successive et par 
voie de génération est née l'idée suivante : l'affinité telle que 



DARWINISMS. — H^CKEL. 381 

les zoologisles la reconnaissent et la définissent, c'est-à-dire 
ce degré plus ou moins profond de ressemblance que ré- 
vèlent l'analomie comparée et l'étude des similitudes les 
plus générales chez des animaux différant par la forme, 
la structure, etc., tous ces traits en un mot que l'on envisage 
comme des points de rapprochement et sur lesquels on a 
basé les classifications, sont le résultat et la preuve de la 
communauté d'origine. Ainsi, toutes ces ressemblances, 
toutes ces affinités existent précisément et seulement parce 
que les animaux entre lesquels elles établissent un rappro- 
chement quelconque sont sortis d'une même et commune 
souche. Mais c'est justement ce qu'il faudrait démontrer et 
ce qu'on ne peut pas démontrer. Au lieu de poser la 
question dans ses véritables termes, les darwinisles s'em- 
parent de tous les travaux de la Zoologie moderne par 
lesquels nous avons été conduits à la connaissance des affi- 
nités sensibles, évidentes, des animaux différents ; ils en font 
autant de preuves d'une filiation généalogique et pré- 
sentent ensuite ce prétendu enchaînement des êtres, qui 
sont censés remonter tous à une souche commune, comme 
la conséquence des faits établis de notre temps par la 
Zoologie et l'Anatomie comparée. C'est-à-dire que, loin 
d'apporter pour preuves certaines données d'où sa doctrine 
découle directement, le darwinisme travestit à son profit 
les faits acquis en suivant la vraie méthode. Qu'on ne dise 
pas que j'exagère; quand Ilteckel a cherché à fonder un 
système entier de classification sur l'idée de transformation 
des êtres par changements successifs, de génération en 
génération, il ne s'est pas attaché à prouver que tel de ces 
êtres descend de tel autre ; il n'a pas ajouté aux connaissances 
que nous possédions avant lui sur les affinités des animaux; 
il s'est simplement emparé de ces affinités telles qu'on les 
a constatées ; il en a fait autant d'indices d'une liaison géné- 
sique entre les êtres qui les possèdent, et, suivant que ces 
affinités étaient plus ou moins nettes, il a dressé des arbres 
généalogiques qui ne sont, en définitive, que la formule 
nouvelle de notions positives antérieurement acquises. 



382 DE LA CLASSIFICATION. 

Cependant, si ces affinités tellement évidentes, sensibles, 
nombreuses, qui établissent des connexions entre tous les 
animaux, avaient en effet pour cause la commune descen- 
dance d'un même tronc, on devrait retrouver les mêmes 
traits de ressemblance lorsqu'on met en parallèle l'ordre de 
succession dans la série géologique et le rang dans la série 
zoologique. Il devrait arriver que, partout, les types d'une 
classe inférieure fussent aussi les plus anciens dans l'histoire 
de la terre ; que, partout, ceux qui ont apparu à une période 
postérieure fussent d'une organisation plus élevée ; que 
partout, d'époque en époque, il y eût une différenciation 
croissante. Il faudrait que, ni au point de départ, ni à aucun 
des points intermédiaires, on ne vît surgir des types nou- 
veaux, entièrement étrangers à ceux qui ont précédé et sou- 
vent bien supérieurs à ceux qui suivent. Or, je répète que lai 
succession chronologique n'est point en corrélation directe 
avec les affinités de la structure, et que les caractères suc- 
cessifs de types qui se suivent ne sont aucunement l'ex- 
pression de modifications progressives, régulières et con- 
stantes. 

Au début de ses recherches sur les fossiles, Cuvier 
s'est surtout appliqué à faire ressortir les différences qui 
distinguent les animaux des faunes antérieures à la nôtre 
d'avec ceux qui vivent maintenant. La science avait alors 
à établir ce qui est aujourd'hui reconnu de tous : que les 
êtres composant la création animée à laquelle nous appar- 
tenons diffèrent de ceux qui, à une époque antérieure, ont 
représenté le Règne animal. En démontrant ce grand fait, 
Cuvier a fondé une science qui n'existait pas avant lui; il 
a en même temps fondé les méthodes d'après lesquelles 
cette science pouvait se constituer. Il n'est donc pas sur- 
prenant que les résultats par lui obtenus se soient présen- 
tés avec toutes les marques d'une critique différencialrice 
très-prononcée. Depuis, il s'est fait une réaction. Le grand 
nombre de fossiles qu'on a découverts depuis un demi- 
siècle a fait connaître des formes intermédiaires nom- 
breuses; les différences d'abord tranchées qui se présen- 



DARWINISME. — H^CKEL. 383 

laient à l'observateur semblent s'être en quelque sorte 
effacées ; non-seulement on a rapproché les espèces fos- 
siles les unes des autres, mais on les a reliées d'une façon 
plus intime aiit espèces actuelles. Il en est résulté un en- 
chaînement plus étroit; les types des époques antérieures 
se sont en quelque sorte fondus avec les types des époques 
modernes, et c'est alors qu'on a cru voir, dans la succes- 
sion des faunes passées, une liaison génésique avec la faune 
contempoi^ainé. Étudiés d'abord séparément, décrits dans 
des ouvrages indépendants, envisagés comme du domaine 
de sciences distinctes, la Paléontologie d'une part et la Zoo- 
logie de l'autre, tous les êtres vivants ont enfin été recon- 
nus comme rentrant, à quelque époque qu'ils appartinssent, 
dans un même système, lequel embrasse la vie sous toutes 
ses formes et dans tous les temps. Mais à y regarder de près, 
on n'a pas davantage signalé, parmi les espèces différentes 
frappées d'extinction, des transitions de l'une à l'autre. 
Tout au contraire on a reconnu, dans les limites actuelles 
dé l'observation, des caractères tranchés pour chacune 
d'elles, reconnaissables même dans les fragments incom- 
plets que l'on en possède pour la plupart. Je crois par con- 
séquent être dans le vrai en affirmant que Rûtimeyer 
a commis une erreur lorsque, dans ses travaux si éten- 
dus et si bien faits sur les animaux des époques géolo- 
giques les plus récentes, après avoir signalé, entre les es- 
pèces fossiles et les espèces vivantes qui s'en rapprochent 
le plus, des ressemblances aussi étroites que celles existant 
: entre les espèces de l'époque actuelle le plus voisines, il â 
mis l'idée physiologique de la famille à la place de la no- 
, tion systématique des familles naturelles. Il n'est permis, 
I en physiologie, d'envisager comme membres d'une même 
: famille que les individus dont la filiation généalogique peut 
I être démontrée. Dès qu'il s'agit de ressemblances plus ou 
[ moins étroites entre des êtres dont la commune dérivation 
j d'une même souche reste en dehors des limites de l'obser- 
vation, on sort de la question physiologique pour rentrer 
! dans le domaine des familles zoologiques naturelles, uni- 



SBU DE LA CLASSIFICATION. 

quement constituées sur le fait des parités de la structure. 
Pas plus que les espèces contemporaines, on n'aura droit 
d'envisager ces espèces comme descendant les unes des 
autres, tant qu'on n'aura point découvert de faits démon- 
trant que les analogies signalées dépassent les limites de 
cette sorte de caractères appelés différences spécifiques. 
Cette démonstration n'a pas encore été donnée; car je ne 
pense pas qu'on puisse regarder comme des preuves à l'appui 
d'une communauté d'origine entre certaines espèces , les 
erreurs des zoologistes qui, par-ci par-là, et même pour 
certains groupes assez fréquemment, se sont trompés en 
basant la détermination des caractères spécifiques sur des 
faits trop peu nombreux ou mal observés. Autant vaudrait 
conclure d'une analyse chimique mal faite à l'identité des 
substances mal différenciées par l'opérateur. 

Il n'en est pas moins vrai que le travail de Hœckel a la 
prétention d'exprimer le développement du Règne animal 
tout entier, et de représenter les types qui se succèdent 
comme ayant fait leur apparition dans l'ordre de supério- 
rité des classes ou des embranchements, etc., auxquels ils 
appartiennent. Hseckel a figuré le développement du règne 
organique et la filiation des types au moyen d'une série 
d'arbres généalogiques, dont il ne nous est pas possible de 
présenter la copie, mais que nous essayerons de traduire 
graphiquement, pour ainsi dire, à l'aide de diagrammes 
qui en donneront au moins une idée. Le premier de ces 
arbres retrace l'origine de tous les êtres organisés. Le point 
de départ est un être unique autogène (né de soi), donnant 
naissance à trois branches. La première représente Tarché- 
phyte végétal, la troisième Tarchéphyte animal, et l'inter- 
médiaire le prototype ou archéphyle d'êtres que l'auteur 
appelle Protistes et qui paraissent n'appartenir ni au Règne 
animal ni au Règne végétal. D'autres tableaux développent 
ensuite, pour chaque rameau, la généalogie spéciale. A la 
base du rameau végétal se trouvent les Fucoïdes et les Cha- 
ragnes; à la base du rameau animal, les Coraliaires, les 
Échinodermes, les Mollusques et les Vertébrés. C'est-à-dire 



DARWINISME. — HjECKEL. 385 

que, de prime abord, tout ce que l'on connaît de pins dif- 
férent dans le Règne animal naîtrait immédiatement l'un 
de l'autre ou d'un type antérieur unique qui aurait disparu 
immédiatement après, tandis que le type intermédiaire se- 
rait représenté par les Diatomées. Qu'on jette maintenant 
un coup d'œil sur les traités de Paléontologie les plus ré- 
cents, et qu'on nous dise de quel droit les Charagnes. que 
l'on connaît seulement dans les terrains tertiaires, figurent 
au point de départ du Règne végétal; de quel droit on assi- 
gnerait aux Coraliaires une priorité sur les Crinoïdes ou les 
Trilobites? Sans nous livrer à l'analyse de chacun des ta- 
bleaux, jetons un coup d'œil sur celui où est dessinée la 
généalogie des Échinodermes. On est frappé d'y voir, dans 
un arbre qui doit être généalogique, c'est-à-dire représen- 
iter la succession du développement des êtres dans le temps, 
deux grandes périodes dont Tune, au point de départ de la 
classe tout entière dans les terrains les plus anciens, con- 
tient, à côté les uns des autres, une douzaine de types aussi 
diiïérents que les extrêmes de la classe à l'époque actuelle. 
Bien plus, des types que l'on connaît seulement à l'époque 
actuelle y sont représentés comme ayant existé à tous les 
Iges de la terre. D'un autre côté, vers les temps moyens de 
a série géologique on voit surgir, également à côté les uns 
[les autres, des types tout aussi divers que les premiers, 
jntre lesquels la science ne saurait reconnaître aucun lien 
çénésique; ils n'en sont pas rnoins rattachés ensemble par 
es rameaux constituant le prétendu arbre généalogique 
luquel se relient tous les Echinodermes. Les autres grands 
.ypes du Règne, Articulés, Mollusques et Vertébrés, se trou- 
vent reliés les uns aux autres d'une manière tout aussi 
irbi traire. 

La science renoncerait aux droits qu'elle a possédés jusqu'à 
)résent à la confiance des esprits sérieux, si de pareilles 
îsquisses étaient acceptées comme les indications d'un pro- 
rès réel. Encore s'il y avait ici quelque principe qui nous 
ermît de perfectionner nos connaissances ou de les agrandir ! 
ous aurions alors, malgré tout, quelque gratitude et quelque 

AUASSIZ. 25 



386 DE LA CLASSIFICATION. 

Tableau généalogique des êtres organisés, d'après Hœckel (1). 



l'HOTISTES. 



CORMOPHYTKP 



SPONGIAIRES. ARTICULES. 





Végétal archéphyte. 



Archéphyte 1 Protistique. 
PROTISTES. 



Archéphyte 



Souche 



commune 



Monei'cs 
autogone. 



(J) Ce tableau et le suivant sont, noa pas copiés dans l'oiivrage de Hmckcl, mais tracés (rupri- 
arbres généalogiques dressés par lui. On essaye ainsi d'en donner une légè re idée A l'aide de siiii 
HinnTummea.sans (iiie cela dispense de se reporterai 'orisinal, ouvrace cité, nknches letsuivn' 



1). 



IMPS RÉCENT Co( .. lalislellés. Écliinoinélridfs. Écliinonidcs. SpalaDgoïdés. Cassidulidés . 



/ 3 



'Pliocène. . 
I Miocène. . 
l Eocene.. . . 
Antéoeène , 



o 



' Crétacé 

Antécrétacé. 
« j Jurassique. . 

g j Antejurassiqullés. Lalistelk's. Echinomélridés. Kcbinoiiidés. 
^ r Triasique. . . . 

XAntétriasique. 



Clypéaslrides. 



Spatangoïdés. Catsidulidcs. 



n/" 



Gtypéaslrides. 



'Perraéen 

Antéperméen 

g ^ Carbonifère 

S 1 Antécarbonift 

Devonian 

^Antédevonier 



'Silurien.. . .( , 
Antésilurien. , 
Cambrien . . . . 
Antécamhrie . 
Laurentien.. . 

\ Antélaurentii , 

(1) Voy 



.Ar,tssi7. — r. 380. 



DARWINISME. — HiECKEL J(j7 

sympathie pour les efforts tenlés dans cette voie. Mais quand 
, on fausse es fa,ts, c,uand on présente à l'appui d'une doe- 
tnnedes faUsqu, n'en découlent en aucune façon, quand 
on avance comme des faits des assertions contraires à toutce 
que nous savons de positif, le devoir est de protesterÔr 

prou'vern'"^""'"'' f"^""^ généalogiques de Hœckei 
prouve qu 11 n y a rien d'exagéré dans la sévérité de ce iu- 
gement. Partout, ce, auteur donne, comme l'expression 1 
développement successif des êtres dans le temps, des arbres 
|e„ealog.q„es qui, loin d'être tracés surleVindic2" 
de la Paleonto ogie, sont simplement dessinés d'après la 
connaissance des affinités des types actuels. Et si dans 
quelques-uns de ses tableaux, l'ordre chronologiqie e" 
repris, c est dans les classes où l'on s'accorde effectivement 

ordre du développement embryogénique, une analogie que 
ai signalée dans le premier chapitre de ce livre. Mais tous 
les laits qui servent de base à ces rapports singuliers facile- 
ment reconnai^sables d'ailleurs, quêtai désignés par 1 T m 
à^l'jpes syniAetzçues; tout ce qui se rattache à cette appa- 
rition subite de types richement doués qui vont s'appau- 
vi-issant dans l'ordre chronologique, tout cela es, com^p^éte- 
ment neglige, comme si cela n'existait pas. 

Il y a un autre côté de la question que les défenseurs du 
darvvinisme passent de même sous silence, et qui, cepen- 
dant, me parait la pierre angulaire de tout l'édifice Que 
on consulte tel traité de Paléontologie qu'on voudra, que 
1 on examine entre autresles arbres généalogiques de ffeckel, 
et 1 on verra que, a certaines époques, le nombre des tvpes 
tres-varies qui apparaissent sur le même horizon est trés- 
considerable. Nous avons là, de l'aveu même de ceux qui 
i-oudraicnt faire descendre tous les animaux les uns des 
lutres par des transformations graduelles et successives un 
ensemble très-considérable de formes très-diverses appar- 
enanta des classes, des ordres distincts, etc., en un mot 
oI'ITh ^"'f ™™^"' différent.,, au témoignage de la Zoo-' 
ogie e, de 1 Ana,omie comparée, et qui sont cependant tous 



388 DE LA CLASSIFICATION. 

coniemporains. Que devient alors la généalogie ? Ces con- 
temporains seraient-ils les ancêtres les uns des autres ? Evi- 
demment, ici, la théorie des transformations est en défaut et 
cesse d'avoir sa raison d'être. Loin de venir à son appui, le 
grand fait que nous révèle la Paléontologie se trouve en 
dehors de la doctrine ; il ne s'y rattache que par la Uaison 
purement artificielle étabhe entre ces êtres, au moyen des 
branches de l'arbre projetées sur le tableau pour les réunir 
au tronc; or ces rameaux sont entièrement le produit arbi- 
traire du système ; ils ne sorlent point des faits. Il y a plus 
de trente ans que j'ai représenté graphiquement les aiïinilés 
de la classe des poissons dans leurs rapports avec l'époque 
de l'apparition successive de ces animaux. Mais, tout en 
faisant pencher les unes vers les autres les lignes verticales 
qui figurent la durée des espèces, afin de signaler les 
affinités naturelles qui existent entre les types, je n'ai point 
relié entre elles ces différentes souches parce que les liaits 
ne m'y autorisaient pas. La différence qu'il y a entre ces 
tableaux et ceux de Hseckel, c'est que les miens représentent 
le fait tel que la nature nous l'a enseigné, tandis que les 
arbres généalogiques de l'écrivain allemand y ajoutent un 
élément artificiel, factice, de son invention, capable de faire 
admettre par le lecteur inexpérimenté la réalité d'une liaison 
généalogique qui n'a jusqu'à présent d'existence que dans 
l'imagination de l'auteur. 

Entre le système de Hceckel et la classification jadis pro- 
posée parOken, il y a cela de commun que les deux auteurs 
ont commencé par établir leur cadre d'après une idée pré- 
conçue, puis y ont ensuite adapté les faits connus de leur 
temps. Sous l'influence des idées émises par la philosophie 
de son époque, Oken nous représente, dans son système, les 
animaux rangés d'après la connaissance des faits que la Zoo- 
logie et l'Anatomie comparée avaient acquis au commen- 
cement de ce siècle. Or, aucun de ces faits n'était le résultat 
de l'influence de cette philosophie. La philosophie n'a rien 
produit en Zoologie, bien qu'elle ait vivifié l'Anatomie com- 
parée. De même la théorie d'une transformation graduelle 



DARWINISMS. — HJECKEL. 38!) 

du Règne animal tout entier, par suite de generations suc- 
cessives présentant une série de difïérences, n'est point le 
résultat d'études spéciales; elle ne découle pas de travaux 
accomplis sur l'ensemble du Règne animal ; c'est une 
doctrine à laquelle nos connaissances actuelles servent 
tant bien que mal de point d'appui. Les faits eux-mêmes 
s'y trouvent interprétés, non pas dans la sincérité d'un 
travail de recherches originales, mais avec tout ce qu'il y a 
de forcé dans les arguments d'une école doctrinaire. Les 
travaux modernes de Paléontologie et d'Embryologie peuvent 
étayer jusqu'à un certain point la doctrine de Darwin. Tout 
ce qu'on a reconnu de direct dans l'enchaînement des ani- 
maux d'époques successives se trouve transformé en preuves 
d'une filiation directe. Toutes les ressemblances que font 
naître les phases successives du développement embryon- 
naire, sont interprétées comme autant de preuves d'une 
transformation, par voie de filiation directe ou indirecte, 
chez tous les animaux qui présentent entre eux des ressem- 
blances de même ordre que les rapports entre les phases 
diverses du développement embryonnaire. 

Et cependant, chaque être nouveau parcourt invaria- 
blement, dans la limite de son type propre, en un très-bref 
espace de temps, de l'ovule à l'adulte, toutes les phases de 
développement que peuvent présenter, dans leurs types les 
plus extrêmes, les différentes classes du Régne animal. 
Chaque jour, des centaines de mille d'individus répètent 
chacun son cycle de changements extrêmement variés sans 
que jamais, nulle part, on voie dévier le terme auquel toutes 
ces transitions doivent fatalement aboutir. Comment ad- 
mettre alors que ces différences se soient produites par 
les mêmes procédés qui de nosjours entretiennent et main- 
tiennent l'identité ? Comment se fait-il que, dans l'ordre 
chronologique, certains types anciens soient encore synthé- 
tiques, c'est-à-dire réunissent des caractères complexes qui 
successivement apparaîtront isolés dans des types posté- 
rieurs, appauvris, pour ainsi dire, par la différenciation 
qu'ils expriment? Gomment d'autres, au contraire, sem^- 



390 DE LA CLASSIFICATION. 

blent-ils progresser ; comment d'autres encore restent-ils au 
même point pour se reproduire indéfiniment sans modifi- 
cations ? Pourquoi plusieurs rappellent-ils, dans Tordre de 
succession chronologique, les phases de la métamorphose 
embryonnaire individuelle, tandis que tels autres semblent 
réunir toutes les combinaisons possibles de plusieurs types 
divers? Dans l'infinie diversité de ces dispositions, je vois 
l'action immédiate d'une intelligence se manifestant par les 
actes les plus diversifiés, bien plutôt que l'effet de géné- 
rations successives aboutissant, on ne sait ni comment ni 
pourquoi, à quelque chose d'autre que leurs conditions pri- 
mitives. 

Les travaux de Paléontologie qui se rattachent aux idées 
de Darwin me semblent pécher par les mêmes erreurs que 
les tentatives faites en Zoologie. On a reconnu des ressem- 
blances très-étendues entre certains animaux ayant vécu à 
des époques différentes; elles sont même souvent d'autant 
plus fortes que ces types successifs sont plus voisins les 
uns des autres, dans le temps et dans l'espace. Mais nous 
découvrons des analogies identiques avec toutes les époques 
de l'histoire de la terre, et les mêmes faits se reproduisent 
à l'époque actuelle. 11 n'y a donc pas lieu de recourir à un 
élément chronologique pour en expliquer l'origine. D'ail- 
leurs, à côté de cet enchaînement de formes semblables 
dont nous reconnaissons l'existence, même pour l'époque , 
contemporaine, nous avons des types isolés et indépendants. ; 
Enfin, qu'on n'oublie pas ce grand point de l'histoire de la 
terre : où que l'on veuille placer l'origine des êtres orga- 
nisés, ils ont eu un commencement ; lors de ce commence- 
ment, les premiers venus n'eurent pas d'ancêtres; ils ont ; 
dû sortir de quelque source capable de les douer, au point 
de départ, des forces nécessaires à leur maintien et des 
forces nécessaires à leur reproduction. Ces premiers venus 
sont autochthones, car là où ils se sont montrés d'abord, ils 
n'étaient pas venus d'ailleurs. Là où ils ont été les premiers, 
ils sont devenus les ancêtres de tous ceux qui ont suivi et 
quijleur ont ressemblé. Et s'il est démontré que les êtres 



OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 391 

organisés n'ont pas pu apparaître tous sur un. seul et même 
point dès l'origine, ils ont pu présenter, et fort probable- 
ment ils ont présenté une diversité analogue à celle dont 
rendent témoignage les fossiles trouvés dans les formations 
les plus anciennes. Tout ce qui sort de ce domaine spécial 
des faits est hypothèse. Tout ce qui exclut l'ensemble de 
circonstances que l'apparition première des animaux im- 
plique nécessairement est inadmissible. Tout ce que nous 
rencontrons d'analogue à cet état primitif probable doit, 
dans une saine philosophie, nous servir à établir les condi- 
tions qui ont vraisemblablement accompagné les premiers 
temps du Règne animal, jusqu'à ce que l'observation nous 
en ait appris davantage. Or, la Paléontologie nous dit que 
partout où l'on a trouvé des indices de la vie animale dans 
les profondeurs de la terre, on y a trouvé des êtres diffé- 
rents; la Paléontologie nous dit que, entre eux, ces êtres 
divers n'offrent pas les rapports que nous reconnaissons 
entre le père et les fils ; la Paléontologie nous dit que, à 
toutes les époques, on découvre des organismes d'un cer- 
tain type supérieurs à ceux de même type qui leur ont suc- 
cédé. J'en conclus que la manière dont oh applique les 
idées de Darwin à la classification n'est pas admissible, pas 
plus que la doctrine de ce naturaliste estimable n'est fondée. 

VIII 

Observations générales. 

Avant de terminer cette esquisse des systèmes zoologiques, 
je ne dois pas perdre l'occasion d'ajouter une remarque 
générale. Quand on songe combien complètement les re- 
cherches de K.-E von Baer ont été indépendantes de celles 
de Cuvier, combien diffèrent les points de vue d'où ces 
deux hommes ont traité le même sujet, — l'un préoccupé 
spécialement du mode de développement des animaux, 
l'autre envisageant presque exclusivement la structure ; — 
((uand on considère en outre quelle élroile concordance il y 



392 DE LA CLASSIFICATION. 

a dans les résultats généraux auxquels ils sont parvenus, il 
est impossible de ne pas éprouver une confiance profonde 
dans l'opinion qu'ils soutiennent tous deux : à savoir, que le 
Règne animal présente quatre divisions primaires, dont les 
représentants sont organisés d'après quatre plans difïérenls 
de structure, et croissent suivant quatre modes différents 
de développement. Cette confiance s'accroît encore lors- 
qu'on s'aperçoit que les nouveaux groupes primaires pro- 
posés depuis ne sont pas caractérisés par d'égales différences 
de plans, n'ont point, dans le mode de développement, une 
distinction fondamentale, et représentent simplement des 
différences en plus ou en moins. C'est en effet une tendance 
fort malheureuse que celle qui règne actuellement chez 
presque tous les naturalistes, à l'égard de tous les groupes 
d'animaux, quelle qu'en soit la valeur, embranchements ou 
espèces. Ils séparent de suite les uns des autres tous les 
types quelconques, pour peu qu'il y ait entre ceux-ci des 
différences marquées, sans se préoccuper en aucune façon 
de savoir si ces différences sont de nature à justifier une 
telle séparation. Dans nos systèmes, l'élément quantitatif de 
différenciation l'emporte trop sur l'élément qualitatif. Dès 
que ces distinctions sont présentées sous des noms sonores, 
elles ont très-grande chance d'être adoptées, comme si la 
science gagnait quelque chose à dissimuler une difficulté 
sous un mot latin ou grec, ou faisait un pas de plus en se 
surchargeant du fardeau d'une nomenclature nouvelle ! Une 
autre pratique d'utilité fort contestable consiste à changer 
les noms ou à !modifier la portée et le sens des dénomina- 
tions anciennes sans ajouter un renseignement ou une idée 
à ceux qu'on possède. Si l'on ne renonce pas à cette pra- 
tique, on finira par faire de l'Histoire naturelle une pure 
affaire de nomenclature au lieu d'en fortifier le caractère 
hautement philosophique. Nulle part cet abus d'une inutile 
multiplication des termes n'est aussi sensible que dans la 
nomenclature des fruits des plantes, laquelle n'exprime ni 
une vue profonde de la morphologie végétale, ni même une 
observation exacte des faits matériels. 



OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 393 

Ne vaut-il pas mieux en revenir aux méthodes de Guvier 
et de Baer, qui n'éprouvèrent jamais aucune honte à avouer 
leurs doutes dans les cas difficiles, qui furent toujours em- 
pressés d'appeler l'attention des observateurs sur les points 
contestables, et qui ne couvrirent en aucun cas la disette de 
notions positives sous le vain bruit des mots? 

Dans cette revue rapide de l'histoire de la Zoologie, j'ai 
omis plusieurs classifications ; celles de Kaup et de Van der 
Hœven (1) entre autres, qui auraient pu donner matière à 

(1) Le Manuel de Vaa der Hœvcn mcrile cependant l'ius qu'un mot en pas- 
sant. Les caractères des groupes mineurs sont présentés dans ce livre d'une si 
admirable manière ; le renvoi aux sources est si complet; la preuve d'une con- 
naissance personnelle et approfondie, si entière ; l'application à ne pas faire 
une pure compilation si louable, qu'il est juste de considérer cet ouvrage non- 
seulement comme un excellent manuel pour les commençants, mais encore et 
positivement comme un compendium de l'état actuel de la Zoologie, susceptible 
d'être consulte avec fruit par les naturalistes de profession. 

Tout en prenant pour guide les vues de Cuvier sur les divisions primaires du 
Règne animal, l'auteur ne paraît pas les regarder comme assez importantes ou 
assez bien définies pour mériter une considération spéciale. 11 a ainsi laissé échap- 
per presque entièrement l'occasion de présenter dans leur enchaînement ces larges 
généralisations sur les afTmilés et les homologies des diverses classes d'animaux 
qui, cependant, constituent le progrès le plus précieux de la Zoologie moderne, 
et assurent à notre science une place si importante parmi les études philoso- 
phiques du xix^ siècle. Il me semble aussi que, sans être absolument négli- 
gée, l'histoire des fossiles n'a pas été suffisamment mise en relief. La manière 
dont elle est souvent présentée, sans liaison des types éteints avec les types vi- 
vants, est particulièrement défavorable à une exacte appréciation des rap- 
ports naturels des uns et des autres. Le temps est venu où le Règne animal doit 
être représenté, dans son développement à travers tous les âges géologiques, 
aussi complètement qu'est rattachée à l'histoire générale des êtres vivants la 
description de leur développement individuel. 

A l'égard des classes, je crois, pour des raisons déjà élablies (voy. p. 299), 
que les Infusoires doivent être rangés suivant leurs afïinités naturelles, partie 
parmi les Algues, partie parmi les Vers, et partie encore parmi les lîryozoaires. 
Les relations des Ithizopodes avec les Algues inférieures et plus spécialement 
avec les Corallines, me semblent chaque jour plus probables, et je crois que les 
preuves actuellement produites du caractère végétal des Aneiitérés sont bien 
près d'équivaloir à une démonstration. Dans la classe des Acalèphes, les Cléno- 
phores occupent une position inférieure à celle des Discophores ; or, il me paraît 
difTicile de contester que le premier rang leur appartienne ; Je système ambu- 
lacraire, avec ou sans ventouses extérieures, constitue le caractère essentiel des 
Échinodermes, elle Sipunculus n'en a pas. La distinction entre les Vers intesti- 
naux et les Annélides pour en faire des classes différentes, séparées par les Ro- 
tifères, ne nie paraît pas naturelle; les Turbellariés et les Suceurs unissent les 
Annélides aux Trématodes et aux autres Vers en une seule classe, et les re- 
cherches les plus récentes prouvent incontestablement que les Rotifères sont 
des Crustacés. Il ne me semble pas non plus conforme à la nature de faire deux 



394 DE LA CLASSIFICATION. 

quelques remarques. Mais j'ai étendu cette digression assez 
loin déjà pour montrer combien les formules ou catégories 
proposés par moi dans le second chapitre de ce livre, peuvent 
aider à déterminer la valeur des diverses sortes de groupes 
généralement adoptés dans nos classifications. Je n'avais 
pas, en commençant, d'autre but. La première chose à faire 
désormais, c'est d'appliquer aussi ces formules aux divi- 
sions mineures du Règne animal, en descendant jusqu'aux 
genres et aux espèces, et d'accomplir ce travail pour chaque 
classe individuellement, en s'en rapportant dans chaque 
spécialité aux bonnes monographies. Mais c'est là une tâche 
herculéenne, qui requiert par les efforts combinés de tous 
les naturalistes et devra les occuper pendant nombre d'an- 
nées à venir. 



classes des Insectes et des Araignées. Les Tardigrades et les Acarins forment la 
transition aux Podures et aux Épizoaires. La classe des Crustacés, bien définie 
si l'on y ajoute les Rotifères, devrait être placée au-dessous de celle des Insectes. 
La classification générale de l'embranchement des Mollusques est peut-être la 
moins satisfaisante de l'ouvrage ; car, tandis que l'auteur considère les Tuni- 
ciers comme une classe distincte, et les Conchifères, auxquels il joint les Bra- 
chiopodes, comme une autre classe, les Mollusques proprement dits ne font 
qu'une seule et même classe où sont compris non-seulement les Ptéropodes et 
les Gastéropodes, mais aussi les Céphalopodes. Évidemment ces derniers sont 
en trop étroit voisinage avec les Gastéropodes ; un examen attentif des Cépha- 
lopodes fossiles aurait facilement convaincu l'auteur que ces animaux constituent 
par eux-mêmes une classe indépendante. 

Depuis la publication an Règne animal Ae Cuvier, \q Manuel de Van der Hœven 
est le seul traité général de Zoologie où la classe. des Poissons soit présentée de 
manière à prouver une connaissance approfondie de ce groupe d'animaux. La 
manière dont sont traités les Vertébrés est également digne d'éloge. 



FIJN. 



TABLE DES MATIÈRES. 



CHAPITRE PREMIER. 

DES RAPPORTS FONDAMENTAUX QUE LES ANIMAUX ONT ENTRE EUX ET AVEC 
LE MONDE AMBIANT, CONSIDÉRÉS COMME BASES DU SYSTÈME NATUREL DE 
ZOOLOGIE. 

I. Les traits principaux du système zoologique naturel sont tous 

fondés dans la nature 1 

II. Les types les plus diversifiés existent simultanément dans des 

conditions identiques 14 

III. On retrouve des types identiques dans les circonstances les plus 

différentes 21 

IV. Unité de plan dans des types d'ailleurs profondément divers. . . 23 
V. Correspondance dans les détails de la structure chez des ani- 
maux entre lesquels il n'existe d'ailleurs aucun lien 25 

VI. Il y a entre les animaux des affinités de degrés différents et de 

sortes diverses 29 

VII. Existence simultanée, aux périodes géologiques les plus reculées, 

de tous les types généraux de l'animalité 32 

VIII. Gradation de structure parmi les animaux 36 

IX. Distribution géographique des animaux 43 

X. Structure identique de types largement disséminés 54 

XI. Structure semblable d'animaux vivants dans une même région. . 61 
XII. La structure forme un lien sériel entre des animaux largement 

disséminés à la surface du globe 65 

XIII. Rapport entre le volume des animaux et leur structure 71 

XIV. Rapport entre le volume des animaux et les miUeux dans lesquels 

ils vivent 74 

XV. Fixité des particularités spécifiques dans tous les êtres organisés. 76 

XVI. Relation des êtres organisés avec le monde ambiant 85 

XVII. Rapports entre les individus 95 

XVIII. Dualisme sexuel 100 

XIX. Métamorphose des animaux 107 

XX. Durée de la vie 141 

XXI. Génération alternante 143 

XXII. Succession des animaux et des plantes dans les temps géologiques. 148 

XXIII. Localisation des types aux âges passés 159 

XXIV. Limitation de certaines espèces à des périodes géologiques parti- 

culières 1('2 

XXV, Parallélisme entre la succession géologique des animaux et des 

plantes et le rang qu'ils occupent de nos jours 166 

XXVI. Parallélisme entre la succession des animaux dans les âges géo- 
logiques et le développement embryonnaire de leurs représen- 
tants actuels 175 

XXVII. Types prophétiques 182 

XXVIII. Parallélisme entre la gradation de la structure et l'évolution 

embryonnaire 185 

XXIX. Rapports entre la structure, le développement embryonnaire, 
l'ordre de succession géologique et le mode de distribution 
géographique des animaux 188 



396 TABLE DES MATIÈRES. 

XXX. Mutuelle dépendance du règne animal et du règne végétal 191 

XXXI. Animaux et plantes parasites 193 

XXXII. Combinaison dans le temps et dans l'espace de divers rapports 

qui s'observent ciiez les animaux 198 

XXXIII. L'âge primitif de l'humanité 205 

XXXIV. l'iccapitulalioii 213 

CHAPITRE DEUXIÈME. 
GROUPES PRINCIPAUX DES SYSTÈMES ZOOLOGIQUES CONNUS. 

I. Grands types ou embranchements du règne animal 221 

H. Classes 233 

III. Ordres 241 

IV. Familles 249 

V. Genres 259 

VI. Espèces 261 

VII. Autres divisions naturelles du règne animal 273 

VIII. Dcveloppemeal successif des caractères 276 

IX, Catégories d'analogie 283 

X. Conclusions 292 

CHAPITIIE TROISIÈME. 

REMARQUES SUR LES PRINCIPAUX SYSTÈMES ZOOLOGIQUES. 

I. Observations générales sur les systèmes modernes. 295 

11. Premiers essais de classification des animaux 309 

III. Période de Linné 311 

IV. Période de Cuvier. — Systèmes analomiques 317 

Classification de Cuvier 318 

(•lassification de Lamarck 322 

Classification de de Blaiiiville 325 

Classification d'Ehrenberg 328 

(Uassificalion de Burmeister 333 

Classificalion d'Owen 334 

Classification de Milno Edwards , 339 

Classificalion de von Siebold et Stannius 340 

Classification de R. Leuckart 342 

V. Systèmes physio-philosophiques 34 î 

Classification d'Oken 34G 

Classification de Fitzinger 349 

Classification de M'Leay - 353 

VI. Systèmes embryologiques 359: 

Classification de II. E. von Baer 367 

Classification de van Beneden 369 

Diagramme du développement des animaux, par Kolliker. . . . 371 

Classification de Vogt 373i 

VII, Le Darwinisme 375 

Classification de Hicckel 375 

VIII. Observations générales, 391 

FIN DE LA TA'LE DES MATIÈRES. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS 



DONT LES OUVRAGES SONT CITES DANS CE VOLUME. 



Adams, 53. 

Agassiz (L. et A.), 30/«. 

Agassiz (L), 1. M. <9, 2/*, 27, 38, 39, 40, 
4/4, 45, 49, 59, 69, 74, 79, 80, 81, 90, 93, 
m, H2, 413, 423, 127, 430. 436, 142, 
449, 453, 454, 463, 466, 467, 468, 203, 
256, 258, 274, 287. 

All)fcrli,454. 

Allman,442, 445. 

Alton ((!'), 455. 

Archiac (d'), 449,450, 152. 

Aiislote, 25, 98, 222. 

Aiiliert, 423, 430. 

AiidulJOn, 86. 

Aiiertjach, 421. 

Austin (Tli. et Th. Jr.), 453. 

Bal)ba^;o, 4 1 . 

Baer, 24. 408, 409, 423, 429, 432, 433, 439, 

360, 365, 367. 
Ba^tçe, 12-'. 
Kaird, C9. 

Rairand.- (De), 32, 42G, 4.54. 457, 4C4. 
Baiiy, 434. 
Baie, 86. 

Baiidrimont, 433. 
Beaumont (P:. de), 463,464. 
Bell (CA\.), 44. 
Beil (Th.) et Owen, 453. 
Bellardi, 454. 

Benedeii (voy. van Bsneden). 
Berendt, 451. 
Berahans, 90. 
Bei'î^man, 38. 
Bernhardt, 434. 
Beyrich,45l, 4.54. 
Bczold, 74. 

Biliron elDuméril, 40,63. 
Bilharz.423. 
Bindley, 98. 
Bisdiofr, 4-i2, 434,4 39. 
Blainville (De), 3i, 37, 455, Sî.n. 
Blanchard, 03, 424, 4 i9, 471. 
Bliimenbaeh, 37, 
Bojanua, 423, 434. 
Bonaparle-Canino, 46. 
Bonnet, .37, 447, 
Boà.sel, (De), 448. 
Bosquet, 454. 
Braan,24, 440,421,262. 
Bremser, 493. 
Brodie, 4.54. 
Brocchi, 451. 
Bron^niarl (Ad.), 149. 



BrongniarKAl.), 457. 

Bronn, 451, 435, 463. 

Brown, 49, 149, 452, 

Bruch, 4 24,431. 

Buch (Léop. de), 431, 433, 454, 465, 470. 

Buckland, 44, 450, 4.55. 

BufTon (de), 86, 407. 

Burdach, 408, 440. 

Burmeiller, 4 26,437, 442,434, «53,472, 

260, 26'., 332, 333. 
Burnett, 428. 
Buscll, 443. 
Busk, 470. 
Butland, 437. 

Carpenter, 421. 
Carter, 421. 

Carus (C. G), 21, 37, 94, 447, 423, 430. 
Cams (l. V.), 24, 38, 428, 444, 303. 
Caulle.v, 456. 
Chahners, 4t. 
Chamisso, 416. 
Chemnitz et Martini, 45. 
Cienkowsky, 424. 
Claparède, 449,422, 424. 
Clark, 493. 
Cocteau, 63. 
Cohn,42l, 426. 
Coldstream, 449, <2«. 
Conrad, 45t. 
Cornue!, 454. 
Corda, 454. 
Cosie, 430, 434. 
Croizet, 4.55. 
Cuvier(Fr.), 89, 98. 

Cuvier (G.), 24, 34, 37, 46, 77, 93, 449, 
4.55, 470,237,316,317, 318. 

Da1rnan,454. 

Dairy m pie, 42.5. 

Dalyell,444. 

Dana, 44,43, 72, 411, 444, 449, 466, 471. 

472, 260, 270. 
Danielsoii et Kosen, 443, 4 48. 
Daresle, 433. 
Darwin, 426. 
Davaisne, 4 47, 422. 
Davidson, 454, 47o. 
Davy, 42!>. 
Decandole (Alp.), 49. 
Decandole (A. 1> ), 21. 
De La Bêche, i.j2. 
Délie Chiajc, 38. 
Derbes, 442, 113. 



398 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS. 



Deshayes, 151, 153. 
Deslongchamps (Eudes), 155. 
Desmarest, 154,157. 
Desmoulins, 153, 154. 
Desor, 112, 15.3. 
Diesing, 45, 193. 
Dôllinger, 108. 
Dowler, 131. 
Dufossé, 131. 
Dufour,123. 
Dugès, 119, 195. 
Dujardin, 45, m, 128,193. 
Dumas et Prévost, 134. 
Dumas, 192. 
Duméril, 46, 65, 316. 
Dumortier, 115, 117, 
Dutrochet, 133. 
Duvernoy, 130. 

Echer, 112. 

Edwards, 151, 

Egerton, 154. 

Ehrenberg, 37, Its', <25, 144, 453, 222. 

293,318,328. 
Emmerich, 154, 
Erdl. 127, 

Escher van Linlh, 154, 
Escliricht, 116. 
Eschscholtz, 44. 

Falconer, 156. 

Fabre, 128. 

Favre, 154. 

Férussac (De), 45. 

Filippi (Fil.), 12*, 129. 

Filippi (Tii.), 124. 

Fltzinger, 46, 349. 

Forbes, 110, 111, 136, 139, 153, 

Forchhammer, 129. 

Frantzius, 112, 115, 124, 

Frémy et Valenciennes, 109. 

Frey, 37. 

Frey et Leuckart.m. 

Funlt, 132. 

Gegenbauer, 44, 112, 115, 118,126. 

Geinilz.ISO, 151. 

Geoffroy Saint-Hilaire (Et.), 24,98 is.i, 

Geoffroy Saint-Hilaire (Is.), 74, 99, 226, 

Gervais, 156. 

Germar, 150, 

Gibbes, 155. 

Giebel, 152. 

Girard, 120. 

Gliddon et Nott, 80, 83. 

Gœlhe, 24. 

Goldfuss, 153, 155. 

Goodsir, 126. 

Goppert, 149. 

Gosse, 113, 125, 126, 127, 172 

Gould, 53. 

Grant, 38. 

Crateloup, 151. 

Gray, 46, 

Green, 154, 

Grube, 45, 122 124 

Gurlt, 43. ' 

Gulbier, isi. 

Hœckel, 130, 



Haeckel, 375, 

Hagenow, 154. 

Haime et Mil ne Edwards, 44. 

Haime, Hl, 162,169. 

Hall, 32,151, 133,163. 

Hammerschmidt, 124, 

Hancock, 116. 

Harris, 86,142. 

Hasselt, 132. 

Hawn, 151. 

Hawle, 154, 

Haan, 154, 

Hayuen, 195, 
Heckel, 154. 
Heer, 154, 157, 172. 
Henle, 124, 
Herlng, 125. 
Herold, 127, 128, 142, 
Hineks, 112, H5 
Hogg, 118. 
Holbrook, fig 
Holmes et Tuomey, 151. 
Hbnmghauss, 154. 
Honess, 151. 
Horner, 133, 
Hoy er, 133. 
Huber, 227. 
Humboldt (A. de), 19, 
Humboldt (G. de), 19, 98, 
Hunter, 133, 
Hutton, 149. 

Huxley, 110, 112. 116, 118. 121, *23, 126, 
304, 366. 

Jacquemin, 117, 
Jaeger, 155, 156. 
Jobert, 155. 
Johnston, 90, 
Jones, 38, 154. 
Jurine, 126. 
Jussieu, 227. 

Kaiserling, 32. 

Kaufman, 129. 

Kaup, 155. 

Keber, 122. 

Keferstein, 149. 

Kidd, n. 

Kiener, 45. 

King, 131. 

Kirby, 11,86, 140, 142. 

Koch, 123, j95. 

KÔIliker, 44, 109, 112, 116, 118,119,121, 

122, 124, 128, 371. 
Koninch (De), 150, 153, 154. 
Koren et Danieison, lis, lis. 
Krohn, 112, 113, H6, H8, 125, 126. 
Kuchenmeister, 123, 193. 
Kunth, 79. 
Kiltzing, 120. 



Lacaze-Dulhiers, 117. 
Lachman, 115. 
Lacordaire, 142. 
Lamarck, 3, 37, 45, i^j 
Lalreille, 260. 
Laurent, lis. 
Lavalette, 124. 
Lea, 151, 155. 
Lebert et Prévost, 132. 



I, 222, ."Il 6, 322. 




TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS. 



39d 



Lebert, 133. 

Lccoiile,<56. 

Leydy, M 3, H22, 124, 1-25, ir>n, 156, l6o. 

Lehon, 153. 

Lenz, 86, 98. 

l.ercboullet, 127, i:o. 

Lesson, 44. 

LemkartCF. S.), 128, 152. 

Leuckart(K.),24, 38, 44, 93, m, 112, H6, 

118,119, 125, 130, 1 4:4, 193, 296, 304,342. 
Leyclii? 112, Il7, 118, 124, 125, 128,130, 

172. 
Liebig, 192. 

Lieberkuhn, 121, 122, 124. 
Liiidley, 149. 
Linné, 312. 
Longet, 109. 
Lonsdale, 153. 
Lorenz, 118. 

Loven, 111, H7, 119, 124. 
Lund, 160. 
Lui^cbia, 122. 
Lycett et M